‹ Recherches historiques sur le luxe chez les AthéniensChapitre 8 sur 21 · L. III · texte numérisé non relu

L. III

Horace dit à Canidia ,

Tuis capillus alhus est odoribus.

Epod. XII.

( Note de l’Editeur. )

plus ou moins légère, selon la saison. Les soldats de Yitellius, dit Suétone, contens de sa civilité et de ses présens, l’enlevèrent enrobe de chambre, et le portèrent au camp dans cet équipage , après l’avoir salué Empereur. Auguste , selon le meme auteur, restait presque toujours en robe de chambre. 11 est même rapporté que les robes dont cet empereur se servait étaient souvent l’ouvrage de sa femme ou de sa fille. Quoi qu’il en soit , il est naturel de penser que les femmes, qui avaient plusieurs sortes d’habillemens en commun avec les hommes, faisaient usage , au sortir de leur lit et du bain , d’un vêtement qu’elles mettaient pour plus de commodité; le luxe et la galanterie, qui avaient introduit quelques ornemens sur le linge le plus caché, ne laissaient pas sans richesse et sans goût une robe avec laquelle elles recevaient leurs amis particuliers et les personnes les plus chères, et selon toute apparence, c’était dans un déshabillé galant que les femmes se présentaient à leur toilette (1).

(1) A l’appui de cette conjecture vient une épigramme de Martial :

Cubicularia polymita (/a robe de chambre brodée . )

Hase libi memphitis tellus dat munera : vida est Pidine niliaço jam Babylonis nous. L. XIV , i5o.

( Note de V Editeur. )

Nous ne trouvons rien dans les auteurs qui nous aide à déterminer précisément la forme et les ornemens de ce meuble ; mais dans les matières contestées, la vraisemblance doit tenir lieu d’autorité ; et nous croyons pouvoir communiquer au public , avec confiance , quelquesunes de nos réflexions à cet égard.

La position des dames romaines à leur toilette devait sans doute être la même que celle de nos dames ; entourées de plusieurs femmes , il leur fallait se prêter aux mains de celles qui les servaient, de la façon la plus simple et la plus commode. Lorsque Claudien nous représente Yénus à sa toilette, il la place sur un siège brillant, les Grâces sont autour d’elle, et souvent la déesse s’occupe elle-même à composer sa coiffure,

Cæsariera tura forte Venus subnixa corusco Fingebat solio.

Une femme à sa toilette ne perdait pas de vue son miroir ; et soit qu’elle conduisît ellemême l’ouvrage de sa parure , soit qu’elle étudiât ses mines et ses airs de tête , omnes vultus tentcwit , le miroir devait poser à demeure (1);

(1) Cette opinion est peut-être hasardée ; quelques passages

La vanité des coquettes faisait souvent un crime de leur laideur à leurs coiffeuses, et elles se portaient contre elles à d’extrêmes violences. La toilette de quelques-unes , selon Juyénal, n’était pas moins redoutable que le tribunal des tyrans de Sicile. « Quelle est l’offense que Psecas a commise,» dit ce poète à une de ces femmes, « de quel crime est coupable cette malheureuse fille , si votre nez vous déplaît ? »

. Quænam est hic culpa puellæ

Si tibi displicuit nasus !

Juv., s. VI.

Le désir de se trouver au temple d’Isis, cette

d'auteurs anciens pourraient faire croire que les dames romaines avaient des esclaves chargées de tenir le miroir devant elles ; c’est ce que nous apprend , entre autres , Ovide {de A rtc amandi , II , 2i5), lorsqu’il conseille à l’amant, qui assiste à la toilette de sa maîtresse, de se charger du soin de tenir le miroir. Il y avait alors des miroirs de verre que l’on faisait venir de Sidon (P/me, 1. XXXVI, cap. 26), et d’autres de métal poli, et principalement d’argent.

Ut spéculum tenuisti, metuo ne oleant argenlum manus.

Plaut. , Mostell.t act. I , sc. 5.

Le miroir était le plus beau meuble de la toilette des dames romaines ; souvent des ciselures, des pierres précieuses l’enrichissaient. Sénèque , dans une sortie contre le luxe de son siècle , s’écrie :

Postea rerum jam poliente luxuriâ , spécula lotis pana corporibus auro argentoque cœlata sunt de nique gemmis adornaki ,

déesse commode , qui préside aux rendez-vous, causait quelquefois d’extrêmes impatiences (i).

Apud Isiacæ potius sacrariæ lenæ. Juv. s. VI.

et pluris unum ex bis fœminœ constilil , quant anliqUarum dos fuit ilia quæ publiée dabaiur imperatorum pauperum fdiabus. An lu exis limas ex aura nitidum habuisse Scipionis filias spéculum y cum illis dos fuisset œs grave ? etc. ( Senecæ natural. quæst. , L II, c. 17. )

( Note de V Editeur. )

(1) Il me semble que l’auteur ne s’est pas assez appesanti sur la rigueur avec laquelle les dames romaines traitaient leurs esclaves. L’orgueil de la naissance, l’habitude de voir verser le sang dans le Cirque, celle de voir dès leur enfance infligera ces malheureux de cruels châtimens , endurcissaient peut-être leur caractère , et leur inspiraient un profond mépris pour les esclaves. Qui ne connaît ces vers de Juvenal ?

Porte crucem servo. — Meruit quo crimine servus Supplicium ? quis testis adest? quis detulit ? audi j Nulla unquam de morte hominis cunctatio longa est.

— O de mens! ita servus homo est ! .

Juv. sat. Jrl.

La moindre impatience de la maîtresse , la moindre faute de l’esclave suffisaient pour faire suspendre cette dernière par les cheveux ,

Lalage lortis suspensa capillis. Piior. IV, 7. 4.

et la déchirer à coups de fouet. Quoi de plus révoltant que ce tableau , que nous présente encore Juvenal I

. « . Si nocte maritus

Adversus jacuil , periit libraria; ponunt Cosmetæ tunicas; tarde veuisse liburnus Dicitur, et pœnas alieni pendere somni Cogitur. Hic frangit ferulasj rubet ille Üagcllo

Ainsi, par toutes ces vivacités ordinaires, aussi bien que par la nature meme du travail ,

Hic scuticâ. Sunt quæ tortoribus anima præstent.

Verberat atque obiter faciem Huit ; audit abnicas Aut latum pîctæ vostis considérât aurum ,

Et cædit : longi relegit transacta diurni ,

Et cædit ; donec lassis cædentibus, exi Intonet horrendum, jam cogilatione peracla.

Juv. s. VI • 47 5.

Muller ( Commenlatio hist. de genio, moribus etluxu ævi Théo dosiani , pars I , p. 107 ) dit , d’après saint Jean Clirysostôme , V. 11, p. 112E. p. ii3 A.

Mulier igilur iracundior miseras ancillas lia soepius vexavit , ut œdibus forte in angiportu silis , prœtereuntes clamantem dominant et ancillam ejulanlem coram audiverint; quin eo usque dominas furor grassaius est ut nudis puellis inter convicia plurima ad lecticam alligatis marituni accessiveril , quo veluti liclore plagas inculicndas curarct. Hein puellœ dominant ad balnea secutœ vibices crudelilatem herilem coram omnibus fecere teslalani.

Quelquefois les dames romaines, dans un premier mouvement de colère , battaient elles-mêmes leurs esclaves , les mordaient , ou leur enfonçaient dans le sein , dans les bras , leurs aiguilles de tête, longues de sept à huit pouces.

Ovide {de A rte amancli , III, 235-243 ) recommande aux femmes de 11e pas se livrer à la colère contre leurs esclaves lorsque leur amant assiste à leur toilette.

Tuta ait ornatrix. Odi quæ sauciat ora Unguibus et rapla brachia tîgit acu , etc.

Eu général, les hommes et les femmes, à Rome, avaient si peu de pitié pour les esclaves , et les martyrisaient de tant de manières [V. . Plaut., As in. III. 2) que, plus d'une fois, les empereurs crurent devoir interposer leur autorité [Coup cl œil

il y avait des momensà saisir qui faisaient une nécessite de trouver sous la main tout ce qui servait à Pornement de la tête ou à la composition du visage.

Dès le temps de la république, les dames romaines avaient abandonne' cette simplicité' dont Martial nous a rendu l’idée dans une de ses épigrammes , lorsqu’il dit : « Je ne voudrais

pas boucler tes cheveux, je ne voudrais pas les mêler ; je ne veux pas que ta peau soit luisante, je ne désire pas non plus qu’elle soit malpropre. »

Pectere le nolim , setl nec turbare capillos.

Splendida sit noîo, sordida nolo cutis. L . II, 36.

L’usage des cheveux a varié comme tout le reste. C’était d’abord des dépouilles que la piété consacrait aux Dieux : les divinités dans les temples en étaient quelquefois tellement couvertes , qu’on apercevait à peine leur visage. Le culte d’Apollon, chez les premiers Romains, avait enlevé les plus belles chevelures; mais la vanité et l’intérêt des passions en changèrent

sur V Origine de Rome , p. 85 ). Adrien relégua pour cinq ans une dame romaine , nommée Umbricia , pour avoir traité trop durement ses femmes esclaves ( Spartian . Hadr. , XVIII).

( Note de V Editeur.)

( ïfi )

bientôt les usages ; l’abus se glissa même jusque clans les temples. Les prêtres de Cybèle , au rapport de quelques auteurs, coiffaient sa statue avec art; l’aiguille qui leur servait à cet effet était devenue pour ainsi dire miraculeuse. Servius la compte parmi les objets, gages de la durée et de la gloire de l’empire romain, c’est-à-dire avec les cendres desVeïens, le sceptre d’Oreste, celui de Priam, les boucliers sacrés, etc. , septem fuerint paria quœ imperium romanum tenent, acus mat ris cleum, etc . Tel est l’effet de la superstition, qui consacre toutes choses, qui en déguise l’origine et la destination, et les expose d’àge en âge à la crédulité des peuples et au sourire des sages.

Le détail de la toilette avait multiplié le nombre des femmes qui servaient les dames romaines. Chacune avait sa tâche particulière : les unes étaient chargées de l’ornement de la tête , soit pour démêler les cheveux ou les sé * parer en plusieurs parties,

Multifidum discrimcn erat ; Juv. s. VI.

soit pour en former avec ordre et par étage des boucles et des noeuds différens.

Dat varios nexus, et certo dividit orbes Ordine. IbUL

les autres répandaient les parfums ,

. Largos hæc nectaris imbres

Irrigat ;

Juv. s. Vï.

et toutes tiraient leurs noms de leurs ditTérens emplois : de là viennent, dans les poètes, les noms de Cosmetœ, de Pheacîes, O matrices. 11 y en avait qui restaient oisives, et qui n’assistaient à la toilette que pour dire leur avis. Celles-ci formaient une espèce de conseil ,

Est in consilio matroua.

Ibid.

Et l’on opinait, dit Juvénal, aussi sérieusement que s’il s’agissait de la réputation ou de la vie.

. . . Tanquam famæ cliscrimen agatur,

Aut animæ.

Ibid.

On se servait de peignes d’ivoire ,

. . . Morsu numerosi dentis eburno.

Ceux de buis étaient d’un usage plus ordinaire, «A quoi,» dit Martial, parlant à une femme chauve , « à quoi te sert le buis qui t’est présenté ? avec toutes ses dents , trouvera-t-il des

cheveux sur ta tête ( 1 ) ?» L’aiguille, le poinçon, les fers à friser étaient employés à la toilette. Les aiguilles(2), ordinairement d’or ou d’argent, étaient differentes, selon les divers arrangemens qu’il fallait rechercher avec soin et avec une telle précision, que la dame romaine se voyait obligée quelquefois de prendre l’aiguille elle-même, ainsi qu’il est rapporté de Yénus, dans l’épithalame d’Honorius et de Marcia.

Ipsa caput dislinguit acu.

11 existait une variété infinie de manières de coiffer (3) ; c’est ce que nous apprend Tertullien, qui se déchaînait contre le luxe de son temps, et reprochait aux dames l’inconstance de leur goût. « Vous ne savez , » leur disait-il ,

(1) Quid faciet nullos liic. inventura capillos ;

Multifido buxus quæ tibi dente datur.. Mart. , 1. XIV. 25.

(2) Les aiguilles de tête qui sont parvenues jusqu a nous , ont jusqua sept ou huit pouces de long. Plusieurs sont trèssimples et n’ont qu’une ouverture par le haut, probablement pour passer les bandelettes; d’autres se font remarquer par la beauté et la richesse des ciselures qui ornent leur tête. Winkelmann, dans ses Lettres sur les découvertes d’Herculanum , parle avec détail de quatre aiguilles trouvées dans les ruines de cette ville. {Note de V Editeur. )

(3) Ovide {de A rte amandi , III, 139. i58) parle de différentes coifïures, et entre autres de six principales.

{Note de V Editeur.)

à quoi vous en tenir sur votre coiffure. Tantôt vous comprimez vos cheveux, tantôt vous les attachez négligemment ; vous les élevez , ou les abaissez, selon votre goût; les unes les retiennent avec violence dans leurs boucles , les autres affectent de les laisser flotter au 'gré des vents. »

Les fers à friser, en usage alors , ne ressemblaient point aux nôtres : une grande aiguille, que l’on chauffait dans la cendre, en tenait lieu, et les boucles se formaient en roulant les cheveux :

. . » . Altéra lævum

Ex tendit pectitque comas et volvit in orbém.

Juv. , 1. YT.

On les arrêtait au moyen d’une aiguille ordinaire «Ne crains pas,» dit Martial, « que les ornemens dont ta tête est parée dérangent tes cheveux parfumés ; l’aiguille en soutiendra la frisure, et en contiendra les boucles (1). » L’union en était telle, qu’une boucle qui n’avait pas été arrêtée , laissait voir du désordre dans toutes les autres. «Lalagé ,)) dit Martial , «à qui son miroir avait montré ce défaut dans sa coiffure, se jeta sur une de sesfemmes, et la maltraita

(i) Tenuia ne madidos violent bombyeina crines,

Figat acus toi tas , sustineatque comas. Màut., 1. XIV. 24.

impitoyablement » C’est à cette occasion même que le poète apostrophe Lalagé : « Ne donne point à ta tête , » lui dit-il, <c un ornement qui t’enlaidit; affranchis tes femmes du soin de te coiffer; que la salamandre, qui a la propriété de faire tomber les cheveux , laisse sur ta tête des traces de son venin , ou que le cruel rasoir la dépouille entièrement, afin que ton miroir t’offre une image digne de toi (3 ) ! »

Nous apprenons de saint Grégoire de Nazianze, que les femmes se coiffaient extrêmement haut , ce qu’elles ne pouvaient faire , selon ce Père , qu’à l’aide de cheveux empruntés ; et , avec ce secours, elles s’environnaient la tête de tresses si multipliées , disposaient tellement leurs nœuds, et leurs boucles par étages et par contours, que l’ensemble formait uue espèce d’édifice :

Tôt premit ordinibus, tôt adhuc compagibus altum, Ædificat caput. Juv.? S. Vl.

«A ne les voir que par devant, )) dit Juvénaf,

« elles ont la belle taille d’Andromaque ; regardez-les par derrière , ce sont d’autres personnes : en sorte, qu’à presser les dimensions, et à détacher ce qui est précisément d’elles , de-

(i) L. Il , 66,

puis leur coiffure altière jusqu’à leurs cothurnes, il ne reste, tout au plus, que la taille (l’une pygmée, qui a besoin même de toute sa légèreté pour s’élever jusqu’au cou de son amant, »

Et levis erectâ consurgit ad oscula planté. Juv. , ibid.

11 fallait , pour l’ornement d’une seule tête , les dépouilles d’une infinité d’autres , dont l’art et la dextérité pouvaient à peine corriger l’excès , ne s cio quas enormitates capillamentorurn. Souvent elles en formaient des ronds , qu’elles plaçaient derrière la tête , d’ou les cheveux s’élevaient de leur racine, et laissaient voir tout le chignon, hujic in cervicem rétro suggestum. Elles donnaient quelquefois à leur coiffure un air militaire : tantôt leurs cheveux prenaient la forme d’un casque , in galeri modum quasi vagi nam capitis; tantôt celle d’un bouclier, scutorum umbilicos cervibus astruendo. Elles avaient des coiffures toutes montées d’avance par des hommes qui, dans ce genre, se faisaient une espèce de réputation, frustra peritissimos quoique structores capillaturcB adhibitis .

Des cheveux blonds ombrageaient quelque*fois une tête naturellement noire ,

Et nigrum ilavo crinern abscondente galero.

Juv., 5, / X\

Le blond ardent était la couleur la plus estimée. Celles dont les cheveux étaient blancs ou mélangés , employaient le safran pour les teindre et se donner le blond le plus vif, pro cilbo vel citro flavum facimus. Martial , dans son livre des Etrennes, parle d’une espèce de savon qui l’emporte sur V écume caustique < « Une écume caustique,» dit-il, cc rougit la chevelure des Teutons; avec ce savon, vos cheveux seront mieux soignés que ceux de ces esclaves (1). »

Tertullien veut intéresser contre elles-mêmes la délicatesse des femmes. Il ne comprend pas que la vanité les subjugue au point de leur ôter toute répugnance à porter sur leurs têtes les dépouilles d’autrui , et surtout des cheveux d’esclaves : mais que ne peuvent point établir la tyrannie de l’usage et le désir de plaire! La mode détermine le goût , et même la beauté.

La fureur du blond ne régnait pas moins chez les hommes que chez les femmes. Les premiers se servaient d’une poudre d’or qui se mêlait à la couleur dont ils teignaient leurs cheveux, capillo semper fucato, et auri ramentis illuminât o. Selon Hérodien, la chevelure de Commode était devenue , par ce moyen , si blonde et si brillante, qu’exposée aux rayons du soleil,

(i) L. XI Y. 26.

( io3 )

on eut cru que sa tête était tout en feu. 11 ne paraît pas que les femmes fissent usage cle cette poudre d’or, mais leur tête n’en avait pas moins d’éclat : elles attachaient leurs cheveux avec des anneaux, ou de petites chaînes d’or, avec des rubans blancs , ou couleur de pourpre , enrichis de pierreries ; elles plaçaient dans leurs cheveux des poinçons garnis de perles* C’est de ces ornemens dont Saplio s’était dépouillée dans l’absence de Phaon. «Je n’ai pas eu,» lui dit-elle entre autres choses , «le courage de me coiffer depuis que tu es parti ; l’or n’a point touché mes cheveux. Pour qui prendrais-je la peine de me parer? à qui voudrais-je plaire? cette négligence du moins convient à. mon infortune , et le seul homme dont la présence encourage mes soins et excite ma vanité , est éloigné de moi (1). »

Les dames romaines avaient une espèce de voile , ou de coiffe , qui ramassait et tenait leurs cheveux. Le voile n’avait d’abord été d’usage que dans l’exercice des fonctions religieuses ;

(l) Ecce jacent collo sparsi sine lege capilli :

Nec prenait articulos Iucida gemma meos.

Veste tegor vili , nullum est in crinibus aurum ,

Non arabo noster rore capillus olet.

Cui colar infelix, aut cui placuisse laborem ?

111e mei cullus unicus auctor abest. Ovid.; Ileroid. cp. 21.

( io4 )

mais les progrès du luxe en changèrent la destination, et firent servir à la vanité ce qui , selon Festus , n’avait d’abord été qu’un ornement de cérémonies et de sacrifices.

La mitre était une sorte de coiffure qui leur était particulière; elle était aux femmes ce que le chapeau était aux hommes. Plus coupée que la mitre que nous connaissons , elle avait , comme celle-ci , deux pendans , que les dames ramenaient sur leurs joues. Servius, sur ce vers de Virgile , où Iarbas reproche à Enée ses vêtemens efiéminés,

Mæonia mentiim rentra, crinemque madentem

Subnixus . Æn. , ]. IV, 216.

ajoute : Mitra Lyclia : nam utebanturet Phry ges et JLydii mitrâ, hoc est incurvo pileo , de quo pendebat etiam buccarum tegimen. Cette espèce de coiffure tomba peu à peu; peut-être avait-elle un air trop négligé. Les femmes qui gardaient quelque pudeur n’osèrent plus la porter : elle devint l’ornement des courtisanes. Juvénal s’en expliquait ainsi , lorsqu’il reprochait aux Romains de prendre le langage et les modes des Grecs , que ceux-ci tenaient eux-mêmes des Assyriens :

Ite, quibus grata est pictd lupa barbara mitrâ.

Sat. 111 y v.

Il y a de quoi admirer le caprice du goût et la bizarrerie de la mode , qui ont fait servir les memes choses à nos cérémonies les plus augustes et à l’appareil de la galanterie , et ont mis sur la lete des plus respectables ministres du Seigneur les mêmes ornemens, à-peu-près, dont se paraient les courtisanes.

La vertu avait ses ornemens particuliers : c’était un ruban assez large dont les femmes tressaient leurs cheveux, et formaient ensuite quelques nœuds ; c’est ce qu’Ovide appelle insi gne pucloris ,

Il y avait des coiffures particulières à de certaines familles. « Le sénat , » dit Valère Maxime, «pour honorer l’action de la mère et de la femme de Coriolan, action qui avait fait dire que le salut de l’empire n’était pas moins dû aux femmes qu’aux hommes , imagina un ruban particulier, qu’elles joignirent aux autres ornemens , vetustisque crinium insignihus novum vittœ discrime n adjecit y» mais il est à croire que ces marques d’honneur et de vertu furent bientôt confondues, et ne conservèrent plus qu’un vain nom. En fait d’ajustement, la vanité et la galanterie s’approprient bien vite toutes choses. Cette célèbre Romaine, qui possédait tous les avantages de son sexe, hors la chasteté,

( io6 )

Foppée , ne se montrait jamais en public , ce qu’elle faisait même rarement , sans un voile qui ne lui couvrait que la moitié du visage, soit parce qu’il lui séiait mieux de la sorte , soit parce qu’elle voulait ainsi exciter plus de désir de voir le reste (1).

Le visage ne recevait pas moins d’apprêt et d’ornement que la chevelure. Le fard souillait ou réparait les couleurs naturelles. Nous en trouvons, dans Ovide , des recettes détaillées qu’il donnait, de son temps, aux dames romaines. « Prenez , » leur disait-il , « deux livres de l’orge , qu’envoient ici les laboureurs de la Lybie; ôtezen la paille et la robe; prenez pareille quantité d’ers; détrempez tout cela avec dix œufs ; faites sécher et broyer le tout; jetez-v deux onces de poudre de corne de cerf, de celle qui tombe au printemps ; puis, quand le tout sera broyé et criblé, ajoutez-y douze ognons de narcisse pilés dans le mortier, puis deux onces de gomme et de farine de froment de Toscane : que le tout soit lié par neuf fois autant de miel. Celle qui employera de ce fard, aura le teint plus net que la glace de son miroir. »

Quæcumque officiel tali medicamine vultum , Fulgebit specuïo lævior ipsa suo. Ovid. , de Medic ,

(j) Tac. , c. i3.

Pline parle d’une vigne sauvage, que les Grecs appellent ày.né'Xoç «ypa , dont les feuilles sont épaisses et blanchâtres, le sarment noueux , et l’écorce ordinairement brisée : cc elle produit , » dit-il , « des grains rouges qui servent â la teinture écarlate ; ces grains , pilés avec les feuilles de la vigne , donnent une liqueur qui éclaircit parfaitement le teint et la peau des femmes. »

L’encens entrait dans la plupart des compositions; tantôt on s’en servait pour enlever les taches, tantôt pour dissiper les tumeurs. « Bien que l’encens, » dit un poète (1) à ce sujet, « soit agréable aux dieux , et qu’il fléchisse leur courroux , il ne faut pas cependant jeter tout dans les brasierssacrés ; il doit encore fumer ailleurs que sur les autels. »

« J’ai connu des femmes, » dit le meme poète, « qui pilaient du pavot dans de l’eau froide , et s’en mettaient sur les joues (2) »

<x Fabulla , » dit Martial , « craignait la pluie , à cause de la craie étendue sur son visage ; et Sabella le soleil , à cause de la céruse dont elle se fardait (5). » Quelques-unes s’empâtaient

(1) Qnamvis thura Deos, irataque nam in a placent;

Non tamen acc.ensis omnia dan cia focis. Ovid. , deMedic.

(2) Vidi quæ gelidâ inadefacta papavera lympliâ Contereret , leneris illinerelqne genis. Ovid., ibid.

debes non aliter timere risum.

( io8 )

la figure avec du pain trempé dans du lait d’ànesse. Poppée se servait d’une espèce de fard onctueux, composé, entre autres ingrédiens, de seigle bouilli ; ce fard déguisait entièrement le visage, formait une croûte qui subsistait quelque temps, et ne tombait qu’après avoir été étuvé avec du lait d’ânessequi en détachait toute les parties, et découvrait une extrême blancheur. Poppée, qui l’avait mis à la mode, lui avait donné son nom (1). (c Une femme riche , » dit Juvenal , « emmènerait avec elle un troupeau d’ânesses , s’il lui fallait aller en exil jusqu’au ,pôle hyperboré (2).

Cette pâte (3), qui couvrait tout le visage , formait un masque , avec lequel les femmes allaient et venaient dans l’intérieur de leurs maisons; c’était, pour ainsi dire , leur visage domestique

Qnam cretala timet Fabulla nimbum :

Cerussata timet Sabella solem. L . II. 4i.

(0 . ia Poppæana

Spinal . Juv. , s. VI, v. 4Ü2*

(2) . . . Alque illo lacté fovetur

Propter quo cl secum comités educit asellas ,

Exsul hypeiboreum si diniittatur ad axent.

Juv. , sat. VT, v. 468.

(3) Juvenal l’appelle expressément un enduit de chaux.

Tandem aperit vuïtum et tcctoria prima reponit.

I ncipii agnosci Juv. , sat. VI, v. 467-.

et le seul connu du mari, cc Ses lèvres , » dit Juvenal, «s’y prenaient à la glu :

Hinc miseri viscantur labra mariti. Sat. VI.

Cette blancheur de peau , cette fleur de teint était réservée aux amans.» Sur ce pied-là, la nature ne donnait rien ni aux uns ni aux autres.

Martial parle d’un dépilatoire qui enlevait les petits poils qui croissent sur les joues :

Psilotliro faciem qui lavas et dropace calvam.

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