AVIGNON ET LE COMT AT- V EN AISSI N
ouvre son compte par une {)rière en provençal ; en 1504-5,. rs'ovarin, par une prière en provençal contaminé ; en 1529- 1530, Antoyne de Massilhan, de Tarascon, par une prière en français (1 ).
Ainsi l'administration de la ville a commencé, dès le milieu du XV® siècle, à se ressentir de l'invasion du français ; le provençal qu'elle emploie apparaît rarement à l'état pur après 1470, et les textes français abondent : visiblement tous ceux qui écrivent sont plus ou moins atteints par cette contagion. Ce flottement caractérise la période de transition qui ne dépasse pas 1540. Alors le provençal cesse d'être employé, le latin aussi. Le 5 novembre, le Conseil prend la délibération suivante (2) : « Item a esté passé par toutes fèves noyres, une exceptée, que d'ores en avant les conseilz seront escriptz et couchés en langue vulgayre et françoyse », se conformant ainsi, en toute liberté, à l'ordonnance de François l^^. Un peu plus tard, en 1569 (3), à la suite d'une requête adressée par les consuls au vice-légat, les plaidoyers qui étaient tenus en latin devant la cour de Saint-Pierre, furent faits en langue française : ainsi elle était ici reconnue comme officielle dans le même temps qu'elle le devenait par tous les pays du Midi.
Les mêmes faits se reconnaissent partout : les noms de rues, par exemple, prennent vite une forme française : la nomenclature, partout si tenace, évolue ici dès 1460, elle est tout à fait francisée après 1550 (4).
L'usage littéraire du français éliniine celui du provençal. Si la Bibliothèque du Musée Calvet et celle de Carpentras conservent
(1) Bull. hist. et arrh. de Vauclu.se (1882, p. 250 et sqq.). Les différents trésoriers d'Ai-ignou.
(2) T. X, fol. 22.
(3) Documents inédits (t. II), Avignon. Tribunal de Saint-Pierre.
('() Voir Pansieh, Les rues d'Avignon (Mém. Ac. de Vaucluse, 1910, et années suivantes). Déjà, en 1451, on trouve la rue de las Balanzas (Chap. de Saint-Agricol) ; en 1470, carreria puhlica vulgariter appellata la Carreterie des chevaulx ; en 1480, le Bourg-Neuf ; en 1485, in carreria d'entre les deux Fusteries ; en 1500... sive a la Bonne Carrière.
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des mauiisfrits religieux en provençal (office de Sainte-Madeleine, xv*^ siècle) (1), on a recueilli, parmi les registres de notaires, la preuve que la poésie française est appréciée à Avignon (2) ; ici, en 1468, c'est un quatrain galant ; ailleurs, en 1479, une composition transcrite peut-être des œuvres du roi René par le notaire de la ville ; puis dans une liasse de l'hôpital Saint-Benezet, c'est une épitre à une demoiselle, « avec réponse d'icelle » ; en 1497, c'est un noël français composé par un tabellion de Châteauneuf ; en 1529, c'est un rondeau du notaire Rousset. La production en langue française est ici mieux connue q+i'elle ne l'est à la même époque, dans les grandes villes du Midi. Quant aux mystères représentés au xv® siècle : Histoire de saint J ean-Baptiste (1449), saint Eustache (1453), Histoire de Gédéon (1477), le Christ et les XII Apôtres (1481), le public qui constituait l'auditoire exigeait sans doute encore une rédaction provençale. En 1481, on joue, à la venue du légat, un Triomphe du roy Artus, qui paraît un sujet bien relevé et bien spécial pour n'être pas d'origine et de langue françaises : le provençal eùt-il d'ailleurs été décent pour honorer de si hauts personnages ? Plus tard, en 1509, on joue l'histoire de Monseigneur Saint-Jacques, assurément en français ; c'est une troupe de comédiens étrangers, les pèlerins et joueurs de Saint J acques, qui opère. Le mistral ayant détruit leur installation de fortune, ils demandent en français une subvention au conseil municipal. Ils reparaissent en 1513, et donnent « hystoriam de uno devoto miraculo quod operatus est dominus noster, J. C... » Leur retour prouve que la langue de leurs histoires n'avait pas rebuté les spectateurs (3).
Les Avignonnais, lettrés ou non, sont donc capables de comprendre les ouvrages français, et de s'y intéresser. L'imprimerie donne à ce goût nouveau toute satisfaction ; les presses avignonnaises, qui sont parmi les premières à s'établir en
(1) Catal. gén. mscr. Bihl., t. XXXIV, Carpentras, n" GO.
(2) Tout ceci, et ce qui suit, d'après Pansier, Les débuts du théâtre à Ai'ignon {Annales d\'U'., etc., 1919).
(3) La coutume française de crier « le roi boit » est déjà introduite eu 1509. Un mandat pour le jour de « Caïamentran » signale l'emploi de ce cri : « vygues «t jugez et toutes les gens de conseil homes et femcz et autres gens de bem tant de conseyl que défloras conseyl en dissant loujourt le roi Boy. » Pansier, op. cit.