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étaient obligés de découcher, soil pourchasser avec les princes, hors de la forêt de Soigne, soit pour enquérir ou quêler le gibier qu’on voulait chasser le lendemain, soit pour chercher des chiens dans les abbayes, soil enfin pour toute démarche qui concernait leur métier, étaient hébergés et défrayés aux dépens de leur maître. J’ai rencontré une foule de cas où nos gens étaient logés dans telle ou telle auberge de quelque bonne ville ou village du Brabant. Charles-Quinl ou plutôt la reine Marie leur alloua une somme fixe à titre de frais de vacations. Elle était de 16 sols par jour pour le lieutenant veneur, de 6 sols pour les piqueurs, et de 3 sols pour les valets des limiers et de la meute, lorsqu’ils accompagnaient la reine dans une chasse lointaine. Le lieutenant et les veneurs à cheval ou piqueurs devaient entretenir leurs chevaux sur celle somme. Les veneurs qui passaient la nuit dehors à quêter le gibier pour la chasse du lendemain touchaient 3 gros, et 3 palai s s’ils avaient passé une nuit et un jour à celle besogne. Aux valets de la meute qui devaient se mettre à la recherche des chiens égarés, à plus de deux lieues de Boitsforl, on accordait 5 gros par jour pour leur peine. Les frais de vacations du lieutenant veneur furent portés par les archiducs Albert et Isabelle à 4 livres 10 sols, ceux des piqueurs à 10 sols et plus lard à 20, enfin les valets des limiers et de la meule obtinrent 10 sols. Mais
le prince Charles de Lorraine supprima (ouïes ces rémunérai ions, sans distinction, par un décret de l’année 1757. Il faut y ajouter la provision de bois à brûler. Dès l’année 136U, on voit cjue le duc Wenceslas faisait délivrer annuellement au château de Boilsfort, tant pour y être consommée que pour être distribuée aux veneurs, la quantité de 2,200 mesures de bois dites ezclladcn, qui équivalaient chacune à la charge d'un âne, et 24 mesures de charbon de bois. Sous l’archiduc Maximilien d’Autriche, l’époux de Marie de Bourgogne, elle était réduite àl,200ezelladen. Il en résultait que les gens de la vénerie, ne pouvant plus convenablement se chauffer, se livraient à des déprédations dans la forêt de Soigne. Maximilien s’en plaint amèrement dans une ordonnance du 6 mai 1459 (7*) ; à telles enseignes, y est-il dit, qu’ils coupent du bois outre mesure pour faire du feu en plein été, lorsqu'ils sont en chasse. En hiver, lorsque les veneurs rentraient de la chasse, trempés ou engourdis par le froid, on leur faisait toujours un bon feu au château de Boilsfort, et uii pot de vieille bière ne manquait pas de leur rendre les forces et la gaieté. Mais ceux d’entre eux qui étaient surpris dans la forêt coupant ou faisant couper du bois par leurs femmes ou leurs enfants, encouraient une amende double de celle que les lois forestières comminaient contre les voleurs de bois.
Enfin les gens de la vénerie avaient encore le droit de pâture dans la forêt de Soigne. Le lieutenant veneur pouvait y envoyer six vaches et ses compagnons chacun deux vaches, sans être tenus d’acquitter la redevance qu’on payait pour cela au souverain. Disons aussi à l’honneur de nos princes que ceux des veneurs qui avaient passé leurs plus belles années à leur service, et que les fatigues de la chasse avaient rendus incapables de courir dans les bois, n’étaient pas impitoyablement renvoyés. Au contraire, on leur accordait ordinairement une petite pension, ou bien on les entretenait au château de Boitsfort. Je pourrais citer plusieurs vieux chasseurs traités de la sorte, entre autres un ancien valet de la meute du duc Antoine, qui est mentionné de la manière suivante dans un compte de la vénerie. Je traduis du flamand : « Donné pour l’amour de Dieu trois paires de souliers au vieux De Reedejugher, qui est nourri au château de Boilsforl... » Les souverains du Brabant savaient aussi parfois apprécier d’une autre façon les services de leurs veneurs. Ainsi, deux valets de la meule s’étant distingués par leur zèle et leur ardeur à la chasse, Jean IV leur donna, par acte du 13 juillet 1419, un marais ou bois d’aunes de quatre bonniers, moyennant une redevance annuelle d’un chapon au profit de la vénerie. Il est question d’un don pareil dans le Traité de vénerie de Gasse de la Bigne, premier chapelain de
Jean, roi de France, qui le lui lil composer pour l’inslruction de son quatrième (ils, Philippe, duc de Bourgogne (? 3 ). On se trouve à table après une belle partie de chasse, dont les incidents font le sujet de la conversation. « La tête du cerf est exposée aux regards du monarque : il considère la hauteur et l'étendue du bois, l’épaisseur et la grosseur des meules. Il demande quel est celui qui a détourné la bêle. «C’est, « lui répond le maître veneur, Jorre, un des meilleurs «veneurs que vous ayez, et qui voudrait bien être « grutilié d’un arpent de bois. — Volontiers, répond le « monarque généreux; jelui en accorde trois(rt).» L’un des valets envers qui Jean IV exerça sa générosité était Jehan De Foytere, issu d'une famille de veneurs qui servit nos princes jusqu’à la (in du règne de Charles- Quinl. L’un d'eux devint même receveur de la vénerie et juge au consistoire de la trompe de Brabant. Deux autres familles de veneurs se distinguèrent également par leurs longs services. La première est celle des VanBinsl qui date du règne de Charles-Quintal qui, de père en fils, ne discontinua d’être employée dans la vénerie jusqu’à la fin du siècle passé. L’autre, celle des Rouies, remonte au règne des archiducs Albert et Isabelle, et aujourd’hui encore les Rouies sont gardes de la forêt de Soigne.
J’ai déjà dit plus haut que nous manquions absolument de renseignements sur la maison de chusse
des duos de Brabant, avant l'avénement d’Anloine de Bourgogne. A partir du règne de ce prince, les matériaux manuscrits, tels qu’anciens règlements et comptes (’ 5 ), ne nous ont plus fait defaut. C’est la source principale d’où j’ai tiré les particularités qui peuvent intéresser le lecteur. Quant aux ouvrages imprimés, je leur dois bien peu de chose. Rien ne me serait donc plus facile que de semer cà et là, dans ce récit, quelque aventure de chasse dont nos souverains seraient les prétendus héros. Mais comme la vérité doit toujours être respectée, même dans un sujet aussi peu sérieux que celui-ci, je m’en tiendrai à la réalité de ces vieux documents, au risque d’eunuyer le lecteur, faute d’avoir su les employer judicieusement.
Le duc Antoine de Brabant quittait volontiers les riches appartements du palais de Bruxelles, pour venir occuper une modeste chambre au château de Boilsfort , afin d’être plus près du théâtre de ses chasses. C’est ce que nous apprend le passage d’un compte de la vénerie, où il est dit que monseigneur a pour déduit et esballemcnt souvanlefois esté et d entouré, de jour cl de nuift, en son lioslel de Boisforl, où il fuit résidammenl tenir sa vénerie. Nous avons du reste une preuve de son ardeur à la chasse dans le nombre de cerfs et de biches qui furent pris à force, pendant les deux saisons de 1406 et 1407; ce nombre s’élève à 58 cerfs et 68 biches. Le duc ne chassait pas exclusivement
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dans la forêt de Soigne, qui dès lors était sans doute déjà entrecoupée ou sillonnée par les belles avenues de chasse que nous y voyons. Il y courait ordinairement le cerf jusqu’à la fin de juillet, puis il se rendait pour quelque temps à l’abbaye deVillers, pourchasser dans les bois environnants. Cela se faisait ordinairement ainsi chaque année. Lorsque le duc occupait le château de Louvain, c’était dans la forêt de Meerdael qu’il prenait le plaisir de la chasse. Parfois il ne dédaignait pas de faire une partie de chasse chez quelque seigneur brabançon, comme, par exemple, chez Wauthier Pipenpoy, seigneur de Merchtem, dont il empruntait souvent la meute; chez le seigneur d’Heverlé, chambellan de Brabant, et autres. La duchesse de Brabant (t 6 ) partageait aussi le goût de son mari pour la chasse. Je pourrais citer maintes occasions où, montée sur un léger palefroi, elle galopait à la poursuite du cerf aux côtés du duc. C’est ainsi qu’elle assista à une grande chasse que celuici fil avec monseigneur de Bourgogne, qui était l’un de ses frères, ou Jean sans Peur, comte de Flandre, ou le comte de Nevers, qui péril à la bataille d’Azincourl. C’était le 20 juillet 1409. Lancé aux environs de Savenlhem, lecerfdéfia longtemps les efforts d’une meute de plus de cent chiens, puis vint trouver la mort sur les bords de la Senne, non loin des murs de Vilvorde.
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ii ne sera pas sans intérêt de rappeler ici que ces mêmes environs furent , dans des lemps bien antiques, 1e théâtre des chasses de quelque seigneur romain. En effet , au commencement du règne de Cliarles-Quinl, on découvrit à Savenlhem, dans un tombeau que recouvrait un énorme tertre, les cendres d’un personnage inhumé selon le rite des anciens. Près de son sarcophage, au milieu d’une quantité de vases, on trouva son anneau qui lui avait servi en même lemps de cachet. Sur le chaton était arlislemenl gravé un cavalier poursuivant un cerf qu’il menace de son javelot. Cet emblème n’a donc pu être que celui de quelque mystérieux chasseur, qui se sera plu à choisir le lieu de sa sépulture dans les contrées solitaires et sauvages qui avaient été le théâtre de ses exploits. Remarquons aussi que la chasse au javelot ( venabulum aul jaculum) passait chez les anciens pour la plus noble, parce qu’il fallait y déployer une adresse peu commune. Alalanle, fille de Schœnée, roi de Scyros, et Méléagre, ces grands chasseurs de l’antiquité, se servirent les premiers de cette arme meurtrière.
Le duc Antoine forçait ordinairement le cerf avec une meule de 16 à 20 couples de chiens courants, de 16 à 20 lévriers, de 10 ou 12 chiens mâtins et de 4 limiers. Dans la chasse que je viens de rappeler, il y avait 24 couples de chiens courants, 20 lé-
vriers, 12 malins el 4 limiers du duc, plus 10 couples de chiens appartenant à son frère. Lu chasse du sanglier n’occupait pas moins les loisirs du duc Antoine, el peut-être, par les dangers qu’elle offrait, convenait-elle mieux à son bouillant courage. Il est toutefois certain qu’il attaquait bravement ce redoutable animal , el plus d’un solitaire de la forêt de Soigne trouva la mort de sa main. Dans une de ces attaques contre un sanglier réduit aux abois el qui fut tué par le duc, quatre chiens restèrent sur le carreau. Aussi voit-on figurer dans les comptes de la vénerie force onguent el aiguilles à coudre les chiens quant ils sont deschirez et blcschez des cherfs et sangliers. Le marquis de Berghes, qui était grand veneur de Brabant sous l’empereur Maximilien, fil faire, à ce que je vois, une espèce de cotte en toile très-épaisse, pour préserser les chiens des défenses des sangliers. La chasse de ce gibier commençait dans les premiers jours d’octobre eldurail jusqu’à la fin de décembre. lille se faisait pendant une part ie de la saison dans la forêt de Soigne et, pendant une autre, dans celle de Meerdael, ou bien encore dans les bois de l'abbaye de Villers. En 1407, le duefil même transporter12litsdansceltebelleabbaye, pour s’y installer avec ses amis el ses veneurs. Les premiers, ses compagnons assidus à la chasse du sanglier, étaient surtout Bernard Van derSpout, seigneur d’Overyssche, Pierre Van der Tommen el Wauthier
Pipenpoy, dont nous avons parlé. Ces seigneurs arrivaient régulièrement en brillant équipage de chasse. Leurs meutes, jointes à celles du prince, formaient un nombre de chiens tel, que rarement le sanglier courait longtemps; car, comme dit le/?oi Modus en parlant de la chasse du cerf, « tant plus de chiens y a, et meilleur est la chace et la noise qu’ilz font, et plus lost est prins le cerf, si les chiens sont bons. * La meute du duc, pour forcer le sanglier, comprenait la plupart du temps 16 couples de chiens courants, 16 lévriers, 12 mût ins et 4 limiers. Remarquons en passant que le poêle latin Silius Italiens vante, dans son poème sur la guerre punique, les chiens que fournissait l’ancienne Belgique pour la chasse du sanglier.
Le 21 octobre 1415, notre vaillant prince se trouvait dans l’antique château de Louvain, en compagnie de plusieurs seigneurs brabançons. Tout était préparé pour une grande chasse au sanglier qui devait avoir lieu le lendemain, dans la forêt de Meerdael , lorsque sur le soir il reçut nue lettre de la part du roi de France, qui l’invitait à venir, sans perle de temps, combattre les Anglais, récemment débarqués. Laissant là ces préparai ifs de plaisir, il prend les mesures nécessaires pour faire réunir l’armée brabançonne, mais, sans l'attendre, se dirige vers la France, arrive à marches forcées à Azincourl, lorsque la bataille était
déjà perdue, fond sur les ennemis sans être même revôlu de ses armes, el reçoil bientôt la mort avec quelques seigneurs qui l’avaient suivi (77).
Le prince dont nous venons de raconter la déplorable fin avait fait établir dans la forêt de Soigne un vaste haras d’où il tirait de bons chevaux de chasse. Ces chevaux, qui couraient en liberté, étaient si sauvages (on les nommait de wilde perden), qu’il fallait les prendre au lazo comme les chevaux sauvages de l'Amérique. Ils furent tous vendus à la mort du duc, el le haras fut supprimé.
Dès que la neige couvrait de son triste linceul la majestueuse forêt de Soigne, ou pendant les fortes gelées, commençaient les chasses aux loups. Mais ces chasses se faisaient autant par plaisir que pour purger la forêt de ces terribles animaux , qui paraissent y avoir été fort nombreux. On y employait , à la manière des anciens, les filets nommés en flamand wolfs-gaeren, et harnas en français, el deux à trois cents traqueurs, pour y faire tomber les loups. « A quelque jour de petite leste, dit du Fouilloux ( 7 8 ), non pas au dimanche, qu’il faut garder selon le commandement de Dieu, faut faire assembler tout le peuple voisin et proche d’alentour du bois ou buissons, où hantent et se retirent les loups, et ordonner à ceux de chascunc paroisse certains lieux el places pour se camper. Après que les compagnies seront arrangées
et séparées l'une de l’autre la longueur d’une pique, faudra entrer dedans le bois, menant grand bruit de trompes, cornets, tambourins, huant lousiours, tirant droit où sont les fdets el rets tendus, n’ayant crainte de passer ronces ni espines : car c’est où le loup se cache et laisse passer, sans sonner mot, ceux qui courent après luv; dont est venu le proverbe : Il fait le loup à la carrière. Les paroisses donc chemineront en bonne ordonnance, conduite chacune par un des principaux de la bande, afin de leur faire garder bon ordre el traverser tout le bois jusqu'à l’endroit des rets el filets, et s’il y a des loups, ils ne failliront à sortir; mesme on les pourra hasler par des petits lévriers ou mastins mis à l’estrique à la partie du bois, etc. » Telle que vient de la décrire ce veneur expérimenté, la chasseaux loups se pralicjuail dans la forêt de Soigne. Ces animaux semblent avoir infesté cette forêt jusqu’à la fin du siècle passé. Il en fut tiré 1 en 1764, 2 en 1765 et 1 en 1768. On leur donnait encore la chasse en 1790, car je vois qu’à celte époque on payait annuellement une somme à un des veneurs qui faisait des feux aux loups ( wolfs v'ieren), dont j’ignore l’usage. Sous le duc Antoine, on en prenait jusqu’à dix en un hiver; mais le nombre en diminua insensiblement, au point qu’il en était rarement tué au delà de quatre du temps de Charles -Quint. Durant une partie du règne de ce monarque, c’est-à-dire de 1538
à 4557 , on en tua 42 dans la forêt de Soigne. Mais il en coûtait parfois beaucoup pour prendre une couple de ces carnassiers. On faisait jusqu'à vingt traques sans résultat, malgré les 200 et 500 paysans, secondés par une bonne meule de grands lévriers et chiens mâtins. Souvent aussi les traques étaient plus heureuses. Ainsi, dans l’hiver de 1451 à 1452 , on prit huit loups en trois battues et treize durant celle seule saison. Lorsque les armes à feu devinrent d’un usage plus commun, le grand veneur fil donner des mousquets aux traqueurs, pour que les loups eussent moins de chance de s’échapper. Le marquis de Castel-Rodrigo, l’archiduc Léopold d’Autriche, l’électeur Maximilien-Emmanuel de Bavière, et d’autres gouverneurs généraux des Pays-Bas, se plaisaient à faire amener des loups vivants de la forêt, et les lâchaient dans le parc de Bruxelles, où ils les chassaient une seconde fois en présence de la cour. Nous dirons aussi qu’anciennement il y avait une louvelerie à Corlenaken, près d’Arschol , tenue en fief des ducs de Brabant (79).
Il est question dans les documents de la vénerie, à l’époque qui nous occupe, d’un usage qui paraît avoir existé de tous les temps. Je veux parler de ces dons que nous nommons vulgairement des pourboires, et que jadis on nommait plus poliment des courtoisies. Les courtoisies du duc Antoine sont assez curieuses pour
que nous en disions quelques mois ici. Elles consistaient en espèces, et le plus souvent en peaux de veaux et en courroies à trompes dont nous avons déjà parlé. Ainsi un jour, quatre valets du roi de France lui ayant été dépéchés avec des chiens, qu’ils étaient chargés de lui offrir de la part de leur maître, chacun d’eux reçut en don un certain nombre de peaux et de courroies. Les mêmes cadeaux se faisaient, chaque année, non-seulement aux valets des seigneurs qui avaient chassé avec le prince, mais encore aux seigneurs euxmêmes. Tel était alors l’usage, et nous le retrouvons encore à la cour brillante de Philippe le Bon et de Charles le Téméraire. Antoine lui-même figure ordinairement parmi les personnes gratifiées de celle singulière façon; les cuirs étaient remisa son sellier, pour faire esloupper ses harnais de joutes et de tournois, ou bien on lui en confectionnait des houzeaulx ( 8<> ). Un autre don, que je signalerai particulièrement aux chasseurs, est celui qui se donnait annuellement à monseigneur saint Hubert, marischaut de la vénerie, pour les chiens, ainsi qu'on est accouslumé d'ancienneté. Cette offrande s’élevait chaque fois à 1 florin de Hollande, équivalant à 2 sols 3 deniers.
Puisque nous voilà à parler de saint Hubert, nous dirons que sa fête ne manquait jamais d’être dignement célébrée au château de Boitsforl. Tel était le culte qu’on rendait à ce vénérable chasseur, que les
veneurs el d’autres personnages formaient entre eux une, confrérie spécialement placée sous son patronage. Aussi de temps immémorial la journée commençaitelle pieusement , pour finir gaiement , le verre en main. Le duc, s'il était au château, les seigneurs invités et les veneurs, tous équipés el préparés à la chasse, assistaient d’abord, comme cela se pratique encore aujourd’hui, à une messe qui se disait dans la chapelle du château. Aux prières du chapelain répondaient au dehors les aboiements de la meute impatiente. La messe terminée, on parlait plein d’ardeur, comme bien on pense, pour la chasse du sanglier, dont la saison coïncidait avec la fêle du patron des chasseurs. Si la chasse avait eu ses attraits pour le duc el sa cour, si un somptueux banquet terminait dignement la journée, à Tervueren, à Boitsforl ou à Bruxelles, celle-ci ne finissait pas moins agréablement pour les simples veneurs. Attablés dans la salle dite des veneurs, on leur servait quantité de viandes; la bière coulait à flots, el pour dessert apparaissaient sur la table des wauffres, des tourteaux, préparés avec de la farine de froment el du miel, ou bien des crêpes. Enfin, quelques mesures de vin ( 8l ), dites gelte en flamand, vidées àlasantédu prince, terminaient ce grossier mais cordial repas. Philippe le Bon, plus que tout autre prince, aimait à faire célébrer avec éclat le jour de la Saint-Hubert. C’est ainsi (pie le 5 novembre 1431, il convia les
veneurs de Boitsforl et les gens de sa cour à lu maison dite du Roi, sur la Grand’Place, à Bruxelles. J’ignore ce qui se passa dans celle joyeuse réunion; toujours est-il qu'elle eul lieu, et qu’elle coûta 14 clinckaerls, ou 5 livres 11 deniers. Le puissant duc renouvela plusieurs fois ces réunions, comme on le verra plus loin. Une fêle pareille à celle que nous venons de décrire avait lieu, tous les ans, à la maison de chasse de Boilsfort, à l'occasion du jour de l’an, à Pâques, à la Pentecôte, à la Saint-Martin, à la Toussaint et à la Noël surtout.
On a déjà pu voir ci-dessus le nombre approximatif de chiens qu’Antoine de Bourgogne entretenait pour sa vénerie. J’ajouterai ici, pour me conformera la règle que je me suis imposée de donner des renseignements aussi complets que possible, que sa meute se composait de 25 couples de chiens courants, de 20 grands lévriers, qui attaquaient indistinctement le cerf, le sanglier et le loup, de 12 chiens mâtins ( rode en flamand) tout aussi courageux, de 4 limiers pour le cerf et d’autant pour le sanglier, de 2 chiens allans, de race espagnole, * qui sont comme lévriers, « dit du Fouilloux, fors qu'ils ont grosse teste et « courts. » Enfin il possédait une meute de chiens terriers pour les renards, et une autre de petits chiens au sanglier, dont je ne pourrais préciser l’espèce. Se trouvait-il, parmi celle meute nombreuse, des chiens
de celte excellente race, si renommée dans nos provinces et à l’étranger, parce qu’on la disait issue des chiens de chasse de saint Hubert lui même? c’est ce dont je n’ai pu m’assurer. Quoi qu'il en soit, celle question me fournil l’occasion de faire ici un rapprochement historique assez intéressant. Je viens de parler des limiers qui sont, comme on sait, des chiens avec lesquels les veneurs vont quêter et détourner la bête, et dont dépend ordinairement le succès de la chasse. Le limier se nommait leylhond en vieux flamand, et le veneur qui le menait, leylhonder, sans doute du mol leyden , conduire, parce qu’en effet le limier est ordinairement tenu en laisse. Or, nous retrouvons dans la loi des Allemands ( 8> ) et dans celle des Bavarois ( K ), monuments de la plus haute antiquité, le leilihund, qui ne peut être que notre limier, et dont, par conséquent, les anciens Germains connaissaient déjà l’usage. Ceci n’est pas étonnant, et l’on sait trop combien ce peuple était passionné pour la chasse, et excellait dans ce genre d’exercice, pour qu’il soit nécessaire de s’étendre sur ce sujet. Toutefois, je ne puis m’empêcher de mentionner les autres espèces de chiens qu’indique le premier de ces deux codes germaniques. Ce sont le triphunl, dont je ne connais pas l’espèce; le spurihunt, qui est sans doute le chien courant, car spuri dérive évidemment de speur , trace, littéralement donc chien de trace; le
bibarliunl,qui sub terra venalur , probablement le basset; le vellrix, mol dont l’étymologie la plus rationnelle est vcld, champ. Le vellrix pourrait donc bien avoir été un chien avec lequel les Germains chassaient le menu gibier aux champs ( 8 4). D’après le texte de la loi des Bavarois, il paraît certain que cette espèce de chiens chassait le lièvre. Nous trouvons encore dans celle loi le liapihuhunl, chien espagnol employé à la chasse du faucon, car liapi vient de l’allemand liubicli, épervier; puis les chiens qui attaquaient les ourset les buffles; enfin le hovauvarlh , chien de garde, comme l’indique assez son nom ( 85 ). Telle était la réputation des chiens de chasse des Germains que Charlemagne en envoya un jour quelques-uns au célèbre calife Aaron-al-Raschid. Ce prince fut émerveillé lorsqu’il vil ces terribles animaux attaquer un lion sous ses yeux ( 86 ). Les chiens de la Bretagne ou chiens anglais n'étaient pas moins fameux; ils furent recherchés à toutes les époques et le sont encore aujourd'hui. On en faisait déjà le plus grand cas du temps des Romains. Le poêle latin Nemesianus, qui vivait au troisième siècle, dit en parlant d’eux :
. . . Divisa Britannia mitlil
Veloccs, nostrique orbis venalihus aplos.
Personne n’ignore combien les chiens de chasse ou chiens nobles étaient recherchés par les seigneurs,
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au moyen âge. (Tétait à qui en aurait les plus beaux et les meilleurs. Du reste, la possession d’une meute plus ou moins nombreuse proclamait pour ainsi dire le rang et les richesses du maître. Sous ce rapport, un puissant seigneur, Gaston, comte de Foix, surnommé Phi-bus, éclipsait tous les princes de son époque, puisqu’il possédait quinze cents chiens de chasse. Souvent les seigneurs suzerains imposaient à ceux qui tenaient d’eux des fiefs, l’obligation de leur offrir un chien de chasse comme signe de leur vasselage. En voici un exemple que j’ai trouvé pour notre pays. En 1464, Jean, comte de Nassau, seigneur de Diest et de Zichem, qui avait épousé Jeanne de Loen, héritière de l’antique maison de Hinsbergh, ayant vendu à un seigneur du nom de Vlodorp son château et pays de Daelenbroeek, situés dans la Gueldre, il y mit ces conditions, que l’acquéreur et ses descendants ouvriraient toujours les portes de ce château aux comtes de Nassau, le relèveraient à perpétuité de leur château de Hinsbergh, et leur offriraient deux beaux lévriers blancs attachés par un cordon rouge.
Ainsi que le lecteur l’a vu plus haut, le duc Antoine, bien qu’il eut une fort belle meute, gardait souvent pendant des mois entiers les meutes de ses courtisans. Le sire d’Heverlé ne mettait pas moins de douze couples de chiens courants et vingt-quatre lévriers à sa
disposition. Wauthier Pipenpoy lui envoyait ordinairement de son château de Merchtem quatorze couples de chiens pour les sangliers; Bernard Van der Spout, seigneur d’Overyssche, douze couples, et ainsi des autres seigneurs. Les chiens du duc étaient principalement nourris de chair de vieux chevaux qu’on abattait expressément à Boitsfort. Le nombre de ces malheureux animaux dévorés annuellement par les chiens s’élevait en moyenne à quarante, quoiqu’une fois il ait atteint le chiffre exorbitant de cent. Dans la suite, ce genre de nourriture fut abandonné. Le pain destiné aux chiens se composait de seigle pur, ou de seigle et d’orge, ou d’orge et d’avoine. Lorsque des chiens de la meute avaient été mordus d’un chien atteint d’hydrophobie, ou chien mauvais, comme on disait alors, on les menait à Saint-Hubert en Ardenne, ou au village de Leefdeel, qui possédait, parait-il, une image de ce saint en grande vénération. Parfois ils étaient conduits à la mer, pour les y baigner, « ce qui est un bien petit remède, i dit le Roi Modtis.Ea 1407, il fut payé 48 sols 6 deniers à trois compagnons veneurs, pour, le 6 e jour de mars, avoir esté partis de l’hoslel de Boitsfort, et mené tous les chiens et lévriers estant audit Boitsfort, par le commandement de monseigneur, à la meir à Ilulslcrloo, à cause de ce qu'ils avoient esté mors de chiens mauvais. Chose singulière! tous les ans, au mois de mai, on préparait pour la meule
un breuvage fait du meilleur vin de Rhin, et que l'on nommait honde dranck.
Nous ne dirons rien ici des chasses aux daims aux chevreuils, aux lassons ou blaireaux et aux renards, attendu qu’il n’en est point parlé dans les documents de la vénerie.