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CHAPITRE XVI

LE GEVAUDAN

Plus encore que le Rouergue, le Gévaudan, par son éloignement de Toulouse, en raison de son relief, de se& causses, de ses vallées peu hospitalières, devait être difficilement perméable au français : et pourtant la réalité dément cette conjecture. Les considérations géographiques ne semblent pas valoir pour ce pays. Il est \Tai que l'intervention du roi y remonte à une date ancienne, — pariage de 1307, — et les relations y sont fréquentes avec des pays plus ou moins francisés : Auvergne, Languedoc méditerranéen ; en tout cas, des circonstances mal élucidées hâtent le déclin de l'idiome local, au profit de la langue royale.

L'enquête (1) est ici entravée par l'emploi du latin que les notaires maintiennent obstinément jusqu'en 1539, ainsi que les eommunautés et les Etats du pays. Seuls, quelques textes inclus dans les actes publics, servent d'indices : ils sont peu abondants ; le latin joue efficacement son rôle d'écran.

En gros, le roman subsiste jusqu'à la fin du xv® siècle : Mar véjols a un cadastre de 1448 ; une proclamation du comte de Polignac (1472) (2), d'autres, faites pour le chapitre de Mende (1455, 1494), sont en roman ; une enquête faite sur des abus de juridiction par les agents du sénéchal de Beaucaire (1499), contient des dépositions cii roman (3).

^1) Los icnsoignomcnts les plus al)oiidants sont recueillis dans les Documents linguisliques du Cévaudan, par Clovis Brunel. Blhl. de l'Ec. des Chartes, 1916, p. 1.

^2) Apfellalio duininoium de Cayllario et de Alieijraco [Bull, de la Soc, d'agrtc, sciences, arts de la Lozère)^ 1871, p. 59.

(3) Brun EL, Dor. lin g. du (iévaudan.

C'est Mende (1), la capitale du pays, qui révèle, par ses documents, les différentes étapes de la substitution. Au xv^ siècle, la langue usuelle est encore le roman : (1400), livre de compte ; (1425-27), requête adressée à l'évêque par les consuls, et serments des consuls à l'évêque ; (1435), statuts de la confrérie de Sainte-Lucie ; (1441), requête de Girard, maçon, aux syndics et conseillers ; (1440-1443), compte du receveur des tailles locales ; un tarif de la leude (xv® siècle) ; (1472-1473), comptes consulaires. Une lettre adressée de Montpellier (2) aux syndics de Mende prouve, en outre, que les transactions et affaires entre méridionaux se règlent encore en langue d'oc, que l'unité linguistique du Midi survit, loin d'être absorbée par l'unité française.

L'infiltration du français se manifeste sporadiquement : une quittance fournie par le secrétaire du consulat (1438) est en français : c'est un cas isolé ; en 1464, un compte communal est, de même, en français. A cette date, un noyau d'habitants comprend déjà la langue. Un incident curieux en témoigne (3) : une contestation, au sujet des élections consulaires, avait été portée devant le roi par l'évêque. Celui-ci, dans son exposé, relate que le lieutenant du sénéchal avait réuni une assemblée avant le vote, pour lui donner lecture des lettres royales ; comme celles-ci sont écrites en français, une vingtaine de bourgeois seulement sont admis en séance. Les autres, ignorant la langue du roi, restent dehors, finalement rentrent chez eux, sans prendre part au vote (4). Voilà une manœuvre électorale pleine d'enseignement. C'est sur le petit nombre d'électeurs comprenant le français, que l'évêque fonde en partie sa réclamation.

A la fin du siècle, ceux-ci se sont multipliés : les négociations

(1) Le plus grand nombre est publié ou signalé par Cl. Brinel, op. cit. Voir encore. Jni\ som. Arch. com. de Mende, par André, 1885. Et, Porée : Le consulat et administration municipale de Mende (Mende, 1901). Voir du même : Documents relatifs au consulat de Mende [Bull. Soc. Lozère, 1898).

(2) AA 6. Arch. com. Mende. C. Brunel, op. cit.

(3) Bull. Soc. Lozère (1898-1901). Porée, Documents sur le consulat de Mende, pièce n° xvi.

(4) « Verum quia domus Capitulium appellata est arta et pauci dictorum civium intraverunt ipsam domum et qui foris stabant non poterant audiie jieque intellegebant idioma gallicum, plures descesserunt « {Bull. Soc, Lozère^ 1897, op. cit., p. 147).

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