‹ Recherches historiques sur l'introduction du français dans les provinces du midiChapitre 57 sur 76 · I. — Les modalités externes · texte numérisé non relu

I. — Les modalités externes

Tout d'abord une objection d'ordre méthodique se trouve pratiquement levée. S'il paraît illégitime, à première vue, de chercher les progrès d'une langue vivante dans les monuments écrits, cette prévention doit tomber quand on dispose de textes très variés, de nature et de provenance disparates. En particulier, les registres municipaux, leurs pièces annexes, les cadastres et livres d'impôts, ne portent-ils pas le reflet des habitudes publiques ? S'il est d'une élémentaire prudence, de faire la part aux traditions professionnelles des scribes, à la routine, voire aux injonctions du pouvoir, ce serait défiance hypercritique que d'exclure ces textes a priori pour ces seules raisons. D'autre part, les renseignements qu'ils fournissent sont corroborés par les pièces d'origine privée, Icllrcs, li\res de raison ; par celles qui s'adressent uniquement au commun peuple, les affiches ; par les représentations de Mystères. Partout, il est possible de procéder à des recoupeineiils : ([uel<|ne témoin <[iic Von interroge, les réponses sont loujonrs couver-

AOii LA PORTION OlUENTALE DU DOMAINE MÉRIDIONAL

gentes. Cet accord même n'est- il pas une garantie que l'on peut avoir confiance ?

Or, de cette revue à travers nos provinces, une impression d'ensemble s'impose à l'esprit : le français se propage partout en même temps et de la même manière. On escomptait des intervalles à fixer, des distinctions à établir entre le Languedoc par exemple, acquis à la Couronne depuis le xiii^ siècle, et la Provence, entre les grandes villes et les hameaux reculés des montagnes. On imaginait aussi que la complexité du phénomène appellerait l'intervention de facteurs très divers, des modalités variables de pays à pays, que les populations épuiseraient à son endroit toutes les formes de réaction depuis l'engouement jusqu'à la résistance têtue, en passant par l'inertie et l'indifférence. Et l'on s'attendait à relever des traces d'infiltration qui se suivraient à long terme, des signes lointains de pénétration, précurseurs d'une adaptation définitive ; enfin on attribuait à cette histoire un caractère inéluctable d'évolution, avec des démarches subtiles et sinueuses, des progrès lents, tantôt incertains, tantôt décisifs, avec des à-coups, çà et là des régressions : ce n'est pas en vain qu'on a la pensée hantée de théories préconçues ! Et sans doute les faits ne démentent pas entièrement la théorie, on constate des différences entre les provinces, entre les cités et les campagnes. Mais le mouvement d'expansion est si rapide, si ramassé dans le temps, si instantané, qu'on est d'abord arrêté par ce résultat inattendu : c'est moins une évolution qu'une mutation brusque ; ce n'est pas, par gains partiels et discontinus, mais par invasion générale et simultanée de tout le domaine, que la victoire s'établit. Et quand on examine le détail, ce n'est pas la diversité, mais l'uniformité qui apparaît saisissante. Arrêtée sur la lisière de la langue d'oïl jusqu'aux approches du xvi^ siècle, la langue française, dans une marche en avant qui tient de rassaut,non par bonds échelonnés, mais par une poussée irrésistible, se porte en quelques décades jusqu'aux extrêmes confins du royaume. Le triomphe résulte, non d'une série d'opérations limitées, mais d'une manœuvre extensive de grande envergure.

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Le fraii(;als qui est encore pour les Méridionaux une; langue étrangère en 1450, est une langue partout connue en 1550 : voilà le fait central, voilà l'impression d'ensemble ; il convenait de l'exprimer, dans sa brutalité, d'en souligner l'aspect révolutionnaire ; il reste maintenant à la corriger ])ar quelques considérations accessoires.

" Si l'on veut marcjuer des relais dans l'histoire de ce phénomène, on notera cju'il a affecté quatre générations.

Entre 1450 et 1500, le français gagne le Limousin, le l^érigord, Bordeaux, la Haute- Auvergne, le Velay, et les villes de la vallée du Rhône : Valence, Bagnols, Avignon, Arles, puis Xîmes et ]\Iontpellier. Entre 1500 et 1530, il triomphe des centres réfractaires,à Limoges, au nord de la Gironde, puis tout au long de la Garonne, dans l'Agenais, et plus au sud jusqu'à Condom ; au centre il s'établit à Toulouse, à Limoux, à Alais, Lzès, Béziers, en Gévaudan, en Vivarais ; à l'est, autour de Montélimar et de Die, dans la campagne arlésienne, Graveson, Saint- Reniy, Châteaurenard. Dans les années qui précèdent et qui suivent immédiatement l'ordonnance, il se répand partout, à l'ouest, dans le Marsan, l'Albret, les Lannes, le Labourd, en Armagnac, dans la plaine de Bigorre, en Comininges, dans le comté de Foix ; au centre, dans le Lauraguais, le Carcassonnais, le Quercy, l'Albigeois ; à l'est, dans les campagnes du Valentiiiois. du Diois, du Tricastin, du Gapençais, de l'Embrunais, dans les villes du littoral, Marseille, Toulon, La Ciotat, le cœur de la Provence, Aix, Draguignan, Grasse ; dans le TIaut-Pays, à Forcalquier, à Sisteron, et aussi dans le Comtat.

Enfin, de 1550 à 15(j0, il s'impose aux populations des vallées pyrénéennes encore fidèles à leur gascon, au Rouergue et au pays de Saint-Pons, et à l'est du Hhône, dans les Baronnies, dans les montagnes provençales : Riez, Castcllane, en Queyras, dans la région accidentée des collines littorales, dei)uis les petits ports comme Cassis et la Gadière, jusqu'aux villages qui, près du Vai', axoisiiiciil les tei'res du diu- de Savoie.

Ainsi. <|iicl(|iic :ii'nssi('is (|uc soient ces lalunnenicnts, d a

suffi de (piairo i>éiiéra lions pour que Tafllux du français vienne, en quatre vagues consécutives, déferler jusqu'aux Pyrénées et jusqu'à la mer Méditerranée. Et encore, des quatre étapes que nous nuuMjuons, la première n'a qu'une valeur de préliminaire : la dernière n'a qu'une valeur d'épilogue : l'effort qui a tout emporté, qui a transformé radicalement la masse territoriale, a donné son plein rendement sur deux générations entre 1520 et 1550, et c'est l'année 1540 qui est la date indicatrice qu'il faut retenir.

Les phases chronologiques du phénomène dénotent déjà l'importance des facteurs géographiques. La propagation est partie du Nord, comme il était naturel, et s'est dirigée vers le Sud : cette direction initiale a été ici favorisée, là contrecarrée, soit par le relief, soit par l'état des communications, soit par l'importance économique et morale de certains centres urbains. Le réseau routier a été l'auxiliaire principal. C'est par les voies terrestres ou fluviales que le français paraît s'être acheminé, par exemple du Limousin à la Gironde, puis tout le long de celle-ci par Blaye, Bordeaux, Agen ; à l'est il s'est glissé par le couloir du Rhône et les plaines adjacentes, de Valence à la mer. Ces lignes de descente, en favorisant la circulation, faisaient le lit à l'expansion française qui y occupait des points d'appui. Par là s'expliquent certaines anomalies. Par exemple, le B.ouergue et le Gévaudan sont deux pays voisins qui participent, par leur relief, aux mêmes conditions géographiques générales ; on s'étonnera que leur francisation ne soit pas « synchrone ». Mais le Gévaudan est traversé par l'antique voie rigordane, qui, de Paris par l'Allier et les Cévennes, conduit à Nîmes, puis à la mer ; aussi Mende est francisée vin demi- siècle avant Rodez. Voici encore deux régions contigues : celle de Die, celle de Nyons, toutes deux montagneuses : la première qui, par la vallée de la Drôme, a une ouverture sur le Rhône, est légèrement en avance sur la seconde moins privilégiée. Le français est donc en partie redevable de ses succès, aux voyages et aux voyageurs, au va-et-vient de ceux du Nord et de ceux du Midi, les uns répandant la langue, les autres l'apprenant, au

cours de leurs déplacements. Ces itinérants sont, pour la plupart, des marchands, accessoirement des étudiants : là où ils séjournent ou se fixent, le français s'implante plus tôt ; les villes qui sont des ports : Bordeaux, Arles, .Montpellier, Aigues- Mortes, sont prématurément francisées, le négoce y étant le facteur de diffusion ; les villes universitaires, ou les capitales administratives : Toulouse, Montpellier, Nîmes, pour des raisons analogues, bénéficient de la même avance. Et tous ces étrangers, négociants, étudiants, artistes, ayant pullulé à Avignon ont fait de ce lieu, dès le xv® siècle, une ville française. Marseille, au contraire, écartée du Rhône, et fermée d'une ceinture de collines, résiste plus longtemps. Ainsi l'essor du français dans le Midi est canalisé selon les grands courants itinéraires, et trouve dans les agglomérations qui servent d'étapes, un terrain solkle où prendre racine.

En revanche, il a plus de peine à vaincre les obstacles naturels ; dans les vallées pyrénéennes, dans les causses du Rouergue, dans le pays de Saint- Pons, dans les Baronnies, le français ne se propage pas avant la dernière partie du xvi^ siècle. La pénétration est ici fonction de la viabilité, et la rareté des grands centres l'attardé encore. De même, à l'est du Rhône : si le pays d'Arles, les grandes villes de la côte, Marseille, Toulon, si toutes celles de la Durance, de Pertuis à Briançon, sont assez promptement gagnées, au contraire les plateaux isolés (Riez), les fonds perdus des vallées (Castellane, le Queyras), les secteurs tourmentés qui vont de l'Arc au Var, « tiennent » et ne se prêtent que lentement à l'innovation. A mesure qu'on s'éloigne du Rhône vers l'Italie, et qu'on se perd à travers les chaînons des Alpes et des Pré- Alpes, la course du français se ralentit, la persistance de l'idiome local se prolonge. Mais que le caractère géographique du territoire soit un adjuvant ou un obstacle, il faut rappeler qu'il n'y a, à aucun moment, solution de continuité ; s'il y a décroissance dans la vitesse, il n'y a pas d'arrêt dans la marche. Une fois ceci entendu, il apparaît que l'histoire du français dans le Midi est liée au réseau routier, régi par lui. La ligne de Tours à Bordeaux, celle de Clermont à Nîmes, celle de Lyon à la mer, et transversalement celle de Bordeaux à Beaucaire par Toulouse et Montpellier, ont servi comme voies d'accès et comme axes de rayonnement : c'est de là que le mouvement s'est déployé,

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depuis les jiopulat ions en bordure juscjii'aiix zones excen- Irifiues.

Subsidiaireuieul, il convient de dissiper une équivoque ; à mettre en relief la priorité de certaines villes dans l'adoption (lu français, on donnerait à penser qu'elles ont, de longtemps, devancé les campagnes, qu'elles ont agi comme initiatrices sur le territoire de leur circonscription. Ce rôle qu'on leur confère en toute vraisemblance, ne semble pas niable, mais on le discerne mal. D'une part, les campagnes ne précèdent pas les villes, — ■ mis à part le cas paradoxal et unique de Limoges en regard du Limousin, — d'autre part, l'intervalle est, en général, si court, qu'on doute d'une possibilité d'-influence. Par exemple, la francisation de Bordeaux, celle de Libourne, celle de Saint- Emilion. celle de Cadillac, sont des faits contemporains, de même celle de Forcalquier et celle de Saint- Michel ou de Reillanne. celle de Marseille et celle d'Aubagne. On saisit non le contre-coup des premières sur les secondes, mais un effet synchronique des mêmes causes (1). Ce n'est qu'une apparence, objectera-t-on, imputable à l'exécution de l'ordonnance de Villers-Cotterets. Assurément, l'ordonnance est pour beaucoup dans ce synchronisme. Mais que voit- on en Périgord, en Bordelais, en Valentinois, en pays d'Arles, en Bas- Languedoc et tous autres secteurs qui n'attendent pas l'intervention royale pour s'adonner au français? Là aussi, le changement dans les villes et dans les campagnes est simultané. Ce n'est donc pas le prestige des unes qui s'exerce sur les autres, c'est plutôt un entraînement épidémique qui agit sur les milieux urbains et ruraux, à la fois, entraînement dont il nous reste maintenant à déterminer l'amplitude et les causes.

Il est moins malaisé d'étudier l'extension du français en surface, que sa propagation en profondeur. Vouloir préciser

(1) Nous négligeons ici les exceptions qui sont rares, Mende et sa région^ Toulon et Sollics-Pont, etc.

comment et dans (|uelle mesure la langue nouvelle a absorbé les dilïérentes catégories sociales, serait une entreprise vaine. On a proposé (1) un moyen : on dépouillerait une série de registres notariaux, on ferait le décompte des actes français, puis des actes en dialectes, en relevant chaque fois la qualité sociale des intéressés et des témoins, on dresserait des tableaux et des pourcentages, et ce serait là une méthode séduisante parce qu'elle conduirait à des statistiques chilïrées. Mais cjue d'erreurs, que de déceptions s'en suivraient ! Car s'il est légitime d'interroger les textes pour en tirer des indications qui sont des « directives », il y aurait témérité à en extraire des pointages arithmétiques : il faudrait faire la part des impondérables, routine, tradition, mode, engoùment, etc., qui ne sont plus à négliger, si l'on serre le problème de près, si l'on vise à un calcul rigoureux des proportions. Il est peut-être moins arbitraire de se tenir à des généralités.

Dans l'ensemble, on a déjà reconnu, et relevé au cours des précédents chapitres, les faits essentiels. Tout d'abord, c'est la haute noblesse méridionale qui, par nécessité politique, ou comme marque de haute culture, adopte le français, et de proche en proche, quelques seigneurs de moindre importance suivent l'exemple. Puis quand les officiers du roi renoncent au latin, le français, à titre de langue diplomatique, pénètre dans les administrations locales (Etats) et municipales ; mais il est circonscrit nettement aux actes qui seront portés à la connaissance du roi ou de ses lieutenants. Il n'est pas prol)able, en tout cas il n'est pas possible d'affirmer qu'il s'implante déjà dans quelques groupes d'élite comme langue de civilisation, sauf à Avignon où le cosmopolitisme l'a importé à toutes fins.

Mais dans le dernier tiers du xv^ siècle, quand le français tend à remplacer le latin dans les procédures, c[uand se multiplient les offices royaux, et les interventions du pouvoir, tous ceux qui par leurs fonctions ou leur influence personnelle ont à gérer les affaires d'intérêt local ou régional, civils, ecclésiastiques, et leurs suppôts, greffiers, notaires, conseillers, huissiers, etc., forment dans chaque agglomération un noyau de francisants dont l'importance varie avec celle du Heu. réduit

(1) Rev. Lan}!, mm. {\'J\'i, p. |;J0). ('omj)lc rendu du Mémoire de Leroux, Bur la su])Stiluli(j)i du l'raii<;ais eu Uniousia, par Millaruet.

dans les bourgades à quelques unités. Ces petits cercles se recrutaient parmi la bourgeoisie des villes et celle des campagnes, non seulement parmi les professions libérales, mais aussi parmi les marchands, — on le voit dans les livres de raison du Limousin, — qui, par leur négoce, peuvent être mis en rapport avec leurs confrères du \ord ; et le menu peuple fournit aussi son contingent d'employés subalternes, et même de curés et de tabellions. Parti des milieux officiels, ou semi- officiels, des •corporations judiciaires, ou encore des commerçants, le français avait quelque chance de gagner plus ou moins toutes les classes ■de la population.

De tout cela, les documents ne donnent qu'un aperçu. Et beaucoup de points restent obscurs. A quel moment, par exemple, ces groupes de francisants se seraient-ils constitués ? Peu de temps, semble-t-il, avant l'admission du français dans l'écriture. L'apparition de formes adultérées ou empruntées parmi les documents rédigés en dialecte, précède de fort peu l'établissement du régime nouveau. Quand le français envahit les papiers des notaires ou des municipalités dans un lieu donné, à une date donnée, comme à Montpellier, à Nîmes, à Bordeaux, à Périgueux autour de 1500, les premières traces de son emploi ne remontent qu'à trente années avant, et encore à compter largement : le prélude d'initiation est rarement plus long, très souvent plus court. Même constatation dans les papiers de famille, livres de raison du Limousin, des Merle de Beauchamps à Avignon ; le cas des Montaigne est typique : les petits- fils manient couramment une langue qui était parfaitement étrangère aux grands-parents. Le passage d'un régime à l'autre se fait dans l'intervalle d'une génération, et la vulgarisation du français s'effectue partout d'un mouvement accéléré.

Autre question : comment apprenait- on le français ? Sans <loute au hasard des rencontres, des voisinages, des relations, le patois étant seul employé au foyer domestique, dans les réunions et dans les écoles, à défaut de latin. Quelques bribes de vocabulaire et de syntaxe, recueillies à l'aventure pouvaient ■suffire avec un peu d'application. Mais pour pouvoir écrire la langue, sinon sans incorrection, du moins sans embarras, une étude plus approfondie, plus systématique était nécessaire. Y eut-il, avant le milieu du xvi® siècle, dans les villes du Midi, des gens de passage, ou des étrangers fixés à demeure, qui

duiinaient des leçons parlioulières (1). Nulle part on ne trouve de témoignage formel. Qu'il y en eût, dans les grandes villes ? Bordeaux, Montpellier, dans les centres universitaires, on peut le présumer. Même après 1540, on voit fort peu de localités, Saint- Antonin, Alais, se préoccuper d'avoir un régent venu de France. Et pourtant, dès que l'ordonnance sera publiée, tous ceux qui prendront la plume se mettront vite au français.

C'est que l'école, bien que n'assurant pas cet enseignement, y prépare. Ceux qui sa^•ent lire ne liront pas que des textes latins, et bien qu'on soit mal renseigné sur la dill'usion de la librairie française (2), ils eurent à leur disposition des ouvrages^ de langue française. La lecture complétait leurs notions incertaines, enrichissait leur vocabulaire et suppléait à tous les exercices scolaires ou grammaticaux : le français pénétrait par les yeux jusqu'à la pensée. N'est-ce pas, en tous temps, à cette imprégnation par le livre que nous devons, plus qu'à nos maîtres, la pratique étendue et nuancée de notre langue maternelle ? Ainsi l'instruction et l'imprimerie aidant, le français a pu s'introduire partout, mais reconnaissons que ceci est conjectural.

La langue ainsi introduite n'est pas restée confinée aux classes lettrées : elle s'extravasa dans tous les milieux. Le particulier, dans ces âges de chicane et de inéfiance, ne consent pas à s'en remettre entièrement à la discrétion d'un notaire, d'un procureur, force lui est, par souci de ses intérêts, de s'initier, tant soit peu, à leur langue. Puis le français bénéficia de l'engoûment, le savoir fut l'indice d'une supériorité. Puis c'est une langue éminente en dignité : il est significatif qu'en certains

(1) M. PoL'PÉ, dans son Histoire du Collège de Draguignan, a rencontré au xvi^ siècle plusieurs « cambrados », chambrées, que tenaient les régents. Il suppose que c'étaient des cours complémentaires où était enseigné le français, en dehors des programmes et des horaires normaux.

(2) S'il y a eu un lien effectif entre l'école et l'imprimerie, on ne le constate que rarement. Il faut signaler.au moins « Jean Maurus qui eut la direction du collège de Lectoure, en 1518, enseigna le grec en 1519, à Agen, fut régent des écoles municipales à Montauban (1522 à 1530) et publia une traductio vocahulorum de parlibus edium in linguam gallicam ac Vasconicam. Or, ce régent avait établi à La Réolc un atelier typographique. Il déclare avoir fait cette traduction à la prière du cardinal d'Albret, en français, et pour être agréable aux Gascons, en leur idiome. » Forestik, Histoire de l'Imprimerie montalbanaise {Rec. Acad. Tarn-et-Gar.), t. X, 1897, p. 107 sqq.

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lieux de Provence, on rcin{)loie tout d'abord dans les procèsverbaux où Ton élil le Conseil eoniiiiunal. Dès lors, les vieux idiomes locaux étaient condanuiés, proscrits même de la correspondance et des livres de raison où ils auraient pu trouver refuge ; dhumbles artisans, le <( campanyer » de Béziers, un fermier de Mane, près Forcalquier, leur préfèrent le français. Quand on manipule dans les villages, ces pièces d'archives d'écriture si différente, surtout les pièces annexes de comptes, aucun doute n'est possible : le français avait débordé les cadres étroits du monde officiel, de la basoche, de la bourgeoisie. La masse populaire en avait acquis tout soudain ciuelque teinture, gagnée par une contagion qu'on n'aurait pas imaginée si puissante. Sans doute, par les documents nous ne connaissons que ceux qui écrivent, mais ceux qui écrivent sont nombreux, et l'uniformité du nouvel usage est un témoignage solide des conquêtes en profondeur que le français a faites entre 1500 et 15G0.

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