Livre des orateurs, par Timon
Ces hommages ainsi rendus en haut lieu et sur place, rentrons à Fontenay pour y recevoir les troupes de cavalerie et d'artillerie qui l'ont traversée depuis le commencement de ce siècle jusqu'à nos jours.
Un régiment qui tient garnison dans une ville y contracte une certaine alliance avec la population, par le fait même qu'il devient son hôte. Mais c'est toute autre chose pour le soldat de passage ; il n'est plus seulement l'hôte de la ville, en général, mais il devient comme l'enfant de la famille. C'est la famille qui le reçoit, qui le loge, qui lui donne place à son foyer et part à sa chandelle. C'est la famille qui lui trempe la soupe en arrivant et lui offre le café en partant ; qui chauffe sa capote ou son manteau souvent imbibés par la pluie, raccommode même ses vêtements percés et le met coucher, non pas sur la dure, ce qui ne lui arrive que trop ; non pas sur un léger duvet, ce qui ne lui va pas, mais dans un bon lit de plume et sous une bonne couverture de laine.
Le soldat de passage est donc plus que le soldat de garnison ; il fait pendant 24 heures, et quelquefois deux jours, partie intégrante de la famille; il est de chez nous. Voilà pourquoi j'ai voulu consacrer, dans ces pages, un souvenir à ceux qui reçoivent notre hospitalité, la mienne, comme celle des autres, et c'est de
science certaine que j'écris cette liste, ayant été témoin oculaire depuis plus de soixante ans, et mon père l'ayant été pour le temps qui précède, jusqu'à 1808.
Le premier régiment de cavalerie qui se présente, à cette époque, ce sont les fameux lanciers polonais de Berg, qui allaient en Espagne et qui s'y sont distingués.
C'était une belle avant-garde pour ce qui allait suivre. Car voici poindre à l'horizon les guides, les dragons et les grenadiers à cheval de la garde impériale, et par dessus le marché, l'empereur Napoléon I er ; on ne s'attendait guère à voir le maître du monde de passage à Fontenay. Mais le Maire, M. Laval aîné, avait reçu le 28 juillet 1808, des ordres pour lui donner un billet de logement, ainsi qu'à l'impératrice Joséphine qui l'accompagnait. Le Maire, en galant homme, ne voulut point laisser à d'autres l'honneur d'héberger Sa Majesté. Le fidèle Rustan, son Mameluck, était aussi là. Il le reçut dans sa maison située à l'angle de la rue des Capucins et du Collège, vis-à-vis le théâtre. M** de Pratz, évêque de Poitiers, était du cortège, comme son aumônier ; c'était le 7 août. On avait dressé (1), sur le Pont- Neuf, d'après les dessins de Drouard, professeur à l'école secondaire, un arc de triomphe, représentant l'Empereur sur un char antique, traîné par six chevaux. La garde nationale sous les armes, aux ordres de son colonel, M. Denfer du Clousic, s'était portée à sa rencontre, avec
(1) Le Pont-Neuf avait été bâti sur les plans de l'architecte Parent de Curzon, le même qui avait donné ceux du quartier de cavalerie.
un détachement de petits enfants, habillés en Mamelucks, conduits par le chef de bataillon Petit-Laurent, ancien commandant de place et qui, en cette qualité, avait autrefois rendu des services signalés à Fontenay. Il avait pour second, un vieux capitaine d'infanterie, du nom de Macouin. Ces enfants étaient très jeunes et au nombre d'une soixantaine. M. Charles père, vivant encore, en était tambour avec son camarade Panier qui vient de mourir (1887) ; l'écho du temps nous a redit et apporté jusqu'à nos jours que le premier avait parfaitement battu aux champs, à l'entrée de l'Empereur dans la salle de réception. Puis venaient Benoît et Abel Pervinquière, petits-neveux du général Belliard ; Millouin, Mouillade, Caldelar, etc., etc. C'était le petit Abel Pervinquière qui avait été désigné, par ordre ministériel, pour porter leur étendard ! On voit que cette levée de boucliers inoffensive avait été prise au sérieux. Leur mission remplie, les Mamelucks en herbe vinrent se ranger sous le parapluie de leurs mamans, car il pleuvait.
Tous les jours des empereurs ne sont pas des jours clairs et sereins. Ce 7 août, le firmament était considérablement obscurci par les ondées qui ne discontinuaient de tomber, et le front du monarque l'était encore plus par la nouvelle de la capitulation de Baylen, qu'il venait de recevoir. Toute la soirée s'en ressentit, malgré la courtoisie marquée de l'entourage et malgré l'empressement que mettait M. le Maire à lui faire un accueil digne de lui. Cette malheureuse capitulation l'agitait d'une manière extraordinaire, et l'on raconte qu'ayant voulu
prendre un bain de pied, avant de se retirer, il brisa la baignoire par ses mouvements convulsifs.
Du reste, se trouvant en sûreté à Fontenay et dans le département, l'Empereur renvoya une partie de sa garde et se dirigea le 8, sur Nantes, par Chantonnay, etc., toujours accompagné de son aumônier, M 8 * de Pratz. Son escorte avait quelque chose de très imposant. On voyait parmi ces guides les survivants de ceux qui s'étaient immortalisés avec lui , en Egypte. Le kolback à flamme rouge et plumet blanc, l'habit vert, à longues basques et à larges revers, laissant apercevoir le dolman rouge à tresses et aiguillettes d'or, le pantalon brun très clair, la botte noire par dessus, leur donnaient une tenue de transition entre les vieux uniformes et les nouveaux, qui les habillait à merveille.
Une housse verte, bordée jaune et rouge, caparaçonnait parfaitement le cheval, dont la tête était relevée par des rennes de couleurs variées.
Les grenadiers, avec leurs hauts bonnets à poil de sapeurs, habit et pantalon bleu-de-roi, revers blancs, bottes à l'écuyère, avaient l'air de géants à double taille, la leur et celle de leurs chevaux.
Les dragons, la tête maintenue fixe par un casque d'acier à tout crin, la jambe immobile dans une botte forte qui la renfermait jusqu'aux genoux, l'habit vert serré par un plastron blanc, avaient par le fait et forcément la rectitude de ligne, indispensable à des corps qui portent le nom de régiments de ligne.
De 1808 à 1820, nous n'avons eu que des troupes
stationnaires, dont nous avons donné la nomenclature en son lieu et place.
Le premier régiment qui se présente dans cette année 1820, à l'hospitalité de nos ancêtres, est le 2 e chasseurs à cheval qui venait de se former à Niort et qui fournissait, tous les trois mois, un de ses escadrons à Nantes ; colonel M. de Bonneval ; aumônier M. Hillion.
C'était le N° de celui dont le colonel Robert avait eu le commandement en 1815.
Les troupes qui suivirent en 1821 , furent le 7 e escadron du train d'artillerie, commandant Boileau, allant de Bayonne à Rennes, de passage le 16 mai. Il était fort de 16 officiers et de 97 sous-officiers et soldats, ayant 73 chevaux.
Faisait route conjointement avec cet escadron, la l re compagnie d'ouvriers d'artillerie, capitaine Brédif, comptant 44 sous -officiers et soldats, aux ordres de 4 officiers.
L'uniforme des premiers était habit et pantalon grisde-fer, collet, revers et parements bleu-de-roi, boutons blancs, passe-poil gris comme l'ensemble de la tenue, le pantalon avait la longue bazane, en usage dans ce temps ; tout cela était un peu terne à l'œil, mais l'arme, vu sa spécialité, le demandait.
Les seconds avaient l'habit, le pantalon et la capote bleu foncé, pattes de parements et retroussis écarlate, boutons jaunes, le fusil à baïonnette comme l'infanterie, schako noir, bonnet de police, etc.
Cette même année 1821, et le 10 octobre, les cuirassiers d'Orléans, colonel baron Deschamps, à l'effectif de 25 officiers, de 232 sous-officiers et soldats, se rendant d'Ancenis à Niort pour y tenir garnison , logèrent à Fontenay-le-Comte. Ils remplaçaient à Niort le 2 e chasseurs à cheval. Ils le remplacèrent également à Nantes, car le 11 février 1822, un capitaine, un sous-lieutenant, 2 maréchaux -des -logis, 6 brigadiers, un trompette, 40 hommes, 3 chevaux d'officiers et 49 de troupe sont passés de Niort à Fontenay, avec cette destination.
C'est ce même régiment, 5 e cuirassiers d'Orléans qui, comme nous l'avons dit en son lieu, vint, le 27 mai 1822, former la garnison de notre ville.
Je ferai remarquer que tous les officiers de cuirassiers et de dragons portaient alors et l'ont porté jusqu'à une époque rapprochée de notre temps, outre l'uniforme normal , la tenue de ville : chapeau à la française, habit de la couleur d'origine, mais à queue d'hirondelle, avec l'épée ; soit dit pour le complément de nos documents.
Le 6 novembre 1823, le dépôt du 7 e escadron du train d'artillerie, en marche pour rejoindre, à Rennes, la portion principale du corps, arrive à Fontenay, avec 90 hommes et 86 chevaux, partis le lendemain ; ce qui m'a étonné, c'est que plusieurs des hommes à cheval, avaient un petit sabre, à poignée droite à croisillon, comme ceux de notre infanterie actuelle.
En 1825, le 1 er chasseurs à cheval, allant de Libourne à Rennes, hébergea chez l'habitant. Il avait la même tenue que le 8 e de cette arme, en garnison ici en 1828-29,
sauf que la fanfare et les trompettes avaient Tépaulette blanche. Il avait, pour colonel M. de la Malle, et pour aumônier M. Beaumont (François-Régis).
Aussi bien, nous arrivons au 11 juillet 1828. C'était le jour de la réception de la duchesse de Berry, à Fontenay-le-Comte. Les grands s'en vont comme les autres, mais avec cette différence que souvent on se dispute l'honneur de les recevoir. M. Devassé, maire de la ville, et M. Bernard, sous-préfet, en revendiquaient, l'un et l'autre, la primauté qui demeura, en définitive, au premier. Maintenant, renouvelons la séance de mes jeunes années et allons, par la pensée, au-devant du cortège, comme je m'y trouvais moi-même de ma personne à cette époque.
M. le Maire avait fait doubler de satin blanc un cabriolet, appartenant à M. Savary des Forges, pour l'entrée solennelle de la princesse ; deux valets de pied t en livrée, tenaient les guides de chaque c&té du cheval.
Madame venait de Luçon, était dans une calèche découverte, avec son écuyer M. le comte de Maynard ; ses dames d'honneur suivaient dans une autre voiture. Un détachement à cheval de jeunes gens de Fontenay et des environs, aux ordres de M. Georges de Hillerin, servait d'escorte ; leur tenue était habit vert, à une seule rangée de larges boutons blancs, pantalon même nuance, chapeau à la française avec un plumet blanc de 40 centimètres ; giberne et sabre de cavalerie. En faisaient partie MM. de Montreuil, Paul Rousse, Brunet de la Gollinerie, Millouin, le même qui avait été petit
Mameluck, en 1808, à l'occasion du passage de l'Empereur, etc., précédés d'un trompette sonnant la marche, qui s'appelait Boureau et habitait la rue du Bédouard ; il l'avait été aux cuirassiers de la garde, alors que M. de Maynard, son protecteur, en était colonel.
Le Maire et le Conseil municipal s'étaient transportés à un kilomètre de la ville ; à leur vue le cortège fait halte, Madame descend, appuyée sur le bras de son écuyer. M. le Maire la complimente et lui offre de faire son entrée dans le véhicule qui avait été préparé. La duchesse crut pouvoir ne pas acquiescer à ses désirs, remonta dans sa calèche et Ton se mit en route. M. Devassé, de son côté, jugea à propos de prendre, pour lui, dans le cabriolet, la place quelle y aurait occupée.
Le cortège défile par la barrière de Nantes > dont les côtés étaient dissimulés Sous le feuillage de six peupliers très hauts de taille et qu'on y avait transplantés pour l'occasion ; passe devant l'hôpital, suit la rue, contourne la place d'Armes, devant l'Union-Chrétienne et s'avance vers le Pont-Neuf. La Vendée n'est jamais un fleuve, surtout au mois de juillet; ses eaux, un peu ternes, coulaient doucement sous les pas de l'illustre visiteuse et n'en servaient pas moins, avec les arceaux de la voûte, qui les couvrait, de soubassement pittoresque à l'arc de triomphe grandiose qui s'élevait vers les cieux, soutenus par deux fortes colonnes faites avec des gerbes d'orge, en pleine maturité ; on eût dit des épis d'or ; c'était assez affirmer la fertilité du département.
De là, un oblique à gauche conduit à la place du Mouton, à la Petite-Rue, au Pont-des-Sardines, avec ses arches et ses piliers séculaires, puis à cette fontaine aux deux licornes, plus séculaire encore et dont les eaux ont la vertu de féconder les talents de ceux qui vont y boire. La duchesse jeta un coup-d'œil de prédilection sur ces sources abondantes des beaux esprits et monta, par le Puy-de-la-Vau, jusqu'à l'hôtel de la Mairie, où un confortable déjeûner l'attendait. Les demoiselles de la haute société lui offrirent une corbeille de fleurs ; et les filles du peuple voulurent avoir le même honneur sous la direction des demoiselles Bellion et Hucteau, tailleuses en robes, ouvrières recommandables, qui ont laissé de bons souvenirs parmi nous.
Le repas terminé, Madame se transporta sur la place d'Armes, où était rangée en bataille notre belle compagnie de sapeurs-pompiers, aux ordres du capitaine Babin des Bretinières ; elle remarqua avec satisfaction sa tenue toujours correcte et irréprochable.
Ce jour du ii juillet 1828 fut un jour de fête pour le 8 e régiment de chasseurs, en garnison dans nos murs ; les officiers et les hommes se mirent en grande tenue, mais ne parurent aucunement sur les rangs. A trois heures de l'après-midi, la duchesse de Berry reprenait le chemin de Luçon, avec son escorte.
Pendant ce temps , le 6 e régiment de grenadiers de la garde royale avait l'heureuse chance d'être en garnison à Orléans, sous la direction spirituelle de M. l'abbé Deguerry, qui en était l'aumônier en pied. Ce fut ce
digne ecclésiastique qui y prêcha, celte année, le panégyrique de Jeanne d'Arc. Il devint curé de la Madeleine et sa fin, comme martyr de la patrie, en 1871, n'est inconnue de personne. Uniforme entièrement bleu-deroi, brandebourgs et plumet blanc au bonnet à poil.
Le 14 décembre de cette année 1828, passage à Fontenay-le-Comte d'un détachement du 1 er régiment d'artillerie à pied, ayant un total de 5 officiers et 104 sous-officiers et soldats ; uniforme comme dessus, à la compagnie d'ouvriers de l'arme.
Ici , nous sommes obligés d'arrêter la marche de nos colonnes de passage, c'est le cœur qui commande halte ! C'est, en effet, une dette de cœur à payer, et largement payer, au digne et vénérable prêtre qui a guidé mes pas dans la voie si difficile du sacerdoce ?
On lit, en effet, dans la feuille d'annonces de Fontenayle-Comte, 13 février 1830, n° 545 :
« Mardi dernier, 9 du courant, a eu lieu l'installation de M. l'abbé Dorion, nommé curé de Notre-Dame de Fontenay-le-Comte. Monseigneur Tévêque de Luçon, arrivé la veille à cet effet, a voulu, en se chargeant lui-même de la mise en possession de notre nouveau pasteur, lui témoigner, ainsi qu'à la paroisse qu'il est appelé à diriger, son estime et son affection particulières.
» Une messe solennelle, où ce prélat a officié pontificalement et à laquelle assistaient un nombreux clergé, les autorités civiles et judiciaires, le Conseil municipal et la compagnie des sapeurs-pompiers, a été suivie des cérémonies en usage en pareilles circonstances.
» Aux paroles pleines de bienveillance et d'onction , adressées par Monseigneur à M. le curé et aux fidèles, M. Dorion a répondu, du haut de la chaire, par un discours également remarquable par le choix des pensées et la grâce d'élocution, et qui laissera une impression durable dans l'esprit de son nombreux auditoire. Les sentiments qui y étaient exprimés, les vertus, les qualités aimables que nous avons été déjà à même d'apprécier, tout nous donne lieu de croire que l'excellent pasteur que nous avons perdu et qui a emporté tous nos regrets est dignement remplacé. »
Nous avons précédemment relatéla mort de M. le curé Pitaud, sous la date du 4 avril 1829.
Ce devoir précieusement rempli, continuons la marche en avant.
Nous sommes en 1830 et le 23 avril ; nous jetons un coup-d'œil rétrospectif sur la position ; nous trouvons qu'à cette époque, nous avons toujours en garnison les 3 escadrons du 9 e cuirassiers, régiment auquel nous tenons d'autant plus que leurs ancêtres ont été les héros de Waterloo et que leurs petits-fils ont été les héros de Reischoffen; détruisez donc, après cela, les cuirassiers! ! ! mais... vous entamez l'héroïsme, vous le détruisez en partie ! ! !
Eh ! bien, voilà qu'à la date sus-indiquée 23 avril, jour de la Saint -Georges, patron des soldats, un détachement du 2 e régiment d'artillerie à cheval, fort d'environ 400 hommes, aux ordres de 20 officiers, vient,
par billet de logement émanant de l'autorité municipale, nous demander l'hospitalité. Ah ! c est toujours paternel et fraternel dans notre ville, d'autant plus que leur objectif était l'expédition d'Alger, si glorieuse pour nos armes et notre drapeau.
Mais, le 6 mai suivant, nous avons en perspctive un nouveau détachement: Qui vive!... 8 9 régiment d'artillerie à pied, 5 batteries, 300 hommes, 18 officiers!... Quelle destination ?. . . Alger ! . . . Avancez ! Honneur à vous, soldats ; vous êtes les bienvenus ! !
A partir du 6 mai 1830, les passages de troupe font le vide jusqu'au mois de novembre 1834.
A cette date, le 4 e régiment d'artillerie, colonel Yaudrey, portion principale à Rennes, nous expédie, à destination de Bayonne et frontière d'Espagne, 6 de ses batteries, fortes de 25 officiers, d'environ 450 hommes et 600 chevaux ; la marche est en deux colonnes à peu près égales, mais sans canons, ils en trouveront là-bas aux Pyrénées ; seulement les chevaux portent tous les attelages et sont munis de tous leurs appareils.
N'allez pas croire, chers lecteurs, que ces jours de marche, quelque lointaine que soit la destination, soient des jours de fatigue ; mais non, ce sont des jours de triomphe, si j'ose parler ainsi ; on se fête au passage, dans toutes les villes de garnison, et le 4 e d'artillerie eût Theureuse chance de rencontrer à Fontenay, le 3 e hussards. Les hussards ! ! Braves gens, s'il en fût ! Et certes, il y en a toujours, sans préjudice du courant.
La sabretache fit donc à l'artillerie, au Cercle militaire, une de ces réceptions qui datent dans les annales de la fraternité.
Mais nous voilà de nouveau arrêtés par un fort long vide de 1834 à 1849, comblé seulement, aux époques trimestrielles, par le va-et-vient des escadrons du 3 e hussards, 9 e chasseurs, etc., de Niort à Nantes, par Fontenay.
Enfin, en juillet et août de cette année 1849, le 5* régiment de hussards, allant de Castres et antérieurement d'Afrique à Pontivy, a fait étape à nos foyers.
Voici son ordre de route :
La première colonne, 1 er et 2 e escadrons, avec le lieutenant-colonel de Cotte, avaient, quand je les ai vus, pelisse au vent, malgré une chaleur tropicale ;
La deuxième, 3 e escadron et état-major, commandée par le colonel d'Allonville, avait la même tenue ;
Là troisième, 4 e et 5 e escadrons, aux ordres d'un officier supérieur, est passée une douzaine de jours, après les deux premières colonnes ; il pleuvait et la troupe était en manteau (gris-blanc, à cette époque).
Le 5 e hussards avait un effectif de 800 hommes, au front bronzé et bien trempé à la sueur du soleil d'Afrique, comme leur sabre l'était aussi, à l'arme blanche, disaient les Arabes. Leur uniforme était dolman et pelisse bleu-de-roi, tresses et pantalon rouges, ainsi que le schako ; ceinture, sabretache, etc. ; les trompettes en kolback ; le régiment avait laissé ses chevaux barbes
en Afrique et avait eu le temps à peine de se remonter en France et encore très mal ; quantité de chevaux étaient conduits en laisse par les hommes.
Ma chronique de ce temps, tome I er , f° 37, dit que ses instruments étant emballés, la musique du Collège, conduite par le principal, se présenta au colonel d'Allonville et s'offrit de marcher en tète de ses escadrons, pour leur faire la conduite. Sur son acceptation, cette petite fanfare les accompagna jusqu'à l'embranchement des routes de Luçon et de Nantes ; elle ajoute que là, le colonel tira de ses sacoches un vieux cruchon de liqueur et paya la goutte à ces jeunes élèves, en les remerciant de cœur.
En octobre 1851, c'était le 9 e hussards pour lequel nous avions des billets de logement; colonel Morin; lieutenant-colonel de TaflRn, en tête. Ceux-là, n'étaient pas aux couleurs voyantes ; tant s'en fallait ; la silhouette de la mort semblait planer sur leurs pelisses, leurs dolmans, leurs tresses, leurs cordons, leurs sabretaches ; tous ces effets étaient noirs ; le schako, le pantalon étaient bleu-ciel, ceinture rouge à coulants blancs ; tout cela leur imprimait une teinte de crânes (1).
Le 4 octobre, l'escadron, l'état-major et le dépôt du 9 e hussards, venant de Pontivy, plus un escadron
(4) Leurs grands-pères, appelés hussards de la mort, faisaient bien plus grand peur qu'eux. Us avaient en outre des têtes de mort et des ossements en sautoir, dans leur dos, sur leurs sabretaches, qui de couleur blanche, se détachaient très bien sur le noir de leurs uniformes. C'était des crânes à tout crin , ces vieux pépés.
du même, venant d'Ancenis, avaient rallié l'escadron, en garnison à Nantes et y avaient fait séjour.
Cette première colonne, composée des 1 er , 2° et 5* escadrons , était commandée par le colonel Morin ; arrivée à Fontenay le 9, elle y fit aussi séjour.
Le 14 dudit, le 3 e et 4 e escadrons, aux ordres du lieutenant-colonel de Taffin, passèrent à Nantes, et le 19 dans notre ville.
Le 12 e chasseurs, parti de Poitiers, relevait dans tous ses cantonnements le 9 e hussards.
La portion principale et l'état-major du 9 e hussards firent séjour à Fontenay ; le colonel les passa en revue sur le champ de foire, à la grande satisfaction des habitants. Merci au corps d'officiers du bon accueil qu'ils m'ont fait et du déjeûner qu'ils m'ont offert sur l'herbe, dans un champ, à la grand'halte ; il n'en était que meilleur. A Niort, le 1 er hussards leur a fait une réception superbe. Le colonel Lion, de ce régiment, avait été commandant au 9 e .
Daus le cours du mois de janvier 1856, le 9 e hussards part de Tarbes pour Chartres sur trois colonnes ; les deux premières par Angoulême, la troisième par Toulouse, se rejoignant à Tours. Le régiment déjà très nombreux en hommes et en chevaux, à cause de la guerre de Crimée, avait reçu l'année précédente 600 recrues, dont une trentaine déjeunes soldats de la Vendée.
La concentration ayant eu lieu à Chartres , la répartition fut comme suit :
Le 1" et 2 8 escadrons, à Rouen ;
Le 3 e et 4 e , à Châteaudun ;
Le 5 e et 6 e , état-major, à Chartres.
Mais voilà qu'en mai de cette même année 1856, le dépôt du I e * hussards laisse Carcassonne où il est en garnison, pour occuper conjointement avec les quatre autres escadrons rentrant de Crimée, les positions du 9 e .
Ce fut alors qu'en 1856, ce dernier fut licencié à Chartres même, versant une grande partie de ses hommes et de ses chevaux au 1 er , qui se trouvait démonté par suite de la vente à 200 fr. l'un, des chevaux d'Asie qu'on leur avait donnés au commencement de la campagne, à Varna.
Telles les notes communiquées par le général Séverin Bousquet, arrivant alors de Constantinople, où il commandait au camp de Malask, la brigade d'occupation 1 er et 84 e de ligne.
Le reste du 9 e hussards passa dans la cavalerie de la garde et dans d'autres corps ; ISO hommes furent incorporés dans la 2 e compagnie de remonte, à Fontenay, et annexes.
Puisque nous sommes à notre 2 e circonscription de remonte, nous ne pouvons passer outre, sans lui offrir un tribut d'hommages ; nous sommes d'assez ancienne connaissance pour cela, et dans le militaire, on est toujours bien aise de se reconnaître à l'occasion;
En 1836, elle était commandée par le lieutenantcolonel de la Roque-Latour, sortant des officiers supérieurs du 3 e hussards et se décomptait ainsi :
Fontenay, état-major, dépôt 200 hommes 7 trompettes
Saumur 205 — 1 —
Saint-Jean-d'Angély 80 — 2 —
Saint-Maixent 75 — 1 •»—
560 hommes il trompettes Officiel et communiqué sous cette date.
Le f° 125 du 1 er volume de mes manuscrits relate les n°" des régiments qui y détachaient des auxiliaires pour un temps plus ou moins long, comme c'était l'usage, à cette époque.
A partir de 1856 et par suite du versement des hommes du 9° hussards, la remonte put se suffire davantage à elle-même ; on lui donna un uniforme à la hussarde, à peu près semblable à celui de l'ancien 5 e de l'arme, dolman bleu-de-roi avec tresses blanches, schako et pantalon rouges, etc., etc.
Aujourd'hui 1887, aucun détachement n'y séjourne ; les régiments désignés envoient prendre les chevaux par des cavaliers, qui repartent immédiatement.
Excellente physionomie que celle du lieutenant-colonel de la Roque - Latour , revêtant un grand caractère d'honorabilité et une excessive bienveillance pour tous. Il ajoutait à ces qualités, celle d'aimer passionnément l'uniforme.
Son dolman du 3 e hussards ne l'abandonnait jamais ; il aimait ce gris-argentin du fond, comme le chef d'escadrons Delmont, du 1 er , aimait son bleu-ciel qu'il ne laissa jamais, même lorsqu'il exerçait les fonctions
de commandant de recrutement, et qu'il conserve encore précieusement; comme le capitaine Audibert, du 2 e , était attaché à son brun-marron. Après l'unification d'uniforme dans l'arme, ce dernier venu à Pont-à- Mousson, pour revoir son ancien régiment, fut profondément affligé, en voyant le changement ; tout à coup il aperçut un hussard qui avait une veste brun-marron, il tressaillit de joie et de souvenir, voilà l'exemple confirmant la théorie indiquée plus haut.
Le temps qui amène la succession des choses nous conduit promptement de 1856 à 1857 ; qu'est-ce qu'une année dans la suite de ses anneaux ? Aussi bien , voilà qu'il déroule à nos yeux la place d'Armes, le champ de foire de Fontenay pleins de canons, de caissons, de voitures, de forges de campagne, de cantines, etc. Qu'est-ce que tout ce matériel ?
C'est tout simplement le 10 e d'artillerie monté, qui change de garnison et va de Rennes à Toulouse, aux ordres du colonel de Pontbriant et du lieutenant-colonel Lambinet.
Le f° 78 du 1 er volume de mes manuscrits contient le nombre de chaque partie de ce matériel, voire même les noms de chaque pièce d'artillerie et le lieu de sa fonderie.
Le régiment se rend à destination sur trois colonnes ; les fanfares et la musique sont excellentes.
De son côté, le 3 e hussards, le même que nous avons eu en 1835, a laissé Libourne pour Pontivy et c'est ici même, dans notre ville, que les colonnes se croisent ; de là un certain encombrement, mais aucune confusion.
Fontenay, en effet, a moins de 10,000 âmes et nous eûmes à loger, dans l'intervalle de cinq à six jours, pour les deux régiments, 111 officiers, 1933 hommes de troupe, 1714 chevaux, 24 canons et caissons, 22 voitures, fourgons et cantines ; mais avec Tordre, tout marche à merveille.
Le 10 e d'artillerie, à l'effectif de 16 batteries, n'en avait que 14 de passage, la l re étant à Rome et la 2 e à Tlemcen.
Le 3 e hussards avait ses six escadrons et son dépôt au complet.
A quelque différence près, nos gentils hussards sont toujours les mêmes : gris-argentin dans la tenue, mais les tresses rouges ont été remplacées par des tresses blanches ; puis le colonel de Kersaulaun n'a-t-il pas eu la fantaisie de se donner un peloton de sapeurs, avec talpacks en astrakan et barbe à tout poil ! Ces beaux sapeurs sont, comme de droit, en tête de colonne, mais n'étant pas réglementaires, ils avaient été obligés de se faire raser et de rentrer dans le rang, pour les jours de l'inspection seulement, le général ne reconnaissant pas ce droit au chef de corps. Quelques jours après, la barbe avait repoussé aux sapeurs, leurs astrakans leur avaient été rendus, ainsi que leur place en avant. C'est dans ces conditions que le colonel voulut bien les replacer à la tête de son régiment, qu'il avait pris soin de faire mettre en grande tenue, pelisse au vent pour les montrer dans toute leur splendeur à leurs anciens hôtes de Fontenay.
Le soir, la musique avait joué sous les fenêtres do Cercle militaire, à la réception dont leur avaient fait les honneurs, le colonel de la Roque-Latour et les officiers du dépôt de remonte, à laquelle était détaché un des leurs, le capitaine du Chayiard ; les trompettes avaient, pour couronner la journée, sonné la retraite en fanfare et rallié tous les curieux.
M. Vinet était alors maire de Fontenay et habitait la maison qui forme aujourd'hui le bel établissement de Saint-Joseph. Il logeait le colonel et celui-ci lui avait promis une aubade, pour réveil -matin, le jour du départ. Les ordres, ou n'avaient pas été donnés ou avaient été oubliés. Il y a donc des distractions dans l'armée? Oh! oui, là comme ailleurs! Le régiment partait et se trouvait à la hauteur de la barrière du Bédouard, quand le colonel demanda si le salut d'à-revoïr avait été donné à M. le Maire ; sur la réponse négative, il envoya ses fanfaristes exécuter, dans sa cour, un morceau de 1 er choix ; la mission remplie, ils rejoignirent le régiment au trot.
Le 3 e hussards se complaisait à Fontenay, qui est uneville de bon milieu, en tout genre ; pour preuve, c'est que plusieurs officiers s'y fixèrent à leur limite du temp^* de service : par exemple, le capitaine Riquer, le lieu te — nant Puissant, le vétérinaire Marty, etc.
Faisons étape avec le 3 e hussards , pendant quelque^ jours, c'est un peu notre habitude ; nous serons toujours-^ dans ses rangs, en bonne compagnie, et poussons, aprè^ avoir salué Nantes, jusqu'à la lande de My-Voie, théâtre
du célèbre triomphe de trente chevaliers bretons suf trente chevaliers anglais. La chronique de l'époque, que nous avons recueillie avec soin, dit :
« LE 3 e RÉGIMENT DE HUSSARDS A LA LANDE