DE MY-VOIE
» L'état-major et les escadrons du 3 e régiment de hussards, se rendant de Libourne à Napoléonville, sont passés le 22 octobre 1857, dans la lande de My-Yôiè, près Josselin, célèbre par le combat des Trente qui s'y livra en 1351.
» Arrivé devant la pyramide de granit élevée à la mémoire des chevaliers bretons qui prirent part à cette lutte héroïque, M. le comte de Kersaulaiin , colonel du régiment , fit former les escadrons en bataille vis-à-vis du monument et adressa à ses hussards de nobles et chaleureuses paroles, en les avertissant qu'ils allaient rendre les honneurs aux braves, morts en cet endroit pour la défense du sol natal, et en leur disant que si l'occasion s'en présentait jamais, il avait la conscience qu'ils sauraient suivre un si sublime exemple.
» L'allocution du colonel terminée, les escadrons mirent le sabre à la main, présentèrent les armes et défilèrent ensuite devant la pierre sur laquelle sont gravés les noms des trente héros, que l'humble monument recommande à l'admiration de la postérité.
» La musique du régiment faisait entendre des fanfares guerrières pendant cette cérémonie pieuse et touchante, qui n'avait pour témoins, dit la lettre de
laquelle sont extraits ces intéressants détails, que les chênes séculaires qui, peut-être, le furent aussi du célèbre combat de la lande de My-Voie.
» C'est ainsi que notre jeune armée, fidèle au culte des glorieux souvenirs, sait honorer la mémoire des braves, morts pour la défense de la patrie. »
C'est lui, ce 3 e hussards, composé en grande partie de Lorrains et d'Alsaciens, qui, à Wissembourg , en 1870, formant la ligne d'éclaireurs, a chargé 17 fois contre les Prussiens, aux ordres du colonel, aujourd'hui général d'Espeuilles.
Que l'armée a besoin de Dieu ! ce n'est pas seulement d'urgence sur le champ de bataille, que Dieu est le Dieu des armées ; c'est partout que le soldat lui appartient ; c'est partout qu'il doit l'adorer, le servir et dans tous les temps.
Qui n'a pas vu, au camp de Châlons, une messe militaire, avec 30,000 hommes sous les armes, n'a jamais rien vu ! Qui n'a pas vu, dans ces conditions, à genou-terre, ces 30,000 soldats, présentant les armes au Dieu des armées, qui descend du ciel, à la voix d'un simple aumônier, et ce, sous les décharges réitérées de l'artillerie, les sonneries des trompettes, les batteries des tambours et le salut des drapeaux inclinés , celui-là n'a pas vu grand'chose !
Mais continuons notre marche en avant. Quel est aujourd'hui le régiment à l'ordre du jour? C'est le 8 e hussards, portion principale à Niort, détachant un
escadron à Nantes ; c'est le plaisir de le recevoir successivement à Fontenay, au changement trimestriel.
Mais voilà qu'il reçoit Tordre d'aller à Sainte-Anned'Auray, en Bretagne, où il doit, avec le 6 e de l'arme, faire l'escorte de l'Empereur, qui s'y rend, le 1S août 18S9.
Le 8 e hussards ! et, c'est le beau type ! Dolman, pelisse et pantalon bleu-ciel, tresses jaunes, d'or pour l'officier, talpacks à flammes ; et, le reste, dans le genre et dans l'espèce, peint par lui-même au mieux ; c'est l'élégance dans toute sa beauté.
Le 6 e ? Ah ! beau type aussi lui ! Dolman et pelisse vert clair, tresses blanches, d'argent pour l'officier, pantalon et schako rouges. C'est du hussard pur-sang. Ce régiment, parti de Tours, se rend directement à Sainte- Anne-d'Auray. Il nous arrivera plus tard (1).
Le 8 e passe à Fontenay, le 2 et le 3 août, en deux colonnes: la première, aux ordres du colonel Le Prudhomme de Fontenoy, 138 hommes et 140 chevaux du 1 er escadron; la deuxième, lieutenant- colonel de Mathan, 3 e et 4 e escadrons, forts de 176 hommes et de 154 chevaux.
• Ayant des connaissances spéciales au régiment, j'ai eu l'honneur d'une réception à dîner par les officiers, à Fontenay même, ce qui veut dire que là, comme ailleurs, les officiers sont les empressés de l'aumônier.
Puis, arrivés à destination, les deux régiments sont
(1) Voir aux pièces justificatives G.
en bataille devant la basilique de Sainte-Anne-d'Âuray et présentent les armes au Dieu qui permet la guerre pour punir les peuples, mais qui, avant tout, est un Dieu de paix.
Le 28 et le 29 août, retour des deux colonnes pour Niort.
Quatre ans après, en 1864, je rencontrai le 6 e et le 8 e hussards, au camp de Châlons même. Faisons-y la pose et la grand'halte de nos pérégrinations, en racontant l'épisode qui suit :
Le premier que je trouve sur le front de bandière est un sous-lieutenant du 8 e qui débute au corps. Il me rend agréablement le salut et me dit avec un étonnement marqué : — Un prêtre au camp ; c'est une exception, on n'en voit jamais ; soyez le bien venu, monsieur l'abbé ! Pourrait-on savoir dans quel but vous vous trouvez ici? — - Dans quel but? Pour voir les connaissances et amis, pas plus, et voilà que je lui décline les noms du colonel et des officiers supérieurs de son régiment. — Ah ! monsieur l'abbé, c'est différent ; vous êtes donc ici chez vous ! — A peu près ; faites demander le capitaine de Marcé, qui était des environs de Ghantonnay (Vendée), et vous verrez. Celui-ci arrive, m'accueille avec la plus grande cordialité et m'invite à déjeûner avec le corps d'officiers. J'accepte, et comme il n'était que neuf heures du matin, je me rends, en attendant, au campement du 92 e de ligne, ancien 17 e léger. Je demande le colonel Soubeyran- Compaigno et je lui rappelle que ce régiment avait été, en 1832, atteint du choléra, en Vendée, qu'on avait été
obligé de former une ambulance spéciale pour ses malades, aux Sables-d'Olonne, et que, comme il n'y avait personne pour s'en occuper, les élèves du Petit-Séminaire, dont je faisais partie, s'étaient volontairement offerts pour faire près d'eux les fonctions d'ambulanciers, sur l'initiative de leur brave supérieur, M. Dalin, homme d'un très grand dévouement (1).
De là une explosion de satisfaction de la part du colonel, qui appelle immédiatement l'adjudant-major et le prie de voir s'il n'y avait pas encore au régiment un officier de cette époque. De 1832 à 1864, il y a loin ; le dernier venait de partir il y avait six mois. L'invitation à déjeûner ne s'était pas fait attendre. Mais, il me semble qu'un ecclésiastique, qui compte la sobriété parmi les vertus de son état, ne peut pas déjeuner deux fois, dans un jour. Donc, il faut trouver le moyen de se débrouiller, c'est le mot ; ce n'était pas si malin pour moi. Je retourne aux hussards, je vois M. de Marcé et lui expose le cas. — Allez, me dit-il, mon ami, nous reprendrons ça.
.Me voilà bientôt à table, à la droite du colonel de l'ancien 17 e léger, qui s'était si bien distingué en Afrique, sous les ordres des colonels Bedeau et duc d'Âumale, dont nous avions soigné les anciens en Vendée, nous autres petits élèves de 15 à 20 ans ; et dont un certain nombre de convalescents avaient été
(1) Au l ir vol. de mes manuscrits, f* 17-18, sont toutes les pièces à l'appui de ce fait et les témoignages de satisfaction des autorités, etc.
évacues (sic) en 1833, sur Fontcnay et logés provisoirement aux chambres vacantes du quartier de cavalerie, dont j'écris l'historique, alors qu'il n'y avait que deux escadrons de gendarmes à cheval.
Allons plus loin, que l'histoire comparée, rapprochée, a de charmes. Après nos malheurs de 1870-71, nous .retrouvons à Fontenay l'ancien porte-drapeau du célèbre 17 e léger, M. le commandant Menu, y exerçant les fonctions de percepteur. Revêtu avant et pendant la guerre des mêmes attributions, dans le pays envahi, il avait sauvé sa caisse et l'avait fait verser, par le moyen d'une de ses demoiselles, aux recettes françaises, en ne reculant pas d'une semelle devant les Prussiens. Il l'avait mariée dans notre ville, au capitaine adjudant -major Gary, du 137 e , aujourd'hui commandant au 1 er de ligne. M. Menu y mourut inopinément, après quelques années d'un repos physique et moral si légitime.
Toute la garnison , toute la ville s'associa au deuil de ce brave homme, de cet honnête et modeste soldat que nous avons pu visiter quelques fois et qui est une des gloires de l'ex-17 e léger.
De 1859 à 1871, il n'y a pas eu de passage de cavalerie dans nos contrées. Il faut se reporter à la fin de la guerre contre la Prusse; à cette dernière date de 1871, nous avons le 7 e régiment de marche de cuirassiers qui, étant alors à l'armée de la Loire, reçut l'ordre de se rendre à Niort et passa par Fontenay. Il avait été composé avec des hommes pris dans différents dépôts de l'arme et de carabiniers.
— lis —
Chaque détachement avait sa tenue propre avec seg différentes nuances de revers et de collet. Les cuirassiers portaient leurs casques à crinière noire et les carabiniers leurs casques à chenille rouge. Il était encore fort en hommes et en chevaux. Le lieutenant-colonel Bergeron, qui le commandait, était un de mes meilleurs amis de l'armée et m'avait écrit d'Ancenis de ne pas le manquer au passage ; j'eus en effet l'honneur d'être reçu par lui et par ses officiers.
M. Bergeron, sorti des enfants de troupe du 8 e cuirassiers, fit presque toute sa carrière au 6 e et fut nommé plus tard colonel du 3 e hussards ; il le rejoignit en Afrique en 1875 et y mourut. Un enfant de troupe devenu colonel, comme c'est beau et d'un bel exemple. Et, il y en a plusieurs autres, dans ces conditions ; je ne manquais pas de le proposer à l'imitation de mes enfants de troupe, quand j'étais aumônier militaire au 5 e corps, à Orléans. Le commandant Larguillon, de ce corps, était un grand amateur d'archéologie, et il eut dévoré tous les châteaux et tous les monuments du monde, si on eut voulu le croire. Dans cette qualité, il visita nos savants de Fontenay, et leurs musées.
Le 7* de marche ayant été fondu avec le 7 e en pied , à Niort, il se trouva en même temps, au régiment, deux lieutenants-colonels, M. Bergeron, dont je viens de parler, qui faisait fonctions de major de place, et M. Tréboute. Devant cet autre nom, je m'incline comme devant le premier et je salue en lui un excellent ami et un pays. Il était en effet de Bitche, le plus près voisin
de mes parents, et y avait encore sa mère, qui mourut à 94 ans.
Promu colonel au 6 e hussards, en remplacement du comte de Lignières, nommé général, il rejoignit ce corps à Pontivy et le conduisit de cette ville, à Bordeaux, par Fontenay, en 1880. Avant d'entrer en ville, les hussards déjeûnèrent sur l'herbe, dans l'allée du Pourteau, avec un morceau de pain, une tranche de jambon, du fromage et un verre de vin ; encore dans ces occasions, il n'y a pas de verre pour tous, on boit dans le même ; on n'a pas la gale dans les dents, comme me l'a dit un jour, dans un cas analogue, un lieutenant-colonel...
A cette époque, et depuis quelques années, la tenue des hussards n'était plus que l'ombre de celle du temps passé. Plus de kolback, de sabretache, de pelisse, de ceinture ; plus de spécialité de couleur pour chaque régiment ; un dolman bleu-ciel à tresses blanches, schako bleu-ciel aussi et pantalon rouge, uniformément pour chaque ; c'est tout. Voilà nos hussards du jour ; la tenue est bien amoindrie. Cette spécialité de couleur contribuait puissamment à entretenir l'esprit de corps, si précieux pour l'arme et pour l'armée. L'honneur du corps donne une valeur immense à l'individu qui en fait partie et qui comprend que son premier devoir est de ne pas rester inférieur à son passé et de ne rien faire qui puisse, tant soit peu, maculer un uniforme, demeuré sans tache, depuis des siècles.
Le kolback, la sabretache, la pelisse, la ceinture étaient donc une puissance et un vigoureux excitant
à la bravoure, au courage, aux vertus militaires, et en prenant la partie pour l'ensemble, nous ne pouvons en apporter ici une meilleure preuve que celle du témoignage de l'auteur de la poésie suivante, ancien engagé au 4 e hussards et capitaine au 8 e , M. Chazel, président de la Société des anciens militaires de la ville de Châteauvieux (Isère) , à nous adressée dans un temps déjà éloigné, 12 novembre 1869 :
La sabretache Du vrai hussard est le cachet; Sitôt qu'à son sabre on l'attache, De vaincre est là tout le secret,
La sabretache !
Sans sabretache, Adieu hussard, adieu laurier ; Mars est rétif, dès qu'on attache La pelisse et le baudrier.
Sans sabretache !
Ma sabretache Fera toujours mon seul bonheur ; Je n'aurai jamais d'autre attache; Elle seule remplit mon cœur,
Ma sabretache !
sabretache, Tu ne me quitteras jamais ; Je veux qu'à ma tombe on t'attache ; Nous ne ferons qu'un désormais,
sabretache !
La mesure de l'attache au cœur est la mesure du regret provoqué par sa suppression.
Le capitaine Ghazel aimait passionnément l'uniforme, surtout celui du 4 e hussards, et c'était par prédilection pour sa tenue, qu'il avait choisi ce régiment, en s'y engageant, vers l'époque de 1837, à Fontainebleau, sous le savant colonel Brack. Il nous écrivait que lorsqu'il se vit revêtu d'une pelisse écarlate, garnie de peau d'agneau noir, d'un dolman même couleur avec les tresses et agréments blancs, d'un pantalon bleu-ciel avec schako de même nuance, il était l'homme le plus heureux du monde. Il comptait avec sa jeunesse, le brave garçon, sans envisager les décomptes inséparables de l'avenir.
Mais, à propos Rattache, ce mot me rappelle que j'en ai eu moi-même au 4 e hussards du I er Empire et d'abord à son colonel Jean-François Christophe, nommé en 1811, sortant comme lieutenant-colonel du 2 e de l'arme. Il avait alors 39 ans, il fut général à 44 ans.
C'est à lui qu'on attribue la prise de la flotte hollandaise, en 1794, avec l'escadron du 2 e hussards-Chamborant, qu'il commandait ; fait, dit la chronique, le plus hardi, le plus excentrique, le plus audacieux, le plus téméraire qui fut jamais. Ses malheurs égalèrent la grandeur de ses services militaires et le conduisirent au tombeau, à l'âge de 54 ans. La vie n'a pas de remède pour les grands maux. Il en est, à la hauteur desquels la force morale n'arrive pas, humainement
parlant ; Dieu seul peut la donner, cette force morale supérieure (1).
Et un jour aussi, après que je fus devenu homme, prêtre et aumônier volontaire de l'armée, sans solde, comme aujourd'hui, un jour.... je rencontrai dans une chaumière, sur un peu de paille, les vêtements en lambeaux, sans pain, ni lieu, un vieillard et son épouse, vieille, ainsi que lui. J'en demeurai attristé au suprême degré, confondu !... Qui était-ce donc? C'était le cantinier le plus ancien de l'armée, le cantinier du 4 e hussards, qui avait suivi le régiment dans toutes ses campagnes du premier Empire. Combien de fois, la bonne femme, jeune alors, avait servi la goutte au colonel Christophe, qui tout naturellement était leur protecteur.
Ils avaient été religieusement mariés, me direntçils, en Allemagne, à la grande armée, par un prêtre du nom de M. Gros, lui aussi aumônier volontaire du temps. Le temps joint tout et définitivement sépare tout. Les contrastes sont son caducée. Deux de leur fils, dont l'un était né sur le champ de bataille même, étaient morts en Afrique. Plus rien ici-bas !... Je recueillis leur âme et leur corps, en pensant qu'ils avaient été du 4 e hussards. Les souvenirs de chaque régiment sont des titres (Ju'il ne faut jamais oublier. Leur nom était Aubry. Puis, le temps, qui ne pardonne à personne, les a emportés dans la bienheureuse éternité, j'espère. Puis encore, personne
(I) Voir Y Ami du soldat, n°« 6 et 7 — 15 juin et 15 juillet 1887, Lyon, rue de la Part-Dieu, 88, M. Glot, aumônier militaire, directeur.
que moi, peut-être, ne pensera plus à eux sur la terre ; c'est qu'il y a un homme ici-bas, qui enveloppe tout le monde, sans exception, dans les plis de sa prière et de sa charité ; cet homme, c'est le prêtre, en général, et, en particulier, l'aumônier militaire dont la mission sacrée est de se sacrifier pour l'armée.
Je fais retour, à l'intention des jeunes gens de Fontenay, sur le nommé Rataud, du Gros-Noyer, qui a servi longtemps au 6 e hussards, où il avait été incorporé comme soldat, où il est devenu d'abord excellent sousofficier, médaillé, décoré, puis officier pendant la dernière guerre, avec deux citations à l'ordre du jour. Puis, avancez jusqu'à Chantonnay et prenez le nom du maréchal-des-logis Baudin, qui, ces jours-ci, en Tunisie, dan£ une rencontre où il a couru les plus grands dangers, a sauvé un de ses camarades blessé, en le prenant sur son cheval, et qui, lorsque celui-ci a été tué sous eux, l'a emporté sur ses épaules jusqu'en lieu de sûreté. Mis à l'ordre du jour par le colonel Danloux, proposé pour la croix ou le grade d'officier, il a opté pour ce dernier. De pareilles actions sont un grand honneur pour ceux qui les font.
Le 6 e hussards est le dernier régiment de cavalerie qui soit passé à Fontenay, comme changement de garnison. Aujourd'hui, contrairement au temps d'autrefois, on ne change plus, excepté dans des cas spéciaux, qui sont rares. Les vieilles méthodes sont usées.
Fontenay, généralement parlant, na plus guère de chance de voir sillonner dans ses rues des régiments de
cavalerie. Cependant, les grandes manœuvres lui ont fourni et lui fourniront encore des occasions en ce genre ; occasions plus ou moins étendues ou restreintes, selon la nature des opérations par corps d'armée, divisions ou brigades.
Quand le XI e corps, dont nous faisons partie, quartiergénéral à Nantes, est venu opérer devant Fontenay, en septembre 1879, sous les ordres du général de Cissey, qui n'avait pas oublié d'avoir, dans son état-major, M. l'abbé Minguy, son aumônier militaire, la brigade de cavalerie se composant du
7 e hussards et du 25 e dragons
Colonel Mossiat Colonel de Colbert
reçut notre hospitalité et celle des environs ; depuis, nous avons eu des détachements de ce dernier, toutes les fois qu'ont eu lieu à notre proximité des manœuvres partielles.
Cette brigade ayant été remplacée, en 1885, par le 2 e chasseurs et le 3 e dragons
Colonel Guérin d'Agon Colonel Duvivier
une maladie contagieuse qui sévissait sur les chevaux des chasseurs, a empêché ce régiment de prendre part à celles de 1886 ; il a été remplacé par les dragons, à la 41 e brigade, qui opérait en Bretagne ; et les dragons ont été remplacés à la 42 e brigade qui a manœuvré en Vendée, par le 11 e cuirassiers, en garnison à Niort; ce qui nous a procuré la satisfaction de les voir de passage à Fontenay, le 22 septembre 1886, sous le
commandement du colonel de Clérembault. Nos cuirassiers sont toujours ceux de Waterloo et de Reischoffen. Qu'ils étaient beaux sous la cuirasse et en tenue de campagne, ces quatre escadrons défilant dans notre ville ! Qu'elle était brillante, le soir, la réception qu'ont faite nos officiers du 137 e , au Cercle militaire, à leurs collègues du 11 e cuirassiers; brillante aussi, celle des sous-officiers à leurs frères d'armes, le même soir, au Café Helvétique. C'était une vieille dette de cœur que la garnison d'ici tenait à payer, avec une générosité égale, à la garnison de Niort, qui avait si bien accueilli notre 3 e bataillon en 1882, alors quïl partait pour la Tunisie. Qu'on cherche ailleurs que dans l'armée une fraternité semblable ! La trouvera-t-on ?
Nous espérons bien qu'aucun obstacle n'empêchera le 3 e dragons de venir faire connaissance, une prochaine fois, avec les habitants de Fontenay. Quant à moi, je ne suis pas à mon début avec lui ; je l'ai vu, en 1862 et en 1869, au camp de Châlons ; cette année même, 1887, à Nantes. Pour lui souhaiter la bienvenue dans nos murs, nous pourrons lui offrir trois palmes : l'une prise en 1799, au combat du Mont-Thabor, où un maréchal-des-logis ja désarçonné vin chef arabe et lui a pris son drapeau (1); une autre, à Sidi-Brahim, en Afrique, en souvenir de son ancien colonel Barbut, qui, alors 1845, maréchale fies-logis-chef au 2 e hussards, avait survécu au massacre et avait été prisonnier d'Abd-el-Kader ; la troisième,
(1) Un tableau reproduit ce fait au inusée de Nantes.
cueillie au camp de Sathonay, à l'honneur du maréchaldes-Logis Faivre, lui aussi du 3 e dragons, où il a eu une citation en Espagne (1823), et qui est devenu l'abbé Faivre, aumônier militaire, que tout le monde a connu à Lyon. Dans sa place, à la chapelle du camp, fixé debout à sa stalle, on voyait son ancien mousqueton, surmonté de son vieux casque à crinière, qu'il avait conservé comme souvenir (1).
Quant au 2 e chasseurs, lorsque nous aurons le plaisir de le recevoir, nous conduirons au cimetière ses officiers et ses soldats, pour y déposer une couronne sur la tombe du colonel Robert, son ancien chef de corps. L'ange des batailles qui garde ses cendres, est toujours là, depuis 70 ans, bien mutilé par le temps et de longs hivers; il est là, quand même, comme une sentinelle fidèle à son poste.
Nous rappelerons au 2 e chasseurs sa présence sous les ordres du colonel de Cotte, à la reddition de l'illustre Abd-el-Kader, en 1847, et l'escorte d'honneur qu'il lui a fourni, le premier, avec les spahis.
Nous lui rappelerons les 300 sabres, pris à un régiment autrichien, que ses prédécesseurs avaient été autorisés à porter pendant tout le I er Empire.
Beaux souvenirs que nous avons récemment envoyés à Pontivy, pour l'historique du corps, et dont lettres
(1) Heureux en passant, de donner cette nouvelle citation au souvenir de l'un de mes meilleurs collègues de l'aumônerie militaire. C'est lui qui savait unir, comme le disait le général Ambert, la croix à l'épée et l'épéc à la croix.
d'accusé de réception et de remerciments du capitaine Darget, à la date du 22 octobre 1886 et du 26 janvier
(XVI e volume de mes manuscrits, f°' 160 et suivants).
Enfin, ce sont des batteries tirées de la brigade d'artillerie de Vannes :
Colonel de Bourgues Colonel Thiou
qui servent les grandes manœuvres du XI e corps et le 11 e escadron du train des équipages qui fournit les ambulances et les infirmiers.
Ceux-ci deviennent nos hôtes, à tour de rôle, selon les éventualités, ainsi que l'infanterie dudit corps.
On se rappelle qu'au commencement de cet article, j'ai donné les détails de la position, faite près du foyer de famille, au soldat de passage, par son billet de logement.
Paul Déroulède a parfaitement rendu ma pensée, quand, dans sa charmante versification sur le bon gîte, il a montré la bonne vieille, faisant du feu au soldat de passage, en lui disant :
Chauffe-toi, soldat, chauffe-toi !
Quand il a montré la bonne vieille, taillant sa soupe, remplissant son verre, en disant :
Refais-toi, soldat, refais-toi î
Quand il a montré la bonne vieille, faisant son lit, mettant les draps et lui disant :
Couche-toi. soldat, couche-toi !
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Mais Déroulède est sublime de cœur, quand la bonne vieille ayant rempli le sac du soldat de passage, pour les étapes suivantes, il lui fait dire par le soldat, confus de tant de soins :
Ah ! bonne hôtesse, bonne vieille, Pourquoi tant me gâter ! pourquoi ?
Et que celle-ci lui réplique :
J'ai mon gars, soldat comme toi !
C'est à pleurer de tendresse.
C'est que Paul Déroulède était alors officier au 30 e bataillon de chasseurs à pied.
Je cite le fait d'autant plus volontiers que j'ai été l'objet d'une attention analogue de la part des officiers de ce bataillon , auxquels j'ai été présenté par ceux d'un escadron du 6 e hussards, à Courbevoie, où j'étais moimême de passage. (Malheureusement Déroulède était en permission). L'accueil a été parfait ; le dîner de même : pain, soupe et rata, voilà le menu. On était disposé à fourrer mes poches ; mais j'avais, à Versailles, où je me rendais, le lieutenant -colonel Bergeron, du 7 e cuirassiers, qui s'en chargeait.
Et voilà notre tâche terminée et le chemin militaire que nous avons parcouru :
Stratum via militari iter,
en appliquant aux troupes françaises cet adage que le célèbre Quintilien attribuait aux soldats romains ; c'est aussi le texte que nous avions adopté pour les campagnes du général Belliard.
Ces rapprochements sont autant de forces vives pour tous ; de ces forces-là, nous ne saurions jamais trop en avoir ; il faut les saisir au passage et les garder.
Et puisque nous avons l'honneur de rappeler ici, à la fin , le nom du général Belliard , que nous avons trouvé partout, au commencement, comme au milieu de cet opuscule, terminons par l'armée d'Egypte et un vieux maréchal-des-logis, à trois brisques, qui en avait fait partie. C'est le bouquet du dessert ; les fleurs en sont tirées d'Alexandrie, des Pyramides, d'Héliopolis et d'Aboukir ; c'est une belle corbeille assurément, les rubans qui lui servent de festons sont rouges et gris seulement ; chacun a sa nuance d'abord, elles se confondent ensuite.
C'est donc à ce vieux brisquard à tout crin, se trouvant un jour sur son passage, que Bonaparte devenu Empereur, adressa ces quelques paroles : — Tu étais avec moi , en Egypte ? — Je m'en flatte, mon Empereur!
— Tu étais à Aboukir ; il y faisait chaud, n'est-ce pas?
— Bougrement, je m'en souviens bien, allez ! — Et tu n'es pas décoré? — Pas encore, mon Empereur, ça viendra! — Eh! bien, ajoute celui-ci, c'est venu, je te fais chevalier ! Le brisquard embrasse Napoléon d'un de ces regards indéfinissables qui veulent dire : Merci, mille fois ; se jette sur la redingote grise de son maître, en empoigne le pan, avec ses deux mains, le porte à sa bouche, en déchire un morceau avec ses dents crispées et le met à sa boutonnière. — Eh ! que fais-tu donc, s'écrie l'Empereur, surpris de cet improviste ! — Sire,
c'est en attendant le rouge ! — Le maître s'éloigne attendri. Mais en attendant aussi , la redingote en avait vu de grise ; c'était l'affaire du caporal-tailleur.
Beau tout de même, d'avoir trois brisques à ce compte ! Quel dommage de les avoir supprimées !