Le collège de Lisieux était silué rue Saint-Jean -du
libre n'était que de deux arpents, mais on pouvait, pour établir les cours, exproprier quelques vieilles maisons de la rue de l'Estrapade.
Colbert laissait discuter tous ces projets, mais sans perdre le sien de vue. Au mois de décembre l(5(il, il fit consulter l'architecte du roi, Levau, qui construisait alors la partie du Louvre élevée sur les jardins de l'Infante. Levau proposa de « baslir le Collège proche la porte de Nesle, vis-àvis le Louure, au quel lieu on pourrait faire une place publique , qui servirait d'ornement à l'aspect du Louure 1 . »
De guerre lasse, les exécuteurs testamentaires allaient ccder.lorsqu 'on leur remit une protestation du prévôt des marchands. « Il est à craindre, disait-il, que ceste aduance de la demy lune, venant à etrecir le canal de la Riuiere en cest endroit, uis-à-uis duquel la pluspart des batteaux sont à l'encre, ne porte preiudice à la navigation et au commerce, et que dans les grands desbordemens, lorsque les glaces viennent à rompre en liyuer, que les batteaux n'en soient endommagés, que le Louure mesme n'en reçoive des incommodités. Et que cela estoit d'assez grande importance
Beauvais. Il louchait au collège des Cholets, dont l'entrée était rue Saint-Jacques et la face droite ruo Saint- Étienne-dcs Grés.
I. Registre des délit ératiote du consiil de la fondation du collège Motarini. Archives de l'Empire, MM. 463, p. 38.
au public pour se donner le lemps d'examiner ces inconvénients '. »
Tout se trouva dès lors remis en question. 11 y avait un an et demi que l'on discutait, et Ton n'était pas plus avancé que le premier jour. Les exécuteurs testamentaires commençaient à être fort embarrassés, quand en juin 1662, le duc de Mazarin proposa d'établir le Collège dans les bâtiments du Luxembourg, alors palais d'Orléans ; il allait être mis en vente, et on pouvait l'avoir pour onze à douze cent mille francs*. Cette nouvelle fui accueillie avec enthousiasme, et le projet aussitôt soumis au roi.
Mais, dans l'intervalle, Levau avait dressé un plan qui représentait le Collège construit sur les terrains de Nesle ; la chapelle s'élevait au milieu
1. Registre îles délibérations dti conseil de la fondation du collège Ma,armi. Archives de l'Empire. MM, 16î, p. 54. Une autre protestation, conçue d'après les mflmes idées, se trouïo il la bibliothèque de l'Institut, cartons Je Godofroy, portefeuille n° 100. Elle a été publiée par M. de Laborde dans la Reçut de l'^rchileclurf, année 1847, p. i et suiï.
2. Dana une transaction qui eut lieu le 26 mai IGJ6 entre Louis XIV et Gaston, lo Luxembourg, dix-huit arpents de terre sis au Mont-1'arnassc, et quelques autres domaines qui avaient été constitués en dot a Marie de Médicis, furent estimés l.BÛO.OOO livres. Plus tard, lo Luxembourg fut cédé, moyennant 500,000 livres, à Anne- Marie- Louise d'Orléans, duchesse de llontpcnsicr ; c'était en réalité l'estimer un million, car la duchesse était déjà, en vertu de sea droits personnels, propriétaire de la moitié du fonds.
d'une vaste place demi-circulaire, et le portail se trouvait faire face à celui du Louvre. Cette dernière considération avait paru toucher beaucoup Louis XIV ; aussi, quand on lui parla du Luxembourg, éleva-t-il d'abord quelques objections fondées sur la dépense qu'entraînerait l'appropriation des bâtiments. Il déclara ensuite que ce palais étant maison royale un collège ne pouvait y être établi, et finit par ordonner l'adoption du projet de Colbert et des plans de Levau.
L'hôtel de Nesle faisait partie de l'enceinte de Philippe Auguste ; et, dans l'origine, il couvrait tout le terrain aujourd'hui circonscrit par le quai Conti, la rue Mazarine et la rue Guénégaud. Peu d'endroits dans Paris ont eu une histoire plus fertile en événements.
En 1308, Amaury de Nesle le vendit à Philippe le Bel moyennant a cinq mille bons petits parisis *. » Devenu la propriété de Philippe le Long, il passa à Jeanne de Bourgogne, sa femme, et c'est à elle que la tradition attribue les crimes qui ont rendu fameuse la tour de Nesle. On raconte qu'elle appelait les jeunes gens qui passaient sous ses
1. Le palaia du Luxembourg avait ét« bâti par Marie de Mddicis. Le 2 avril 1602, elle acheta pour 90,000 livres l'emplacement et les constructions légères qui le couvraient. Les travaui commencèrent en 1615 et furent achevée en Ifî-.'U. Marie de Mi'dicis légua ce palais a Gaston de France, son second fils.