PAYSAGES
Ce n’est point un tableau que l’antiquité nous présente sur cette matière, c’est une longue suite, c’est une galerie entière. Quelle variété d’objets, quelle vérité d’expression!
D’abord la vue impose sur une baie épaisse , où mille abeilles viennent picorer la fleur des saules, et inviter au sommeil par leur doux bourdonnement. Au-dessus une colline s’élève , et le bûcheron qui la dépouille de son bois verdoyant, semble faire retentir les airs de ses chants (2). Ensuite l’œil se perd au loin dans
(1) Juven. , Salyr. 6 , v. 60 , etc.
(2) . Sepes
Hyblæis apibus florem depasia salicti,
Sæpe levi fiomnum sua débit inire susurro.
Hinc alla sub rupe canet frondator ad auras.
VlRGIL., llclog . 1.
une profonde vallée où mugissent des taureaux (1), et à l’extrémité de laquelle on voit fumeries toits des cabanes (2). Mais des objets plus voisins ramènent bientôt la vue. On aperçoit une grotte que tapisse une vigne sauvage , où pendent des raisins agrestes (5). Un peuplier blanchissant (4) , des ormeaux que le vent agite ,
et qui ne répandent qu’une ombre incertaine (5 j,
s’y courbent err berceau. Sous leur feuillage sont assis des bergers, qui semblent marier leur voix aux sons de leurs musettes (6). Plus loin ,
(1) Truces in alla valle mugiunt tauri.
Martial, 1. 3, ep. 5S.
{'2 J Et jam summa procul villaruni culmina fumant.
Virgil. , Eclog. 1.
(5) . . . Aspice ut antrum
Sylvestris ravis sparsit labrusca racemis.
Idem , Eclog. 5 .
(4) . Hîc candida populus antro
Imminet
Idem y Eclog. 9.
(5) Sub incertas zephyris motantibus umbras.
Idem , Eclog. 5.
(6) Les anciens avaient l’usage d’un instrument semblable
à notre musette : ils l’appelaient tibia utricolaris. On en voit sur les monumens , entre autres sur une statue de marbre blanc. Eiss. dell. Acad, di Corton. , dis s. 7. Aux mains d’une Bacchante, Ficoroni. trait, delle Mascher. tavol. 33. Sur un basreliel conserve a llome, Eianchini , dis s. sur la triple Musique organique des anciens , tav. 2 , n° 12 , etc.
d’autres pressent leurs chèvres et leurs brebis qui vont boire au fleuve voisin, dont les eaux se précipitent à grand bruit dans les vallées pierreuses (1). Ici, au bord d’un ruisseau qui coule en murmurant, Lycidas assis sous un platane qui entrelace les ombres dans ses rameaux errans (2), chante, et une Naïade répand sur lui l’acanthe brillant (5). Là, Corydon porte sur ses épaules sa brebis qui vient d’être mère , et dans son sein sont ses petits tremblans , qui 11e peuvent encore se soutenir (4). De nombreux troupeaux bondissent de toutes parts, et l’on voit que les bergers ont eu soin de leur
(1) . Cogite oves , pueri !
Pascentes à flumine rejice capellas.
V IRGIIi. , Eclug. 3.
Quæ saxosas inter decurrunt üumina vallcs.
Idem, Eclog. 3.
(2) Sub bac platano quant garrulus astrepit humor.
Calphurn. , Eclog. 4.
Et ramis errantibus iraplicat timbras.
Idem , Eclog. 1 .
(3) Quem modo cantantem rutilo spargebat acantho Nais.
Idem, Eclog. 4.
(4) Si qua jacebit ovis partu resoluta recenti Hanc humeris portare tuis; natosque tepenti Ferre sinu tremulos , et nondum stare paratos.
Idem , Eclog. 5.
imprimer leur marque particulière (1) pour éviter la confusion ou les vols de quelques Dametas (2).
Si ce charmant paysage paraît encore trop muet à vos yeux, dites, et aussitôt le pinceau magique va F animer. Vous allez voir, à la lumière argentée de la lune qui se joue à travers les rameaux, Vénus et les Grâces toujours décentes et sans ceinture, dansant sur l’herbe avec les Nymphes , tandis que sous les verts ombrages on immole à Faune une jeune brebis ou un chevreau (3). Ce seront encore ,
si vous voulez, deux amis qui boivent, cou-
(1) . Vivi quoque pondéra melle
Argenti coquito , lentuinquc bitumen aheno ,
Impressurus ovi tua nomina.
Calphurn. , Eclog. 5.
Winckelmann rapporte diffërens monumens, où des bœufs et des chevaux sont ainsi marqués sur la cuisse et sur l’épaule. Cabin. de Stosch., classe 7, n° 2.
Voy. aussi Virgil. , Georg. , 1. i, 263.
(2) Virg. , Eclog. 3.
(3) Jam Cilherea choros ducit Venus, imminente luna,
Junctæque Nymphis Gratine decentes
Alterno terram quatiunt pede .
Nunc et in umbrosis Fauno decet immolare lucis ,
Seu poscat agna , sive malit hædo.
Horat. , l.i, Od. 4.
Et solutis Gratine zonis.
Idem t Od. 3o.
ronnés de roses, de roses qui durent, hélas! si peu. Ils sont à l’écart sur le gazon , dans un endroit charmant , où de hauts pins et des peupliers blancs aiment à entrelacer leurs rameaux pour former un ombrage épais, et où les petits flots d’un ruisseau font mille circuits pour s’échapper (1).
Si vous préférez le vrai pastoral , vous verrez Silène enchaîné dans une grotte avec des fleurs par deux bergers. Ses couronnes sont tombées, et sa tasse à l’anse usée est suspendue à sa ceinture. Eglé , la plus belle des Nymphes, s’est associée aux deux bergers. Malicieuse, elle prend des mûres dont elle barbouille le vieillard qui en sourit. Les Faunes et les animaux dansent au son de la voix de Silène , et les chênes semblent agiter leur sommet (2). Eglé attend, en rougissant, l’autre genre de récompense qui lui est promis (5).
Cependant la nature vient imposer silence à la fiction. Le voile rembruni des orages couyre
(1) Seu le in remoto gramine .
Qua pinus ingens, albaque populus , elc.
Horat. , /. 2 , Od. 3.
(2) Silenum pueri somuo videre jacentem , elc.
V iR.GiLi ) Eelog. 6.
(3) lïuic aliud mcrcedis erit . Ibid.
ce riant tableau cle la féerie. Déjà les grues s’enfuient du fond des vallées (1) ; la génisse lève la tête et respire l’air. L’hirondelle en babillant voltige sur les étangs , et les grenouilles semblent faire entendre dans les marais leur vieille querelle. Un groupe de corbeaux s’assemble; on voit les pailles légères et les feuilles s’envoler. Les vents soufflent dans les arbres ; les plumes tourbillonnent sur la surface des eaux. La corneille appelle l’orage ; il éclate. Des pluies abondantes ont gonflé le torrent qui roule du haut des monts, chargé de la dépouille des forêts. Ces redoutables masses d’eau heurtent les digues, les font écrouler avec bruit , en emportent les rochers flottans , et renversent tous les obstacles qui s’opposent à leur fureur (2).
Au milieu de cet orage , sauvons-nous dans la métairie voisine. Que vois-je en entrant dans l’agreste ménage ? C’est un groupe que l’orage
(1) Aeriæ fugere grues , etc.
Virgil. , Georg. , 1. 1, v. 375, etc.
(2) Montibus ex altis magmis decursus aquaï ,
Fragmina conjiciens sylvarum arbustaque tota;
JNec validi possunt pontes venientis aquaï
Vira subitam tolerare : ita magno turbidus imbri ,
Molibus incurrens validis cum viribus aurais j
Lucret. , de Ker. nat. , 1. 1 .
;i forcé de se renfermer pour quelques instans. Une jeune femme assise tient sur ses genoux un enfant qu’elle amuse avec un hochet en forme de sistre (1). Sa vieille mère est près d’elle , filant une quenouille sans rouet (2). Un vieillard debout derrière elles boit à même un vase dont l’anse est une figure de bouc (5). Ce groupe est égayé par Corydon tenant un oiseau dans une cage (4) , et le présentant à sa bergère , qui , les yeux baissés, s’amuse à tresser des corbeilles de jonc (5). Dans un autre coin de la maison, un second groupe s’occupe à des travaux champêtres. L’un taille des échalas pour les vignes (6), l’autre attache des plumes colorées à des lacets (7), qu’il destine pour la chasse; un troir
(1) Si quis plorator collo tibi vernula pentlel ,
Hæc quatiat tenera garrula sistra manu.
Mart. ,1. i4, ep. 54.
(2) Cabinet de Stoch. , class. 2, n° 357, 358. Dans la galerie du palais Barberin , on voit une peinture antique représentant une vieille assise , et filant une quenouille.
(3) Cabinet de Stosch. , n° i56, i5y, clas. 6. Ce qui explique ce passage de Juvenal : Stantem extra pocula cap ruai.
(4) Antholog.
(5) Dum sedet, et gracili fiscellain texit hibisco.
Virg. , éclos,. 10.
(6) Frigidus agricolam si quando continet îmbèr , etc.
Virg. , Georg. , 1. I , v. 269 , etc.
(7) On sait que les anciens tendaient dans les forêts de
sième arrange des clochettes à une espèce de simulacre, qui sans doute doit servir d’èpouvantail au milieu des champs ensemences (i).
longs filets garnis de plumes rouges , et de diverses couleurs, pour épouvanter les animaux.
Puniceæve agitant pavidos formidine pennæ.
Virg. , Georg. , 1. 3.
Nec formidatis cervos includite pennis.
Ovid., Metam. , 1. i5.
Namque ursos magnosque sues, cervosque fugaces
Terrificant , Unique vêtant transcendere septum.
Nemesian.
Cum maximos ferarum greges linea pennis distincta conterreat, etc. — Senec. , 1. 7, de ira> c. 12. Saint Augustin en fait aussi l’objet d’une comparaison : Instar ferarum quæ circumdantur pennis , lit cogantur in retia. — L. 1, de Nupt. et Concupisc. Saint Jérôme dit aussi : Pavidorum more cervorum , dum pennarum evitatis volatus , fortissimis retibus implicamini. — In Lucifer.
Picta rubenti linea pinna Vano éludât terrore feras.
Senec. , Hyppol, act. I , sc. 1.
An cum fratre vagos dumeta per invia cervos
Circumdas maculis et multa indagine pinnæ.
Auson. , Theon. 4.
Voyez Farnab. sur Virg. loc. cit. — Cœl. Rhodig. , 1. 16, ch. 11. Oppian. Cynæget.
( 1) Une tête d’âne dépouillée de sa peau , suspendue sur une terre labourée et ensemencée, avait la vertu, selon la superstition des anciens Etrusques , de préserver les semences de tout accident. — Columel. , 1. io. Voy. Cabinet de Stock.,
classe 7, n° 11.
Près (Peux une femme renferme des raisins dans un vase qu’elle recouvre d’une peau (1), et deux enfans couchés par terre s’occupent d’un jeu propre à leur âge (2). L’appartement a pour tout meuble des sièges grossiers , et une table à pieds inégaux chargée de quelques vases de terre rouge (3). Cependant une image grotesque orne le mur noirci par la fumée ; elle représente une souris dansant devant un chat qui lui joue de la double llûte (4). Autour du foyer (5) sont quelques jambons, un fromage dont un cordon de jonc traverse le large orbite, et un vieux faisceau d’anet.
Mais l’orage est dissipé ; l’air frais et pur qui
(1) V. les peintures d’Herculanum , tom. 5. Elles se conservaient aussi d’un automne à l’autre. Martial en parle , 1. Yll, ép. 19. O11 les conservaiPaussi dans ces mêmes vases remplis de vin. Pline, 1. XIV, c. 1. Voyez les Recherches sur Tlerculanum f par M. Fougeroux , pag. 120.
(2) C’est le jeu de la mérelle :
Parva se et ternis instructa tabella lapillis In qua vicisse est continuasse suos.
Ovid. , Trist. , i. II , v. 475.
(3) Martial , 1. I, ep. 56 ,1. II , ep. 45. — Ovide , Meiam. , 1.8; Mensce sed erat pes tertius impar ; testa parem fecit.
(4) Pâte antique du Cabinet de Stoch. , classe 7, n° 119.
^5) . Suspensa focum carnaria juxta
Durati sale terga suis , truncique .
Trajectus medium sparto seil caseus orbem ,
El vêtus adstricti lascis pendebat anellii. Moiietum,
lui succède nous invite à sortir et à visiter les dehors de l’habitation champêtre. D’abord nous apercevons de longs celliers où sont enfoncés dans la terre de vastes tonneaux d’argile, riches dépositaires des trésors de Bacchus (i). Pi rès de là est un grand bassin, où deux fontaines fournissent une eau claire et limpide, qui coule en filets d’argent de la gueule d’un lion (2) et de la bouche d’un sphinx (5). Quel-
(1) Voyez 1, 76, ff. de contrah. empt. — - L. 54, § 1, ff> de act. empt. — L. 17, eod. ibid. — L. 5 , ff. de trit. vin. , etc. — L. 8 , § i, ff. de inslructo , etc. — Les tonneaux étaient ordinairement d’argile et de terre cuite , quoiqu’il y en eût aussi de bois. Polyd. Vergil. , de rer. invenl. , 1. 5 , c. i4. On en voit sur les monumens, Grut. inscript. , pag. 818 , nü 5, Winckel. , cab. de Stoch. , clas. 2, n° i6o5. — Pittur. , Antich. d’IIercol. , tom. 3. Tel était aussi celui du fameux cynique Diogène. C’est ce que l’on infère d’un passage de sa vie , par Laërce , et de la i4e satire de Juvenal, v. 298. On peut l’inférer aussi des monumens qui le représentent. Voy. Span. Miscell. , Erudit, antiq. , sect. 4. — Leonard Agostini , imag. illustr. vir. , part 2. — De Caylus , antiq. , tom. 6 , pl. 43 , Antiq. Grecq. — Winkelm. , Monum. inéd. , nü 174 , et Cab. de Stoch. , cl. 4 , n° 84.
Sur les vases à vin enfouis dans la terre à Herculanum. V. Lettres sur la découverte d> Herculanum , par M. de Correvon , tom. I , p. 1 84 et 186 , etc.
(2) Cabinet de Stoch. , cl. 2 ,n° 623 , 1769, i864. — Voyez aussi les médailles d’Iiimere eu Sicile.
(3) Herculanum, tom. 5, culs de lampe.
Personas ex quarum rostris aqua salirc solet, 1. 17, ff. de
act. empt .
ques chevaux viennent y boire, tandis qu’un autre décrit, en courant, le cercle indiqué par le cordon qui le retient et le guide (1). Non loin de ce manège, un homme est occupé à fer rer un mulet (2). Des villageois courent cà et là affublés de grands chapeaux (5) , et armés de leur bâton pastoral (4) ; on remarque que quelques-uns ont des sabots (5) et de larges culottes (6). Un petit mur, contre lequel sont
(1) . Et in gyros ire coactus equus.
Ovid. } de Arte amandi , 1. 3, v. 384.
(2) Cabinet de Stoch. , n° 971, classe 2. Scaliger soutient qu’on liait ces fers. Not. ad. Calul. , carm. 17, v. ult. Les chevaux étaient-ils ferrés? Adhuc sub judice lis est.
(3) On portait , surtout à la campagne, des chapeaux semblables aux nôtres. Voyez Cabinet de Stoch. , clas. 3, n° 124. — Goltz. Groec. , tab. 7, 110 56. — Beger, obs. in num/n. , p. 2. Spanh. ad. Beg. , p. i34, i42. Herculanum, vignettes de la première et troisième planch. du tom. 5. On portait ordinairement ces chapeaux tombans sur les épaules, et attachés avec des cordons. C’est ainsi que le portent Zétus et Calais (Cabinet de Stoch. , p. 97, clas. 2 , n° 4i3 ), d'après lesquels le Titien les a figurés dans ses disciples d’Emaüs , à Versailles , salon de Mercure. Apollon l’a de même. Dempster. Elrur. , tab. 32 , confer. Buonar. , expi. , p. 12 , § 6.
(4) C’était l’arme des paysans , des parasites , etc. Pollux , Onom ., 1. 7, sect. 120, etc. — Les auteurs et les monuinens représentent toujours les paysans baculo innixos.
(5) C’était la chaussure des gens de la campagne et du peuple : Anus.... soleis ligneis imposita. PÉTRONE, tom. 2.
(6) C’est ce que l’on voit dans plusieurs tableaux d lier-
des ruches de jonc (1) sous des berceaux de cytise , ferme cette première cour de la métairie. Une haie d’églantiers et d’aube-épine le partage , et présente deux autres vues champêtres. A la droite paraît un riant jardin que closent quelques osiers enlacés avec des roseaux ; il n’y manque rien de ce qu’exigent les besoins de la famille rustique. Si quelquefois les pluies, les mauvais temps ou les jours de fête retiennent le villageois oisif à la maison , il travaille à ce jardin. Il sait y disposer les plantes diverses, confier les semences au sein de la terre , et y diriger le cours des ruisseaux voisins. Mais ce n’est pas pour lui que croissent ses fruits; c’est pour le public. A certains jours il portera des faisceaux de légumes à la ville , et reviendra à sa cabane les épaules légères et la poche remplie (2). A la gauche est la cour destinée au
culanum , représentant des paysages et des marines , notam-ment tom. 3.
(1) Ut relevent dempti vimina torta favi.
Ovid., Remed • amor. , v. 186,
(2) Hortus eral junctus casulæ quem vimina pauca JEt calamo redimita levi munibat arundo.
Exiguus spatio , variis sed fertilis herbis.
Non illi deerat quod pauperis exigit usus..,.
Si quando vacuum casula, pluviæve tenebant ,
Festave lux....
tlorti opus illud eratj varias disponere plantas
bétail et à tout le peuple volatile. «Là, vous « voyez courir l’oie au cri aigu , les paons au « plumage perlé , la perdrix peinte , les pince tades mouchetées , et les faisans de l’impie ce Colchos. Des coqs supei’bes y pressent des ce poules Rliodiennes , et les tours résonnent ce du bruit des colombes. Là gémit le ramier, * ce ici la blanche tourterelle. Les porcs avides ce suivent la corbeille de la villageoise , et le ce tendre agneau attend la mamelle de sa mère, cc Un paysan porte dans ses mains un miel d’or ce enfermé dans ses rayons ; un autre des chacc pons auxquels il est défendu d’aimer ; les dons cc de leurs mères sont portés dans des paniers cc de jonc , par les grandes filles des bons villacc geois (1) »
Norat et occultæ committere semina terræ ,
Vicinosque apte cura summittere rivos....
Verum liic non Domini , etc. Moretum.
(i) Vagatur omnis lurba sordida cortis.
Argutus anser, gemmeique pavones....
Et picta perdix, Numidicæque gultalæ ,
Et impiorum Phasiana Colchorum.
Rhodias superbi fœminas premunt galli j Sonantque turres plausibus columbarum.
Gémit bine palumbus , inde cereus turtur.
Avidi sequuntur villicæ sinum porcij Matremque plenam mollis agnus expectat.v..
Fert ille ceris, etc. Martial , 1. 5, ep. 58.
Mais quittons ce paysage peint par Martial transportons -nous avec lui sur le sommet du Janicule, et après avoir erré « dans les longues (( allées qui suivent le penchant des coteaux, « montons sur le sommet qu’éclaire un soleil « pur et radieux, tandis que les ombres coûte vrent les vallées. y» Là, sous les bosquets de cette campagne élevée , contemplons le contraste frappant qu’offre la vue qui se découvre à nos pieds et tout autour de l’horizon. L’âme qui reposait sur des images riantes et champêtres , s’agrandit tout-à-coup ; Rome et tous ses environs sont sous mes yeux. «De là j’aperçois « toutes les sept collines maîtresses du monde , « et je peux embrasser Rome entière , les monts « d’Albe, et ceux de Tusculum , et tous les « frais séjours du territoire de Rome , et l’an- « tique Fidènes, et les bosquets d’AnnaPerenna. « De là je vois les porte-faix des rues Flami- « nienne et Salarienne , sans entendre les cha- « riots, sans que le bruit des roues nuise au ce sommeil, que n’interrompent ni les cris des « mariniers, ni les clameurs des travailleurs, « quoique le pont Milvien soit si près , et que « l’on voie voler les barques sur le Tibre (1). )>
(1) Lati collibus eraiuent recessus :
Et planus modico tumore yertex
Quel spectacle imposant (j)! 11 me semble, après vingt siècles , monter sur cette colline , voir Rome sortir cle ses ruines, dominer audessus d’elle , et contempler à mon aise la reine des nations! Que de scènes passent sous mes yeux ! que de monumens renversés dans la poussière se relèvent pour moi , et brillent de leur antique splendeur ! Je suis tenté de m’écrier, avec Rousseau, sous les voûtes du pont du Gard : cc Je me perds comme un insecte dans cc cette immensité. Je sens, tout en me faisant cc petit , je ne sais quoi qui m’élève l’âme , et je cc me dis en soupirant : Que ne suis-je né Rocc main ! (2)))
Coelo perfruitur sereniore :
Et curvas nebula tegente valles
Solus luce nitet peculiari .
Hinc septem dominos videre montes,
Et tolam licet, etc.
Martial , 1. 4, ep. 64.
(1) C’est cet endroit occupé maintenant par le palais Corsini et ses magnifiques jardins, que Le Yasi a choisi pour faire un tableau, en 12 feuilles, de Rome et de ses environs. C’est le plus grand , le plus saillant , le plus complet et le plus beau qu’il soit possible d’avoir de nulle part.
Lettres d’Italie , tom. Y, p. 329.
(2) Confessions , 1. 6.