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France, outre les travaux en latin, éditent (1) : en 1499, une « Doctrine de ceux qui sont en article de la mort, avec une finale en vers français» ; en 1524, une histoire de Pierre de Provence et de la belle Maguelonne ; en 153G, les « Ordonnances du très chrétien roy de France, Françoys premier du nom ».
Ainsi, par toutes les brèches, le français fait irruption dans la vie avignonnaise ; comme langue seconde, comme langue de civilisation, il s'impose impérieusement à toutes les classes de la société. Le provençal, qui est le parler maternel, tout dégradé qu'il paraisse dans les écrits, se maintient dans l'usage privé. Un mémoire, non daté, sur les injustices faites à un nommé Pierre, provenant de la confrérie des Pénitents, est en provençal (2), les comptes des artisans, les devis des entrepreneurs, les inventaires, les testaments sont écrits de même, avant 1500, et aussi après. Le provençal est aussi la langue des livres de raison : livre de raison de Jean-Antoine Bensan (1499- 1502) (3), etc. L'un des plus instructifs est celui des Merle de Beauchamps (4), parce qu'il débute avant l'introduction du français, et qu'il se continue tout au long de la période de transition. Le premier qui le tient, Louis, part en 1447 étudier en Avignon, et s'y établit ; il écrit en latin, et n'emploie le provençal que pour sa comptabilité; il meurt en 1509 ; son fils, François, prend la plume à partir de 1490 ; mais les pièces de sa main ne dépassent guère 1509 ; dans les actes où intervient le notaire, mariages, décès, grades universitaires, achats de propriétés, tout est en latin, mais les actes afférents à la gestion domestique, dépenses, comptes d'ouvriers, inventaires, etc., sont en vulgaire d'Avignon. Le successeur, Louis II de Merle, relate les événements qui remontent à sa naissance et il écrit une langue composite et intermédiaire, où se manifeste la pénétration du français par la ville, mais aussi l'insuffisance des notions que le public en possède. Voici comment il rédige : « L'an 1542, et a 23 de novembre, a l'ouquassiun de la peste
(1) Peli.echet, A'^o/es sur les Imprimeurs du Cnmlat. — Liste chronologique des Imprimeurs de la ville d'Avignon. lîiLliolhèquc d'Avignon, mscr. n° 2'»0'i.
(2) Catalogue général des msrr. des Bihl. de France, Avignon, t. XXVII •et sqq., n» .3298.
(3) Ibid., t. XXVni, n" 2:329.
(4) Mém. Acad. du Gard, E. de Balincourt (1903 et 1900). Tirago à part du dernier article sous le titre : Avignon de 1520 à 1650, d'après le livre de raison des Merle de lieauiliamps.
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que estoit en Avignun, je me suis anallé demurer aux Hissars, avec tout mon meinage, et a l'ouquassi aussi que mourent de peste a Massan et par la plus grant part du Comtat : la([uelle peste an pourtat partout Ion païs que an passât les Suisses que allent pour la gère de l*crpignan. » Orthographe extravagante constructions gauches, macédoine de formes hétérogènes, telle est la langue usuelle et déréglée de cette génération. Le fils, Balthazard, rédige à })artir de 1562, et son style a plus de tenu ; ses successeurs rédigent en français correct. Document très précieux, et qui permet d'appliquer à l'usage parlé, les conclusions qui ressortent des papiers d'archives. On y voit d'abord le latin disparaître au profit du provençal qui. malgré son nom de vulgaire, n'est ni discrédité, ni avili. Parallèlement, la pénétration du français produit, dans la conscience des (< sujets parlants », une confusion chaotique de termes, de locutions, de formes verbales à laquelle participent deux lexiques, deux morphologies, deux syntaxes. Cette contamination est le fait de gens qui ont appris le français par transmission orale, sans être guidés par une méthode grammaticale (1). Quand viendra le temps de la discrimination (deuxième partie du xvi^ siècle), deux générations auront passé : c'est alors seulement que le français s'emploiera à l'état pur comme langue écrite, et comme langue relevée, que le provençal décrié devient un patois.
Par la suite la situation est simple : le français règne dans les écritures des laïques, délibérations, comptes, correspondance, actes et contrats, archives des hôpitaux, des communautés religieuses, etc. Quelques notaires s'attardent encore pour quelques années au latin, mais se plieront vite au nouvel usage ; quelques particuliers conservent le provençal : livre de raison de Pierre de Montauld (2), marchand d'Avignon (1542-
(1) En 1538, une comtesse de Porcellet met une note sur un livre qu'elle donne aux Célestins où le français cède enfin au provençal : « ay doné se présent livre aux dcvos cclestyns d'Avignon, man propre. » Bibl. d'Ai>ignonf ms. n» 658.
(2) Cat. gén. des mscr., t. XXIX, n» 3298.
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1558), livre de paienienl de Roiuieu (1) (1559). Mais les livres de raison des Cainbis (2), ouverts en 1565, de la faniilie Alhenosy (3), ouverts en 1570, sont en français. D'autre part, les chancelleries ecclésiastiques, l'Université, se tiennent toujours au latin. Les reconnaissances faites par les villes comtadines pour l'Evêché sont encore en latin à la fin du xvi® siècle (4). Déjà pourtant ces corps traditionnalistes se francisent : dans les archives universitaires, le livre des conclusions du corps collégié est en français, après 1550 (5) ; dans les archives ecclésiastiques, le compte des amendes (6) prononcées par la Cour épiscopale est en français dès 1551. Mais faut-il s'étonner que la langue savante ait été plus tenace que le parler local, et que les cours de l'Université soient rebelles à la modernité (7) ? Dans la pratique, la substitution d'idiome est, en tous cas, chose réglée : en voici la preuve par une anecdote : En 1586 une suite de scandales au couvent de Sainte- Praxède provoque un règlement de réforme. L'archevêque, Mgr de Grimaldi, vint en personne notifier ce texte aux religieuses (8). « Donc désirant remettre ledict monastère en premier estât de religion, leur a signifié de le vouloir reformer selon leur propre règle et les sainctes institutions du sainct concile de Trente, et la bulle du pape Pie V, qui leur ont été leues, expliquées et données à entendre par M, le Vicaire en langage françoys, et en exécution de ce rabiller le cledis du parloir et confessionnal, et remettre la roue de boys... » Le français est donc, sans conteste, la langue commune, en Avignon comme en tout autre lieu du Midi, à la fin du xvi® siècle.
(1) Ibid., 110332O.
(2) /6irf., no 3395.
(3) Ibid., 2167 à 74.
(4) Itw. som. Arch. dép. }'aucluse (série G. voir G, 146 ; G. 171 ; G, 189, etc).
(5) Ibid., série D.
(6) Ibid., série G.
(7) Au XVII® siècle, un cours de droit français sera pourtant professé franco sermone. Marchand, L'Université d'Avignon aux XVII^ et XVIII^ siècles, p. 133, d'après le manuscr. 669 de la Bildiothèque du Musée Calvet, fol. 32 à 36.
(8) Voir Pansier, Histoire du Monastère de Sainte-Praxède (Ann. d'Av. et du Comtat, 1916), d'après G. 301 dos Arcliiv. dép. de Vaucluse.
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De cette élude voiei la conclusion. Elle est double. 1" Le fran" (,'ais en Avignon n'est pas une importation administrative, il s'est introduit avec les étrangers qui ont pullulé grâce à la présence de la Papauté. Dès le xiv® siècle, certainement, des sujets de langue française s'établissent ici, mais le français ne sort pas de quelques cercles restreints, on n'en trouve pas trace dans les textes locaux. Au xv®, bien que les Pontifes aient regagné Rome, Avignon conserve, dans la Chrétienté occidentale, l'éclat et l'attrait des grandes cités prédestinées : c'est le rendez-vous des aventuriers, ceux 'de la politique comme ceux du commerce : intrigants et marchands y réussissent ; artisans, étudiants, ouvriers, trouvent à s'y enrichir, à s'y instruire, à s'y embaucher. Ville d'affaires fructueuses et de plaisirs faciles, peintres, sculpteurs, graveurs, comédiens, docteurs en toute science s'y coudoient avec les mercantis : multitude hétéroclite, dont certains quartiers de Paris offrent la réplique moderne ; de plus, terre d'asile pour les indésirables de tout acabit, criminels, réfractaires, chevaliers d'industrie, et aussi pour les juifs ; et ces arrivages sont variés, incessants, renouvelés ; puis des passages de princes, de prélats, avec leur suite, leurs agents, des fêtes, des spectacles, la vie avignonnaise, au xv® siècle, est faite de tous ces éléments : c'est ainsi que des rues marchandes et des palais, le français, amené dans les bagages du voyageur, gagnera de proche en proche, et, des métèques, pénètre dans la portion stable et indigène de la population, ou plutôt, mélangé au parler local, il constitue avec lui un sabir comparable à celui qui, dans les ports méditerranéens est né de conditions historiques et géographiques analogues.
2^ Le français ne pouvait être d'obligation légale dans cette ville pontificale, et pourtant il y devint la langue officielle. Sans doute l'exemple des contrées circonvoisines y fut pour une part, mais il faut penser surtout aux interventions incessantes du pouvoir royal dans les affaires d'Avignon et du C^omtat. Déjà en 1470, Louis XI avait fait une occupation temporaire du Comtat, se déclarant protecteur du pays et disposé