X1KAIT DU MÉMORIAL DE L ÉGLISE GALLICANE
Au rédacteur du Journal.
Orléans, 42 avril 1-SiiS.
Toute la France sait, Monsieur, que nous avons eu le bonheur de jsosséder dans ^osmuI^s \Jt. MM. II. et RR., le héros qui tiejit en ses ninius les (iestniees de l'Europe, et son auguste compai^ne qui enil)e!lit le trône fie tant de charmes, et tempère [)ar sa Iwinté la gloircî dont il est couvert. Notis croyons p* i j»- tuer pour iu)us ces jours heur eux , eu donnant pnr !<■ moyen de votre journal de la puldictte a des détails qui ne doivent pas être renfermes dansfencemle tle rH»tre ville.
M, l'évêque ou M. le préfet devaient être auprès de Sa Majesté les premiers interprètes du nol)le sentiment de respect et d anioui- dont les cris de %fiue 1 empereur } répètes nulle tois a son passage, lui avaient été déjà un témoignage si touchant.
L'empereur éiant descendu au pniais c piscopal, c est M. rëvêque que Sa Majesté a fait appeler, et elle a daigné le garder pendant le temps de son souper et même audelà. C'est ici un des beaux momens de la vie du prélat. Quil est doux à un pasteur, et plus particulièrenrient à notre évêque, de n avoir que des loiianf^<'5 a donner à ses diocésains ! C'est aussi faire aiiiéal>lemeut sa cour à notre souverain, que de pouvoir l'entietenir de lexcellent esprit qui règne dans le clergé, dans toutes les branches de 1 administration, dans le sein même des familles, et de riiarmouie parfaite y peut-être même rare , qui se rencontre entre toutes les autorités. Rien n'a été oublié dans ces momens si rapidement écoulés, ni cette brillante jeunesse qui formait la garde d'bonneur, ni le séminaire que nous appellerons l'enfant cbéri et de prédilection de la ville et du diocèse, eet établissement vers lequel se portent tous les vœux et toutes les espérances.
Nous avons été ioij( lies des marques de bonté que Sa Majesté a données a notre évêque, comme si chacun de nous en pai tieulier en eût ete rol)j(;t.
Un mot heureux qui court: la \ille iaii eunjiaître avec quelle noble délicateàse le prélat sait deniauder. 11 sag-issaii de solliciter auprès de Sa Majesté Tachèvement de la cathédrale. Sire, lui dit M. l'évêque , Henri ly en posa la première pierre , cest une lettre- de change qu'il a laissée à acquitter à Napoléon,
Sa Majesté, reconduite à sa voiture par M. Tévéque , est repartie entre quatre et cinq heures du matin. C'était le dimanche de la Passion, et le prélat, qui avait déjà prêché deux fois pendant le carême dans sa cathédralei avait promis pour ce jour-là un troisième sermon.
Les Tives émoûons qu'il avait éprouvées la veille et le jour même, peu de sommeil la^nuit , le bonheur d*avoir reçu et possédé Sa Majesté, les regrets de la brièveté de son séjour, le souvenir de ses bontés qui le suivait partout , que de distractions \ et ce sont de celles qui sont aimables , qui sont heureuses , que Ton ne cherche point à combattre ; on le tenterait en vain. Mais qui sert si bien son roi sert encore mieux son Dieu $ Tattente du public eût été cruellement trompée ; elle ne Va point été, et*la
cathédrale suffisait à peine aux flots de la multitude qui s*y précipitait; plusieurs milliers d'auditeurs fiiant sur leur ëvéque leurs regards, ont eu la consolation de lea*tendre leur peindre, at^ee iout le pouvoir et tout le sublime de la parole de DieUf Cauloriié dont elle est reuétue, celle de Dieu même , la fin qu'elle se propose^ le changement des mœurs» Comme il a comlamnê et ceux qui descendent de raxiguste dignité d^apôtre à la Jaible qualité d^ orateur^ et ci^ux qui attribue nt à- Féloquence seule le triomphe des passions humaines! Dans un mouTement qui a produit le plus grand effet , il s'est écrié , Des applaudissemens / • • • • ahlportez-'lessur vos théâtres} des ministres du Seigneur mettent à un bien plus haut prix leurs peines , !eur% sueurs j leurs fatigues* F'ous nous déshonorez par une admiration toute profane» Eh quoi! de vaines louanges et pas une conversion!
Ici, Monsieur, je Tavoue, nous avons contredit notre évéque; et où il repoussait les applaudissemens, ils étaient unanimes. L'impression a été si vive , que la sainteté du lieu a pu seul empêcher qu'elle n éclatât. Hélas! tous ne sont pas convertis sans doute ; mais c'est un concert deloges dans lequel il n'y a pas une voix discordante. Vous le voyez, et nous aussi, nous savons , comme notre évéque, et recevoir notre empereur avec l'enthousiasme de ladmiratîon, et le jour môme entendre la parole sainte, nous l'espérons, avec fruit, parce que nous Tentendons avec foi et docilité, parce que nous reconnaissons la voix de Dieu dans celle de son éloquent apotre.
Trois jours après, l'arrivée de i impératrice a renouvelé im délicieux souvenir, et donné un nouvel objet à la joie publique.
Sa Majesté est également descendue au palais épiscopal. Comme on se pre^-sait sur son passage ! les cris de 'vii'e F Impératrice ! se répétaient sans cesse; on ne parlait que de son inépuisable b(inté , dont la douce rciHjmmée l'avait précédée dans nos murs. Toutes les dames de la ville voyaient avec attendrissement, dans leui auguste souveraine, la protectrice des malheureux , rniiiie tendre de tout ce qui souffre, et un modèle qu'elles s honoj^'ent d'imiter.
Sa Majesté a été reçue par M. rëvèque au bas des marclîes de son palais j elle lui a fait I honneur, et à M. !e préfet, de PadiTiettre à sa table. On aimnit voir aux deux autorités dont l'union vraiment intime opère le bien dans un concert, un accojpd parfait, 1 une et l'autre voulant toute espèce de bien , Tune et l'autre heureuses seulement de tout le bien qu'elles ne cessent de faire ; et c'est l'impératrice qui a acquitté notre reconnaissance en adressant souvent la parole à l'un et à l'autre, et toujours sur ce qui était du plus grand intérêt ou pour la ville ou pour eux-mêmes.
Le lendemain. Sa Majesté a retarde son départ pour recevoir l'hommage des autorités, des tribunaux, celui du clergé, du corps municipal, de la chambre de commerce, du bureau de bientai^ mce; elle a daigné adresser la parole à tout ceux ([ui ont ou riioiiiieur de lui être présentés, et ce lut, dit un papier public, avec ce charme indi-; cible dont Sa Majesté semble seule avoir le secret.
Son départ, comme l'avait paru celui de l'empereur , semblait une calamité. Nous avons vu couler des larmes d'attendrissement^ ces larmes , les seules que la bonté ne peut essuyer, et qu'il est si doux de foire répandre! M. lëvêque , attendri lui-même , nous a adouci ces vïh regrets qu'il partageait, en donnant de la publicité à Fespérance que nous ont laissée IX. MM. II. et RR. qu elles repasseraient à leur retour dans notre ville*
Ces détaîbf Messieurs, ne peuvent qu'accroître , s*il est possible , le dévouement de tous les Français à la personne sacrée de LL. MM. Ils sont d une grande édification , et un hommage rendu au zèle et aux talens de notre évéque. G*est sous ce double rapport que je crois pouvoir vous les adresser.
J'ai l'honneur d'être, etc.