L ACTION OFFICIELLE
•d'être rappelée. En 1752 (1), on lui transmet de Versailles une pétition qu'ont rédigée les jurats du Cap-Breton, contre l'évcque de Dax, lequel a ordonné de « n'user pour l'instruction de la jeunesse que de l'idiome gascon, quoyque dans tous les temps on ait fait usage de la langue française, à Tinstar de ce qui se pratique à Rayonne ». L'intendant s'adresse au subdélégué de Dax, qui lui répond : « Il est vrai que M. l'évêque a ordonné aux curés et vicaires de la campagne et même aux maîtres d'école d'enseigner son catéchisme et de prôner en idiome du païs, attendu que dans chaque paroisse, il y a peu ou point d'habitans qui entendent le françois, et que dans les lieux où il se rencontre des particuliers qui... savent la langue française, ils entendent en même temps l'idiome gascon. Quant au régent, M. l'Evêque n'empêche pas qu'il donne ses leçons en français, qu'il fasse lire et scrire ses écoliers dans quelle langue les pères trouvent à propos. Il n'empêche pas même qu'il explique en particulier son catéchisme en françois, ainsi qu'il est écrit, aux enfants de ces particuliers qui sont d'un état à entendre et devoir parler cette langue : son ordonnance ne tombe que sur les instructions généralles qui regardent tous les habitans et tout le peuple... » L'évêque consulté se justifie par une lettre narquoise : « Tous entendent le gascon à Cap-Breton et a peine y a-t-il douze personnes qui scachent le françois... Dans mon diocèse et de tous temps les bons pasteurs ont instruit, catéchisé et fait catéchizer leur peuple en gascon : mes prédécesseurs ont fait même imprimer des instructions en cette langue... » D'Etigny rejeta la requête des jurats et donna raison à l'évêque. Et ceci n'est qu'un petit fait, sur lequel il serait téméraire d'échafauder une théorie ; de plus, c'est une menue question de pratique qui est à régler, et non une question de principe. Pourtant, qu'on imagine en quel sens un préfet contemporain trancherait un tel différend I Laisserait-il passer une si belle occasion de rendre obligatoire l'emploi du français ? Ainsi, entre l'ordonnance de Villers- Cotterets et la Révolution, l'autorité souveraine ne fait rien pour propager parmi le peuple la connaissance effective et l'usage de la langue officielle ; ce souci, qui est primordial pour
(1) Bull. Soc. sciences, lettres, arts de Pau (1873-74, p. 22G et sqq.) ; Seu- RURiER, De l'Instruction primaire en Béarn. Bull. Soc. arch. Gers (1901. p. 102) ; ViLLAi.N, Lettre de d'Etigny (1752). Inv. sorn. Arcli. dép. Gers, série C,
les gouvernements contemporains, semble être resté étranger, jusqu'à la fin, à ceux de l'ancien régime. Au point de vue linguistique, l'œuvre de François l^^ n'a comporté aucun prolongement ; seule la prépotence officielle du français sur les idiomes locaux n'a cessé d'être affirmée, et l'action royale s'est bornée aux encouragements qui procèdent d'une politique de magnificence.