‹ Recherches historiques sur l'introduction du français dans les provinces du midiChapitre 52 sur 76 · AVIGNON ET LE COMT AT- VEN AISSI N · texte numérisé non relu

AVIGNON ET LE COMT AT- VEN AISSI N

rial consulaire, avec des copies d'actes, rédigée successivement, de 1461 à 1519, par Guillaume de Garet, Etienne de Governe et Barthélémy Novarin est écrite en provençal, et on y a inséré des procès- verbaux de délibérations en provençal. Mais l'idiome €st très contaminé ; il est apparent que les rédacteurs savent le français, qu'ils emploient même en quelques passages. En 1498, le récit de la réception faite à César Borgia est plutôt français que provençal (1). D'autres documents de provenance municipale sont déjà en français : telle est la relation par un notaire, Didier de la Porte, des entrevues que les délégués de la ville eurent en 1476 avec le sénéchal de Beaucaire (2).

La correspondance consulaire se fait en principe en provençal (3). Mais un député de la ville à la Cour de France, entre 1460 et 1461, adresse au Conseil des missives en provençal très francisé (4). Le français est d'usage normal quand il s'agit de traiter avec les puissances étrangères, avec Louis XI, avec le comte de Provence, et l'occasion se présente souvent, au cours de longues négociations entre 1460 et 1480. Une lettre reçue d'Aix en 1460, une autre expédiée par un mandataire de la ville à la Cour de Rome (1467), même une lettre des consuls de .loncquières (1508) sont libellées en français (5). Les circonstances historiques ont fait d'Avignon une sorte de cité-Etat ; elle a une politique étrangère ; les dirigeants sont en même temps des diplomates, ils sont engagés dans toutes sortes d'affaires litigieuses avec les souverains ; ils reçoivent des visites de princes, ils sont envoyés en mission (6). Le français leur est

reste est rédigé par Barthélémy Novarin, qui écrit un provençal plus pur que ses prédécesseurs.

(1) Ibid. et Bull. hist. et phil. du Comité (1889, p. 103).

(2) Labande, Avignon au XV^ siècle (Monaco, 1920), d'après le mscr. AA38 des Archives d'Avignon. Une requête des religieuses de Sainte-Praxède aux consuls (1491) est aussi en français (Ann. d'Av. et dit Comt., 19ir().

(3) La correspondance a été conservée jusqu'en 1482, la suite manque jusqu'en 1590.

(4) Ini'. sont. Arch. munie, d' Avignon. Voir aussi Rey, Louis XI et les Etats pontificaux de France, p. 122. Lettre de Malaspine et Pazzi.

(5) Voir Im>. som. Voir aussi Labande, Avignon au XV^. Les pièces justificatives, en français, y sont très nombreuses pour cette époque.

(6) Voir les ouvrages de Labande, de Rey, déjà cités, de Charpenne, Histoire des réunions temporaires. L'activité de la ville d'Avignon dans tout ce qui intéresse la politique en Occident, y apparaît considérable. Un exemple <ie difîérends où les intérêts d'Avignon sont engagés, et provoqueront de

devenu aussi familier, — et pour les mêmes raisons, — qu'aux grands feudataires méridionaux ; et dès le début du xvi^ siècle, il a supplanté le latin et le provençal dans la correspondance qui émane de l'Hôtel de ville.

Et il ne demeure pas, comme ailleurs, nettement circonscrit, réservé à la chancellerie et aux « services » qui s'occupent des affaires extérieures, il envahit même la comptabilité qui, en tant de lieux, est la dernière à s'y rallier. Avant 1470, les mandats et états de dépenses sont écrits en provençal, mais après 1472 ils sont assez nombreux en français ou plutôt la trésorerie municipale emploie au hasard français, latin, provençal et toutes les variétés du franco-provençal ; aucune règle : pour une même affaire, les pièces comptables sont indifîéreinment écrites en ces trois langues. Cette fantaisie s'observera dans les papiers relatifs à la réception de César Borgia (1498) (1), où, entre autres incohérences, se trouve un mandat partie en français, partie en provençal. « S'ensuit la despence des chafaux pour la venue du nepveu du pape : Et premièrement a xi octobre, ay fet amener une bargade de bonis qui monte... Item le dit jour ay donat per 11 fes a mestre Jérôme de la Campane per fayr lo chafault du Portai Matheron... « Le payeur insère sans doute dans son relevé le titre de la dépense ou de la dette tel que le présente le fournisseur, ou l'ouvrier, et ceux-ci sont aussi souvent des étrangers que des indigènes. Voilà ce qui fait la singularité de la vie avignonnaise au xv® siècle ! et voilà ce qui explique le développement anormal et prématuré du français, la désagrégation inattendue du provençal dans les taureaux municipaux des finances, qui, dans toutes les villes du Midi, sont, au contraire, très conservateurs. Dès lors, on ne peut que constater la persistance de cet usage capricieux et trilingue (2) ; après 1520, le français se fait plus fréquent, et autour de 1540 il triomphe définitivement. Pour résumer par un fait les étapes de cette évolution : le trésorier (1492-1493)

longues négociations est fourni par le Procès du Rhône. (Cf. Falque, Le procès du Rhône et les contestations sur la propriété d'Ai'ignon).

(1) Mémoires de l'Ac. de Vaurliise (1888). Fêtes données à César Borgia, en 1498, Bayle.

(2) Ces comptes de la ville ne sont pas inventoriés. Mais on en trouvera un grand nombre publiés dans les articles du D'' Pansier, concernant Avignon dans les Annales d'Ai'ignon et du Comtat, dont ce savant est le directeur.

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