CHAPITRE XVIII
L'étude du Bas-Languedoc, du Rhône à Béziers, n'apporle rien de nouveau, mais des confirmations et des précisions ; grâce à la richesse des archives locales, et grâce à rÏ2iy«n.taire détaillé qui en a été établi pour le département du Gard, il est possible de suivre, pas à pas, les étapes de la transition entre le languedocien et le français, dans les villes et dans un grand nombre de communautés. La monotonie et l'uniformité des notices qui suivent reflètent ce que le phénomène de la substitutions d'universel et de simultané.
Montpellier fut une notable cité du Midi, et conserva sa personnalité même après avoir été réunie au royaume (134S-49). La langue locale se maintient naturellement à l'Hôtel de ville; elle est employée de même parles consuls de la mer, et notamment dans les criées relatives à la police du port des Lattes : à feuilleter ces documents d'archives municipales, on se sent bien ici dans une capitale des pays d'oc (1).
D'autre part, Montpellier fut un foyer d'études universitaires, et une place commerciale dont l'importance ne le cédait pas à Marseille ; à côté des indigènes vivait don^ une population flottante d'étudiants (2) et de professeurs, de marchands, d'ouvriers, de gens d'afl'aires, génois, catalans, provençaux et français, aux parlers divers, comme il arrive à toutes les villes à qui leur prestige intellectuel ou éconojnique donne un cachet
(1) Déjà, au xui<^ siècle, Montpellier déléguait aux foires de Champagne un consul ou cajjitaiue des marchajids, char,gé probablement, entre autres attributions, de rendre à ses compatriotes la justice en langue d'oc. Gekmain, Jlisloire du commerce de Montpellier, t. II, p. SO et sqq.
(2) Cf. supra, j». 30, ce que dit Pierre Flamenc, à Ja tin du xu" siècle.
de cosmopolitisme : on relève des Normands, des Picards, des Bretons, des Angevins, des Flamands, des Poitevins qui se virent conférer le titre de citoyens. On imagine que des groupements se formaient entre ces métèques, par quartier, par profession, par nationalité, et qu'un milieu propice à la propagation du français s'y constitua. Conjecture que les textes ne justifient pas : s'il y eut des « colonies » de français, elles restèrent fermées, n'eurent aucune force de propagande, et c'est plutôt le parler roman qui, par sa vertu assimilatrice, attira à lui ces nouveaux venus.
Sans doute à la Maison commune on s'assurait la collaboration de secrétaires parlant français. Non seulement, il est des questions qui nécessitent l'intervention royale, mais encore c'est en français qu'on écrit à Pierre I^^" de Lusignan, roi de Chypre (xiv^ siècle) (1). Les intérêts du commerce maritime impliquent l'assistance d'interprètes français, et les documents français que l'on citera sont un témoignage, moins de l'in-" fluence française, que de l'activité commerciale ou de l'importance économique de ce port.
Pour fixer le moment où le français s'établit à Montpellier, le point de repère communément adopté est le fameux Thalamus (2), ou mieux la Chronique qui y est incluse : cette chronique, on le sait, comporte deux parties : une partie romane qui s'arrête en 1426, une partie française qui reprend en 1495. Si l'on admet que la rédaction est contemporaine des événements racontés, c'est donc entre 1426 et 1495 que la propagation du français à Montpellier s'est effectuée. Il est regrettable qu'une lacune porte justement sur cette période critique.
Pour y suppléer, quelques documents peuvent être utilisés, bien que le latin soit la langue ordinaire des notaires municipaux. Le roman est employé dans une requête (1455) faite par L. Dandrea (3) aux consuls, et dans la réponse de ceux-ci ; dans une requête (4) des membres de l'Université aux consuls
(1) Germain, Uisloire de la commune de Montpellier, t. II, p. 506.
(2) Le Petit Thalamus, édité par la Société archéologique de Montpellier (1840).
(3) Bull. Soc. languedocienne de géogr., 1886. Coste, Les fontaines de Montpellier.
(4) Statuts et privilèges des Universités fiançaises, par Fournier, t. II, Une autre, des mêmes aux mêmes, est en français, 1487.
(1475), et surtout dans les conipoix (1) très nombreux pour Saint-Firmin (1417, 1469), pour Sainte-Foy (1429, 1469, 1480) pour Saint-Mathieu (1478), pour Saint-Paul (1480). Dans les registres de la claverie, le roman et le latin alternent jusqu'en 1495. Le français est assez peu répandu : on le trouve dans diverses pièces relatives à Jacques Cœur, notamment dans une instruction pour Michelet Teincturier, bourgeois de Montpellier, chargé de présenter des remontrances au roi (1460) (2). Mais ce sont pour la plupart des documents où l'emploi du français s'explique par leur objet ou leur destination.
C'est autour de 1490 que le français a dû se multiplier : au moment où il devient le langue officielle de l'Annaliste communal, son introduction est encore de fraîche date : le dernier statut roman conservé dans les Etablissements est du 26 mai 1495 (3) ; un inventaire des archives de cette époque, avec entête en français, est rédigé en roman contaminé (4) ; un règlement consulaire pour la sonnerie des cloches (1496) également et encore une note relative aux foires (1505) dans le Thalamus (5). Des inventaires du Consulat (1505-15€8) (6) sont encore écrits dans une langue composite où se mélangent roman et français. Mais le français a, dès lors, envahi le Thalamus. Le Cérémonial des Consuls (7), recueil où sont expliqués les actes que les consuls ont à exécuter en cours d'année, bien cjue non daté, doit appartenir à cette fin de siècle. Il est en français, mais des phrases romanes y subsistent par lambeaux. Un statut des barbiers non daté, et d'autres pièces, postérieures à 1495, insérées dans les Etablissements sont en français. Le livre des quittances de la comptabilité consulaire est, à partir de 1495, presque entièrement en français (8).
(1) Extraits nombreux, in Guiraud, Recherches iopo graphiques sur Montpellier. Mém. Soc. arch. de Montpellier, 1901.
(2) Ibid., t. II. Extrait du registre manuel du greffier consulaire.
(3) Pour la plupart de ces pièces, sauf références spéciales, voir l'édition du Thalamus, citée plus haut.
(4) Archives municipales de Montpellier, t. I^'', (Notice sur les anciens inventaires^ par Berthelé).
(5) Il y a encore une ligne en roman en 1511.
(G) Un inventaire des chartes qui existaient à MontpeHicr au xvi^ siècle, en roman, a été signalé à la Bibliothèque de Florence. R. L. R., 1892, p. 487.
(7) R. L. R. (1874), publié par Montel, voir p. 70 sqq.
(8) Les écrits particuliers fourniraient sans doute matière à des constata-
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Le passage du roman au français est mis en relief par les extraits nombreux des registres trésoraires, et des petites notes du Consulat qui ont été rassemblés par Renouvier et Ricard sur les artistes qui ont travaillé à Montpellier (1) : on y trouve en roman, outre des actes divers, un devis pour une cérémonie funèbre à l'occasion de la mort de Charles VII (1461), une criée pour la réparation des tours du portail de la Salle l'Evêque (1468), une enchère de 1472, une visite des remparts de 1492 et des baux à besogne qu'il n'y a pas à énumérer. Le français apparaît isolément en 1447, en 1478, en 1486. Mais après 1490,. il se généralise (1491, marché avec un serrurier ; 1492, visite des murailles ; 1493, ordonnance des argentiers ; 1493, inventaire du Collège Saint-Benoît ; 1495, contestations entre corps d'états ; 1504, construction des orgues de Notre-Dame des Tables ; 150 8, inventaire des joyaux de la chapelle du Consulat) ; sans parler de contrats et de quittances. C'est toujours entre 1490 et 1500 que le français supplante progressivement le roman, pour l'éliminer peu après.
Dans quelle mesure se répand-il dans la masse, dès cette époque, c'est ce qu'on voit mal (2). Si, d'une part, l'année 1495 marque un tournant dans l'usage municipal, c'est l'année où commence la Chronique française du Thalamus, c'est la date du dernier texte roman des Etablissements ; d'autre part, les
tions analogues ; dans la Revue historique du diocèse de Montpellier (t. VI. 1914-15) a été publié par M. E. IIollier, le Journal d'Antoine Aldehert ; ce journal, rédigé de 1472 à 1479, avec quelques lignes de 1484, raconte les faits qui se sont passés pendant que Marie des Ports, ou des Portes, fut prieure de l'abbaye de Saint-Félix de Montceau (dioc. de Maguelonne) : il est écrit entièrement en roman, avec quelquefois des mots latins, et çà et là des tournures françaises. Aldebert,qui le rédige, avait été procureur de Saint-Félix, et fut chapelain de la collégiale de Saint-Sauveur à Montpellier ; l'usage d& l'idiome local a donc persisté, dans les papiers privés, jusqu'aux approches du xvi^ siècle.
(1) Renouvier et Ricard, Les maîtres de pierres et autres artistes gothiques de Montpellier, publication de la Société archéologique de Montpellier, d'après le Liber manualis, le Breveius notarum, etc.
(2) En 1487-8, une lettre de Charles VIII porte au dos : « lecte et publicate fuerunt alta et intelligibiU voce, hora vesperarum diey presentis... » Si une traduction en eût été faite pour le public, n'aurait-on pas ajouté la formule « et layca lingua ». Germain, Histoire du commerce de Montpellier^
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compoix sont toujours rédigés dans l'idiome du pays (1) : compoix de Saint-Firmin (1525, 1531, 1544) ; compoix de Saint-Paul (1544) ; compoix de Sainte- Anne (1525) ; une estime et possession du diocèse de Montpellier (1520) est en roman. Mais les compoix de Saint-Mathieu (1544), de Sainte- Foy (1598), de Saint-Firmin et de Saint-Paul (1600) sont en français (2). A cette date, le provençal ne persiste plus que dans un prix fait de 1523, pour la tour Saint-Benezech ; en 1561, dans une enquête sur les cloches détruites par les hérétiques (3), et dans quelques quittances et mémoires concernant les consuls de la mer (4).
Mais depuis le début du xvi® siècle, l'emploi du français s'est généralisé dans tous les registres, dans tous les fonds d'archives. Même un statut de l'Université est en français en 1527 et non en latin ; le Liber procuroton's, qui sert d'Annales Universitaires, renferme, en 1534, des comptes français, et, après 1540, des actes notariés de même langue. Voilà donc une ville qui, pendant deux siècles et demi, depuis l'établissement du pouvoir royal dans le Midi, a maintenu, comme Toulouse, et malgré les circonstances favorables à l'adoption du français, la pratique presque exclusive de l'idiome, qui a servi d'emblème et de désignation au pays. Et, peu après la guerre de Cent ans, dès la réorganisation du pouvoir central, elle est pénétrée et comme conquise par l'influence et par la langue françaises. Il y a là certainement un lien de causalité. Et l'historien de Montpellier, Germain (5), a rapproché ces deux faits, la déchéance politique de Montpellier et l'abandon du roman dans sa chro-
(1) GuiRAUD, Recherches topographiques, etc.
(2) Les mutations y sont encore portées en roman.
(3) j\lém. Soc. arch. de Montpellier, lOFt, Berthelé, Anciens textes campanaires ; d'après Arch. mun., série DD : « Requort sic a toute personne de la demoulessoun de as églises per les Eretiques, dans la ville de Mounpelic tant deors que dedans, ansamble toutes les cloches rasées et foundudes... »
(4) Im>. som. Arch. dép. Hérault, série A-B. Un mémoire (1500-1537) concernant les censives du consulat de la mer est en roman ; un autre (1557) contient des reçus romans ; un livre de recettes (1556) est en français, mais Ic.s vocables romans y abondent. 11 semble que le consulat de la mer ait été plus longtemps conservateur que les autres institutions de Montpellier.
(5) Germain, Hist. de la corn, de M., t. II, p. 207. « L'autorité souveraine d'un maître unique a détrôné nos vieilles libertés locales... Tout est devenu français dans la r,hronii]uo tomme dans la ville de Montpellier. »
nique. D'autre part, et bien que la vie provinciale soit moins sensible que de notre temps au rayonnement des villes maîtresses, celles-ci en quelque mesure, donnent le ton : Montpellier, • — comme Bordeaux, comme Toulouse, comme aussi Nîmes, ■ — francisée dès l'aube du xvi^ siècle, prête à collaborer au renouveau des études qui s'annonce, sera pour le pays qu'elle commande, comme une succursale de la culture française. Comme prémice de ce changement, l'Université se francise vite ; on y voit Jean Falco, candidat à la charge de chancelier, commenter en français les œuvres de Guy de Chauliac ; en 1528, on joue une facétie : ydiomate communi (1), et une sottie : « Qua monstraverunt Resurrectionem abbatis auxilio justicie factam « (2). En 1527, on a joué une moralité : Le chapeau du Prince dwin, encore une autre en 1533 (3). Malgré l'ambiguité du terme ydiomate communi, c'est en français que ces représentations ont lieu, vu la composition de l'auditoire scolaire, vu les sujets, vu les formes dramatiques. C'est la littérature et l'esprit français qui ont pénétré ici avec la langue et l'exercice effectif de la souveraineté : trois faits que nous rencontrons partout et toujours indissolublement liés.
Autour de Montpellier, l'expansion du français se constate également : le compoix des Lattes, en 1547, celui de 1577, sont en français légèrement contaminé ; de même celui de Castelnau-le-Lez (1C03) ; à la Verune, les comptes encore dialectalisés en 1527, sont français dans la seconde partie du siècle (4), L'usage de la ville se répand par rayonnement immédiat, dans les zones suburbaines, et, dès 1540, le roman écrit prend le caractère d'une survivance.
A Nîmes qui est, avec Montpellier, la ville la plus en vue de la région, la substitution du français au roman s'effectue aux
(1) Mém. Soc. arch. de Mont., t, II, 2 fasc, 1901. Revilloud, La Renaissance à Montpellier, p. 235 et 256.; L. Guiraud, La Réforme à Montpellier {Mém. Soc. arch. de M., 2^ série, t. VI, chap. ii, p. 45 et sqq.) « Sententiam quandam ydiomate communi compositam que stantes ad tantum risum provocavit ut inter comedcndum se putarent reges » {Arch. Fac. Médecine, S. 2, fo 73).
(2) Ibidem.
(3) Mém. Soc. arch. de M. Guiraud, La Réforme à Montpellier (1918), pp. 40, 44, et aussi 45. En 1533, une autre moralité <i le miroucr de la Foy et autres choses pour les jeux ».
(4) Guiraud, Recherches topo graphiques, etc.
mêmes dates. Jusqu'au milieu du xv^ siècle, la langue normale du pays est, avec le latin, celle des autorités locales, des affaires communales, des relations avec les gens du Midi, avec les puissants seigneurs d'Armagnac et de Foix : des preuves surabondantes en sont fournies par Ménard (1). Mais autour de 1450, le français commence à usurper tout au moins la place du latin, non seulement dans les rapports avec l'administration royale, mais aussi dans les pièces destinées aux méridionaux. Déjà, en 1431 (2), une lettre du comte de Foix est en français ; en 1481, un accord entre les députés des villes du Languedoc pour élire un facteur à Arras est écrit en français qui est déjà la langue usuelle des États de la province. Cette innovation ne dépasse pas encore les cercles administratifs, ce qu'on appellerait de nos jours, les hautes sphères officielles, la population nîmoise reste encore, dans l'ensemble, fidèle à l'idiome local : les actes municipaux ou notariés n'admettent que lui à suppléer le latin.
Nous voici après 1470. Une chronique de Nîmes raconte qu'en novembre 1472, à l'arrivée du nouveau sénéchal, Anthoine de Castelnau (3), les consuls, les officiers du roi, les notables de Nîmes se présentèrent à lui, et lui adressèrent une harangue ^'erbis çulgaribus. Il est probable, malgré l'équivoque du terme, et en raison de l'assistance où figurent des fonctionnaires royaux, que l'orateur s'exprima en français, et non en roman. En 1482-83, vint à passer le roi de France et des porteurs de panonceaux et oriflammes, criaient (4) : « Vii'a le roy et monseigneur le Dauphin. » On a vu ailleurs qu'en des cérémonies analogues et de date plus récente, les vivats étaient relatés en roman. La chronique (5) sus-mentionnée, qui est attribuable aux dernières décades du xv^ siècle, comporte du latin et du français, français maladroit et qui dénote un rédacteur encore novice (6).
(1) Ménahd, Ilintoire cis'ile, ecclésiuslique et littéraire de la ville de Nîmes, avec notes et preuves. Il y a une grande abondance de pièces justificatives.
(2) Ménard, t. III, preuves.
(3) Ibid.
(^) Ibid. D'après les comptes de 1482-1483 (t. IV). (ô) Ménard (t. III) donne des extraits de cette Chronique. (<)) En 1498, nouveau passage du roi ; les enfants portent des étendards et crieot : Vive le roy, Inv. som. Arch. com. de Nîmas, t. II,
Puis la réforme va s'introduire dans les divers actes de l'administration municipale (1) : les délibérations étaient en lalin ; après une lacune, elles reparaissent en 1508, avec une rédaction composite où le latin et le français se mêlent à des lambeaux de roman. Les comptes des clavaires sont en latin, avec des pièces justificatives et des quittances en roman, tout le long du xve siècle. Le registre de 1495-1506 admet le français avec le latin ; celui de 1518 n'admet plus que le français. Le roman s'emploie encore en cette fin de siècle, dans la Taule del possessori de Nisme (2) (1479), qui est une sorte d'estime préparatoire à l'assiette de l'impôt, dans le règlement de l'hôpital de Saint-Ladre (1486-87), dans un inventaire des pièces d'artillerie et des meubles de l'Hôtel de ville (1487-88), dans un règlement pour les apothicaires (1491), etc., où l'infiltration des formes et locutions françaises est très sensible. Puis vient le français (3) : 1508, vote de fonds pour la réparation de l'horloge ; 1511, rôle de ceux qui ont payé leur « arnoys » ; 1519, arrentement des tours ; 1516, requête des consuls à ceux de Toulouse. Plus tard, le compoix de 1544 est en français ; le registre de baptême de Saint-Castor commence en 1568 en français.
Le début du xvi^ siècle marque donc la disparition du roman à la maison commune. Qu' arrive- 1- il chez les notaires ? Jusqu'aux environs de 1500, ils emploient le latin comme langue fondamentale (4) : tels sont : Dionisi (registre de 1414-1418, E 658) ; Dorfeuil (registre de 1467-68, E 659) ; Amelher (1478- 98) ; Cortesi (1480-82) ; Albenas (1483-93) ; Fabre (1491) ; Dapchuel (1495-1501) ; le roman apparaît, quelquefois, et surtout dans les mentions de lieux-dits, ou de rues. Girardi, qui emploie le latin, insère en 1500 un acte relatif à un séquestre en. français (5). J. de Costa, de même, insère quelques actes français dans ses registres entre 1495 et 150 7 (6). Louis Las-
(1) Ini>. som. Arch. com. de Nîmes. Beaucoup de ces pièces sont publiées dans Mknard, t. IV.
(2) Mém. de l'Acad. de Nîmes (1896). Bondurand l'a publié sous ce titre.
(3) Itii'. som. Arch. com. Nîmes. Voir passim, aux diverses séries dénombrées dans ce recueil.
(4) Inv. som. Arch. dép. Gard (E. suppl., t. II et t. III). (.5) E. 667 et sqq.
«omet, au début d'un reoislre latin de 1497 à 1510 (E 710), inscrit une poésie française, dialogue de l'homme avec Dieu :
Je te prie que sans dcffault Nuyt et jour te souveigne Que une fois mourir fault Quoy que après en adveigne... etc.
Le registre (1495-1514, E 721) du notaire Pinholis, contient un accord entre les consuls et les chapeliers (1499), dont les clauses sont lues layca lingua, et un autre acte en français, puis, en 1511, une sentence arbitrale en roman. On est entré dans une période d'hésitation, au cours de laquelle le français s'insinue timidement. Mais le même notaire continue encore la rédaction latine (registre de 1522, E 722). Ainsi font encore les autres notaires (1), tout au moins jusqu'en 1530.
Chez M® Daudé, un registre en latin (1526-1536) porte un témoignage explicite de la pénétration française : c'est un inventaire du château de Latour qui relate « les Canonic{ues des histoires en françoys, un autre livre de Merlin en françois )) (2). Toutefois ce notaire emploie le latin jusqu'en 1540. Pierre Maltrait (1527-1529) a, parmi ses actes latins, une collation de la chapellenie de Notre-Dame à Marguerites (1528), dont le texte semble avoir été expliqué en langue d'oc : « cujus instrumentum jam insimul legi et verbis vulgaribus explanari audierunt » (3). Arnaud Noyre emploie le latin en 1530-1531, et le français à partir de 1540 (4). Etienne Sanhier, dans son registre de 1533 et 1535, emploie le latin et le français. Une mention du passage des rois, sous forme de note, est en français (5) (1533). Une allusion est faite aux ordres royaux de 1533, Le sénéchal les a lus, et il les résume : « item que les notaires réciteront les instruments comme les parties se accorderont et an lenguaige vulgar des parties que passeront les
(1) Pascalis (1506, E. 718) ; Ant. Martin (1519-1526, E. 712, 713) ; Guossi (1521-1529, E. 668).
(2) Ibid., E. 657. Irn'. (Série E, t. II, p. 371).
(3) E. 711 (1527-29). Irn^. Série E., t. III, p. 3'i).
(5) « L'an mil vxxxiii et le vendredy xv de juliet passa la Royno au portes de Nismes et cocha a Bcrnis ; le jour Sainct Loys, entra le roy a ISisme, royne et ses enfants. »
contraulx ^1). » Jean Ursi (2) le vieux, dans le registre (1537- 1540), emploie tour à tour le latin et le français ; après 1540, il ne conserve le latin que pour les actes concernant les affaires ecclésiastiques, et s'adonne au français. Jacques Ursi emploie le français et le latin dans le registre 1537-1540.
Les collections propres à chaque étude notariale, sont trop discontinues pour qu'on puisse atteindre aux précisions souhaitables. En rassemblant ces éléments décousus, voici ce que l'on constate : pour le latin, quoique battu en brèche après 1530, et malgré le mandement de François l^^, de 1533, pour les notaires du Languedoc, il se perpétue jusqu'en 1540 ; visant le roman, on l'emploie sporadiquement jusqu'en 1520, rarement après ; quant au français, plusieurs notaires savent en user dès la fin du xv^ siècle ; il reste rare jusqu'en 1530, devient plus fréquent entre 1535 et 1540, et triomphe définitivement après. Ni les Ursi, ni les Bruguier, ni les Corniaret, n'emploient le roman dans la seconde partie du siècle. Mais il faut ajouter que leur français est tout à fait hospitalier aux termes techniques locaux, dans les testaments, les inventaires, les actes passés avec des ouvriers et, qu'à lire ces textes, on reconnaît à quel point cette francisation est superficielle comme un léger vernis (3).
En somme c'est la première génération du xvi^ siècle qui à Nîmes, est devenue française. Transformation définitive ! Par la suite, tous ceux qui écrivent, se servent du français : les
(1) Ibid. Inv. Série E., t. III.
(2) E. 727, E. 761 et sqq.
(3) Voici des extraits probants : Inventaire de meubles (1550), E. 770 : le mas bien fermé avec sepon et clefs... une pastière a quatre pieds et table par dessus pour manger... une trenque ou descaussadoire large devant... une fuste qui va du loing au méjan pour fère coucher la polhale... le trelbat au devant dud. mas garni de late de sauze et forquatz... » Quittance pour réparation de moulin (E. 779) (1589) : « le rodet, le padenan, et lanterne du moUin neuf, la fasson de la grand rode, le coup, et escastre... et pour avoir tumbé ung pibou (peuplier). » — Donation, faite par M. de f. laveyrolles, ministre réformé de Galars;u€s (E. 798, 1601) : « un lict nommé litouche avecque sa couverte... la petite pastière pour pestrir son pain... ung peirol et le petit peyrollet pour laver le ménage, et le cremal et crémaillères, sertan, grisie, gratu7.e, ouïes, toupins... un calel... une pinte d'ung pichier, une feuthelle, une aiguadièrc, etc.. » Notons qu'ici, il s'agit d'un homme instruit, puisqu'il est pasteur, et que nous sommes au xvii*^ siècle (Inv. som. Arcli. dép. Gard, E. sup.. t. III, pp. 134, 157, etc).
journaux et mémoriaux des particuliers, très nombreux après 1550, sont en français (1) ; le règlement des apothicaires qui, en 1491, est en roman, est renouvelée en 1574 en français, et il y est dit (art. 5) : « l'examen sera faict de la part des maîtres en françois ou en latin, comme leur plairra mais le repondant ne sera tenu qu'au langage vulgaire, s'il n'est exercé au latin (2). » Et le vulgaire désormais n'est autre que le français.
Les deux villes capitales du Bas-Languedoc, Montpellier et Nîmes, s'ouvrent délibérément à la langue française dès la fin du xv^ siècle : si le parler local s'attarde encore çà et là coinme langue écrite, cependant les municipalités et les notaires entrent dans une voie nouvelle ; de l'une et de l'autre, semble-t-il, sont partis le signal et l'impulsion d'un changement qui affectera, à bref délai, tout le territoire à la ronde.
Quelques villes, d'importance moyenne, se francisent en eiîet à la inême date : Pont-Saint-Esprit, Bagnols, Beaucaire, Saint-Gilles, Aigues-Mortes, étapes le long de la vallée du Rhône, sur la route de Lyon à la mer.
A Pont-Saint-Esprit (3), une inscription du xv^ siècle est en langue bâtarde : le cartulaire de l'hôpital, qui est en latin, a quelques actes français, dès la fin du xv^ siècle. Une transaction entre les recteurs et le cardinal Julien de la Rovère (1496), comporte des clauses en français, dans un acte latin ; en 1499, une autre transaction, avec sentence arbitrale, est en roman contaminé qui annonce l'invasion prochaine du français. Toutefois le compoix de 1515 est encore en roman.
^l) Ménard, op. cit., t. IV. Il y en a plusieurs de publiés comme pièces justificatives. Journal anonyme, 1551 ; Journal de Jacques Davin, 1556 ; Journal anonyme, 1557 ; Journal de Pierre Bompar, 15GI, etc. Ils sont tous en français.
(2) Mém. Acad. .Vîmes, 1879. Puecii, Les chirurgiens^ les médecins, /&$ pharmaciens d'autrefois, à Nîmes.
(3) Cf. BuuGuiEK-RounE, Chronique et Cartulaire de Pont-Saint-Esprit, Publié en appendice, in Mémoires de l'Acad. de .\îmes (1892 et sqq.). Une inscription non datée est relevée dans les Mémoires de V .Xcadémie du Gard (1872) : « iohan batalhart menestricr de l'arsivesque de Iho (Lyon ?) payet aquesta peira. »
A Bagnols-sur-Cèze, les notaires écrivent en latin ; mais «ntre 1493 et 1500, on relève souvent des actes en langue d'oc et des actes français. Les renseignements les plus précis sont fournis par le livre de raison de Guillaume et d'Antoine de Bagnols (1). Guillaume, qui écrit au milieu du xv^ siècle, emploie le latin. Antoine, qui s'est marié en 1463, écrit en langue du pays vers 1481 ; une lettre du notaire de Saint-Ambroix en roman, montre quel est l'usage général ; d'autre part, les dernières pages, écrites par Antoine, annoncent la contamination de la langue, et le voisinage du français (2). Son fils et successeur, Pierre, écrit en roman, en 1499, et en français en 1502. La dernière génération du xv^ siècle assiste à l'invasion du français, et y participe : la génération suivante, qui va fleurir au début du xvi^, est déjà habituée au français et capable de l'écrire.
A Beaucaire (3), les compoix de 1390 et de 1460 sont en roman, ainsi que des comptes ultérieurs ; les délibérations sont en latin ; le français apparaît dans une liasse de 1514 à 1519 ; certainement il fut ici connu d'assez bonne heure, puisqu'il est employé dans une criée relative aux foires de 1499 (4), Mais la population reste attachée au parler local. Un curé de l'endroit (5) ayant prononcé des propos imprudents, est obligé de se rétracter en chaire : il s'adresse à son auditoire en roman, et son petit discours est un spécimen de la langue parlée alors : « Messieurs et donas, commence-t-il, el es vray que l'an passât, en caresme, un dimanche, fasen les anunchies, je vous aviez dit que vous vencjuessiais confessar de bono horo... etc.. » Le parler local dégénère désormais en patois, sous l'influence indéniable du français. Ultérieurement les actes français se multiplient dans les archives communales (6).
(1) Bull. Iiist. el phil. du Comité (1886). Communie, de Boislisle.
(2) Extrait : « l'an 1494, ha fet an le pais d'Usege, tant et si grant vent de bisa que ha tumbi plusieurs maisons he teulices et chaminées... »
(3) Jiuf. som. Arch. comm. de Beaucaire (1867), par Lamothe.
(4) Revue des Soc. sav., 1878, p. 405-7.
(5) Revue des Soc. savantes (1877, p. 193 et sqq.) ; document communiqué par Lamothe (1501).
(6) En 1538, une inscription tumulaire : « maistre Jehan Bourdeau, bourgeois de la ville de Beaucaire qui trespassa l'an 1538, et le 14 Février... ■ Mém. Acad. Gard (1871), p. 116-117.
A Saint- Gilles, les notaires écrivent en latin ; chez M^ Louis Giraud (1), dès 151G, une déclaration du procureur du couvent est en français, ainsi que plusieurs pièces subséquentes. Déjà sévit ici le jargon franco- roman, dont on a des preuves en 1525 et en 1529 (2) ; dès lors, le français se multiplie : procuration donnée par le consul de ville (1531), délibération du chapitre (1537) ; le latin surnage dans le registre de 1537 à 1540, et disparaît ensuite. Quant au roman, on le trouve ici pour la dernière fois dans un arrentement suivi d'un inventaire en 1541. Dans l'étude Robert, mêmes faits : des actes, ventes et prixfaits de 1496 ont beau faire la part belle au parler local, le français se sent déjà (3). Une curieuse recette médicale contre la peste (1500) est en français, puis c'est un inventaire d'Eglise (1502-1503), des baux à besognes, où le latin, le français et le roman sont amalgamés d'une manière fantaisiste. En 1516, une lettre à l'abbé de Saint-Gilles est écrite de même (4), et encore en 1518, un inventaire. Les registres de ce notaire s'arrêtent là. Ils montrent que le français s'introduit dans le discours, dès le début du siècle, et ils trahissent l'embarras du public et des écrivains, avant la substitution. Un registre de l'étude Moulin (1527-1530) est en latin avec des actes français. Enfin les actes d'Antoine Giraud, qui commencent en 1539, sont en français ; mais dans la trame française de la phrase sont enchâssés en fovile les termes dialectaux.
A Aigues-Mortes (5), les délibérations romanes au xiv® siècle, disparues pour le xv^, sont en français au xvi^, en 1515. Le français s'emploie dans les comptes consulaires depuis la liasse 1475-1509. Ces documents sont très fragmentés. En tout cas
(1) lîw. som. Arch. dép. Gard (Série E, sup. t. III. Notariat do Saint- Gilles).
(2) Il y a une convocation de Jacques Beaumont prieur d'Aubenas qui a répondu : que combien que l'on l'eusse deschassé de l'abbaye... que si trobarié., Ibid. 1529. E. 902.
(3) Acte de l^i9G : lo rodet sive la grand rode dcsoul/, l'aiguë molendini Rhodani cum son garniment et brasses ligni de chayne.
(4) Eettre de Falcon à l'abbé de Saint-Gilles : Mossenhor très humblament a vostre bonne grâce me recommande, Mossenhor advertisse vostre Seigneurie comment ycy es l'abbat de Sainct Euseby que s'abadin dcppent de vostre commandarie de Saint Gilly loqual se appelle dominus Jacobu» Comclly presbytor... etc.
(5) Irn>. som. Arch. dép. Gard (Série E. sup. t. 1) Aigues-Morte».
le français, dès 1546, règne dans la ville, puisque le conseil décide que « les consuls feront veoir les privilèges de la ville par quelc[ue homme de sçavoir pour déclarer lesdits privilèges de latin en françois, afin (jue l'on en puisse bien entendre les mots (1). )) Il est notable, en revanche, que les comptes de l'église collégiale soient encore en roman en 1564, et c{ue le français y apparaisse seulement en 1580 (2).
Il y a dans tous ces documents et dans toutes ces localités une concordance frappante. Le latin et le roman survivent jusqu'à 1540 et c[uelquefois un peu au delà, mais les actes proprement français apparaissent dès 1490-1500 ; les papiers où s'inscrit l'image directe de l'usage commun, propos tenus, lettres, etc., révèlent un état de désagrégation et de confusion, par où se marque la pression irrésistible du français, qui descend la voie du Rhône. Les villes riveraines sont gagnées, en même temps c[ue Nîmes et Montpellier, et cette invasion va occuper toutes les zones, prendre une amplitude c{ui n'épargnera pas plus les villages que les villes. On le constate pevi après à Uzès, au \ igan, à Alais, à Béziers.
A Uzès, seuls les vicomtes de ce nom emploient le français au xv® siècle. L'un d'eux, Jean, signe en français des lettres et quittances de 1464, 1478, 1484 (3). Dans la ville, les archives municipales (4) sont pauvres pour la période de transition : les délibérations sont en latin, mais il y a une lacune de 1424 à 1578. Les autres séries sont latines également. A la fin du xv^ siècle, le français apparaît parfois, par exemple dans une enquête portée devant le sénéchal de Nîmes à la requête des consuls, contre l'évêcjue et le vicomte : c'est une pièce de procédure. Dans les comptes (5) de recettes et dépenses du couvent des Cordeliers, en latin, il y a quelques feuillets en roman de 1520 ; après 1540, c'est le français. Les archives notariales (6) sont plus explicites : dans un registre de 1470-71 en latin, on relève une lettre en français de 1470, adressée par Guillaume de Laudun, seigneur de Montfaucon, à Maugras, sacristain de
(1) Ibid., p. 6.
(2) Inv. som. Arch. dép. Gard, série G, 1876.
(3) Soc. scientif. et îiltéraire d' Alais, t. V, p. 244 et sqq.
(4) Irn'ent. des Arch. communales d'Uzès, Lamothe (1868).
(5) Ibid., série GG.
(6) Ini^. Arch. dép. Gard (Série E., t. IV). Notariat d'Uzès*
la cathédrale, ainsi qu'une procuration du même à son secrétaire ; en 147G, autre pièce française, concernant le inême personnage ; dans un registre (1483-1485), il y a une procuration en français, dressée par le secrétaire et garde du scel de Louis de Bourbon, seigneur de Combrailles : ce sont là cas exceptionnels qui s'expliquent par le caractère des intéressés. De 1488 à 152 0 se produit une lacune dans ces recueils, et on trouve ensuite le français mêlé assez fréquemment au latin, quittances surtout, etc. Un procès-verbal d'assemblée des habitants à Blauzac (1535) témoigne que de menues communes admettent déjà le français pour la gestion de leurs aiïaires. Enfin, dans un registre de Vitalis Mercier, un document curieux nous montre un tailleur de pierre injuriant un notaire, Régis, en roman : puis l'ouvrier fait des excuses en roman, et le notaire lui pardonne en français (1) ; déjà en 1532, est fixé ici le régime nouveau, en vertu duquel le français sera le privilège et le signe de ralliement des classes instruites.
Au Vigan, les actes municipaux sont également clairsemés ; les délibérations (2) ne commencent qu'en 1551 et en français ; d'une part, une criée de 1503, et un compoix de 1500-1510 en roman ; d'autre part, un second compoix de 1563, marquent les dates extrêmes entre lesciuelles la substitution a joué. Mais une indication précise est fournie par un registre de notaire (E 1207) : il y a là deux procès- verbaux relatifs à des assemblées d'habitants en 1527 ; les propos émis par les assistants sont reproduits littéralement ; la plupart sont en roman, quelques-uns sont en français ; on a un peu plus loin une délibération d'habitants entièreinent française ; c'est donc autour de cette année que le français fait de sensibles progrès dans la population du Vigan (3)..
Alais, jusqu'au xv^ siècle, ne connaît que le 'atin et le roman ; le texte le plus notable est le compoix de 1449. Il est bien certain que les gens du pays ne parlent encore que roman, lan-
(1) Jean Vallette, tailleur de pierres, a dit: « Va larron probat, que tu scies meschant bubon. » Puis il demande pardon. « Maistre Régis, pcrdonras me se vous ])las, car so que yeu ay dict es contra veritat et rayson. » Régis répond : « Quant a moy, je vous pardonne, mais je ou rcmes tout à Dieu. »
(2) Irw, sorn. Arch. corn, du ^'igan, Teissieh.
(3) Inv. som. Arch. dép. du Gard (Série E., t. IV), 1524-1528.
gue vraisemblablemeiil emi)loyée dans le Mystère de la Vierge joué en 1445 (1). Une des premières pièces en français est de procédure : c'est un mémoire dressé par l'église d'Alais, à l'occasion d'un différend avec l'archevêque de Toulouse (2) : il contient des dépositions en français (1481). Le roman se maintient dans les compoix du xvi^ siècle, 1512, 1518, 1524, 1535, le latin dans les délibérations : c'est en 1523 qu'on l'abandonne pour le français dans les procès-verbaux des séances du conseil. Après 1540, le latin disparaît, le français le remplace. Il y eut même un engouement pour cette nouveauté, car les régents qui exercent alors en ville sont des francisants originaires du Nord, d'Auvergne, de Champagne, de Picardie ; ils ne pouvaient faire leur cours qu'en langue française (3) et leur enseignement en rendit l'usage sûr et permanent.
Béziers (4) einploie, au xv^ siècle, le latin dans les registres de la Maison consulaire, le roman dans les comptes et les compoix. En 1458, une sentence entre les consuls et les chevaliers de Saint-Jean est en roman (5). Une longue inscription de ()8 vers, de 1458, est le meilleur témoignage, qu'au milieu du siècle, le parler local sert de langue littéraire et lapidaire: c'est une des curiosités de l'épigraphie romane (6).
Les documents en langue d'oc sont plus rares par la suite (une requête aux consuls (7), en 1516) ; et le français paraît
(1) Soc. scientif. et litt. d'Alais (1870, p. 386-387) ; Hombres, Alais, ses origines, sa langue, ses chartes : « certum ludum sive moralitatem transitas Beatae Mariae quam per certos iucolas et habitantes dictae villae Alesti fieri et ludi faciebat. »
(2) Rev>. Soc. sav. des départ. (1869, p. 281). Une partie de cette procédure est en latin : elle contient l'exposé des motifs ; l'autre partie est l'enquête elle-même : elle contient des dépositions qui sont en français. Dans le cas où ces dépositions n'auraient pas été exprimées en cette langue, mais traduites par un greffier, on saisit ici sur le vif l'influence de la procédure sur l'expansion de la langue royale.
(3) Soc. scientif. et litt. d'Alais (Mém. et comptes -rendus) ^ 1890, t. XXI ; Bardon, Les écoles d'Alais sous l'ancien régime, p. 16 et sqq.
(4) La plupart des documents intéressant Béziers ont été publiés dans le Bulletin archéologique de cette ville.
(5) Bull. orch. Béziers (1886, p. 181),
(6) Bull. arch. Béziers (3^ série, t. IV, 1866-1868, p. 335). Cette inscription a pour sujet une condamnation qui frappa le sieur Jacques Lauris, consul.
(7) Rei'. Soc. sav., VIP série, t. VI, 1882, p. 147 et 324, communiqué par
SOUCAILLE.
admis comme langue municipale (règlement de police, 1533) ; l'ancien tarif de la leude est traduit en français, comme à Narbonne, comme à Carcassonne, par M. de Puimisson, juge, en 1544 (1). A l'entrée de l'évêque, en cette année-là, le serment est en langue du pays, et le compte rendu de la cérémonie en franco-roman ; en 1556, au contraire, la harangue faite à l'évêque est en pur français, ainsi que le serment (2).
Ce sont partout les mêmes dates qui encadrent le phénomène : on peut en fixer les étapes avec précision grâce aux chroniques locales (3). La première, du xiv^ siècle, celle de Jacques Mascaro, est en roman. La plus instructive pour nous, celle de Régis, commence au xv^ siècle : elle est encore en excellente langue du pays, et le français n'y figure que par une lettre de 1450, venue du roi. En 1497, une note sur la mort de Charles VIII est en français, mais le roman est plus que jamais de mise dans les procès- verbaux d'élections consulaires, objet principal de ce recueil. En 1506, un texte relatif aux impôts est en français, et le roman qui subsiste se manifeste contaminé dès lors (4). Cette contamination s'accuse après 1513, bien que certaines portions du texte présentent une langue moins adultérée. En 1516, il est signalé qu'une lettre du roi a été publiée, mais on ne dit pas en quel idiome. Le procès-verbal de criée est en roman. En 1520, les élections déterminent une bagarre, le procès-verbal relate les propos échangés entre adversaires, ils sont en roman. Les procès- verbaux d'élection tiennent désormais la plus grande place, et sont en roman jusqu'en 1531, en français pour les années suivantes. Le compte
(1) Bull. arch. Béziers (t. II, 1837, p. 43). Extrait de la chronique de Mercier : le 5 avril 1544, l'ancien tarif de la leude fut traduit en français par M. de Puimisson, juge.
(2) Bull. arch. Béziers (t. I, 1836, et t. III, p. 172, t. IV, p. 25).
(3) Bull. a,ch. Béziers (t. III, 1839-40). La chronique de Régis et Mercier est une compilation élaborée au xvi*, à l'aide des archives.
(4) Les procès-verbaux d'élections consulaires portent les listes d'élus avec leur profession. Voici comment se francisent peu à peu ces noms de profession : 1488. licenciât ; 1497, mercier ; 1500. licenciât en leis ; 1515, notari ; 1518, borgcs, notari, paraire, fustior, coyraticr ; 1519, borgcs, notari ; 1520, doctor en Icys, merchant, paraire, laborador ; 1521, mercier, bacheHer en leys, notaire royal ; 1522, borgcs, marchand, mazelier, laurador, fabre ; en 1532, docteur en droitz, marchand, mazelier, laboureur sabatier... L'évolution est très sensible, à partir do 1520 ; elle est accomplie en 1532.
rendu de l'arrivée du roi, en 1533, est en français (1). Le roman reparaît par hasard en 1573, dans un procès- verbal, et en 1587, à propos d'un horloger. Une chroniciue rédigée, au xvi® siècle, par Et. Estoriac, est en français, de même une autre de Louis Charbonneau. Les procès-verbaux de visites pastorales et autres documents de provenance ecclésiasticjue, sont en français et non plus en latin, à partir de 1540.
Persistance du roman jusqu'au xvi<^ siècle, infiltrations du français après 1490, substitution définitive d'un parler à l'autre, entre 1515 et 1535, c'est une histoire commune à toutes ces villes du Bas-Languedoc. Des villes, le mouvement se propage rapidement dans les campagnes circonvoisines. Aux approches de Béziers, on trouve en roman (2) : un acte relatif aux mines de Boussargues (1482) ; un contrat de mariage pour Guillaumine de Thesan, en 1482 ; une transaction entre le seigneur et les habitants de Meyruel (1501) ; un mémoire d'Espondeilhan contenant une réquisition adressée au procureur du roi à Béziers pour la conservation des droits royaux (1517) ; un compoix pour cette même localité (1533-1539). Mais déjà on rencontre le français dans ces parages, et après 1540, il a éliminé latin et parler local (3).
JJurant ce deini-siècle, le français est de même adopté partout ; la généralité de cette transformation, son caractère simultané, éclate en pleine lumière, quand, faisant abstraction de toutes présomptions tirées de la position géographique, de
(1) Bull. Arch. Béziers (t. 1er, ^335^ p 26).
(2) Documents signalés, in Pasquier et Olive, Le fonds Thézan aux archives du château de Lérarh, Montpellier (1913). En sous-titre : La famille de Thézan et ses fiefs dans VHérault.
(3) Notre enquête, pour les localités examinées, a porté sur les archives civiles. Dans les archives ecclésiastiques, on constate, aux mêmes dates, le même changement. Voir Inv. sorn. Arch. dép. Gard, série G et H. On y relève : à Nîmes, des lièves de censives^ des registres de comptes, 1555-57, en français ; à Saint-Gilles, des actes variés du xvi^ siècle ; à Beaucaire, un livre de reconnaissances féodales, 1545, en français ; pareillement à la Chartreuse de Villeneuve-les-Avignor,
l'importance relative des localités, on les examine tout simplement par ordre alphabétique.
AiMARGUEs (1). — Au XV® siècle, la langue d'oc règne souverainement dans les documents relatifs aux impôts, compoix, livres de « présages », rôles d'habitants, comptes et pièces adjointes, titres de propriétés, reconnaissances, relevés des redevances payables ou payées à la Charité (1470, 1476, 1493), lettres, etc. Un fragment de livre de raison d'un habitant nommé de Bornier, achevé en 1480, est en roman. Pour cette période on constate bien çà et là des infiltrations françaises, dans un livre d'imposition de 1474, dans une cjuittance de 1488, dans vine lettre non datée écrite par un avocat de Nîmes à la communauté, et dans une lettre des consuls de Nîmes, de 1488, aussi dans les rapports avec les États de la province. Tout se borne là. Entre 1500 et 1540, le roman persiste dans les comptes, les pièces diverses, dans les compoix (1525), dans les livres de la taille royale de 1522, 1526, 1530, dans un fragment de journal concernant la garnison (1525) ; mais les relations administratives avec la sénéchaussée, avec les Etats se multiplient ; et après 1510, les pièces en français deviennent abondantes ; les procédures fournissent aussi de nombreuses occasions d'employer le français. Chaque langue a sa part respective : pour les affaires intérieures, c'est le roman ; pour les affaires extérieures, toutes celles où intervient un agent ou un organe du gouvernement, c'est le français. Une pièce officielle : liste des prétendus nobles de la viguerie, non datée, est en français, puisqu'elle est destinée à l'autorité, mais elle porte des annotations en roman.
Après 1540, les comptes seront en français, le registre des baptêmes protestants, qui commence en 1560, est en français. Mais il est notable que les pièces intéressant les habitants du lieu conservent encore le parler local. Un compoix de 1556, un autre de 1579, est en roman, bien que ceux de 1559 et de 1561 aient été écrits en français. Un compte de bétail, un mém oire de fournitures faites pour « la notvena de mossenhor » (1575), sont encore en roman. Ainsi, dès le début du siècle, il y a, au corps communal, un noyau de francisants, mais le roman
(1) Ini'. .som. Arch. dép. Gard [SC-v'ic E.^ t. I). Commune d'Aimargues. Toutes les indications qui suivent sont tirées de là.
Brun 19
a beau perdre de son prestige, il ne perd rien de son utilité ; et il n'est éliminé qu'en 1580. En 1618, la révolution est ici' encore consacrée par la traduction en français des « tiltres » latins, contenus aux archives de la commune.
Aramon (1). — Les séries de comptes et de délibérations font ici défaut, mais le compoix de 1478, le livre des caritadiers de l'hôpital (1498 à 1506), attestent que le roman est d'usage normal ; le compoix de 1517 est déjà écrit en franco-roman : les criées de la ville de 1523 aussi ; le français a pénétré dans la vi'.le : dénombrement d'habitants (1503), pièces de procédure, titres de propriétés, actes divers chez les notaires entre 1510 et 1535 accusent ses progrès. Une transaction contenant les privilèges et les franchises de la ville (1532) prouve qu'il s'impose, bien qu'il admette beaucoup de termes locaux. Après 1540, il est définitivement établi : compoix de 1560, livre de l'hôpital (1548), comptes, à partir de 1589, délibérations, à partir de 1580 (2) : mêmes étapes chronologiques qu'ailleurs.
Seigneurie de Bernis. — Les archives de la seigneurie de Bernis possèdent des actes notariés latins, et des pièces françaises du xv^ siècle, qui émanent de la sénéchaussée. Le français apparaît dans une cédule, annexée à un dénombrement latin de 1484, dans un dénombrement, non daté, de Jean de Bozène, cosseigneur de Bernis ; diverses pièces du même ordre, entre 1480 et 1503, sont en français, ou en dialecte très contaminé. Un dossier, relatif à l'île de Castellet, est en français, aux environs de 1510 ; le roman survit dans une promesse de Jean de Saint-Gilles (1499), à propos de cette possession. Après 1510, les actes retenus par cette seigneurie sont en français. Chez les notaires de Bernis, mêmes constatations ; il y a des actes français déjà en 1485, ils se multiplient par la suite.
Ganges (3). ■ — Possède quelques registres de notaires enlatin
(1) Irn>. som. Arch. dép. Gard (Série E., t. I). Commune d'Aramon. Mérn. Acad. Nimes, 1898 ; Bondurand, Les criées d'Aramon ; Abbé Valla, Aramon. On trouvera là beaucoup plus de textes que nous n'en signalons.
(2) Le français n'est pas encore très sûr : « pour la réparation de l'ospitaul... estre nécessaire faire ung soullier a la chambre du mellieu et acoutrer la taulisse et aussy acoutrer le soullier de la couzine... » Un péage d'Aramon, de 1218, a été recopié, mais arrangé au xvi^ siècle. On a aussi un règlement du péage (début xvi®) en français.
(3) Communie, de M. Cabanis, instituteur audit lieu.
jusque vers 1498 : à ce moment le roman alterne avec lui ; les premiers actes français commencent en 1515, et se multiplient rapidement. Plus tard l'état civil des protestants est rédigé en français.
LuNEL (1). — Les délibérations commencent en français en 1554 ; le livre des comptes du clavaire est amputé pour cette époque de feuillets nombreux ; en 1517 et en 1528, ils sont en roman ; mais en 1574 ils sont en français.
Seigmeurie de Montdardier (2). • — ■ Ici le roman se prolonge assez tard dans les lièves de censives : on le trouve jusqu'à la fin du XV® siècle. Puis la liève des Ginestous, cosseigneurs de ^îontdardie^, qui commence en 1543, est en francoroman ; le français n'est définitif qu'au xvii® siècle.
MoNTFRiN (3). — - La seigneurie de Montfrin conserve des livres de reconnaissances féodales en latin, jusqu'en 1523 : à partir de 1528, c'est le français qu'on emploie. Chez les notaires, le latin est de règle, mais le roman est admis pour la commodité du public. Le notaire Raymond P. a des actes depuis 1504 ; on y relève un arrentement de 1506 (E 529) fait par Marguerite de Clermont à Pierre du Mazel, lieutenant de viguier, et à Jacques Delmas, lieutenant de baile à Rochefort. Dans le registre 1511-1512, il y a une délibération du consulat de Montfrin en latin ; on y voit cju'à l'occasion d'un procès, les magistrats municipaux ont été délégués à Nîmes, pour consulter un avocat ; ils rapportent la consultation rédigée en deux langues : l'homme de loi connaît le français et l'emploie pour sa profession ; mais, afin de faciliter la tâche du conseil, il a paru expédient d'en faire une transcription en langue du pays. Cette pièce est suivie d'un compromis entre Atontfrin et le seigneur de Lhers, qui est en français (1511). En 1512 (E 534), un prix fait entre un hôtelier de Saint-Etienne de l'Herm et un fustier de Théziers, est en franco-roman ; un acte
(1) MiLLEROT, Histoire de Lunel, complété par communications personnelles de M. Beulie, professeur au collège de Lunel.
(2) Itn>. sorti. Arch. dép. Gard {Série E., t. I). Seigneurie de Montdardier. Extrait de la censive des Ginestous (1566) : « aven comptât an mestre Loys Finial des usages que me donne chesque au que monte : sy vade, tr*- s cczenes, argent 4 deniers, et un journal a poudar. »
(:i) Ibid. (Série E., t. I). Seigiicurie de Montfrin, et (l. Il), notariat de Montfrin.
pour le seigneur de l'Hers, même date, est en français ainsi qu'un inventaire d'hôtellerie. Le registre (1508-1517) (E 541) conllenl des actes de procédures de 1509 à 1519 entièrement en français. On trouve encore (E 542) un inventaire d'objets saisis par le baile, et une vente aux enchères desdits objets (1514) en français avec quelques survivances de roman. Une délibération des consuls (1515) insérée dans la liasse (E 543) prouve que le français devient langue municipale, comme il devient langue de procédure. Les registres ou liasses de 1517 à 1538 toujours en latin, font au français une place de plus en plus importante ; en 1539, celui-ci est devenu courant. De même chez M^ André Dupin : ses actes sont en latin ; en 1527, une sentence arbitrale est en roman, mais une délibération communale est en français ; puis deux actes français en 1528. Le registre 1530-1531 (E 496) a deux arrentements en français ; le registre 1533-1534 (E 499) a un prix-fait en roman, et d'autres actes français, lesquels deviennent abondants autour de 1540. Après l'ordonnance, le français remplace partout le latin, élimine le roman ; le roman subsiste encore dans le compoix de Montfrin de 1548.
Remoulins (1). • — Les ordonnances de police nous sont parvenues depuis 1358 jusqu'en 1583. Elles sont en roman. Le texte de 1500 est encore écrit dans une langue assez pure, et aussi celui de 1529. Pour ne pas heurter la population qui fut peut-être lente à apprendre le français, on conserve la teneur romane jusqu'en 1£83, mais le rédacteur a visiblement perdu l'habitude d'écrire cet idiome local, et certains articles, • — sauf quelques tournures ou expressions, • — • sont décidément mis en français.
UcHAUD (2). ■ — ^ L'étude de P. Brun conserve des actes latins jusqu'en 1539, avec du roman encore en 1499 (procédure avec propos et dépositions), et du français après 1530. Puis le nouvel usage s'établit.
Vauvert (3). ■ — Dès le xv^ siècle, les seigneurs de Vauvert
(1) Cartulaire de Remoulins, par Charvet.
(2) Irii'. som. Arch. dép. Gard (t. IV, série E.). Notariat d'Uchaud.
(3) Mém. Acad. Nîmes (1908, p. 9) ; Falgairolle, Les chartes et transactions des seigneurs de Vauvert. Voici extrait de la lettre du seigneur : « Noste viguicr de Vauvert, nous aven entendut que par de la en voste dit loc se vendent possessions ou autres phies, tenent de nous, que non lia de-
savent le français, comme l'atteste une lettre, adressée par l'un d'eux aux habitants, en 1453, et un hommage au roi de 1475. Dans les actes du notaire Angelin (1), de 1516 à 1535, règne le latin, mais un inventaire de 1533 est encore en roman, et un procès-verbal d'assemblée d'habitants, de 1535, est déjà en français.
Valabrègue (2). — Les actes de Vidal Asagat, conservés jusqu'en 1521, sont en latin ; ceux de Laurent Espiard, de même ; mais souvent le latin est rempli de termes romans : une convention de 1495-1496 a des clauses en roman ; en 1503, 1507, 1510, 1512, 1513, des actes en langue d'oc sont assez nombreux, un seul est en français, en 1513. Les registres de Rivière, notaire, depuis 1517, sont en latin : une délibération avec élection de nouveaux syndics (1522-1523) est en roman ; vers la même date, une ordonnance du lieutenant du viguier sur la chasse est en français ; en 1526, c'est un inventaire ; la langue nouvelle se répand dans le registre vers 1537. Après 1540, on n'en emploie pas d'autre.
Vézenobbe (3). — Dans l'étude de M^ Bernard Odilon, le français apparaît au milieu du latin, dès le registre de 1482- 1509, où est transcrit un couplet de ballade française ; en 1486, une enquête pour réparer le château de Calerac ; en 1490, un acte de constitution de dot dans un mariage entre Ant. de Lestrange, limousin, et Françoise de Montfaucon ; en 1490; un prix fait ; en 1494, un autre ; en 1496, un autre, une enquête ; en 1497, un inventaire, prouvent qu'à la fin du xv® siècle, un noyau d'habitants, dans la région, a besoin d'un notaire capable de contracter en français.
Mais la langue du pays ne perd rien pour cela de sa popularité. En 1491-1494, une procédure contre les sorciers comporte des dépositions en langue d'oc : délimitations, partages, inventaires, enquêtes, prix faits, listes d'habitants, bail pour la garde des chèvres, arrentements, pacte de mariage, se succèdent jusqu'en 1520. Des déclarations, recueillies en 1518,
guu que aye plus pode, licence et authorité de mettre en possession les personnes que aquellos aquisseront... » Langue maladroite, émaillée de formes romanes : c'est le moment où la noblesse locale se francise.
(1) Inif. som. Arch. Gard, série E., t. IV. Notariat de Vauvert.
(2) Inp. som. Arch. dép. Gard (Série E., t. IV). Notariat de Valabrègue.
(3) Ibid. (t. IV). Notariat de Vézcnobre.
« touchant lo inonitori de ocullis iiiipotrat per Monsenhor et Madame de Vezeiiobres », ne laissent aucun doute sur la persistance de la langue. Chez André de Fago, un accord entre le prieur de Deaux (1) et Antoine de; Ueaux comporte des pièces latines et françaises, et des propos tenus en roman (1533). A partir de 1534, des prix faits, des baux, des inventaires sont en français ; après 1537, on n'emploie guère que cette langue. Chez P. Bonis, de même, le latin est employé, sauf à la fin du registre (1481-1511), qui se clôt par des vers français recopiés par le clerc ; en 1533, un acte de tutelle et un inventaire en présence du viguier sont en français, dans le registre de 1535- 1539, le français devient courant : il est seul employé en 1542. Beaucoup d'autres lieux, maints fonds d'archives fournissent à défaut de séries plus ou moins suivies, des documents isolés, et par suite des indications complémentaires dont le groupement aboutit à des conclusions concordantes.
L'usage du parler local transparaît partout jusqu'au milieu du xvi^ siècle ; et tout d'abord par les traductions ou explications verbales de textes latins en roman mentionnées au bas des actes (lettre patente, émanée de Pierre, abbé de Saint- Victor, qui prie le notaire de traduire in romano, 1409) (2). A Genolhac, à un siècle d'intervalle, une charte est ainsi communiquée' au public (1359 et 1463), lilteris lectis et romanaliter explanatis, dit l'acte de 1359 ; per ipsumque notarium infrascriptum alla et intelli gihili voce in romancio et vulgariter explanato, dit celui de 1463 (3) ; à Sauzet (4), un acte latin, de 1486, renferme un inventaire roman, parce que le baile ne connaît pas d'autre langue ; en 1487, le baile de Bernis (5) se fait traduire le texte en langue d'oc, pour la même raison. La tradi-
(1) Chez Bern. Odilon, registre de 1513-1514. Déclaration des droits du prieuré de Vézenobre sur le prieuré de Deaux. Il y a une lettre écrite par le prieur de Deaux : « He me fusse trouvé la, mays non es possible, car j'ay qualques afîères et occupations que me gardent de venir pour le présent. Fares mes excusations. » On voit que le français n'est pas sûr.
(2) Inv. som. Arch. Gard (Série E., t. IV). Notariat d'Anduze.
(3) Ibid., t. II et Mém. Soc. scient, et littér. d'Alais, t. XII, 1880. Coutumes de Genolhac.
(4) Mém. Acad. Nîmes (1908, p. 101). Inventaire en langue d'oc, par Bon-