Fclibien, Histoire de la vilJc de Paris, p
fenêtres, se donnait à eux, les retenait toute la nuit, el le lendemain matin les faisait jeter dans la Seine. Brantôme n'ose pourtant affirmer le fait; il oarle bien d'une « rcyne qui se tenoit a l'Iiostel rfe Nesle à Taris, laquelle faisoit le guet aux passons, et ceux qui lui revenoient el agréuient le plus, île quelque sorte de gens que ce fussent, les faisoil appeler et venir a soy ; et, après en avoir tiré ce qu'elle en vouloit, les faisoil précipiter du haut de la tour, qui paroist encor, en bas en l'eau, et les faisoit noyer ; » puis il ajoute : « Je ne puis dire que cela soit vray, mais le vulgaire, au moins la pluspart de Paris, l'affirme ; et n'y a si commun, qu'en luy monstrant la tour seulement, et en l'interrogeant, que deluy-mesme ne le die', d Le poète Jean Second, dans une pièce de vers qu'il a consacrée à l'hôtel de Nesle, est beaucoup plusaflirmatif que Brantôme * ; et Villon appuie son assertion dans ces trois vers :
Sem Maniement ou est la Rojnc Qui commanda que liuriilan Fui jetlû en ung sac en Seine'.
Mais le témoignage le plus important et le plus
1. Braillûme, Vies des Dames galantes, discours II, articles, de l'Attouchement en amour.
5. Bay le, Dictionnaire historique, au mot BuarCAN, noie A. 3. Villon, Ballade des Dames du temps jadis, 2' strophe.
précis est celui de Robert C.aguin, qui écrivait, comme Villon, au xvi c siècle. Après avoir parlé des débauches auxquelles se livraient les trois princesses épouses des trois fils de Philippe le Bel, il ajoute que ces désordres donnèrent naissance à une tradition injurieuse pour Jeanne de Navarre, femme de Philippe IV. On prétend, dit-il, que cette reine recevait des écoliers dans son lit; et pour effacer toute trace de ce crime, les faisait jeter duos la rivière par la fenêtre de sa chambre. Un seul de ces écoliers, Jean Buridan, échappa par hasard à ce supplice, et ce fut en souvenir du danger qu'il avail couru qu'il publia ce sophisme : a Ne craignez pas de tuer une reine si cela est nécessaire. » Gaguin défend avec raison Jeanne de Navarre de l'accusation qu'on lui imputait alors; car, quand cette princesse mourut, en 1304, Buridan venait de naître. Il croit que ces crimes doivent être attribués à trois autres princesses, Marguerite de Bourgogne, femme de Louis le Hutin, Blanche qui avait épousé Charles le Bel et Jeanne de Bourgogne, épouse de Philippe le Long. Elles ont à cet égard des droits égaux, car toutes trois furent emprisonnées comme coupables d'adultère ; mais c'est sur la mémoire de Jeanne de Bourgogne que la tradition a fait peser cette terrible accusation de luxure suivie d'assassinat. Jeanne de Bourgogne, en effet, déjà décriée par ses débauches, était contemporaine de Buridan, l'hôtel de Nesle lui appartenait, et c'est là qu'elle
Di-gitizod by GÔOgle
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passa les huit années de son veuvage 1 . Elle y mourut en 1 329, et ordonna par testament <|u'une partie de ce domaine serait vendu et le prix affecté à la construction d'un collège où seraient élevés de pauvres écoliers nés dans le comté de Bourgo-
]. Voici le teife du curieui passage que nous venons d'analyser. Nous le transcrivons d'après lï'dition publiée à Taris en 1501 par Jean Petit, car dans la plupart des éditions postérieures on a retranché tout ce qui est relatif au crime dont Jeanne de Bourgogne est accusée : Fuerunl juogiic in<ùjnihits /"imn u<,'i< su» fula. Nam rxores filioruin Phiiippi Irrs nritiflirii insitiiulafe sunl. Quamoireni JlforjareiloLudooici HufhimiVouarrf régit coniuns, ef Blanca Caroli camitis MarcAtam vxor régis /dicte in caltello Gal- Itardircfecate «ml; quann lifeido talu m aperloeral. /nlionno rero Philippe l'ii-im.iT.it r.up;a y.lqu un o;.u i Dnrdanum in eiutodia aitouoi dnius fiât. *nno«W hherata nt, et utro re~ ttttuta //«siioi^s Sîmçaritr adulftrn roniout furca appensvi Ml. Stupralont autfm PhUpput tt GaUtrus Pannoy frotte* [mentulxt txstclit; pelle nuioft opud Ponl.-arom ultmu sun-
Li.nwielam foWam r»or. ou* rfeTuliflu»* Pfcii.pp. PulrAri ïa-nre nrfrum imperiiis mttnwari soif t. £am odslicr! alnjuol îcrtolasiicorum conculitu csam, eosqus (ne patiret scelus) pro-
Jiro abwcBiè. Std «nun ianlum ftihannem ffuridnnum < o perictiio forte liberattim; et propierca sophisma 06 ce editum esse : Rcginam interfère rxoUte timere, 6onum ut. Fuit liquidemBuridanus lehanna posteriar. Quippe qui Philippe Valesîo regmim modérant euro (iorrnlium nrfium nominal issimus professer etttl mitlla ci in raftonaMîi ri moroK pJiiioJopiiia tcripiit dum Poriitn» fccli'si'aF»lcopr,rside&al,nniio Cliristia- M resurrectionis M.CCCXLVUl. Nec fsrameraii pra>cïara mulier huïusmodo diuicio laxari. Compendium Roberti Gnguîni super Francorum gesti-, Parisiis, Jebnn Petit, 1504, in-folio; liber VIT, f LXX.
gne 1 . Baylo prétend qu'elle leur devait bien cette réparation.
Pendant l'emprisonnement du roi Jean, le régent Charles donna l'hôtel de Nesle à son beaufrère (1337), sous la condition que si ce prince mourait sans enfant, l'hôtel reviendrait à la Couronne '. Aussi, voyons-uous Charles VI le donner en t380 au duc de Berry, son oncle. Celui-ci, s'y trouvant trop à l'étroit, acheta, en 1 385, sept arpents situés au delà du fossé de Nesle, et qui s'étendaient jusqu'à la porte Buci s ; il y installa ses écuries, et les réunit au domaine principal par un pont de quatre arches jeté sur le fossé. Du vivan: même du duc de Berry, ces écuries furent détruites ; et le terrain qu'elles couvraient, vendu à des particuliers, fut transformé en près et terres labourables. Le duc de Berry n'ayant pas laissé d'enfants, Charles VII put, par lettres patentes du 24 mai 1446, donner l'hôtel de Nesle à François 1", duc de Bretagne, en considération des services qu'il lui avait rendus pendant la guerre contre les Anglais*. Le duc mourut sans postérité, et
1. Crevier, Histoire de l'Université de Paru. t. II, p. 380. — 11. Gaguin, Cempendium super Francorum gestis, PLXXI. — Malingre. Antiquités de Pons, p. 3-21.
2. Pîganiol do la Force. Descnpli'on de Paris, t. VIII, p. 188.