L ENSEIGNEMENT ET LA DIFFUSION DU FRANÇAIS
A la négligence de l'autorité supérieure, fut-il suppléé par l'initiative privée, celle des communautés, du clergé, des corps enseignants ? Dans quelle mesure les universités, les collèges, les écoles ont-ils contribué à la difîusion du français ?
Inutile de s'arrêter longuement sur les Universités. On admettra que les étudiants, à l'époque où nous sommes, savaient le français, mais les cours sont professés en latin, comme l'attestent les nombreux manuscrits conservés dans nos bibliothèques locales. Même pratique dans les examens. Notons toutefois qu'à Xîmes, dans le statut des apothicaires, il est dit (art. 5) (1) : « l'examen sera faict de la part des maîtres en françois ou en latin, comme leur plairra, mais le repondant ne sera tenu que au langage vulgaire s'il n'est exercé au latin. » D'ailleurs, qu'il y ait ou non des dérogations à l'usage traditionnel, cela est sans portée pour la diffusion du français dans le public.
Ce qui se passe dans les collèges mérite plus d'attention. Dès le milieu du xvi^ siècle, ces établissements, que nous appellerions secondaires, se multiplient avec une rapidité qui est un signe des temps, et un des effets les plus durables de la Renaissance : dans la seule région gasconne, entre la Garonne et les Pyrénées, on en crée à Auch, à Aire, à Agen, à Rayonne, à Condom, à Gimont, à Lectoure, à Lescar, à Mirande, à Mont-de- Marsan, à Nérac, à Orthez, à Vie, etc. Les protestants, un peu plus tard, auront les leurs, à Montauban, à Montpellier, à Die, à Orange, etc. Partout c'est une règle générale d'interdire la
(1) Mém. Acad. JSîmes (1879). Pèghmeiil de la confrérie des apolliiaiires el épiciers de Nîmes (157^i).
langue franç.iise, pour obliger les enfants à se pénétrer de latinité par un ])rocédé qui rappelle nos « méthodes directes )>. Dans les accords locaux, qui sont passés entre les municipalités •et les maîtres, un article sur ce point n'est jamais omis. Voici un texte explicite pour le collège de Saint- Maxi min en Provence (1) : « Il (le principal) constraindra les escoliers de parler latin en tous temps et lieu. Ils auront charge chascun de faire noter a son normateur les escoliers de sa classe quant parleront françoys, en quelque lieu et ten>ps que ce soyt pour en estre punis le samedi. — Ung escolier ouyant ung autre parler françoys, si le faict noter, lui sera remis une note » (1570). A Montpellier, le règlement de 1608 déclare (2) (art. XI) : <' omnes professores tam philosophiae quam philologiae discipulos suos intra pomoerium saltem Academiae vernacula et gallica utentes liingua ea&tigaatoi. » Celui de 1628 reprend : « quisque intra pomœria Collegii et in classe praesertim latine aut graece colloquatur. Si quis vero gallica aut vernacula lingua utatur, gravissime puniatur. » Même discipline dans les Académies protestantes (3) : (Die, règlement de 1604). « Premièrement le gallicisme et langage maternel est entièrement banni du collège et de l'enclos d'iceluy et commandé de parler latin et partout. » (Règlement de 1662) : « Les régents indulgents envers les estJoliers délinquants seront griefvement censurés, suspendus en cas de récidive, et spécialement ceux des quatre premières classes qui souffriront le gallicisme parmy leurs escoliers. » Un autre article précise : « Depuis la 4^ classe €n bas on ne parlera qu'en français a peine du fouet a ceux qui parleront le vulgaire. » Formules analogues au collège de Guyenne à Bordeaux, à Agen, à Auch, à Cadillac, à Tournon, à Castres, à Nîmes, à Valence, à Marseille,, à Montauban (4) ;.
(1) J. FouRNiER, La vie de collège en Provence au XVI^ siècle [Rev. hist. de Provence, janvier 1901, p. 42).
(2) Académie des sciences, lettres de Montpellier (1882, p. 185). Germain, La Faculté des arts et Vancien collège de M.
(3) BuU. hist. et phil. du Corn., 1891, p. 305 et sqq. Communication de Bhun-Dtjrand.
(4) Collège de Guyenne : « nemo nisi parvulus idemque elementarius vernacula lingua loquatur, quin etiam ut ipsi parvuli discant, provectiores una cum his loquendo prius latine dicant, deinde vernaculo sermone interprelentur, si quid minus inlellexerunt. » Massebiau, Le programme du Col. de G. (Rev. péd. , janvier 1 !
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et cette pédagogie est conforme aux désirs du j)ublic : en 155!l, le Parlement de Bordeaux recommande au principal du collège de Guyenne de veiller à ce que les écoliers ne se servent que de la langue latine (1) ; à Aix, les Conseils rappellent <( especiallement » aux régents ([u'ils doivent (( fere parler latin » (1570) (2).
Les programmes ne comportent que la grammaire et les auteurs latins. A Aix (3) (progiamme de 157G) : « M. Arnaud sera tenu de fere les lectures suyvantes... les Partitions, la Rhétorique de Talley, une oreson de (lioero, la Métamorphose d'Ovide, Valerius Maximus ou le Salluste, les offices de Sicero, le cinquiesme livre des Epittres de cicero, Therance et le Espautère » ; à Tarascon (4), le principal doit interpréter « les élégances de Laurent Valle ou la Paraphrase d'Erasme avec les quantitez et figures de Despautère » (1582). Il y a concordance partout entre les tendances des maîtres et les désirs des populations exprimés par le corps communal : on veut de toutes parts faire bénéficier la jeunesse des conquêtes de l'humanisme, c'est pourquoi l'enseignement est exclusivement orienté vers le latin (5).
A Agen : « Les enfants de la i^^, 2^ et 3^ classe et dans les collèges parleront latin... en la 4® comme ils pourront, en la 5^ françoys » [Arch. munie. Agen, ce, 210).
Valence. Règlement de 157'», art. 11 : Les Escolliers de la première classe et tous autres grammairiens seront contraints parler latin pour apprendre le langage. » Nadal, Histoire de l'Université de V. (1861, p. 392).
A Marseille : « Les régents (1616) seront tenus faire parler en latin et non en langue vulgaire depuis la cinquième en hault, fors les jours et heures de récréation. » Fabhe, Le.i rues de Marseille (t. III, p. 278).
A Montauban, à la septième classe : « Le sous-maistre de la septième classe enseignera les petits cnfans a lire, non seulement en françoys, mais aussi en latin. Les escoliers, étudiants en philosophie, les premiers, les seconds, troisièmes et quatrièmes ne parleront que latin en classe et dans le collège. »
Dans la classe de théologie « ils exerceront leurs escoliers, non seulement en propositions tant en latin qu'en français, mais aussi par disputes. » Le- BRET, Hist. de Montauban (\SM, t. Il, p. 381).
(1) Bull. hist. du Protestantisme (1873).
(2) Belin. Histoire de l'ancienne Université de Provence (t. I, p. 300).
(3) Contrat du notaire Borrilly, BELnv, Histoire de V Université de Provence (chap. iv).
Cl) Bull, des amis du Vieil Arles (1903) ; Taii.lefeh, L'enseignement primaire dans l'arrondiss. d'Arles, p. 81.
(.")) On trouvera des indications complémentaires et toujours concor-
Le français est liappé clinterdil, mais il n'est pas exclu : il s'introduit par la nécessité même des exercices latins. « Troys fois la septmaine... les regens dicteront thèmes et matières françoyses, chacun en sa classe », est-il prescrit à Tarascon (1) (1582). Il faudra, lit-on à Albi, « leur bayller des épitres en vulgaire pour après par les dicts grammairiens et aultres scoliers estre traduicts en latin, pour plus avant les exerciter en leur grammaire latine (2) ». Dans les classes cjue nous appelons élémentaires, on apprend à lire en latin et en français et les élèves sont autorisés à parler en vulgaire (3). On voit, au collège de Guyenne, les grands servir de moniteurs aux petits, en employant le français pour leur expliquer le latin. De plus, les professeurs sont étrangers au pays : Buchanan, un Ecossais ; Gouvea, un Portugais ; Yinet, un Angoumois ; Cordier, venu de Genève ; à Tournon (4), on se glorifie d'avoir pour maître, M. Pelisson, qui écrivit en français son traité de V Institution des enfants. A Nîmes, en 1582 (5), les règlements du collège témoignent de préoccupations analogues : « quantum fieri potuerit, natione sit francus (le professeur de G^) ut occitania oris vitia in pueris commodius emendari possint. Multum enim interest emendata pronunciatione tenella illa ora informare. » Il est dit plus loin : « omnes, praeter quartos, quintos et sextos latine loquuntor ; quarti, quinti, et sexti gallica non vernacula lingua utuntor. » Ainsi le français ne figure pas comme matière d'enseignement, mais par la force des choses et nonobstant toute prescription, il se fait une petite place dans la vie du collège. Aussi est-il admis dans les récréations et divertissements, en particulier dans les pièces de théâtre que jouent les écoliers aux fêtes solennelles. Ainsi à Aix (6), ils représentent, en 1594,
dantes dans les ouvrages suivants : Bénétrix, Histoire du collège d'Auch ; Yrondelle, Histoire du collège d'Orange (1912) ; Massif, Le collège de Tournon en Vivarais ; Drevon, Le collège de Bayonne au XV I^ siècle, et dans PoupÉ, Histoire du collège de Draguignan, sans parler d'innombrables monographies publiées dans les divers périodiques des Sociétés locales. Mais une bibliographie de l'histoire de l'Instruct. publique est à faire.
(1) Taillefer, op. cit. Bull. Soc. amis ^'^ieil Arles (1903).
(2) Règlement de 1545, art. XVI. Rolland, Hist. litt. d'Albi, pièce juslif.
(3) C'est expressément formulé dans presque tous les règlements.
(4) Massif, Le collège de Tournon en Vivarais, chap. ii, p. 20.
(5) Ménard, Hist. de Nîmes, t. V. Pièces justificatives.
(6) Annales du Collège royal de Bourbon (1890), d'après le Journal de Foulque'^Sabolis. Pièce justif., n° 5, p. 279 ; F. Belin, op. cit., p. 300 note.
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en 1G03, une ysioire romayne en latin, un Oclavius Cina, un Caius Marins ; d'autre part, en 1595, ils jouent une « farsse a 4 personnages, l'un savoyart, le second Provenssal, le tiers Spagnol et le quart françoys... » ; et, en 159G, « les malheurs du passé, en grec, latin, françoys et ytalien ». Au collège de Guyenne (1), en 1561, déjà, Jacques Martin, régent de dialectique, avait donné des tragédies, moralités, farces, comédies, tant en latin qu'en français (2).
En résumé, le français est proscrit par les règlements, il est ignoré des programmes, il n'est pas un objet d'étude. Mais il pénètre par la petite porte comme instrument au maître de lecture, dans les classes préparatoires, au régent de latin dans les classes de grammaire. Par réciprocité, le latin devient un instrument pour apprendre le français. On ne peut empêcher que des exercices latins ne soient aussi des exercices fran- •çais (3). Et d'aucuns prétendent encore aujourd'hui qu'en ce sens ils sont irremplaçables. Sans entrer dans une querelle qui est toujours d'actualité, jugeons les résultats : tous ces enfants des classes moyennes, dites bourgeoises (4), quittent leur maison où les parents, surtout la mère, n'emploient que le parler local, et viennent au collège sans connaître le français, que personne ne leur enseignera. Après six ans de latinité, les voilà qui manient cette langue fort proprement, car devenus juges, notaires, avocats, officiers du roi, conseillers communaux ou simples marchands, ils laissent dans les archives de leur pays natal des témoignages nombreux de leur savoir-faire. Il en fut
(1) Bull. Soc. hist. du Protestantisme (1873).
(2) Entre autres preuves que le français est plus ou moins pratiqué dans les collèges, citons le cas de ce François Valeton d'Aubenas, qui, élève de 6^ au collège de Tournon, envoie pour clrcnncs à son père (IGll), un sonnet français de sa façon. Massif, Le coll. de T. (p. 69).
(3) Le règlement du collège de Brive (1699) porte pour la classe secunda grammaticae : « phrases gallice preposilas latinas facicnt omnes... fabulas etiam graecas explicabunt latine et gallice... » Le français intervient dans la la classe sans être un objet spécial d'étude. Bull. Soc. arcli. et hist. Limousin, 1890, p. 377.
(4) Au point de vue pédagogique, — et (|ui sait ? au point de vue social, — le bourgeois pourrait se définir : celui qui sait faire des sacrifices pour l'éducation de ses enfants. Notons qu'il y avait en ce sens, une importante bourgeoisie terrienne : car des bourgades sans importance s'arrangeaient pour avoir au moins un régent de latin.
ain»i dès ies dernières o;énératlons du xvi® siècle qui avaient déjà passé par le collège. Somm« toute, il semble bien que ces établissements avec leurs humanités classiques ont été pouj l'usage du français, les meilleurs organes de difîusion (1).
Pendant longtemps encore la méthode latine servira à l'ac- (juisition de la langue française. Sans doute, il y aura des fissures dans le système, et des dérogations dans la pratique. A Arles, au xvii^ siècle, les soutenances de thèses se font en français ou en latin ; au collège de Bagnols-sur-Cèze, fondé en 1661, on déclare enseigner la langue française en même temps que la grecque et la latine. Mais il fa«t attendre jusqu'au xviii® siècle, pour assister à un renouvellement des programmes. Alors, l'exemple de Port- Royal, les méthodes des Oratoriens, les théories de Rollin, les critiques des publicistes, l'influence de certains professionnels, et de leurs essais, surtout l'éclat de nos chefs-d'œuvre littéraires ont ébranlé la tradition : c'est là un chapitre bien connu de l'histoire de la pédagogie. Mais l'évolution des idées ne provoque des modifications sensibles dans l'enseignement classique que sous Louis XV, surtout après l'afïaire des Jésuites. Dès lors la grammaire, la versification, la rhétorique françaises, l'explication des maîtres du xvn^ siècle, prennent place dans le cycle des études. On suit dans les provinces la répercussion de ses exigences nouvelles, l'écho des polémiques doctrinales. « L'étude du français (2), écrit-on à Montpellier en 1762, qui a été négligée jusqu'ici, est réclamée de toute part, et s'il y a quelque chose de surprenant, dans les plaintes que l'on entend à cet égard, c'est qu'on ait pris la peine d'accumuler les raisons qui établissent la nécessité de cette étude. » A Aix (3), en 1763, on met au programme : la Fontaine, de la sixième à la quatrième ; en 3®, la prosodie et la
(1) Je n'ai pu donner ici que des indications. L'histoire de l'enseignement secondaire au xvi^ siècle est à faire, ou à refaire. (Ainsi il est entendu, à lire les historiens ou les pédagogues, que l'enseignement en latin est dû aux Jésuites, et que la multiplication des collèges est une conséquence de la Réforme. Rien ne me paraît plus faux. J'ai peur qu'on n'ait fait de cela des questions confessionnelles). On verrait alors que tout s'explique par l'humanisme.
(2) Cité par Drevon, Histoire du coll. de Bayonne, d'après Rev. de l'Enseignement secondaire (1886).
(3) Revue Sextienne (t. II, 1881, p. 133). La Réforme des Eludes au collège Bourbon d'Aix.
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versification françaises ; en rhétorique, l'Art poéti(jue de Boileau. A Draguignan (1) au xviii® siècle, les élèves ont successivement entre les mains la Grammaire française de Restaut, Vlme Deshoulières, Gre.sset, Malherbe, J.-B. Rousseau, les Accents et la Prosodie de l'abbé d'Olivet, les Règles de la Poésie française par l'abbé Joannet, les Eléments de Rhétorique de Le Batteux, la Conjuration de Venise de Saint-Réal,. -Montesquieu, l'Anti- Lucrèce, et même un Théâtre ancien... français, allemand, hollandais et italien, morceaux choisis de littérature comparée. Ces programmes ont un caractère surprenant de modernité. Au collège de Limoges (2), les discours de distribution des prix après 1774 sont en français et celui de 1780 a pour sujet l'Excellence de la langue française (3).
Voilà quelques faits : de pareilles innovations se constatent partout. Une pédagogie triomphe, qui admet le français au titre de langue classique, qui donne une place honorable à nos écri^'ains à côté des anciens. Mais ce sont les dernières générations de l'ancien régime qui ont seules profité d'une culture ainsi modernisée. Jusque-là, parmi la population scolaire des collèges, l'acquisition du français s'est faite d'une manière détournée et surérogatoire : on ne l'a considéré ni comme un objet direct d'études, ni comme un moyen de formation intellectuelle.
(1) PoupÉ, Hi.st. du collège de Draguignan. Voir surtout le chapitre vu. Le cours de philosophie se fait encore en latin, mais celui de physioue se fait en français : « Nous avons cru, disent à ce propos les Doctrinaires en 1770 devoir nous affranchir de celte servitude [l'enseignement de la physique en latin], à l'exemple de la première Université du royaume où l'on a donné la ];rtférence à la langue française. Une science aussi généralement utile et intéressante mérite hien d'être mise à la portée de tout le monde et ne retarde-t-on pas les progrès des élèves en la leur présentant dans une langue qui leur est presque toujours étrangère... » Poupé, loc. cit.
(2) Inv. som. Arch. dép. H. -Vienne (série D, D47). Môme fait à Béziers. A Brioude, on se préoccupe de domier aux enfants « l'intelligence de la langue française ». /ne. som. Arch. du Puy-de-Dôme (t. V, p. 330).
(3) A Béziers, après 17C3, le professeur de rhétorique fait un discours latin à l'ouverture de l'année scolaire, et un discours français à la distribution de prix (Bull. Soc. arch. de Béziers, 2^ série, t. V, 18G9). Soccaille, Notice historique sur le collège de Béziers (1594-18()8).
Tl serait plus délicat d'évaluer dans quelle mesure les écoles, <jLie nous appellerions primaires, ont contribué à la diffusion du français.
Un fait est désormais certain : ces écoles, dans les villages, les bourgades et les villes, étaient plus nombreuses que les déclamations contre l'obscurantisme ne le prétendent (1). Si
(1) C'est aussi une histoire à refaire : un livre de synthèse manque, pourtant les éléments ne manquent pas ; les chercheurs locaux ont déblayé le terrain. Dans les provinces, on a pu ressusciter les titres d'écoles nombreuse^ pour les garçons et même pour les filles. Voici pour le Midi, quelques indications bibliographiques : Allain, Contribution à l'histoire de VI. P. dans la Gironde (Bordeaux, 1895) ; Rotzes, Ilist. de l'I. P. dans Varrond. de Bazas (Bordeaux, 1893).
Pour la région du Gers, articles de détails sur un grand nombre de communes, in Reloue de Gascogne, passim.
Pour Toulouse et le Languedoc : De Saint-Charles (Mém. Acad. Toulouse, 8® série, t. IV, 1882) ; L'Enseig. primaire à Toulouse ; Douais, L'Enseig. en Languedoc.
Pour la Gascogne pyrénéenne, Decap a fait une dizaine de travaux sur Saint-Bertrand, Muret, le diocèse de Rieux, Mas-d'Azil, etc.
Pour l'Auvergne : Jaloustre (Mém. Acad. Clermont, t. XXXIII, 1881) ; Anciennes écoles d'Auvergne.
Pour partie du Quercy : Galabert, Les Ecoles d'autrefois dans le pays de Tarn-et- Garonne [Bull. Arch, du T.-et-G., 1905-1906).
Pour le Gard : (Bull. corn, de l'Art chrétien, 1881, t. II) ; René, L. /. P. dans les diocèses de Nîmes, etc., et (Ibid., t. XI, 1911) ; Durand, L. /. P. duns les trois diocèses, etc.
Pour la Drôme : (Bull. Soc. arch. et statist. de la Drôme, 1873, t. VII) ; Dupré, L'Enseignem. prim. dans la Drôme (ibid., 1883) ; Fontanille, L'L P. avant 1789 dans Varrond. de Nyons ; Lacroix, L'arr. de Montélimar. Dauthuile, L'Ecole primaire dans les B.-Alpes.
Pour le Var : Bull, de la Soc. d'étud. Draguignan. Monographies très nombreuses, et MiREUR, in Rev. des Soc. savantes, 1880.
On trouvera là pour plusieurs secteurs de notre domaine, les données utiles d'une étude d'ensemble.
Voici quelques chiffres à titre d'exemple :
Dans l'arrondissement de Muret, sur 62 communes, 26 avaient des écoles au xviiie siècle ; dans le diocèse de Rieux, sur 139, il y en a 43 pourvues de maîtres (Decap, L'/. P. dans le canton de Fousseret) ; dans le diocèse de Die, en 1644, sur 100 communes, 25 à peine ont des instituteurs (d'après les tra-
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l'éducation publique ne disposait pas d'un organisnie comme dans les Etats contemporains, l'initiative locale suppléait à la négligence du pouvoir souverain, et dès le xvii^ siècle, les écoles s'étaient suffisamment multipliées pour exercer une action efficace en faveur de la langue française.
Mais, dans la pensée de ceux qui les fondaient, là n'était pas leur destination. Chez tous ceux qui patronnent ou contrôlent l'enseignement, il y a unité de vues, mais ces vues sont courtes. Que ce soit dans les contrats notariés, dits baux de régence, que ce soit dans les accords passés devant les conseils communaux, ou encore dans les procès-verbaux de tournées épiscopales, ce qu'on requiert du régent n'est pas un programme ambitieux. Les formules se ressemblent par leur laconisme, de l'Atlantique à la Méditerranée, des Pyrénées aux Alpes. « Lire, écrire et chiiïrer », l'alphabet de Notre-Dame, « écriture, lecture et chiffre », on n'exige rien de plus. Pour prendre un exemple, dans la région de IVyons, c'est ce libellé qui revient à Lachaire (1635), à Buis-les-Baronnies (1691), à Eygalages (1699), à Condorcet (1703), à Remusat (1711), à Mévouillon (1716), à Roche-sur-Buis (1727), à Laborel (1738) (1). Accessoirement, le maître apprendra la « doctrine », ou le latin (2). On trouve aussi parfois des formules vagues : Montesquieu- Volvestre (1661) (3) : instruire les enfants à la lecture, grammaire et autres bonnes mœurs ; La Bastide Besplas (1655) (4) : instruire les enfants tant à la lecture, écriture et grammaire qu'autres sciences. Au Brusquet et au Mousteiret (5), en 1582, les familles cherchent quelqu'un (( pour apprendre à lire, écrire, calculer et enseigner les lettres humaines ».
Ces indications valent pour la plupart des communes, je l'ai vérifié pour quebfues centaines. On se borne au rudiment : il
vaux cités plus haut) ; en Provence, sous la Régence, le diocèse d'Aix a des instituteurs dans 44 communes sur 68 ; dans celui de Rie, 20 sur 54 ; dans celui de Vence, 4 sur 20 ; dans celui de Marseille, 12 sur 24 ont des écoles. Babeav, op. cit. (Rei^. historique, 1891, t. II, p. 300).
(1) Bull. Soc. arch. Drame (1883, p. 297 sqq., art. cité).
(2) Tallard (1684) : lire, écrire et la doctrine chrétienne (Bull. Soc. lluules- Alpes, 1885). Pont-du-Château (1696), Gerzal (1699) : lire, escrire, chilïror et surtout le latin [Mém. Acad. Clermoni, 1881 ; Jaloustre, op. cit.).
(3) Decap, Ecoles et régents dans le canton de Montesqu ieu-Vohestre.
(4) L'Instruction publique au Mas d'Azil, par le même.
(5) Près Digne (B.-Alpes), Corriol, Lauzière, le Brusquet, le Mousteiret.
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y a trois instruments de travail : lecture, écriture, calcul, qui sont évidennucnt la condition et la base d'une instruction plus poussée, mais (jui oui ])ar eux-mêmes une utilité intrinsèque : les enfants en auront le maniement. Mais on ne voit pas au delà, on ne pense pas à les munir d'un « bagage de connaissances » comme fait l'instituteur de notre temps. Aussi serait-ce un anachronisme que de chercher quelles sont les matières d'enseignement : dans l'ensemble il n'y en a pas. D'ailleurs, quand des communautés plus riches ou plus éclairées veulent assurer aux enfants une instruction moins sommaire, elles s'attachent un régent de latin. Ainsi la langue savante qui, de notre temps, est réservée aux villes pourvues d'établissements secondaires, est souvent, au xvi^ siècle, mise à la portée des -villageois, et l'on passe sans intermédiaire, du rudiment aux études classiques. Jusqu'à la fin de l'ancien régime, on rencontrera des latinistes dans les populations rurales (1) : cette espèce a disparu depuis la Révolution. Tout cela est maintenant bien connu, mais il convenait de rappeler qu'au delà des éléments, le métier d'instruire ne comporte que le latin. Et si l'on ajoute que la lecture s'apprend dans des livres latins, dans le Psautier, on voit qu'à l'école de la commune, pas plus qu'au collège de la ville, on ne fait une place au français.
Ces considérations appellent quelques tempéraments. Dès le xvi^ siècle, apparaissent des tentatives isolées et temporaires pour donner aux enfants quelques notions de la langue officielle. A Draguignan, en 1542, un régent s'offre au conseil pour «, mettre un stille parisien en son escolle ». L'année suivante, son successeur est choisi comme étant « spert au mode parisien » et le conseil décide qu'il tiendra « la façon des parisians avec des bacheliers » (2). On a vu qu'en 1542, à Saint- Antonin de Rouergue, le régent a charge d'avoir « deux hommes
(1) Des régents latius sont recherchés ou signalés en beaucoup de heux. Voici quelques exemples : à Saint-Antonin de Rouergue, il y a deux régences en 1683, l'une pour apprendre à lire, à c'crire, l'autre pour apprendre le latin (Ann. du Midi, 1912, p. 11) ; à Aramon, en 1599, 1600, 1770, on apprend le latin avec les éléments (Valla, Aramon, p. 542 et sqq.). Dans le Comtat- Venaissin on demande des régents de latin à Malaucène, Cucuron, Saint- Christol, Sablct, Mazan (Rey, op. cit.). [J
(2) PoupÉ, Hist. du collège de Draguignan {Bull. Soc. d'études de Draguignan, t. XXII, 1898-99, p. 415).
l'enseignement et la diffusion du français 451
français » (1) ; qu'à Alais, il en était de mcnie. En 15î>3, un maître d'école, liaimond Chaussenc, écrit aux consuls du Buis (Drôme) pour oiîrir ses services. « J'instruirai votre jeunesse, dit-il, « en bounnes mœurs, à lysre en latin et en francsois en toute sorte de lettres, quand a la grammaire ny suis poinct fondé, fors que le commencement de conyugar et construire quelques règles de Pellysson... « (2). En 1577, les consuls de Gap (3) se procurent deux régents, l'un enseignant le latin, l'autre le français. A Montaut (4) (Gers), en 1582, le maître d'école promet de bien et fidèlement apprendre et enseigner tt a lire et a escrire en latin et en françois ». Enfin on a trouvé dans la Drôme, pour 1588, un cahier de modèles d'écriture (5), qui sont des quatrains en français.
Au xvii^ siècle, on trouve aussi quelques indications éparses. A Bordeaux (règlements pour les filles de Notre-Dame), on lit : « elles tacheront de bien apprendre à lire et prononcer les mots, tant en latin qu'en françois (1608) » ; même règlement pour les Lrsulines, avec approbation du cardinal de Sourdis (1617) ; « elles leur apprendront aussi à lire en françois et en latin (6) ». A Draguignan, en 1618, un maître libre s'engage à apprendre à son élève « a escrire bien françois » ; en 1622, un autre se charge de lire « es livres en latin et en françois » (7). A Cuers, en 1617, un « françois » sollicite la régence, mais n'est
(1) Voir supra, p. 253.
(2) Bull. Soc. arch. de la Drôme (1873, op. cit.]. Voici encore quelques passages de cette lettre : « ...et pour ce que ye suis de la religion vous pourries faire quelque difficulté, ceux qui sont catholliqs, mais ye vous prye ne craindre rien, car ye les instruicts aussy bien en leur relligion et en leur facsson comme les autres, et ne cognoistres point en cella que ye sois de la relligion... Davantaige, sy vous aves des filhes a ynstruirc a lysre, escripre et a bonnes mœurs, principalement de la cordure, y ay une femme... laquelle ye fcray venir, quelle est aussy propre qu'il on ayc j)oint en Dauphiné... »
(3) Bull. écon. et soc. du Comité (189.5). Nicoi.i.et, Collège de Cap. ji. 248.
(4) /?ew. de Gascogne (1888).
(5) Bull. arch. Drôme (1883, op. cit) :
Ne sois au bal ([ui n'aymera la danse Ny au banquet (jui ne voudra manger Ny sur la mer (|ui craindra le danger Ny a la cour «[ui dira ce (ju'il pense,
(6) Allain, op. cit.
(7) Pocpii, op. cil. Bull. Soc. étud. Draguignan (t. XXII, 1898-99, p. 415)^
''l52 DE LA RENAISSANCE A LA REVOLUTION
pas agréé (1). A Trans, en 1C07 (2), à Escoussens (Tarn) (3), en 1()92, on apprend à lire en français et en latin ; à Muret (4), au xvii^ siècle, également, et aussi en d'autres lieux.
Ce sont là, pour le xvi^ et le xvii® siècles, des innovations bien clairsemées, et très localisées dans le temps comme dans l'espace : une qviinzaine de mentions explicites pour tout le Midi, c'est peu, et échelonnées sur une période de 150 ans, c'est infime. Certainement on en réunira d'autres, mais quand pourra-t-on dresser des statistiques exactes, tracer la courbe d'une évolution, préciser ou les choix ou les variations de méthodes ? D'ailleurs, il semble cjue ces méthodes soient à la fois diverses, et stationnaires. En tout cas, la concision des textes locaux dans la majorité des cas, prouve tout au moins, même si on a rompu avec la tradition de la lecture en latin, qu'on n'y attache aucune importance ; on demande aux régents des résultats concrets, matériels : que l'élève sortant de ses mains sache lire, écrire, compter, — • et le catéchisme, — • accessoirement le latin : mais il est libre pour les moyens d'aboutir : on ajoute quelquefois des expressions ambiguës, bonnes lettres, grammaire, sans spécifier s'il faut l'entendre du français ou du latin. Même silence sur les livres employés : dans le Var, on désigne expressément les Evangiles et Notre- Dame ; ailleurs les textes sont muets.
A vrai dire, les érudits qui se consacrent à ces recherches ajoutent des commentaires explicatifs et catégoriques, mais tout cela est emprunté aux manuels théoriques ou historiques de Pédagogie (5). Les pièces justificatives qui accompagnent les mémoires, se bornent, en général, aux formules sèches que nous avons relevées : nous ignorons dans quelle mesure et jusqu'à quand on s'en tint à l'usage de lire en latin, et tout bien examiné, je n'ai trouvé aucun témoignage décisif pour déterminer si le maître faisait sa classe en français ou en patois (6). J'estime jusqu'à nouvel ordre qu'on ne peut rien affir-
(1) Bull. Draguignan (1906-7).
(2) Ihid. (1892-93), p. XIV.
(3) Inv. sont. Arch. dép. Tarn, série E.
(4) Decap, op. cit.
(5) En particulier, le Dictionnaire pédagogique, de F. Buisson, est mis au pillage.
(6) M. Poupé, qui a exploré de très près les archives communales dans le
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mer ni sur renseignement du français, ni sur l'enseignement en français, sauf ceci : la question du français ne s'est pas encore posée.
Elle ne se posera et ne se résoudra qu'après le règne de Louis XIV. Deux faits disparates, mais synchroniques, ont déterminé les progrès de l'instruction publique et de l'enseignement français : le premier, c'est la publication des édits (1G95-1698) ordonnant la création d'écoles dans les paroisses : c'est là surtout une dernière brimade aux protestants, aussi les évêques et les intendants pleins de zèle, veilleront-ils à leur exécution. Le seul résultat bienfaisant de la révocation de l'Edit de Nantes, a-t-on pu dire, fut d'attirer la sollicitude du gouvernement sur les écoles (1).
Le second fait est d'ordre pédagogique : les grands éducateurs de Port- Royal, ceux de l'Oratoire, l'institution, par J.-B. de la Salle, des écoles chrétiennes, contribuent à saper jusqu'au fond des provinces, les routines anciennes et à rajeunir les méthodes (2). Or, multiplication des écoles et rénovation des méthodes, ce sont là deux faits contemporains, l'un étaie l'autre et ainsi indirectement la guerre à l'hérésie a été favorable à la diffusion du français.
Indirectement, notons-le, car ce n'est pas le résultat cherché ni par l'autorité royale, ni même par les adeptes de l'Oratoire ou de J.-B. de la Salle. C'est de biais que le français s'introduit à l'école, à la suite d'une querelle purement technique. Deux thèses étaient en présence. Les uns défendaient l'usage antique de la lecture par le livre latin, parce que « dans cette langue tout se prononce uniformément et que le son répond toujours à l'expression des caractères qui se présentent à la vue, ce qui
département du Var, m'écrit ces paroles prudentes : « Je crois que l'enseignement du français et en français a dû commencer sous Louis XIV et que Colbert est pour quelque chose dans cette réforme. Mais là encore rien de fixe, de déterminé. Progression continue, mais avec des stagnations et des reflux. » C'est la même impression que l'on recueille partout.
(1) Babeau, Le village sous V Ancien régime (p. 286).
(2) Pour les généralités, voir Compayré, Histoire critique des duclriiies de l'éducation en France ; Allain, L' Instruction primaire en France avant la Jiévolution ; Carrk, Les Pédagogues de Port-Royal ; Buisson, Dictionnaire pédagogique. Sur la question du français, voir F. Bru.not, Ilisl. de la langue t. V, Nous supposons ces théories connues, et ne cherchons à montrer (juc leur répercussion dans la pratique professionnelle, et dans le Miili.
l'acilite beaucoup la lecture, au lieu que, dans le français, il y a quantité de lettres qu'on n'exprime point par un son, ou qu'on prononce tantôt d'une façon, tantôt d'une autre » (1), A quoi J.-B. de la Salle (2) répondait que pour des élèves ainsi exercés sur des textes latins, la lecture du français conserve toutes ses difficultés ; « aussi la plupart des enfants quittent l'école ne sachant pas lire le français... Enfin la lecture du français peut seule aider les maîtres à développer l'intelligence des enfants et à former leur cœur... Les ouvrages latins ne renferment pour eux qu'une lettre morte et des mots incompris ». C'est une critique radicale : elle démasque ce qu'il y a d'étroit, de borné à soi, dans ces exercices de lecture sur textes latins. Mais si l'on renonce au latin, malgré l'avantage de son écriture phonétique, si on préfère le français, c'est parce que les professionnels de l'école paroissiale le considèrent comme un outil abécédaire de meilleur rendement : il n'est pas encore question de l'enseigner pour lui-même.
Ces polémiques entre techniciens, dont nous indiquons les positions, agitèrent l'opinion, et dans cette querelle au petit pied des anciens et des modernes, on peut prévoir pour qui optera le xviii^ siècle. On constate, en effet, dans nos provinces que s'accroît le nombre des régents français et que le désir de faire lire et écrire en français se propage dans les communautés. Dans un village de la Drôme, près Mevouillon (3) (1716). Imbert de Sault enseigne la lecture, l'écriture, le calcul,.
(1) RoLLiN, Traité des Etudes.
(2) Diction, pédagog., articles Lecture, J.-B. de la Salle. Voici un écho de ces discussions dans une Instruction pour les petites écoles du diocèse de Mirepoix, par ordre de Messire Pierre de la Broue, évêque de Mirepoix (Toulouse, Doviladour, 1699, p. 18) : « Pour apprendre à lire, on doit plutôt commencer par le français que par le latin, y ayant toujours plus de facilité dans ce qui donne plus de plaisir. Mais il faut tout dire : on doit commencer par le français pourvu que l'enfant scache parfaitement assembler et distinguer les syllabes : a quoy néanmoins il est difficile de réussir par le françois : premièrement parce qu'en françoys, il y a beaucoup de diphtongues dont les voyelles changent ou perdent leur prononciation, ce qui arrive rarement en latin. Secondement l'e en françois se prononce fort diversement au lieu qu'en latin... » On devine la suite. Le livre contient un abécédaire où les mots cités comme exemples de prononciation sont latins, quelques rares sont français.
(3) Dict. pédag., art. Drôme. En revanche, on trouvera, dans I'/zh'. som. des Archiv. départ., série E, de nombreuses mentions relatives aux écoles, en divers lieux, sans rien d'explicite pour l'enseignement du français.
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la doctrine ehrétieuiic ; il dit lui-nu'iiie : « J'a})prends les doubles parties, à la frant;aise. J'apprends les déclinaisons, et à conjuguer en françois, toutes sortes de verbes, ce qui les apprend à parler comme des courtisans. » A Cassis (Bouches-du- Rhône), en 1775, un nommé Bellamy (1) oiïre ses services en ces termes . « outre la lecture, l'écriture, l'arithmétique, je donne les principes de la latinité. Comme Parisien, je leur donne l'accent français, et comme aimant les Muses, je garde le célibat. » Ces « réclames » nous instruisent sur les désirs de la clientèle. Et les archives communales confirment qu'il y a quelque chose de changé. Dans les contrats que les consuls passent avec les maîtres, l'ancienne formule à trois termes, • — lire, écrire, chiffrer, — est remplacée par des tarifs explicites : à Rians (2) (Var), ceux de l'alphabet payent cinq sous par mois ; ceux « du françois et écriture », dix sous (1754). A Meounes (3), en 1758, ceux de l'alphabet payent cinq sous, ceux c[ui lisent français et latin, huit sous, etc. Le français a désormais une petite place dans l'enseignement primaire, et son nom figure dans les écrits concernant l'école.
On observe cela dans toutes provinces. Pour ne pas quitter la Provence, on le constate à Collobrières (1714), à la Verdière (1743), à Bormes (1745), à Correns (1746), à Callas (1773); à Cuze (4), le maire, Bonifay, le 11 juillet 1787, s'adresse à un correspondant pour avoir « une persone fort sage, et un très bon caractère, et une très belle langue française ». Mêmes faits à Saint- Laurent-du-Verdon (5) (1765). Dans les Alpes, j'ai pu examiner le livre de raison d'un régent ambulant (6) (début du xviii^ siècle) qui contient, outre des notes d'ordre privé, des vers, des problèmes, des exercices, le tout en français. A Vallouise, en 1730, !.. Bœuf (7) s'oblige à enseignera le latin, le français et à chiffrer » ; de même Jean Estève à Plaisians(1742). En Languedoc, les frères de la doctrine chrétienne s'établissent dans les diocèses de Nîmes et d'Uzès, et y introduisent les mé-
(1) Inv. soin. Arch. coin, de Cassis, série GG.
(2) Bull. Soc. d'ét. Draguignan (t. XXIV, 1902-3, p. vin et sqq.).
(3) Ibid.
(4) Ibid. (p. xi.iv). L'Ensei finement à Meounes.
(5) Dactiicii.e, L'Ecole primaire dans les Basses-Alpes.
(6) En possession de M. Cauvin, prof, au lycée de Digne.
(7) /nv. soin. .\rrh. (iuillrstrr, p. civ.
thodes de J.-B. de la Salle (1). A Béziers, en 1775, les maîtres et ma'tresses sont astreints à apprendre à leurs enfants le Pater, V Ave, le Credo, vu lai in el en français (2). A Mont})ezat- ■de-Quercy (3), en 1789, une société d'instituteurs montre aux •enfants les premiers éléments de la langue française, le calcul, l'écriture. En Gascogne (4), des régents français sont signalés à Bordeaux, à Rauzan (1750, 1752, 1701, 176G), à Montségur •(1764), à Saint-Ferme (1766), à Saint-Macaire (1777), à La Réole (1786), à Castelmoron (1745-1774). Les jurats de Cadillac demandent un régent en 1758 : « il n'est pas indifférent, •disent-ils, qu'il sache bien lire le latin et le fran^ois. » En Limousin, dans un mémoire sur l'état du collège d'Ussel (5) {1780), on lit : « Les enfants perdent ici ordinairement leurs dix premières années dans les écoles particulières de lecture tenues communément par des femmes. C'est la source de cette prononciation barbare, de cette ignorance profonde d'accentuation et de liaison, dont on se ressent à Ussel toute la vie... » A Aurillac (6) on publie, en 1779, un Abrégé des principes de la grammaire française, à l'usage des élèves des religieuses de l'ordre de X. D. A Clermont (7) une annonce insérée dans la « Feuille » (18 mars 1787), dit : « Cours public et complet d'études... Il enseigne par les principes les plus clairs, les plus sûrs, et les plus prompts, les langues française et latine (8). » Et voici une innovation originale qui procède du même état d'esprit. On sait que le xviii® siècle a vu éclore la lexicologie provençale : dans la plupart des régions, les lettrés méridionaux s'appliquent à constituer un dictionnaire de leur patois, non, comme on pourrait le croire, pour en dresser amoureusement l'inventaire, mais pour faciliter à leurs compatriotes la
(1) Bull. corn, de l'Art chrétien (t. IX, n° 65, 1911) ; Durand, op. cit.
(2) Diction, pédag. art. Languedoc.
(3) Galabert, op. cit: (Bull. Soc. arch. T.-et-G., t. XXXIII, 1905).
(4) Allain, op. cit.
(5) Bull. Soc. archéol. du Limousin (1885, p. 263). Documents divers pour •«ervir à l'histoire des collèges classiques de la Marche et du Limousin.
(6) Jaloustre, op. cit.
(7) Ibid.
(8) De même à Bergerac l'établissement Bourson enseigne les langues « françoises et latines », 1775. Charrier, Jurades de la i'ille de Bergerac, 1 904, t. XIII.
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connaissance du français : c'est l'ébauche de la conception moderne, le français par le patois. Cette intention se marque dans le titre même de l'œuvre du Père Pellas : Dictionnaire provençal et jrançois... le tout pour l'instruction des Provençaux qui n'ont pas une entière intelligence ni l'usage parfait de la langue françoise (1) (1723). Elle inspire aussi à Béronie, d'après la préface de l'éditeur (2), le Dictionnaire du patois du Bas- Limousin, à Achard (3), son Dictionnaire en deux parties, français-provençal et provençal-français (1785-1787). L'abbé Sauvages, dans le Discours préliminaire de son Dictionnaire languedocien-français (4), déclare que son recueil a pour but principal « d'aider à parler correctement le françois ceux de nos compatriotes qui n'ont pas fait une étude particulière de cette langue )>, phrase qu'il imprime en gros caractères, et son livre, en effet, est rempli d'indications sur le vrai sens des mots français et la bonne manière de les prononcer. On ne peut guère s'illusionner sur l'efficacité de ces ouvrages et de quelques autres analogues qui sont restés manuscrits : il faut simplement remarquer qu'ils sont contemporains et qu'ils visent à être les auxiliaires de cette pédagogie récente cjui s'efforçait d'assurer au français une place dans les écoles.
On ne saurait tout citer, ni ajouter les références aux références. Ce qui précède met en suffisante lumière le contraste saisissant qui distingue des autres le xviii^ siècle. Une tendance, une préoccupation s'accuse : autant la mention français, en français, était rare avant Louis XV, autant elle devient fréquente et progressivement fréquente, à mesure que l'ancien régime tire à sa fin. Pas en tous lieux, certes ; la lecture en latin, la classe en patois n'est pas universellement abolie, et le régent français s'ajoute au régent latin, mais ne le remplace pas. Pourtant le vœu des théoriciens novateurs est en train de se réaliser, même dans les lointains villages du Midi. Par la force des choses et l'évolution des esprits, le français a pu se glisser simultanément dans les petites écoles et dans les collèges : par là, il pénètre dans les masses qui verront la Révolution.
(1) Avignon, chez Sébastien Offray, 1723.
(2) Bcronic vivait au xviii*' siècle : son ouvrage fut publié à Tulle eu 1823.
(3) Achard était né en 1751 à Marseille.
(4) Edition de 1785, p. vu, t. I.
L"iiistractioii relij^ieuse et la prédication auraient pu servir à la dilïusion du français. Mais uniquement soucieux d'être compris, le clergé s'adressait aux fidèles dans la langue qui convenait le mieux, ici en français, là en patois, conformément au concile de Trente. Les vérités de la religion seront enseignées, etiam vernacula lingua, si opus sit et commode fieri poterit ; et de même les prônes : sacra eloquia et salutis monita eadem i>ernacula lingua singulis diebus festis i'el solemnihus explanent (1).
Quelques évêques préconisent le français : « que le curé au prosne enseignera le Pater Noster, V A^'e Maria, et le Credo au peuple et petits-enfants tant en latin que en françois, » dit l'évêque de Marseille en 1626 (2). Dire trois messes les dimanches et jours de fêtes, expliquer au prône l'évangile en français, tels sont, d'après l'évêque, les devoirs des desservants à Lansargues (xvii^ siècle) (3). « Le dit curé célébrera la saincte messe tous les dimanches... au milieu fera son prosne récitant en iceluy à haute et intelligible voix en latin et après en français l'oraison dominicale, le cimbole des apôtres, les commandements de Dieu et de l'Eglise, » dit l'évêque de Gap au curé de Trescleoux (4) (1640).
En revanche, Godeau (5), devenu évêque de Vence, qui avait lui-même appris le provençal et se plaisait dans ses tournées à le parler, en recommandait l'emploi. Thomassin, d'abord son
(1) Sacrosancti et œcumenici concilii trideiititji... canones et décréta, sessio XXIV, de reformatione, cap. vu.
(2) Magl. Giraud, Archives des Capilouls de la Cadière (p. 96).
(3) Mém. Soc. arch. de Montpellier (2^ série, 1903, p. 119). Une fillette de la Baronnie de Lunel.
(4) Bull. Soc. d'él. des H. -Alpes, Ab. Achard, Histoire religieuse de Trescleoux.
(5) Doublet, Les Mandements de Godeau [Ann. du Midi, 1898-1899) : « Il disait que si Dieu lui laissait le choix ou le don des miracles ou du langage provençal, il choisirait plutôt de bien parler ce langage afln de pouvoir instruire plus facilement son peuple. »