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AVIGNON ET LE COMT AT- VEN AISSIN

gène accourue vers la cité hospitalière et renommée. L'un vient y compléter ses études, l'autre y professe les arts d'agréments, et fournit sa clientèle « des plus récentes créations ». L'engouement pour les choses parisiennes profite à la cause du français, et se communiquera, dans cette ville de plaisir, des hôtes passagers aux indigènes sédentaires. Dès lors, les actes de notaires auront très souvent des clauses en français et, en 1448, le cardinal de Foix fait traduire en français les statuts d'Avignon élaborés par la Cour temporelle en 1441 (1), « translatez de latin en françois par moy Hugues Vascon, notaire publique et secrétaire de la dicte cité ». Avignon devance de cent ans les autres villes du Midi (2).

Ainsi, au milieu du xv^ siècle, au moment oîi tout le domaine du provençal, de la langue d'oc, du gascon, est entièrement préservé de toute contamination linguisticjue, les habitants d'Avignon, métèques ou autochtones, sont déjà exercés à comprendre la langue du N'ord (3) : première singularité ! Il en est une seconde. Tandis qu'en tout lieu la pénétration du français et sa substitution définitive au parler local sont deux événements presque simultanés, ici le français et le provençal coexistent, juxtaposés et parallèles pendant cent années, et il faudra longtemps, avant que ce dernier soit dépossédé : ici la théorie de l'évolution lente et de l'infiltration progressive reprend ses droits, et trouve des justifications dans les documents de toute provenance.

(1) Catal. génér. des mscr. de.. Bibl. de France, t. XXIX, Avignon, n° 3180.

(2) On pourrait attribuer au séjour des papes, une influence sur la propagation du français, et cela dès le xiv^ siècle. Il est à noter que la « librairie » des papes d'Avignon contient fort peu d'ouvrages en vulgaire. Faucon, La Librairie des papes d'Avignon, Paris, Thorin, voir p. xiii, 53, 69.

(3) On trouvera quelques indications complémentaires dans le Jivrc récent de P. Pa.nsier, Histoire du lii^re et de l'imprimerie à Ai>ignon du XIV^ au XV I^ siècle, 3 vol., Avignon, 1922. Il y a des inventaires de livres et manuscrits appartenant à des particuliers : des ouvrages in gallico y sont assez souvent signalés. On remarquera notamment (t. I, p. 99), qu'en 1473, un écrivain, Guyot Baletet, exécute une copie du placard relatif à la fondation du pont Saint-Benezet, avec une traduction française : « mutando ydioma grossissimum in ydioma Francie » (d'après le livre de comptes de l'hôpital Saint- Benezet^ fol. 22).

A vrai dire, les termes de coexistence et de juxtaposition sont, en quelque mesure, inexacts, en ce qu'ils impliquent une idée d'égalité que les textes ne justifient pas. Dans le partage des deux langues, le provençal maintient ses droits de premier occupant, au moins jusqu'à la fin du xv^ siècle.

Ainsi dans les criées de la Cour temporelle ou de la municipalité, qui sont comme les avis au public de notre temps ; dans les règlements et statuts corporatifs (1442, tarif du pain ; 1446, criées de la poissonnerie, criées pour les étuves ; 1452, accord entre les chaudronniers ; 1452, règlement de la boucherie juive ; 1453, acte du Conseil de ville pour les meuniers ; 1458, criées de la Cour temporelle ; 1461-1471, règlements somptuaires) (1), le provençal est de règle. Il apparaît contaminé dans un règlement édicté par le cardinal de Foix (1462) ; dans un règlement des bouchers (1483) ; en 1493, le statut des drapiers (2) ; en 1509, un règlement et tarif de la charcuterie est en français, et, dès lors, la langue nouvelle élimine progressivement l'autre (3). Enfin, en 1546 (4), le français a acquis droit de cité, puisqu'à la requête de MM. les consuls, une ordonnance du cardinal de Foix (1458) défendant de contracter avec les fils de famille, est traduite du latin, et le texte français est l'objet d'une criée.

Les délibérations municipales sont en latin et ne fournissent aucun renseignement pour le xv^ siècle. En compensation, une chronique municipale, « lo libre de las recordanssas » (5), mémo-

(1) Ces textes sont reproduits in Girard et Pansier, La Cour temporelle d'Avignon 1909.

(2) Duhamel, Le statut des drapiers (Paris, Picard, 1892).

(3) On a peu de textes de cet ordre pour la période 1510-1540. Citons un statut de la confrérie des âmes du Purgatoire en franco-provençal (xvi^ s.), [Catal. mss. Bibl. d'Avignon, n° 2664) ; un statut de la Maison des Repenties traduit en français sans date. Pansier. L'œuvre des Repenties d'Avignon.

(4) Girard et Pansier, Cour temporelle, p. 126 note.

(5) Annales d'Avignon et du Comlat (février 1913). Pansier, La chronique avignonnaise de Guillaume de Caret, etc. La première partie, 1461-1471 est de Guillaume de Garct ; la seconde, 1475-1482, est celle d'Et. de Govcrne. Le

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