CHAPITRE XX
Introduction
Tandis que la Gascogne, le Languedoc, le Dauphiné ont été rattachés au royaume par un lien plus ou moins direct, avant la fin du Moyen Age, la Provence demeure un État féodal jusqu'en 1481 : il semble donc superflu d'y chercher, avant cette date, des vestiges de l'infiltration française.
Les comtes de Provence, bien que de souche française, sont, avant tout, rois de Xaples et pratiquent, dans leur comté provençal, une politique d'opportunité, se bornant à reconnaître les privilèges et statuts particuliers, trop heureux d'en tirer des subsides. Ils administrent de loin, au jour le jour et sans préoccupation supérieure. Le roi René lui-même, qui hâta volens nolens, le terme de l'indépendance, malgré son goût des arts et des artistes français, s'il prépara la mainmise royale sur cet héritage, ne modifia en rien les coutumes, les usages, la langue du pays (1).
Selon que l'on interroge les historiens nationaux ou les historiens locaux, on se fait de lui une image différente. Il s'occupa, nous diront les uns, de lettres françaises, il s'entoura d'une cour française, qui ne perdit pas son caractère pour séjourner en Provence ; les divertissements qu'il donna à Tarascon, en son château, sont d'inspiration française ; il a une
(1) Ceci n'est vrai qu'eu gros en ce qui concerne les institutions. Dans le détail, il y aurait à faire des réserves. D'une communication présentée par M. R. Busquet, au Congrès des Sociétés savantes de 1922, il résulte que la politique « provençale » du « Bon roi René » fut moins paternelle qu'une légende élaborée au xviii<' siècle ne le laisse croire.
place clans notre histoire liltcraire, et on lui attribue volontiers riniliative d'avoir acclimaté le français dans son domaine provençal.
D'aulre part, la légende accréditée dans le pays le représente comme afîable avec ses sujets, se complaisant à parler leur langue, en bon souverain de 1 ergerie : « René le Bon, dit la Statistique, vécut au milieu de ses sujets comme un père au sein de sa famille. La langue du pays devint la sienne et il la cultiva pour la perfectionner et la répandre. Il encouragea les poètes et les écrivains nationaux. Il voulut que le provençal fût la langue de la Cour (1). » Tradition chère aux historiens provençaux, mais dont il est donné de trop rares justifications.
La vérité doit emprunter aux uns comme aux autres : René fut français de goût comme angevin de race, et ne houspilla ni les Provençaux ni le provençal. Il y aurait excès à voir en lui un propagateur de la langue française, mais il n'est pas davantager un adepte fervent du provençal (2). Il ne changea rien de ce qu'avaient fait ses prédécesseurs : seule sa présence plus fréquente, à Aix, à Tarascon, à Marseille, fut pour ceux qui l'approchèrent l'occasion de parler français : son action personnelle demeura circonscrite, elle rayonna peu au delà de sa résidence. Les pièces d'archives qui se rapportent à son règne et c{ui émanent de sa chancellerie ou de son entourage, sont indifféremment en français, en latin ou en provençal (3) au gré de celui qui écrit, comme il se pratiquait auparavant. On n'y démêle aucune arrière-pensée de système.
Le latin cesse, à dire vrai, d'être la langue fondamentale : on le trouve dans les Privilèges des Baux (1435) ; mais le français est assez usuel ; une lettre de 1455 adressée en son nom aux baille, capitaine, syndic et conseil de Sisteron (4) est en français ; il y en a de pareilles à Brignoles (1472), à Toulon (1466).
(1) Statistique des Bouches-du-Rhône (t. III, p. 197). ||
(2) Sou indifférence en matière de provençal se marquerait par ce simple îait : le catalogue de sa bibliothèque ne porte pas de livre en provençal. Le roi René, par Lecoy de la Marche, (t. II, p. 190).
(3) On trouve dans les archives des communes provençales des actes, des privilèges octroyés par lui, dans les trois langues. Les réponses aux requêtes des États, sous son règne, sont de même en latin, provençal ou français, plutôt en français à la fin du règne.
(4) Laplane, Histoire de Sisteron (t. I, p. 565).
Parmi les fonctionnaires administratifs, les trésoriers généraux (1) rédigent leur comptabilité en français dès 1419, tandis que les recettes et dépenses des clavaires de la Chambre des comptes d'Aix sont en latin. Les claveries secondaires (2), Moustiers, Sisteron, Tarascon, Brignoles, Forcalquier, Grasse, Hyères, Barjols, Colmars, Draguignan, etc. préfèrent le latin : les comptes de la claverie de Fréjus sont en provençal depuis 1472 ; ceux que tient le capitaine de Châteaurenard sont en français ; font de même, le trésorier de la maison du roi et son argentier (1451-1454) (3). Ainsi la langue vulgaire est rare chez les agents de finances. Mais les officiers attachés à la personne du roi ou à sa cour emploient de préférence le français.
Sauf pourtant le régisseur du domaine de Gardanne (4). Là, le roi a acheté une sorte de ferme qu'il fait exploiter. Une ordonnance de lui (1457) en français en règle l'organisation. On a les comptes de gestion, ils sont en français, en provençal, ou en franco-provençal. Le premier intendant, Guilbert d' Anton, sait le français, mais écrit plus couramment une langue mêlée de provençal. Les comptes de 14(34 à 1466, sont plutôt en provençal, ceux de 1467-1470 et 1470-1472 sont plutôt en français. Un inventaire de troupeaux partant pour les Alpes est en provençal. Andrieu de Ponthion et Didier du Han, qui administrent ensuite, font de même, eux ou leurs employés, jusqu'en 1480. A la lecture de ces écrits, on reconstitue aisément la langue parlée dans ce milieu : le bas personnel, — domestiques, bergers, laboureurs, — s'exprime en provençal ; les régisseurs, qui parlent provençal avec eux, s'efforcent d'acquérir quelque teinture de français, pour entretenir, le cas échéant, le roi leur maître, mais le parler natal vient au secours de leur français élémentaire et incertain, quand ils écrivent. Un autre intendant particulier (5), pour le compte de la reine Jeanne de Laval (1481-1504) emploie le provençal.
Ainsi, pour les alîaires provençales, comme pour les all'aires personnelles, le roi laisse à ses officiers la liberté d'einployer, à
(1) Irn'. sont. Arch. dép. B.-du-Rhône (série D, t. II).
(2) Tout ce qui suit, d'après l'/nt». som. Arch. dép. des BoucItes-du-Hliône (série B).
(3) Arnaud d'Agnel, Les comptes du roi René.
(4) CiiAiLAN, Le roi René en son château de Gardanne,
(5) Jni>. som. Arch. B.-du-Rh. (série J3, t. II).
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leur convenance et commodité, le latin, le français ou le provençal.
Les nécessités de la politique locale, l'attrait de la Cour attirent à Aix ou à Tarascon les chefs des grandes familles : ils y apprendront la langue du roi. Un Honoré de Berre, seigneur d'Entrevennes, chambellan du roi, écrit aux syndics de Sisteron (1), en 1464, une lettre en provençal, mais en homme qui sait le français. Une sentence arbitrale, rendue par ce haut personnage, dans le pays de Digne (2), est rédigée dans une langue hybride. Pour cette noblesse, le français est un accessoire de luxe ; le provençal est leur parler véritable, comme on voit aux livres de raison, aux testaments et autres actes (3). Toutefois, ils deviennent en cjuelque mesure, français de manières et (]uelques-uns, — Palamède de Forbin, — français de cœur. Aussi quand la royauté française reçoit en donation ce domaine inespéré, elle trouve grâce au roi René, un noyau tout prêt de notables, parmi lesquels se recruteront les cadres provençaux d'une administration à la française ; elle recueillera ce que Hené, sans le vouloir, par le seul fait de ses longs et nombreux séjours, aura semé. Sous ce règne, tout se borne à une ébauche de francisation, qui est comme préparatoire du prochain fusionnement.
Mais la masse, dans le pays n'a changé ni de caractère ni de langue. Les Etats (4) emploient la langue de leurs nationaux dans leurs actes et dans leurs requêtes au roi, lequel répond en latin, en provençal et. depuis 1470, assez souvent en français.
(1) Laplane, Ilist. de Sisteron (t. I^"") ; autre du même en 1467.
(2) Bulletin de la Soc. scieniif. et litt. des B.-Alpes (1905-1906), p. 154. Protocoles de M. Monge, not. à Digne. Extrait : « A causa del plait et question laquai pent indeciza par appellacion en l'auditori de la première appellacion entre lasditas partidas... » (1478).
(3) Le Baron de Roure a publié des Généalogies sur les maisons nobles de Provence qui renferment des documents nombreux, malheureusement en latin pour la plupart. Voir pourtant Généalogie de la Maison de Forbin (1906), testament de Jean de Forbin (1453) en prov. ; Généalogie de la Maison de Porcelet (1907) : contrat de mariage de Marthone de Porcelet, en prov., 1445. Voir aussi Bull. Soc. scieniif. et litt. des Basses-Alpes, t. VI (1893-94), p. 101 et sq. Une famille provençale au XV^ siècle : les Guiran-la-lîrillane. Par un acte provençal de 1451, Guigonet de Jarente règle le sort de son fils, p. 245.
(4) Statistique des Bouches-du- Rhône (t. II, p. 503, et sqq.), et Mourgues, Statuts de- Provence (1658).
Dans les délibérations, entre 1480 et 1483, est reproduite une requête de 53 articles en provençal. Les recueils qui émanent d'eux constituent une collection remarquable de textes provençaux pour le XV® siècle. Les communautés, les notaires, les particuliers (i), sauf en quelque circonstance spéciale, n'emploient que le provençal ou le latin. La suite de l'exposé montrera que, pour ces populations, le français est, autant que jadis, une langue étrangère, tout de même que le royaume de France est un pays étranger.
Le rattachement de la Provence à la Couronne est une date dans l'histoire politique, mais non dans l'histoire de la diffusion du français. Sans doute ceci sera vm effet de cela, mais un effet à longue échéance. On sait comment les Provençaux revendiquèrent, auprès de leur nouveau maître^ la reconnaissance de leurs libertés et privilèges (2) ; on sait aussi par quelle patiente tactique de concessions et d'empiétements, celui-ci parut céder aux exigences de ses sujets, tout en leur imposant hnalement ses vues, ses méthodes et même ses agents. La tradition particulariste du pays succomba devant l'énergie unificatrice de la monarchie. Mais la victoire fut une affaire de temps, et tandis qu'il passait, la langue du roi ne marcfua aucun avantage réel sur la langue du pays.
Les Provençaux voulaient être considérés, non comme des Français, mais comme membres d'un « co-état». L'idée de foriTier une nation particulière, associée au royaume, mais régie par ses lois propres, était vivace chez eux. Ils se comportèrent comme si elle était admise sans arrière-pensée par le roi de France : ils vécurent en provençaux, ils parlèrent provençal, comme par le passé, sans prévoir qu'ils étaient prédestinés à
(1) Faut-il ajouter qu'on trouve, ici comme ailleurs, mentions d'acte» latins transcrits ou expliqués on provençal, parce que, selon l'expression d'un notaire de Manosque : li niaiers partz dels homes d'aquellas uni^ersitatz entent mieilh roman que latin [liull. Soc. scientif. et littéraire des B.-Alpes. D. Aii- BAUD, llist. de Manosque, t. XIV, 1900-10, p. 113).
(2) Voir R. BusQUET, Histoire des Institutions de la Pros'ence, de l'iSli à
devenir Français, à parler français. C'est le provençal qui de meure, avec le latin, la langue des notaires, des particuliers, des municipalités, et si au cours de cette période, quelques-uns abandonnent le latin, c'est pour adopter le provençal, comme on le verra à Brignoles, à Forcalquier, etc. : le provençal sert à la correspondance. A peine relèverait-on, dans les archives des grandes villes, quelques vestiges de français. Sauf pour la réoion d'Arles, rien n'est modifié à cette pratique avant 1540.
Sans doute les affaires à régler avec les officiers de la Couronne se multiplient, et les secrétaires communaux, les notaires, les gens de loi apprennent quelque peu le français pour raison majeure (1). Les maisons nobles dont les représentants accepteront du roi quelque fonction administrative, font comme eux. Mais dans le privé ils conservent leur parler maternel ; dans la famille de Bargemon, le testament d'Androni de Villeneuve (1500), celui de Delphine de Bargemon (1516), sont en provençal (2). Dans la famille de Quiqueran (3), Honoré, ■de la branche de Ventabren, né en 1516, a laissé un livre de sacristie où le provençal se mêle au français. Le Journal d'Honoré de Valbelle est en provençal, sauf une page de l'année 1538 qui est en français (4). Et la langue de ces personnages se sent de l'habitude qu'ils prennent peu à peu de parler français ; quand on approche de 1530-1540, le cheminement du français parmi les classes éclairées, devient sensible ; mais on ne saurait prédire qu'il va supplanter à bref délai, la langue du pays. En somme, durant cette période de soixante ans, qui va de la réunion à l'ordonnance, les Provençaux n'ont guère été affectés dans leur langue par l'instauration du régime nouveau.
Reconnaissons pourtant que les organes de l'administration supérieure, pour le pays de Provence, se francisent rapidement (5). Les ordonnances du sénéchal sont en français. Le
(1) Une lettre des syndics d'Aix, adressée à Toulon, en français en 148.5 (Ith'. som. Arch. com. Toulon, t. 1, BB 43, fol. 108), apparaît comme une exception inexplicable. Vers la même époque, ou peu après, une lettre des mêmes à ceux de Marseille, au sujet d'un galérien, est en provençal {Rev. de Marseille (1858, nov.). Publiée par Laforêt).
(2) Guigné de Lassigny, Histoire de la Maison Villeneiwe-Bargemon. Preuves et tables. Mais la plupart des documents sont latins.
(3) Du RouRE, Généalogie de la Maison de Quiqueran (1906).
(4) Bibliothèque de Carpentras, mscr. n. 538, f. 219 v", mai 1538.
(5) Sur les archives des organes administratifs, voir Im>. som. Arch. des
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Parlement créé en 1501 (1) fut présidé par des « forains », malgré la constitution provençale, et le français y fut de mise dès l'origine, comme à Bordeaux, comme à Toulouse. Dans les services financiers (2), les receveurs particuliers choisissent à leur gré, le clavaire de M!arseille (1487-1489), celui de Berre et Martigues, celui d'Apt (1520-1523), le français ; celui de Fréjus (1473-1521), celui de Digne (1521), le provençal ; mais la plupart emploient le latin jusqu'en 1530. L'administration des Monnaies établie à Marseille emploie le français avec le latin. Le grand afîouagement de Provence (153G) est en provençal (3). Il semble que les agents administratifs, dès qu'ils ne résident pas dans la capitale, s'inspirent de leur préférence, ou des circonstances, sans qu'une règle fixe soit encore admise.
Il serait intéressant de savoir comment procèdent les Etats qui représentent les populations, et leur esprit conservateur. Les historiens provençaux répètent depuis la Statistique (4), « que les registres furent tenus en double original, l'un en français qui était présenté au roi, l'autre en provençal qui était le seul exécutoire pour la Province ». De ce fait on ne rencontre aucune confirmation, les archives de cette institution étant fort délabrées pour la période de transition. Ils paraissent tout d'abord éviter également le français et le provençal,' pour s'en tenir au latin : c'est en latin qu'ils rédigent les statuts et les requêtes en 1482 ; pourtant vers la même époque, ils élaborent une requête en cinquante-trois articles, destinée au roi, en provençal ; encore en 1491, un procès- verbal de session, qui est en latin, contient une requête, en français, avec réponse en français de l'autorité souveraine, et aussi une requête en provençal avec réponse en latin (5). En 1523, des ordonnances faites par eux sont en français, et la collection de leurs procès-verbaux conservée depuis 1530, est en français (6). En revanche, leur
B.-du-Wtône (sôries B et C), et aussi R. Busquet, Ilisloire des Inslilulions de la Provence, de 1482 à 1790.
(1) R. Busquet, Précis de l'histoire du Parlentent de Provence, p. 8.
(2) Inv. som. Arch. li.-du-Rh., séries B et C. Voir aux diverses clavcrics, notamment B, t. II.
(3) Bouche, Chorograpfiie et histoire de Provence (I, p. 347).
(4) Statistique des B.-du-Uli. (t. 111, p. 191).
(5) Les textes les plus intéressants sont publiés in Arnaud d'Ag.nel, Politique des rois de France en Provence, t. II, Documents.
(6) Inv. som. Arch. B.-du-Iih. (série C, t. I et t. II).
IVo'i 1. A poirnoN (nui'.NT.vi.K ni" dommm-: mkiudional
i>(im]>tal)ilil('', (|ul sul)sish> jus(|u'ou 1523, esl en provençal (1) : ee serait entre ees deux ilales, lô23-15o<>, (|u"lls se seraient lalhés à la lan<j,ne iln loi.
Oans les (oninumes, «ui eonnnenee à enre^rislrcr les lettres i\\i roi. ou ilu sénéelial, en français ; mais les secrétaires, eiu'ore à la lin du siècle, semblent fort inexperls à transcrire ees documents en langue étrangère (2). ]ja lettre déjà citée (3) des syndics d'Aix à ceux de Toulon, en 1485, écrite en français au nom du roi. débute par des provençalismes : <* // a plexi al lîoij, nofttre souycniii fniihor, scricuve a niossei gticur le i^ravd a('/j<'(7j(j/... " f.etle même année junirtant. les gens de Forcalquier écrivent au roi une lettre en français, cependant que les Toulonnais remet ttMit à son l'ommissaire un écrit en pro- \ ençal. Les reconnaissances de cens dus au roi sont dressées par les populations en latin : eti 1531. elles sont en français à Digne, en 1530, à lïyères (4). iVest autour de 1525 ijue se dessine une tendance sporadique à reconnaître le français comme la langue des relations avec le souverain (5).
Après quarante ans d'administration rttyale, les gains du français ne dépassent ]tas le monde ofticiel, c'est-à-dire le gou- \ernemenl d'Aix, avec les fonctionnaires subordonnés, et les grands corps du pays. La langue provençale conserve sur ses
(1) Ibid., C. (UX{. 11 y a uuo laouno : C. G04 débute eu 1591.
("2) Voir Au.N.\L'D dAunei., Politique dt\s rois de Fronce en Pro^'-erue, t. II. tu ooitain uouibre de ces transcriptions.
(o) VA. sitpro. Cette lettre semble avoir été publiée pour la première fois, in Bvll. Cottiilc de la lanpte et de l'histoire de Fronce (t. II. 1853, p. 243) ; elle a pour objet la suppression du cours des monnaies italiennes eu Provence. Sans doute est-elle en français parce qxie les éléments en ont été fournis par le grand sénéchal, et »jue les syndics de la ville dAix agissent en qualité de procureurs du pays de Provence. Mali:ré tout, cest un cas isolé et siu'prenant.
(4) //H'. Arclt. dcp. Ji.-dn-Pli., série \\ t. 11.
(5) Il n'y a rien à dire de la pioduetion littéraire en langue frani;aise au début du xvi^ siècle. 11 convient toutefois de signaler l'ouvi-age de J. Ravn AKi., S' ensHt/l la rie de niotiseisineiir saint Aulzias de 5fl6rnn. composé à la requête de Pierre de Sabran, et dédié à Louis XII : Paris (1514 ?). (Voir BuvNET. t. IV. p. 1107). Le sujet est provençal ; l'auteur est vraisemblal>lement aussi provençal, de la famille Rafeli, de quo vide : Une faniille de Pro- KCftce : les Jiafelis. '2 vol.. Alais, 1891 (sans nom d'auteur) : on y signale un Jacques Raid\aellis, né vers 1438. mort en 1.'i03. confesseur du roi René et de Louis Xll, aiUeur présumé de l'ouvrage dont s'agit.
i.A l'Ho vi;.n«;k
ressoil issnnl s luiilcs ses jMisilions, l;ifi<^ii»; ôcnl*;, larij^iic lill/-rairc, langue parli-c ; t-Wv nc^sL en licii (l('-<;hii(; dans resjiiit public, el rien ii<; lail. prévoir sa (]<•(• héance j)ro<hain(;.
Mais les desseins caetjés de la nirniarehie vcjnt traiisJOnner du lout au l(iul la silualioii, et eonférer au français un avanlaf^e inattendu. La menace est ébauchée au moment où [jaraissent les instruments relatifs à la réformation de la justice dans le pays de Provence, édit de Joinville (sept. 1535), ordonnance d'Is-siir-Tille (oct. 1535j. JiC statut de la ]> rov(;nc(; va être bouleversé (1). Il est prescrit notainment que " les en- (juêtes, en (juel(|ue matière que ce soit, seront faites en français ou à tout If- moins (;n vujnaire du pays (2) ». Ce n'est qu'un début, et les l*roven(;aux n'ont pas à se jilaindre, puisque leur idiome est admis en équivalence avec le français ; il semble d'ailleurs, qu'au milieu des récriminations d'importance majeure, provoquées par ces actes royaux, cette question de détail ait passé inaperçue : dans la pratique, on négligea de s'y soumettre ; dans aucun fonds d'archives, on ne constate de changement sensible dans la proportion du latin, du provençal et du français. Mais quand paraît, en 1531J, l'ordonnance de Villers- Cotterets avec son libellé impérieux, et l'application stricte qui en est exigée, c'en est fait de la langue jirovençale. Ce qui se passa en ce temps est noté par l'historien Bouche ('') : « (^^^elques vieux mémoires me marquent que depuis cette même année 1535, tous les contrats et ])rocédures de justice qui, auparavant, se faisaient en latin en ce l)ays, commencent de se faire en langage français par ordonnance [)articulière du roi François ; néanmoins la plus commune opinion est que cette façon de contraclcr cA cette ordfumaiice du l'oy n'est (jue d<; l'an 1538 et d'autres disent 1539, » Et un autre é<;rivain en [»arle avec plus de netteté i/i) : « Toutefois de[mis que la Pro-
(1) H. I}i;s<^i;i.T, 0/1. (il. <.t. ]'rc<:is d<: iltisloirf du J'iirlerne.nl de Proi'ence (Maisoill*;, 1910).
(2) Ji. 275. CJrdoim. royaux t-ur la Hi'lonnalioii (Jt; la justice cl pays «Je l'iovciice.
(3) Uot;<;iiF., Ili.iloire de Provence (t. II, p. .'j71).
('i) Les antiquités de la ville de Marseille par AI. Jules Kdijfnond, de, Solier, jurisconsulte... (Itil.'*, p. lOlJ, ch. xxx), cité par A.n(;i.aiji:, Ilslrail de la vie de .Julen liaymond de Soliern, par ./. de IJailze (Annales du Midi, 1912, p. b^i't et Kqq.).
33C LA l'OHTION ORIENTALF. DU DOMAINE MÉRIDIONAL
vence a été unie au royaume de France, on a commencé d'y parler à demi françois, et sans doute qu'en peu de temps, on n'y parlera que françois, au lieu que sous le comte René, il n'estoit cogneu qu'entre quelques courtisans. » Paroles qui peuvent être accueillies comme le témoignage des contemporains, et qu'il nous importe maintenant de vérifier.