LE VIVARAIS
par les notaires ; ceux-ci ne font pas comme leurs confrères du Languedoc. Les ordonnances avaient été^ on l'a vu, tenues pour nulles et non avenues, et le laliu des contrats n'avait guère souffert des prescriptions de Charles VIII, de Louis XII, voire de François I^"". Même l'ordonnance propre aux pays de Languedoc du 28 mars 1533 (1), portant injonction aux notaires de contracter en vulgaire avait passé inaperçue : enregistrée au Parlement de Toulouse, au Capitole et à Montpellier, elle n'avait rien changé à une tradition invétérée. Ici, au contraire, les notaires y prennent garde et l'observent. A Bourg-Saint- Andéol, l'un d'eux, en s'y conformant, note ceci : « Ledit an (2) (1533) et le second jour dudit moys de desembre, ey veu et leu le mandement du Roy nostre sire, auquel contient que les notaires ayent a coucher leurs contraulx en langue vulgaire... Et depuis en sa, je les ey couchés non obstant que n'et pas esté publié. »
Les notaires de la région de Saint-Peray renoncent au latin vers la même date, en 1530 (3) ; à Rochecolombe, Claude de Villeneuve emploie le latin en 1532, mais le 11 janvier 1533-4, il écrit pour la première fois en français ; à Aubenas, Antoine Rochette emploie le français, le 13 décembre 1533 ; à Largentière, le notaire emploie le latin encore en 1528, et le français en 1536 ; à Saint-Germain-les-Voguë, c'est en 1537 qu'il change de style. Les moins empressés ont quitté le latin avant l'ordonnance de 1539 (4).
Voilà le fait le plus notable dans l'histoire du français en Vivarais : les notaires s'attachent à cet ordre de 1532-1533. qui est lettre morte pour le reste de la province. Cela suppose une propagation du français déjà avancée,^ comme l'indiquaient déjà les menus documents que nous avons réunis. Introduit à partir de 1500, le français, trente ans après, élimine le latin et
(1) Catalogue des actes de François /•"", t. I, n° 5598. Arch. dép. de la Haute- Garonne, B. 27 et B. 1902, fol. 20. Cf. p. 88.
(2) Not. Jean Bonnaud. Courtault, Le Bourg Saint-Andéol, p. 221. Notons que pour lui, dès cette époque, i^ulgaire signifie français.
(3) V. DU Gheylard, Notes sur le Mandement de Crussol, Privas, 1888.
(4) D'après les dépouillements communiqués par MM. Régné et Le Sourd,
LA PORTION CENTRALE Dt' DOMAINE MERIDIONAL
le roman ; on supposera que le mouvement a pu précéder le long du Rhône (Tournon), se ralentir en abordant la zone montagneuse : ce sont là des conjectures. Le latin s'interpose entre la réalité linguistique et nous ; après 1533, on constate simplement la généralisation du français.