‹ Recherches historiques sur la maison de chasse des ducs de Brabant et de l'ancienne cour de Bruxelles; précédées d'un aperc̡u sur l'ancien droit de chasse en BrabantChapitre 15 sur 26 · LA VÉNERIE DE PHILIPPE LE BON · texte numérisé non relu

LA VÉNERIE DE PHILIPPE LE BON

Philippe le Bon, personne ne l'ignore, était le souverain le plus puissant et le plus riche de son temps. Sa cour éclipsait toutes les cours de l'Europe en luxe et en magnificence, et aucune ne pouvait lui être comparée pour le nombre de seigneurs et de serviteurs qui la composaient. On devrait donc croire, à en juger par l’étal de cette cour, que ce prince dut mettre la vénerie de Brabant sur un pied digne de lui ; il n’en fil rien cependant, parce que celle vénerie, telle que l’avait organisée le duc Antoine, suffisait, par le nombre de scs serviteurs et de ses chiens, aux grandes chasses à courre du duc, lorsqu’il résidait a Bruxelles,. Immédiatement après qu’il eut pris possession du duché de Brabant, c’est-à-dire en 1430, après la mort de son cousin, Philippe de Saint-Pol, dont nous venons de

parler, Philippe le Bon annula l'arrangement que celui-ci avait pris avec Jean Hinckaert, et fit pour la vénerie une ordonnance qui est datée du 9 novembre 1430 ( 9î ). Cette ordonnance étant à peu près de la même teneur que celle du duc Antoine, je m’abstiendrai d’en donner l’analyse, me contentant d’insérer ici la liste des veneurs et des valets, telle qu’un la trouve dans l’ordonnance en question :

Messires Jacques de Sombreffe et Hinckaert, maîtres veneurs;

Deux veneurs à cheval ;

Cinq valets de limiers et un valet portant le litre de voir <j enrjer van (le honden (celui qui précédait les chasseurs quand ils se mettaient en chasse);

Quatre valets de la meute ;

Quatre valets ou meneurs des lévriers;

Un garde-lardier au château de Boitsfort;

Enfin, un porteur de venaison ( 9 4).

Nous ajouterons que c’est dans celte ordonnance que Philippe le Bon défend à ses veneurs de garder pour eux aucune pièce de la venaison, ni les peaux des bêles fauves, défense dont nous avons parlé plus haut. Il termine son instruction, comme le duc Antoine, en recommandant que chacun connaisse bien son métier.

Maintenant, un mol sur la meule du duc. Outre celle qu’il trouva à Boitsfort lors de son avènement au

duché de Brabant, il en nourrissait une à Bruxelles. J'ignore le nombre des chiens qui la composaient; mais le lecteur pourra s’en faire une idée en apprenant que celte meute consommait chaque jour deux cent quarante pains, et qu’il lui fallait vingt grandes mesures de bois, pendant six mois de l'année, pour la chauffer. Elle était entretenue à Bruxelles, chez M mc Lise et son mari, personnages qui avaient reçu, en plusieurs occasions, des dons et bienfaits de leur maître, et qui, outre les susdits chiens, tenaient chez eux les jeux de brelan, de bourles, de quilles et autres, où la jeunesse titrée allait dissiper ses biens. La garde de ces chiens leur rapportait annuellement 109 livi •es 10 sous. Si l’on ajoute à cette somme 565 livres pour le pain, 9 livres 12 sous pour la paille, 56 livres 10 sous pour le lait, et 27 livres pour le bois de chauffage, on trouve que l’entretien de la meute entière coûtait, chaque année, au duc, la somme énorme de 547 livres 12 sous de Flandre, je dis énorme, puisqu’elle comprenait plus de vingt fois la somme qui servait à un meneur de lévriers, par exemple, à entretenir sa famille. Celte meute devait donc être considérable et répondait sans doute au nombre de serviteurs qui composaient la maison de chasse particulière de la cour de Philippe le Bon. D’après un ouvrage fort curieux, ce prince aurait eu pour sa vénerie jusqu’à vingt-quatre ve-

Page 1