XXVI
'■ Arnaud ÏÏ de Maytie, évêque d'Oloron
.■■?:'."'' Nonne iwâorem refrigerabit ras ? Sic et
verbum melins quàm datnm.
La rosée no rafraîehit-cllo pas los ardeurs du soleil? Ainsi In parole douce vaut mieux que lo don. (Egcli. 47. 16.)
LeS;demiers honneurs à peine rendus à soti très iUustre on^ley révoqué de Beryte i, p. i. s'empressa d'aller prêter te serttièfti etitré les mains du roi et de prendre possession d^ son église (1623).
' -Héritier du nom et des vertus de son oncle sans avoir toutèrfois son extrêniie activité, Arnaud II de Maytie continua iàoîi travail de restauration, et sut se montrer à la hauteur de âà fission. Ses premiers ^oins se portèrent sur les jeunes élèves du san<ituaire; il favorisa et fit cultiver avec la plus viv^ sollicitude les jeunes vocations, afin de pourvoir les églises de pasteurs vraiment dignes de ce nom. Il ne travailla pas avec une ardeur moindre à recouvrer les immeubles ecclésiastiques envahis et aliénés par les sectaires; à relever ou à restaurer les églises en ruines. Il fut même assez heureux pour orner quelques-unes de ces églises de ces rétables sculptés qu'on y voit encore de nos jours (1). Il contribua
(1) Presque tous les rétables des églises de la Soulc sont faits sur le même modèle^ et ce nous semble par les mêmes ouvriers. Nous savons qu'à cette époque un ouvrier connu sous le nom de « sculpteur de Saaguis » (près Tardets) se fit un nom dans cet art. Les rétables des églises de la Basse-- Navarre et du Labourd, beaucoup plus imposants que ceux de la Soûle, remontent à la même époque; ils représentent ordinairement un ciborium refoulé en arrière y ou divers ordres d'architec-
puisBamment & obtenir da parlement Tarrèt interdisant l'eicercice de la religion prétendue réformée dans tout pays où ne résideraient pas en permanence dix familles de cette secte.
Amand II de Maytie comprenait combien Ids ordres reli- ^eux sont des auxiliaires puissants pour le bien d'un diocèse. Sous son épiscopat, les Gordeliers s'établirent à Olo* Ton à la haute ville, et les Capucins à la basse ville; les Pré* montiés à Sairance, les Carmes à Sauveterre. Dans la ville d'Oloron arrivèrent encore, en 1633 les Ursulines, et en 1645 les Clarisses. Voulant faire le pendant des collèges de Lescar et de Pau, poursuivant, du reste, un projet de son oncle et prédécesseur, il voulut établir pour les Basques un collège & Manléon ; mais ce projet ne put être exécuté que plus tard^ en 1772. En ce temps de dissensions, la piété ne pouvait être qu'extrêmement refroidie; c'est pour la réchauffer, et en même temps pour répandre parmi les fidèles cet esprit de confraternité chrétienne, que le saint prélat fit ériger plusieurs confréries en divers points de son diocèse.
Cumulant le titre d'évêque avec ceux de prieur de Sainte- Christine (1) et d'abbé des hôpitaux, qui au Béarn dépen-
ure superposés, ornés de statues et de tableaux, etc., et nous paraissent être de l'école espagnole. — On sait qu'anciennement, quand le vase eucharistique était suspendu au-dessus de l'autel, il était recouvert d'un baldaquin ou eiborium porté sur quatre colonnes. C'est ce baldaquin, refoulé et replié sur lui-même, que représentent ordinairement nos rétables.
(1) Célèbre monastère-hôpital fondé, au xi* siècle, par Gaston IV vie. de Béarn, l'un des héros de la première croisade, à l'un des ports ou passages de la vallée d'Aspe entre la France et l'Aragon. La plupart des souverains de l'Europe, mais surtout ceux de la France et de l'Espagne, contribuèrent à la fondation ou à l'accroissement de cet immense édifice élevé sur le roc, mi en France mi en Espagne, à l'entretien d'abord des chanoines réguliers de l'ordre de Saint- Augustin, puis de
— lardaient, de Lucq, de Saint-Pé, de Sauvelade, Arnaud II eut à soutenir plusieurs procès au sujet des droits et dépendances de ces établissements^ sans parler de ceux soutenus pour défendre ses droits seigneuriaux; et néanmoins aucun de ces démêlés ne le fit sortir de son diocèse. Un auteur compte au grand de Maytie dix-sept voyages, qu'il fit à la capitale, et un autre biographe observe que son neveu et. successeur, soit qu'il vît Tinconvénient de ces absences, soit qu'il eû.1 des affaires moins difiSlciles que son oncle, ne sortit pas. une seule fois de son diocèse. En revanche, Arnaud II parcourait son diocèse jusqu'aux derniers liameaux, et, par son exemple, sa parole, raffermissait un clergé encore trop timide et trop craintif. En 1643, Arnaud d' A rbide était son vicairer. général poiir la partie delà Soûle. Comme disent les nou-r veaux Bôllàndistes, le pays lui doit sa reconstitution religieuse.
Apfèsûh laborieux épiscopat de vingt-quatre, ans, mais, qui n'avait pas pu fermer toutes les plaies d'une persécution d'un dèihi-sièclé, Arnaud II mourut dans son palais épiscopàlie 20 juin 1646, et fut enterré dans sa cathédrale,, f derrière le maître-autel .
(GalL christ.; Menjoulet; Monlezun; Cart. de Sauvelade; BoUandistes ; Mazure ; arch. du départ, et du chat de Trois- Villès.)
Saint- Dominique, chargés de loger et de diriger les pèlerins, etc. Le pape Innocent III le déclara l'un des trois hôpitaux généraux du monde entier, et longtemps il fut comme la métropole des maisons de refuge" des pèlerins et des voyageurs. Abandonné lors des guerres contre lespi^otesrtantd, il fut supprimé en 1607. Son prieuré fut uni au chapitre de Sarago$s>e e& Espagne. Quant aux biens qui en Finance en dépendaient^, ils furent douanes à un ordre religieux. Aujourd'hui on n'y voit que de»*, ruines.
Jacques de Bêla, avocat a la cour D£ Lichahi^
(.MauiëK>o, xyu* sièelci}.
Res mirabiliê populo.
Quoiqu'il fût procureur.
Il| u'^^t-|>M.?ol0ttr.
La chose est incroyable.
Et pourtaot-vénlalàte»
Du mariage de Garcia fils de Jaymes de Bêlez de Medrano, gentilhomme de la Haute^Navarre, avec Théritière* de la maison de Domecq de Ghéraute (19 novembre 1525)^ naquit Gratian de Bêla, qui fut père de Gérard de Bélâ, bailli et chef de la justice dç I^icharre sous Iç gouvernement de Belsunce^ son ami^
Gérard eut deux fils, Isaac et Jacqvies. Le premier, qui était l'aîné, resta, à Obérante dans la maison noble du Domecq. Le second, dont nous allons nous occuper, naquit lô 15 février 1585. Par son amour pour les lettres et sa vaste éru-^ dition, il se fit une renommée au pays. Il n*av|iit encore que vingt ans quand il se fit recevoir docteur en Tun et l'autre droit dans.rUniversité^de Toulouse; mais, comme il professait la religion réformée, il ne put se faire inscrire panni les avoct^ts de la cour de Licharre qu'avec les plus grandes difficultés. Admis en. 1614, il dut, pour les mêmes motifs, passer dix-sept aps avaçt d'obtenir la charge de bailli et de juge-^ royal.
Mfir^é ht Jeanpe d' Arbide , damoisellë de la fiGlmille de^Lacarre, tante maternelle de M^^ Arnaud-ïrancois dé Maytie, U fut, dit-il lui-môme, le plus persécuté, le plus malheureux des
hommes, du côté de sa femme, do ses enfanta, de ses prodiM, de ses voisins, et enfin de son pasteur. «Mais Dieu m'ayme,* ajoute-t-il, après une longue description de ses persécutions, « ainsy que je l'eaprouve par indicilité îi moj de preuTfiB de sa bénéticence envers moy, me secourant et soustensst (OQ*joura et me conservant son bon esprit qui me dirige pour le ciel et pour la terre, se qu'il faict en moy des merveiUei pour mes défenses et entretenement et pour ce qui 'an
dépend Et, ce dont je m'éjouis grandement est qu'il m'a
donné de l'amour pour la religion, qui est la plus excelleote des autres choses salutaires. * Sa devise, adoptée du reste par les autres de Bélo, était;
Lehen hâta, Orai hula,
Gvero, ez dakit noli^.
Jadis, comme cela, Aujourd'hui, comme ceci, Plus lard, je ne sais commenl.
Doué d'une humeur des plus bizarres et d'un caractère des plus difficiles, il ne chercha d'abord dans l'étude qu'un délassement; mais bientôt, emporté par sa passion d'écrivain, il composa un dictionnaire et une grammaire basques qui sont perdus. Puis, il composa deux énormes raanuacrita: le premier, qui n'a pas moins de six volumes in-quarto, est une espèce d'encyclopédie, connue sous le nom de Tailettes, renfermant par ordre alphabétique plusieurs questions théologiques, morales, médicales et scientifiques; le second est un in-octavo de plus de 600 pages bien serrées, où les coutumes du pays de Soûle sont commentées. Indépendamment de ces écrits, qu'en partie il a plusieurs fois copiés, on trouve plusieurs annotations de quelques ouvrages de droit, etc., sorties de la plume de notre infatigable auteur. Malgré son langage incorrect et parfois très difTus on ne peut lui contester de vastes connaissances.
Malboureusement, il n'en eut pas assez pour abjurer la re-
ligion calviniste ; il mourut le 28 mai 1667 , sans qu'il flllt possible de le détacher de cette détestable secte. Mais, du moins, sa femme, catholique fervente, fit élever ses deux fils dans la religion catholique.
La branche aînée de Gérard se continua seulement durant trois générations; savoir : Isaac, marié à Lsabeau de Lure en 1618; André, marié à sa nièce Jeanne Belaspect; et Philippe , qui signait « 1»' baron et potestat de Soûle, seigneur d'Arambeaux, de la Salle de Jaurigoyhen et foncier de l'hôpital Saint-Biaise. »
La branche cadette s'est éteinte en 1830 à Lasseube, au château de Bidoou, dans la personne de Isabellina de Belaspect (Chron, (FOloron; arch. de la mais, de La Salle de Sauguis-Saint-Etîenne, près Tardets, et du ch. de T.-V).
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-iso xxvin
Arnaud d*Oyhenart, avocat aa (élément de Nanhtrre
et Jacques son frère, conseiller à la ctiaacellerie de Navarre
ixni* siècle)
f ««M m jMfri . ?
Où W bommes trouveraient-ils un plus olarBant s<joar que é»n% leur pâlne? (Pleck-uk-Jccïkc lir. ê, lek. U )
Fils d* Arnaud d'Oyhenan et de X. d'Etchart « ils naquirent il Mauléon vers la fin du xti* dècle. Jacques, qui était Taîné, $e maria avec Jeanne de Vidait^ de Saint-Palais, fille de Pierre de VidarL seigneur de La Salle d'Elicetche d*A.TTaute, oooseiner au parlement, et de Mai^ueriie d* Arberats. Devenu lui-même conseiller à la chancellerie de Navarre, il eut entre autres enfants deux fils qui lurent prêtres et employés dans le minisière paroissial au pays. Armand, plus célèbre, se maria avec rhéiitière de la n^ble maison d"Erdoy de Sainl-Palais« fille d'Arnaud de Gaât^curis de la maison noble de ce nom à Cibits (Larcereiau .
Dotié des qualités les plus beur^uiies de lesprit. fl se fit raceroar arocat au paiement de Xaraire. et partagea son «mps «ntre les deToirs de sa profession ei léftode des antîqtd!^ des provinces mAridionales.
La piostéritf recûi&naissante lui donia le titre de « Père de nàstoire de la Savarre et de la Oasco^me ». dont il comnMBiGa à débrcHOcilIer l'imxneinde rl^aos arer im saooès digne de «« siii^ tatefit et de lies inlia:igab]es recî^^
La NoUtia utfnnsqw Vaseonia, qu'il fit publier à Paris en 1638,'est son principal titre de gloire. En 1657 il fit paraître 637 ï)rovérbes basques (avec une -traduction française), auxquels, plus tard, il joignit un «supplément renfemiant 706 nouveaux proverbes (1).
Outre ces deux ouvrages , Arnaud d'Oyhenart a laissé de nombreux manuscrits ne formant rien moins que quinze gros volumes, lesquels, insérés dans l'immense Collection de Duchesne, sont conservés à la bibliothèque nationale, à l^aris.
Ces énormes travaux font regretter Thistoire de la maison de Grammont, que le judicieux auteur entreprit en 1648, mais que la politique ombrageuse d'un vice-roi de Navarre ne lui permit pas de continuer. On lui refusa de parcourir les archives des comptes à Pampelune, sous prétexte qu'en réalité il cherchait des documents contre l'occupation de la Navarre par les rois de Castille.
Avocat distingué, historien aussi judicieux qu'érudit, d'Oyhenart n'était pas étranger à la culture des muses. On a de lui quelques pièces fugitives, et même sérieuses, dépeignant parfaitement l'esprit local en même temps que les diflEérentes passions du cœur dans les divers âges de la vie humaine. Il mourut vers 1675.
Parmi les approbations du beau livre du P. 6fazteluçar, imprimé en 1686, on trouve, en langue souletiné , celle de Jacques d'Oyhenart, de la même compagnie, qui pouvait être quelque parent de notre illustre avocat. A l'église dé Licharre (Mauléon) nous avons vu la tombe de Félicien d'Oyhenart, prêtre, décédé en 1740. Quoi qu'il en soit de ces
(1) De l'autre côté des Pyrénées, Ernest de Garay et Ësteban de Garibay sont auteurs de deux collections de sentences, » maximes et de proverlbes basques pareilles à celles d'Oyhenart.
dernières conjectures, nous savons que de la famille d'Oyhenart descendent M™* de Briançon (demoiselle de Lafanrie d'Etchepare) et la famille de Jaurgain d'Ossas, dont un descendant nous promet une étude intéressante sur la généalogie des plus anciennes familles du pays. (Docum. part.)
Jean d'Olce, évêque de Bayonne
Suscitabo mihi tacerdotem fidelem, qui juxta cor meum et animam ■meam faciet.
Jo susciterai pour moi un prétro fidèle, et qui agira selon mon cœur et mon âme. (i. Rois. S.35.^
Jean d'Olce naquit dans la maison de La Salle ou palacw située à Iholdy de la châtellenie de Saint-Jean-pied-de-port. Il eut pour père Pedro ou Pierre d'Olce, marié vers 1590 à Isabelle d'Echaux, sœur de M»^ d'Echaux. Sa famille était une des plus anciennes et des plus honorables de la Basse" Navarre. Un de ses ancêtres, croyons-nous, B. d'Olço, avec W. R. de Faïeg, de Fâche (Haïtze), fut témoin, le troisième jour des nones du mois de juin 1209, à Tacte par lequel Gaston IV de Béarn statua qu'à Tavenir les gentilshommes et autres chevaliers et rustiques pourraient, sans permission du vicomte, donner à Téglise d'Oloron toute espèce de revenus ecclésiastiques. En 1507, Jean d'Olce était président de YArmandad de ultra-puertos, c'est-à-dire de la Basse-Navarre.
Les dépendances de la maison noble d'Olço s'étendaient jusqu'à Irissary et Suhescun. Le bois dit de Suhescun, sur le versant ouest de la montagne du côté d'Irissarry, appartenait, la moitié à la commanderie d'Irissary, et l'autre moitié aux familles d'Olço, de Lacarre et de Suhescun. Le 3 mars 1565, en jour de dimanche, en présence du notaire, de Mehayzaberry vicaire, du peuple, etc., noble Bertrand seigneur d'Olço prit possession, dans l'église d'Irissarry, de la place appartenant et attribuée de temp$ immémorial à la maison
d'Olço, laquelle place était à main gaucbe, vers la moitié de réglise jusqu'aux portes. »
Jean d'Olce, nommé le 8 août 1632 à l'évêcbéde Boulogne, fut sacré dans la cathédrale de Tours par son oncle M»»- d'Echaux, archevêque de cette ville, assisté de M^' d'Etampes, évoque de Chartres, et de M»' Claude de Rueil, évoque d'Angers et ancien évoque de Bayonne. En qualité d' évoque de Boulogne, il assista en 1641 à rassemblée du clergé de France à Paris. Nommé le 24 mai 1643 à Tévêché d'Agde, Tamour de son pays lui fit permuter ce siège avec M^' François Fouquet,évôque]deBayonne et frère du malheureux surintendant de ce nom (1). Ses bulles pour Tévêché de Bayonne furent donûées à Rome, près Sainte-Marie-Majeure , la veille des * calendes du mois de septembre 1643. Il prêta son serment le 17 mars 1644, en présence de la reine régente. Il possédait, en môme temps, les abbayes de Lucq, au diocèse d'Oloron, et de Buxérie (Buxeria), dans celui d* Angers.
A'son arrivée à Btayonne, iPeut la douleur de trouver ses diocésains du Labourd divisés et armés les uns contre les 'lautfes, par suite de rivalité entre le seigneur d'Urtubîe et ' celui d*Amou (de Saint-Pée) au sujet du bailliage du Labourd. Par ses sages remontrances, le nouveau prélat sut en divei^ses circonstances apaiser Tanimosité des deux partis, appelés Sabelnchmi (ventre blanc) et Sabelgorri (ventre rouge). Hais (vers 1658) les uns et les autres se portèrent à des excès tels, qu'on vit des blessés, des morts jusqu'au sein du bUear DU assemblée générale de cette année, et que plusieurs particuliers échappés au pillage de leurs maisons ou coiâmunautés durent se réfugier à Bayonne, avec le bailli et les
(1) « Son pays, dit Compaigne, lui fit mépriser ses intérêts particuUers, ôt il se rendit "au désir de ses compatriotes, qui le demamlaient avec instèCri(ïe'lpotir lfeVtrï>MAt. »
' oficîers royaux.' Ces dissensions în^estiriès, un peu calméfes par une lettre menaçante du cardinal dé Mïi^arin et utiTpriûrcès fait aux mutins, qui valut au pays une amende de '139^560 fr., sans compter le montant des frais d'imposition et celui ilës 'dommages-intérêts, furent terminées par Tordonnance du " 3 juîti lééO, rendue à Saint- Jeàn-de-Lùz .
Mais le principal événement de son'épiscopat dans son noùveSu siège fut le mariage dé Louis XIV avec rinfarite d'Espagne Marie-Thérèse, qu'il bénît dans Tégliée de Sainir Jéan-de-Luz.
'Un vieux document de cette dernière ville, signé « Lissardy vicaire », nous apprend, que W^^ d'Olce bénit ce mariage et dit la messe, ayant pour diacre Laoval, gïand aumônier du roi, et pour sous-diacre Hayet, curé de Saint-Jéan-de-Lùz. Eèvêtu des habits pontificaux, il reçut à la porte de Téglise les époux royaux, et les conduisit sur une estrade couverte d'un 'riche tapis de velours violet, parsemé de fleurs de lis d'or et surmonté d*un dais de même couleur. Le pontife pré- '.lâenta au Roi, sur un plateau en vermeil, Tanneau nuptial et les douze pièces d'or souvenir du Morganeguiha des Franks. L*e cfardinal Mazarin porta Tinstrument de paix aux époux et '*iitfssi à la reirie-mére, qui occupait à part une estrade couveffte d'tih tapis noir. On trouve encore de nos jours, au "fcliateau d'Olce, deux belles gravures représentant les diverisres làCènés et cérémonies de ce mariage.
H*' d'Olce favorisa et encouragea fortement la dévotion îi saint Léon, l'illustre et le très glorieux apôtre du Labourd. Le dîocèi^e lui doit encore des statuts diocésains, la confrérie du Très Saint-Sacrement et celle de l'Adoration perpétuelle.
Le zélé prélat voulut introduire dans sa ville épiscopale les jésuites, pour leur confier l'instruction et l'éducation de la jeunesse. Il s'adressa, k cet effet, au corps de ville; mais sa demande n'ayant pas été accueillie favorablement, il4)ro-
- 16«du passage de Marie-Louise de Bourbon,' Charles II, Vol d'Espagne, pour tâcher d'obtenir de la maolcipalité, par l'intermédiaire de cette princesse, la faveur qu'il sollicitait.
Après un long pontificat de trente-huit ans, M»' d'Olce mourut le 8 février 1681 dans la paroisse d'Ossès, dans ta maison Harismendy, chez sa sœur M™° Lambert (1). Un de leurs parents, peut-être neveu, Jean d'Olce, était curé de la paroisse d'Ossès. C'est au temp;3 de sa cure etsoufs l'épiscopat de M»' d'Olce que fut construite, en 16138, l'église actuelle de cette paroisse. D'où il résulte qu'elle est redevable k MB' d'Olce et b sa famille d'autre chose que dea beaux ornements, richement brodés, conservés jusqu'à nos jours dans l'église de cette paroisse, en souvenir de son illustre bienfaiteur. Aussi ferons-nous des vœux pour qu'un jour, au lieu le plus apparent de cet édifice religieux, aussi bien que dans celui de sa paroisse natale, soient placées les armoiries de la famille d'Olce (2), C'est sous l'influence des mêmes sentiments de gratitude que « douze hommes — qui ne pouvaient être que d'Ossès et d'Iboldy — portèrent par toute la ville, c'est-à-dire par tous les endroits où on a coutume de faire la procession générale, le corps de l'illustre pontife, et non pour soulager les diacres «, comme noua l'apprend modestement un mauuscrit de l'église d'Ossès, intitulé : « Relation de la mort et enterrement de Ms' d'Olce. »
Avant d'être ainsi promené par la ville, le corps, reçu h l'entrée de la ville par le chapitre et toutes les communautés y résidant, avait été exposé, en habits pontificaux, en son
(t| Deux autres de ses sœurs étaient mariées, l'une dans la inainuii d'Ichisaarry d'Ossès et l'autre dans celle de Sotihy, à Urcuit.
[2] Elles sont : do gueuleB à trais chevrons d'or accompagné en chef d'une étoile d'argent posée au pitmier L-antoii. — L'étoile cat de la maieun de Luxe.
pabds épiscopaly durant deux jours. Le troisième, iqprès une
brillante oraison funèbre prononcée à la messe solennelle
par le P. Oarro, capucin, il fut enterré au caveau des évê-
ques.
C'est lui qui fit élever en grande partie les bâtiments de
Tanden évêché. 11 laissa à sa famille son château dlholdy,
qu'il ovait fait bâtir sur l'ancienne maison noble. On y voit
encore son lit & rideaux richement brodés et autres objets
ayant servi & notre saint et illustre pontife basque.
(Manusc. de la famille d'Olce ; arch. départ. ; QaUia christiana, etc.).
Arnaud-François de Maytie, évêque d'Oloron
rerbum dulcû muUipUeai amicoi et
mitigit inimicot.
Un mot dit avec douceur multiplie les amis et apaise les ennemis. (Eocu. 6, 5.)
Neveu et troisième successeur de son oncle Arnaud II, à qui il devait son éducation, Arnaud-François de Maytie était £l1s de Maytie, lieutenant de robe longue, et de Madeleine d'Arbide, damoiselle de Lacarre. A peine tonsuré, il fut successivement page de Tordre de Saint-Lazare, sacriste d'Aubertin et chanoine d'Oloron. A la mort de son oncle, il devint abbé de Saint-Pé en Bigorre. Il céda cette abbaye en décadence à la congrégation de Saint-Maur. Louis XIV Ten dédommagea en lui donnant, de préférence à plusieurs autres compétiteurs, Tévêché d'Oloron, en 1659. Ses hautes qualités, aussi bien que le souvenir des services de ses oncles, le rendaient digne de cette préférence. Au mois d'avril de l'année suivante, il reçut à Saint-Lazare, à Paris, Tonction épiscopale des mains de M»"^ de Vie, archevêque d'Auch, assisté des évoques de Dax et de Mirepoix.
A peine sacré, il eut hâte de prendre possession de son siège, au milieu de la plus brillante réception qu'on eût jamais vue. Le 27 juillet il prêta le serment entre les mains du roi. Le nouveau prélat ne tarda pas à avoir une occasion propice pour faire preuve de son esprit d'énergie, et à la fois de conciliation.
M. de Troisville, par un contrat du 30 mai 1641, s'était
rendu adjudicataire du domaine de la Soûle. Le chftteau et le parquet de Mauléon, auxquels s'associa la noblesse, jaloux de voir^ce domaine entre les mains de M. de Troisvilles, proposèrent au Roi son rachat par le pays ; ils engagèrent ainsi le pays dans une longue lutte, que les promesses du monarque et daTengagiste relatives au maintien des anciens droits et privilèges paraissaient rendre inutile. Les secrètes et perfides menées pour gagner les membres du tiers-état, les violentes . persécutions du capitaine Golom, celles du gouverneur. Toulongeon parcourant chaque village, poux forcer, kTombre des mousquets, le peuple à s'obliger, par acte public, h, la. part de somme qui lui incombait^ donnèrent lieu Ua plus terrible sédition qn*ait jamais vue peut-être la Snule. Ce. fut. une véritable levée d'armes, et h la/tête iparr chait ua prôtre, le trop fapeux Goyhenèche dit Matelas^ curé de Monçayolle.
Cfeat. au milieu.de ces douloureuses circonstancea que la. nouveau prélat eut >à.faire sa première, apparition dans son payâ:natal. Il y accourut au premier, signal de la révolte. Conune il approchait de Mauléon, Matelas, escorté. de vingt, satellites^ et suivi d!une foule considérable, se présenta à lui. «.CTesf» pour . délivrer, disait-il, le pays des nobles et des. harpies (agents judiciaires) de Mauléon que lui et ses compagnonjs^avaient pris les armes.» Avec un accent de f err meté.et de douceur paternelle, le saint prélat rappela, au malheureux. prêtre son caractère sacerdotal, sa mission de: paix, et, au nom des intérêts de la religion^ Tadjura d'user. de son influence sur lafoule pour la. calmer « Arnaud-François sa flaltait d'avoir, gagné le chef des séditieux parce qu'il, avait pu faire une entrée triomphale dans sa ville, où déjà on Tacclamait comme un sauveur; cependant l'orage ne s'était, ca^mé que .pour éclater avec plus de furie.
Matelas, à la tête de Témeute plus . terrible quejamffi^»
niitrcha sur Maiiléon aux cris de HERRiAt!! HerbuIM (Le'
pajsl le paya!) pour livrer la ville aux flammes et en exterminer Ibs habitants. Le prélat, accompajrné de Pierre do Conget. son aumOnier et chanoine de sa cathédrale (1). présenta aux séditieux. D'aborl couché en joue par les rebelles, il en obtint que des députés se présenteraient à Licharre pour traiter de leurs griefs; mais le jour indiqué le prélat et le parquet se trouvèrent assiégés par 3,000 hommes armés, que Matela.^ et Apessetclie, son compagnon, avaient amenés. Au nom de la religion et du pays, Arnaud- François conjure ses ouailles, égarées par la passion, de mettre bas les armes, B& parole n'est point écoutée, et h la fin il est heureux de se sauver lui-même, en fuyant par une porte dérobée de sa maison. Cependant, les séditieux, honteux de tant de violences, rappellent le prélat négociateur, et lui accordent un délai de huit jours pour plaider leurs droits auprès des grands et des membres du parquet de Licharre. A l'expiration de ce délai, les propositions du château et du parquet furent énoncées; mais l'émeute les trouva contraires aux anciens privilèges du pays, et se concentra au bois de Libarrenx (aujourd'hui disparu), menaçant toujours la ville de Mauiéon d'une extermination complète. Arnaud-François s'y présenta encore en intrépide négociateur. C'est alors que Hégoburu, chanoine d'Oloron, l'un de ses compagnons, reçut un coup de hallebarde qui heureusement alla se perdre dans sa soutane. A la fin, soit que l'infatigable charité du prélat eût touché les cœurs des rebelles; soit que — ce qui est beaucoup plus probable — il eût fait, BU nom du gouverneur, les concessions réclamées,
(1) Son frèro, Arnaud Je Conget, ttncjen cur6 <ie Tardets, chanoine de Sainte-EngrncB, était vîcaite-giinûral d'Aftiaud-Françûis de Maytïa. pour lu partie de la Soole.
il parvint à CHlmer rémeute ; mais, avant de pactiser avec allé, il dut s'engager li faire à sa tète le tour de la ville de Mauléon, un rameau d*olivier à la main, en signe de paix et de triomplie.
Cependant les frais des diverses députfitions à Pai'is, vingt années de procès, avaient porté à un chiffre énorme le capital du rachat du domaine de la Soûle; le dévouement du pontife n'avait pu ni effacer la dette ni en libérer le peuple. Celui-ci courut de nouveau aux armes. Il fallut recourir au roi, qui envoya le capitaine Calvo avec des troupes pour apaiser le pays. Matelas et ses deux principaux complices furent arrêtés, et, après la dégradation solennelle du premier, les trois décapités dans la plaine de Licharre. Le saint prélat eut la consolation d'avoir, durant cette effroyable sédition, exposé sa vie pour ses brebis, et enfin celle d'avoir arrêté le bras vengeur de Calvo, qui voulait livrer au pillage toutes les paroisses coupables. Non content des promesses de Calvo, Aniaud-Françpis obtint du roi des lettres patentes, en date du mois de décembre 1661, par lesquelles S. M. graciait tous les condamnés secondaires.
Cette mission de courageux dévouement et de charité paternelle, qui inaugura Tépiscopat d'Arnaud-François, révèle le caractère de Tépiscopat de ce pontife. Accessible à tout le monde, surtout h ceux qui réclamaient un conseil, il savait calmer les haines, ramener la paix dans les familles, qui souvent recouraient k lui comme à un père. Voulant cicatriser les pUiies d'une longue persécution religieuse, h l'exemple de ses prédécesseurs, il cultiva les jeunes vocations du sauctuaire, soutint et encouragea les bons prêtres, et corrigea les douteux par de sages ordonnances. Dans ses visites pastorales si fréquentes, il pénétrait jusqu'au dernier des hameaux, en suivant un itinéraire où le jour et l'heure du passage dans chaque localité étaient indiqués à l'avance.
Pour ne pas charger le budget du plus pauvre de ses prêtres, il exigeait, avec la plus sévère rigueur, la plus grande frugalité. Visitant tout par lui-même, il était heureux de féliciter les pasteurs qui avaient banni de leurs églises les calices d'étain ou de plomb. Pour mettre k profit toutes les ressources du pays, il ne reculait pas devant de^ règlements spéciaux à chaque localité; c'est ainsi qu'un jour, dans une visite pastorale, à Sainte-Engrace, il établit l'ordre d'une procession solennelle que toute la Soûle et une partie du Béarn faisaient, bannière en tête, à cette antique abbaye aux fêtes de la Pentecôte.
Sa conduite dans une autre visite pastorale, à Lescun, mérite d'être connue. Il tirait le saint ciboire pour donner la sainte communion , lorsqu'au fond du tabernacle il remarque un calice rempli d'hosties et recouvert d'une patène. Averti par le curé que le prêtre qui les avait consacrées était mort seize ans auparavant, k l'autel même, de la peste, et que depuis nul n'avait osé les toucher, crainte de la contagion, il les examina avec soin ; et, les ayant trouvées parfaitement conservées, il les distribua aux fidèles, qui n'en eurent aucun mal.
Arnaud-François de Maytie préféra être un pasteur utile à son diocèse qu'un évêque retentissant au dehors; aussi considéra-t-il toujours digne de sa sollicitude pastorale tout ce qui intéressait le bien de ses ouailles. Absorbé par les détails d'une administration dont il aimait à se faire rendre compte, il sut chercher et utiliser le talent où qu'il fût. Un certain Magendie, ministre protestant de Sauveterre, qui passait, et non sans raison, à ce qu'il paraît, pour l'homme le plus éruditde son parti, ayant fait publier un livre intitulé FEn- Jant JloUant pour montrer l'indécision de la doctrine catholique, il recourut à la science et à la plume d'un jésuite, Jacques Boireau, qui, par un écrit, le Vieillard noyé, ou-
vrage d'une vaste ériirtitioii et d'une argumentation serrée, réfuta celui que déjà il avait confondu en conférence publique à Lembeye.
A l'exemple de ses prédécesseurs de sa famille, Arnaud- François aima et multiplia les maisons religieuses, ces asiles de la piété et des vertus chrétiennes. Il établit à Navarrenx des capucins que le roi pensionna comme aumôniers de la garnison. Il en appela aussi à Mauléon, dans un couvent bâti sur la rive droite du Saison avec le concours des trois états du pays de Soûle et celui d'Armand-Jean III, dit abbé de Trois-Villes, gouverneur de Soûle et sénéchal de Navarre (1). Sentant sa fin approcher, il ne songea plus qu'à paraître devant le Juge suprême. Par son testament du 30 juin 1681, entr'autres legs pieux, il laissa sa crosse, ses deux mitres et sa croix pectorale à Notre-Dame de Sarrance; sa bibliothèque et son portrait au couvent de Mauléon. Le reste de son héritage fut dévolu à sa sœur Marguerite et à sa nièce, fille de Jeanne de Brosser, dont descend la famille d'Andurain , de Mauléon (2). Décédé, selon son désir, en une des fêtes de la
(1) Le savant auteur de la Chronique d'Oloron confond, à la page 286, t.II, le seigneur de Moneins, à qui il fait bâtir le couvent de Mauléon, avec son cousin Armand-Jean 111, dit abbé de Trois-Villes. Celui-ci acheta en 1676, au comte de Toulongeon, les charges de gouverneur de Soûle et de sénéchal de Navarre, charges qu'il vendit lui-même, au mois d'avril 1681, à son parent J.-Arm. de Moneins. — Le couvent de Mauléon, aujourd'hui restauré, est devenu maison diocésaine et le siège d'un beau collège.
(2) Arn. -François n'avait que deux sœurs, Marguerite et Jeanne. La première épousa le baron d'LJhart ; et la seconde. Brosser, béarnais, qui, pour 20,000 liv., acheta à Clément, son neveu et fils du baron d'Uhart, la charge de lieutenant de robe longue à Mauléon et l'hôtel de Maytie. L'aînée de Brosser — qui n'avait que des filles — porta le nom de Maytie et la charge de lieutenant de robe longue aux Hégoburu de Tardets; et l'héritière de cette dernière maison les porta à Méharon- Gourdo ; et la petite-fille de ce dernier, Ursule Môharon, les porta, par son mariage, à Julien d'Andurain, originaire de Haux (près Tardets).
Sainte Vierge, le 2 juillet 1681 (fête de la Yisitaticm), il ftit enterré à Notre-Dame de Sarrance, dans un caveau en fuce du maître-autel, ainsi qu'il Tavait demandé par son testament, au P. La Chapelle, prieur du monastère. (Gall. christ, — Monlezun; — ^ Menjoulet; — arch. du dép. et de Trois Villes.)
Gabriel de Saint-Estèbe ou Esteben
évèque de CouseraQS ('i680-)7Q7)
Ne despicias nàrrationem prèsbytorutn sapientiam et in prover- Mis eorum conservare.
Ne méprisez point les discours des sages vieillards, mais uourrissez-vou^ de leurs maximes.
(EcGLi. 8, 9.)
Gabriel de Saînt-Estèbe ou Esteben, ou encore de Saint- Estebain, issu d'une famille très connue (notissima) de la Besse-Navarre, naquit dans la noble maison de Saint-Esteben en 1637. Cette maison érigée en vicomte depuis le xvi« siècle, est près de l'église de la paroisse de Saint-Esteben (canton d'Hasparren). Gabriel fût successivement abbé de Plain- Pied (diocèse de Bourges) et de Combelongue (diocèse de Gouserans).
Le siège de cette ville étant venu à vaquer par le décès de Bernard de Manniesse, il fut appelé à l'occuper par lettres royales de février 1680; il y fut installé au mois d'août de la même année. Après un épiscopat de vingt-sept années, il mourut septuagénaire, le 24 décembre 1707; on l'inhuma dans l'église de Sainte-Marie, devant le maître-autel, avec cette modeste inscription :
« Ici repose l'Illustrissime et Révérendissime Gabriel de « Saint-Esteben, év. de Couserans, décédé le 24 décembre « 1707. R. I. P. A. » {GalL christ, etdocum. part.)
Bernard d'Elissagaray ou d'Elizagaray réformateur de la marine française f 1652-1719 1
Dominique d'Elizagaray, vicaire-général de Peims
administrateur de l'hôpital des Quinze- Vingt, etc 176'M822;.
BoHorum laborum gloriosus est.
fructus.
Le fruit dos travaux bonnéles est glorieux. (Sag. 3., 13.)
Au canton d'Iholdy, et à côté de la commune de ce nom, dans un joli vallon, se trouve Armendaritz, ce charmant villag'e que les premiers rois de la monarchie navarraise honorèrent des plus insignes privilèges (1). C'est là que vit le jour, le 2 février 1652, Bernard dit Renaud d'Elissagaray, le célèbre réformateur de la marine française. Certains .biographes l'ont fait naître au Béarn, d'autres dans les Landes ; erreur manifeste dont l'acte de baptême suivant fait amplement justice :
« L'an de grâce 1652, et le 2 février, j'ai baptisé Bernard « d'Elissagaray, fils légitime de Chrysante de Elissagaray et « de Marie de Guilendeguy, son épouse. Furent parrains « Bernard Elissagaray et Jeanne Je Ciuilendeguy, tous deux « du lieu d' Armendaritz. François Durruti, vicaire (2). •
(1; Un de ces privilèges, confirmés en 1270 par Thibaut, roi de Navarre, exemptait le village de tout impôt annuel réclamé par le roi, sauf dans trois circonstances : 1" en cas d'expédition outre-mer; 2 • en cas de mariage do la fiUe aînée du roi; et 3*» en cas de rançon à payer pour la délivrance du roi fait prisonnier.
(2) Ànno Dni 1652, secunda februirii, baplhari Uernar um Elissaganrj. filium legitimum Chrysanti de EUss'ig'iray el M'irtœ de (iuilcndegny. coujw gis, Fuerunt paliiiii BeraarduH Elissagaray et Joaun'i de Guilendeguy, ambo è lovo irmendjirits Franciscns Durruti, vicurius.
Sa maison natale, une des plus belles du bourg, appelée encore Elkagaray, est, ainsi que son nom le fait voir, à côté de l'église paroissiale. Longtemps elle a été le siège de l'école primaire, parce qu'un des descendants de Bernard a été le régent du village pendant plus de soixante ans. Elle appartient aujourd'hui à M" G. Diriart, notaire à Saint- Palais. C'est là que se tient encore l'école des petites filles de la commune.
Bernard eut trois frères et une sœur, savoir : Jeaq, curé de Gabat, près de Saint-Palais; Bertrand, officier dans un régiment du roi; Guillaume, capitaine de garde-côtes à Mimizan; et enfin Marie, mariée dans la maison dite Garatea, une des plus anciennes du village. La position sociale de ses frères, l'alliance de sa sœur, nous disent suffisamment que si sa famille n'était pas riche, elle devait être une des plus aisées et des plus honorables de la localité. Elle sortait selon nous de la famille -d'Elîssagaray de Bunus, et c'est à ce titre que nous l'avons fait figurer parmi celles nobiliaires de la Basse- Navarre. (Voir le nom au 3® fascicule, 1. 1".)
Doué d'un talent vraiment remarquable, Bernard avait certainement reçu un peu d'instruction dans son jeune âge ne fût-ce que celle donnée par le vicaire ou curé de l'endroit, alors et aujourd'hui encore. le premier voisin de sa maison. Plein des qualités les plus aimables et des charmes de la jeunesse, il entra comme page cliez la baronne d'Armendarits, mariée à Pierre de Mont-Réal. Le frère aîné de celui-ci, Jean- Armand, était marié à Françoise-Magdeleine de Gassion, fille de Pierre de Gassion et nièce du maréchal de Gassion. C'est ainsi que, de la famille d'Armendarits, Bernard passa en la même qualité dans celle de Gassion, du château d'Armendarits à celui d'Arbus près de Pau. C'est dans ce dernier château que Colbert du Terron, intendant k la Rochelle, vit Bernard chez sa fille, M™« de Gassion.
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Chèlccm lui VÀntli lés qitÀlités du petit JteMUd^ Câlr c'^est ainsi qu'on Tàppelaît d^éjà. Au château d-Arbus îl y a^ttit de ces testes plats d'étain que Ton vott encore dans quelqôes-uties de nos anciennes maisons. Renaud, caip c'est ainsi que nous l'appellerons aussi désormais, que ses goûts portaient aux Constructions navales, eft avait dérobé un et eïi avait fait un petit nAVit»é qu'i! faisait naviguer admirablement sur une flaque d'eau. Notre inten lant fut frafppé du talent naturel du ^fige dfe sa fflfe, et finit par remmener avec lui à Rochefort. Recommandé h M. dé Seig-nelay, il y fit soa apprentissage dans la marine. En 1670 il pHSSèi sous la protection du comte de Verniandois, amrrftl de France, qui lui donna une place.
« Né, a-t-dn dit, géomètre » avec un talent naturel remanquaTble, il devint un brillant officier de la marine royale. 11 inventa un terrible engin de destruction dont Tourville et Duquesne tirèrent un grand parti. Dans l'arsenal de Toulon, il fit construire des bombes dont les premières furent lancées par les galiotes et les galères de la flotte française le 30 août 1682'contre la ville d'Alger. Après un bombardement infructueux, la flotte revint l'année suivante, et le 26 juin elle fit usage des mortiers inventés par Renaud et qui lancèrent jusqu'à 1,700 toises. Le bey Hassan capitula.
La renommée du jeune B :s-Navarrais ne tarda pas à devenir européenne. Il fut appelé par les chevaliers de Malte à la défbnse de leur île, menacée par les Turcs. Philippe V, roi d'Espagne, en récompense d'éclatants services, lui accorda le titre de lieutenant-général, car Renaud combattait aussi bien sur terre que sur mer.
Faisant prévaloir souvent ses idées sur celles de Duquesne, Renaud présentait ses démonstration> k Louis XIV avec de petits vaissé&ux en cuivre d'une exécution si parfaite qu'on y voyait jusqu'aux mouvemcîjts des voik»s; aussi le roi, qui
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aimait à Tavoir h ses côtés dans les sièges où il Msii^lt en pensonnB, le noTnina-t-il capitaine tîe TdAsëtmi et ia&pét%f9^* général de la marine avec droit d'entrée aux boiiséite ê» guerre.
En 1689 il composa son fttmeax traité De h tàéorit de là HMh nœttfvre des veUe^anx, véritable chef-d'œurre de ûcrUveauï systèmes de constructions, d'évolutions navales* de st|ftoau& et d'ordre de bataille. Après la mort de Ik>u4s XIV,lê té^^mt le nomma conseiller d'Etat, membre du conseil de marine, et grand'^oiï de l'ordre de Si^iitit-Louis. L'Àcadéknie des Scienoes tint à le compter parmi ses membres, titre doiït il aimait à plaisanter, encore que son talent naturel, Bfm esprit de profonde méditation, voire môme ses études le rendiissent capable de siéger honorablement datis ce docte corps. Admirateur passionné de Malebrancbe et de Yaiiban, il étudia avec soin la Recherche de la vérité, les Gomermtiom chrétietmss du premier, et suivit les grands tiravaus dm second après la mort de M. de Seignelay.
Voici, du reste, ses campagnes : d'Ëlissagara<y pritfune part active au siège de Gènes; dirigea ceux de Pliilippsbour^, Manhein, Franck entai (1688) ; suivit Louis XIV aux sièges de Mons et do Namur; sauva Saint-Malo et trente vaisseaux échappés au désastre de la Hogue. Il fut envoyé dlabovd en Amérique pour organiser des chantiers de constifuclion navale, pourvoir à la sûreté des colonies françaises (1696); puis en Espagne pour inspecter et réparer les placés fortes. Il sauva des mains des Anglais les galions réfugiés à Vigip, mais il échoua devrant Gibraltar en 1704.
M. de Lagrèze, conseiller à la cour de Pau, dans son bel ouvrage sur la Navarre /rançaise, cite des traits chanmanis qui nous font connaître les précieuses qualités de notre Bâs^ Navarrais. «Son intrépidité, dit-il, égalait son génie. Un jour il voulut essayer un bâtiment de sou inveatian cai^tre un
1 angolais qui revenait chargé des Indes Onentales. A^prèa tpoia heures de combat, Renaud se rendît maître de ce vaissenii armé de 76 canons; il s'empara de diamants d'une valeur de quatre millions, qu'il offrit au roi au lieu de les garder pour lui comme il en avait le droit. Loin d'exiger des rançons de nobles personnages présents sur le bfttimeut, il les traita si bien que cette capture, loin de Tenricliir, lui coûta 2(1,000 liv. de dépenses, o
La vivacité du Basque et la simplicité de ses mœurs donnaient un charme particulier k Renaud... o L'n jour il vint revoir à Arbua la présidente de Gassion, qui avait eu des bontés maternelles pour le petit Renaud. M*"- de Gassion voulut le recevoir comme un haut personnage, et donna un grand dîner h son occasion. L'usage de la maison était d'oSrir, avant le repas, de l'eau aux convives pour se rafraîchir les mains (1). On commençait par celui il qui était réservée la place d'honneur. Oncommenija par Kenaud. Celuici an,ssitflt prit l'aiguière d'argent et la serviette, et, loin de rougir du rôle modeste qu'il avait rempli dans son enfance, il voulut le remplir eiuiore en servant son ancienne maîtresse, qui avait été pour lui une seconde providence. »
Son a désintéressement était extrême... » Il avait, dit-on, dépensé tout ce qu'il possédait en faisant h ses frais en Espagne des fortifications dont il n'avait pas été remboursé; Fontenelle rapporte que -lorsqu'il rentra en France il ne lui restait qu'une pistole. »
Quant h, se.s principes religieux, le même savant auteur nous les dépeint en ces termes : « Renaud avait puisé ilans sa famill", duns celle do M™" de Gassion, des principes religieux que fortifièrent les leçons de Maiebraiiche. Jeune et brillant cavalier, il ae fit remarquer h la cour par la sévérité
11! Cet usage esiale e
u paya basqliP,
- rndesesmœurs. Jamais àborddes navires, au mUiéu dôs marins^ il. ne laissa échapper une parole qui ne fût décente. »^ Aussi SQmiîies^Tious moins étonné que Fontenelle que la mort de cet homme du monde ait été celle d'un trappiste. Il n^était pas d'un caractère à se contenter d'une demi-persuasion. Il regardait son coq)s comme un voile qui lui cachait la vérité étemelle; il avait une impatience de chrétien et de philosophe que ce voile importun lui fût ôté. « Quelle différence, disait-il, d*un moment au moment suivant, je vais passer tout-à-coup des plus profondes ténèbres à une lumière parante !»
D'Elissagaray mourut le 30 septembre 1719; il eut pour panégyriste Fontenelle, son collègue à l'Académie des Sciences, lequel a admirablement raconté sa vie publique. Voici comment s'explique sur notre Bas-Navarraîs l'auteur de V Histoire des progr 8 de la puissance na/cale en Ar^îeterre.
« Le chevalier Renaud, ce liéros de cabinet, ce philosophe citoyen, rendit toujours à sa patrie d'importants services sans éclat, et lui consacra ses talents sans ambition. Certes, que d'hommes ont laissé une réputation aussi bruyante, plus bruyante peut-être, au nom desquels ne se rattachent pas de si grands souvenirs historiques! Serait-ce donc que la poBtérité aurait pris au mot la modestie de cet homme?»
Réflexion de la dernière justesse, puisqu'il est connu à peine môme de ses compatriotes. Aussi, pour perpétuer son souvenir parmi nous, voudrions-nous voir placer sur la façade de sa maison natale, restaurée en 1676 et parfaitement conservée encore, une plaque de marbre avec cette inscription : : « C'est ici que 1") 2 février 1652 vit le jour Renaud d'Elissagaray, l'illustre restaurateur de la marine française. »
Renaud mourut sans être marié. Par testament retenu à Rayonne le 5 octobre 1709 par Dugolart, notaire, il institua son frère Jean légataire universel, à la charge de faire une
pefitiiM vià#èffi d« 3.00e livateE k ch»eun da ses frSnra e 500 livres k sa sœoT M«ri«. Les desoendants de cette dernîifte viveat encore daoB la majsoa (îaratâa d'A.Tmendaritz.
Ihuikifite ffSMtOffarayaB.qoit ftu village d'Ahaxe, canton de- 9«4nt-JeaQ'pieAde-(iort en 1760. Apnés avoir fait aaa prenrfèMB études k Lsiressare soa» M. Daguerae, fondateur de aette mAfson, U fut envoyé par eelui-ci auprès de M. Cal vet, supérieur du grand-séminaire de Toulouse. PrÔtre et docteur en théologie pour VUge de 23 ans, il continua k oecuper dans cette ville la chaire de philosophie, que déjà il prof^aBaît avec distinction.
De retour en son pays, il fut nommé auré de Saint-Jeanpied-de^ort et officiai de la Basse-Navarre. Il était h cette cwe qtmnd, ne voulant pas s'avilir par le serment constitutioanel, H pïît le chemin de l'Espagne avec plusieurs de ses coBfWtres. Dans son exil il imposa son fameux ouvrage sur 1er Dfviit dt l'Eglise, où. après avoir mag'istnilement flétri les usurpations schientatii^ues de l'Assemblée congtituante, il rétablit l«s limites des deux puissances civile et ecclésiastique. 11 ne' publia toutefois cet ouvrage, qui fit la plue grande seri!iation>, qn'à son retour d'Espagrne. La réputation que lui valut cet ouvrage et ses mérites antérieurs le Rre-iit classer p*rit^ \f» eandidsls les plus aptes k l'org^anisation universitaire. nfat'SQ«oe6sivemeiit professeur de philosophie, doyen de la Faculté des Lettraa, pporviseui- et recteur d'Académie k Psti. Pendïwtt qit'il occupait a*ec distinction ces dernières charges, le fameux cardinal Maury, évêqiie de MonteflaficftWB, l'honora du litre de vieaire-géiiéral de son dioaèse, et vOMlirt l'eMffiener eu cette qualité à l'archevêché de Parie.
Ije coeftsseur 4e la f<îi, qui sur la-terre de l'exil avait com-
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posé un ouvrage sur les droits de TEglise, ne pouvait s'attacher h un prélat en opposition ouverte avec le saint-siég'e. D'Ëlizagaray refusa avec éuerg-ie les faveurs de l'intrus que le César moderne couvrait de toute son autorité. Il en fui bientôt récompensé, car la duchesse d'Angoulôme le demanda pour son aumônier en 1815. Mais un an après, il se démit de ces fonctions, pour ne conserver que sa charge de recteur d'Académie. Cependant il fut nommé bientôt après membre du conseil royal de Tinstructiou publique. Fidèle aux vrais principes du catholicisme, il lutta avec ardeur contre les idées délétères qui dès lors envahissaient renseignement universitaire. Dans cette rude mais noble tâche, d'Elizagaray fut plus d'une fois l'objet des critiques et des sarcasmes -du journalisme, cette plaie de la société moderne. On croit même que les fatigues et les ennuis qu'il en éprouva lui firent renoncer à sa position et hâtèrent sa mort. EUe eut lieu à Paris le 22 décembre 1822. Il était membre 4e la LégiouHl'Honneur, vicaire-général de Reims, chanoine honoraire de Paris et administrateur de l'hospice des 43uin8e-Yingts. La famille d'Eli;3agaray subsiste encore^ et «spérons que bientôt un de ses enfants, devenu prêtre, fera revivre les vertus de notre célèbre confesseur de la foi. (Souillet^ Duvoiâin, Picamilb, docum. part.)
Les Duhalde d'Ustaritz et d'Ascain . . îxvir-ot xvm* siècles)
et
At^MANP DaVIP D'ESPELETTE
(XIX» siècle)
' Omnia homo qui videl boHum ^. : . . de lahorc suo, hoc donum Dei
est
Tout homme qui voit le prix de son travail a trouvé le don de Dieu. vEccL. 3, 13.)
Les deux frères J.-B. et Bertrand Duhalde virent le jour à Ustaritz, Tun en 1674, l'autre en . . . . Tous les deux entrèrent dans la compagnie de Jésus. L'un se consacra aux missions étrangères, et l'autre (J.-B., croyons-nous,) devint célèbre comme secrétaire du P. Michel Letellier, ce confesseur.de Louis XIV, qui fit poursuivre avec tant de vigueur les Jansénistes et contribua à obtenir du pape la fameuse bulle Unigeniims, puis, comme auteur de la Description historique , géographique et physique de Vempi/te de la Chirie et de la Tarta/tie chinoise (1).
Cet important ouvrage, qui un jour devait être complété par un autre Basque, figure avec avantage à côté des meilleures descriptions de Tempire chinois, et est Tœuvre des deux frères Duhalde. Tous les renseignements,' toutes les descriptions avec leurs observations, appartiennent à Bertrand, qui pendant quarante ans se voua à rœuvre de la
(1) Quatre volumes in-folio, 1735.
civilisation et de la conversion des âmes dans ce vaste empire. Jean-Baptiste, qui habitait Paris, ne fît que les coordonner et les revêtir d'une forme littéraire difficile à une plume éloig'née de la France pendant si longtemps. Il est vrai que la tâche peut n'avoir pas été impossible h notre missionnaire , s'il fut aussi soigneux de la langue française que de la langpue basque ; car Bertrand, à son retour au pays natal après une absence de quarante ans, parlait sa langue maternelle aussi correctement que s'il n'eût jamais quitté le pays basque. A ceux qui s'étonnaient de la pureté de son élocution, il répondait : « Cela n'est pas surprenant, car j'ai toujours récité en basque mes prières du matin et du soir ainsi que mon Rosaire. »
Le P. J.-B. Duhalde rédigea encore, après le P. Légobia, les «Lettres édifîantes écrites des missions étrangères ». Ayant pris cet ouvrage au tome 9% il le continua jusqu'au 16«. On en a donné une nouvelle édition en 1781, Paris, 26 vol. in-12.
Etaient d'Ustaritz encore Louis Duhalde coadjuteur de M. Daguerre fondateur de la maison de Larressore, et Martin Duhalde missionnaire et prédicateur distingué.
Les Duhalde d'Asoain
Jean Duhalde, plus connu sous le nom de Père Clément, de l'ordre des Capucins, naquit dans le joli village d'Âscain, près SainWean-de-Luz, vers l'an 1696. A peine âgé de 14 ans, il se consacra h la vie religieuse chez les RB. PP. Capucins de Bayonne, à qui il devait sa première éducation. La prière, la méditation et l'étude de rÉcriture sainte firent la passion du jeune religieux jusqu'à ce que, ordonné prêtre, sur l'invitation de ses supérieurs , il se donna à la prédication, pour laquelle il avait un talent rare. Favorisé d'un
-^ iï6 -
È (irtraae, d'un mâ'mtU'n ioiitoiwnt,
cliaive ehrélieoiio iJfndunt nue lijuyriiûp^^doiJe ilu cÎQiiunate sna. Les iiriiicii>.'i!es villes de France, et surtout cellea de Sens, de Moiitiiuban, de Bordcaus, de Toulouse, de Marseille, où lapi'ela le célèbre M'^'', de BeUuncu, retentirent lies accents de son éloquence mâle et Lardie. Précâdatit h peine de quelques années l'illustre missionDaire fiiidalne, il ,doana avec le plus grand succès plusieurs stations de Carême et d'Avent. Celles qu'il donna on 1751, 1752 et 1753 à Paris, oti l'appela M»' de Heanmoat, nncien évâque de IlsyoQne, le firent placer parmi les meilleurs orateurs de l'époque et ne contribuèrent pas peu k le faire nommer prédicateur onlinaire du roi de Pologne Stanislas.
Ennemi de cette élocution pleine d'affèlerie si en vo^ue de son temps, le P. Clément n'oublia jamais la sublimité de sa mission pour ae recommander lui-môme k l'auditoire-; il s'éleva partout et toujours, avec une noble indépendance, contre les nouveautés du Jansénisme. Célèbre prédicateur hors du cloître, si tôt sa mission remplie, il y rentrait pour être le modèle de la rég-ularité la plus austère aux yeus de ses frères eu religion. 11 n'accepta jamais que par obéissance les principales charges de son ordre, qu'il eutà remplir plusieurs fois. Gardien du couvent de Bayonue, défiiiîteur et provincial de Guienne, il fut appelé Ji Rome pour élire le nouveau général de l'ordre. Le modeste religieux, ayant quelques modfs de craindre qu'on ne voulût lui conSer cette dignité, prit toutes les mesures pour n'arriver Ji la capitale dii mande cbrétien qu'à la clôture de l'élection, ce qui lui valut, dit-oo. des reprocties de la part du Souverain Pontife.
H ntonnit au couvent des Capuciofi de Bayoïme le Sfô Juin 1761, 4aas laM' année de son â^ et Ja 71' de son entrée dans le cloltDe. Le béoédiclia O. Cbaudon de Oluay a résumé les
qualités de notre religieux basque dans les quatre vers suivants :
Doux sans faiblesse^ austère avec prudence, 11 subjugua l'esprit, il sut toucher le cœur ; Et, joignant les vertus au don de l'éloquence, Il prouva ses discours par ses mœurs.
Etait d'Ascain encore Jean Duhalde supérieur des missionnaires de Larressore, qui, par son zèle pour le salut des âmes et son éloquence, acquit une grande renommée. Après avoir fait ses premières études à Larressore sous la direction du fondateur de cette maison, il fut envoyé faire sa théologie à Toulouse. Devenu missionnaire, il fut blessé accidentellement à une jambe pendant une mission donnée h Asme (Ostabarret), alors du diocèse de Dax. Le mal n'ayant pu être rafidtrisé par l'amputation du membre, parce que la gangrène s'y était mise, il succomba à la fleur de son âge. M. Duvoisin (1) le dit neveu du célèbre jésuite Duhalde, auteur des mémoires sur la Chine dont nous avons parlé plus haut.
Uouvrage si intéressant de Bertrand et J.-B. Duhalde, d'Ustaritz, devait trouver, à un siècle de distance, un continuateur dans un prêtre basque, M. Tabbé Armand David.
Armand David naquit à Espelette en 1826, et fit ses études au séminaire de Larressore, où il se fit remarquer par son goût précoce pour les sciences naturelles. Après deux années du grand séminaire de Bayonne, il alla dans la maison des Lazaristes h Paris. Envoyé trois ans après au collège de Savone en Italie, il y reçut les saints ordres et professa dans ce noble collège Thistoire naturelle durant dix ans. Les collections dont le jeune professeur dota cet établissement sont des plus importantes.
(1) Vie de M. Daguerre.
Un illustre zoologiste, M. Milne Edwards, ayant demandé au P. Etienne, supérieur-général de Saint-Lazare, le concours de ses missionnaires pour faire de nouvelles découvertes dans Textrême Orient, ce dernier le mit en relation avec M. Armand David. Bientôt après (1862) notre compatriote prenait, pour la première fois, le chemin de la Chine avec M»' Mouly, et arrivait à Pékin avec le dessein d'organiser dans cette capitale un collège français pour la jeunesse chinoise. Pendant les quelques mois qu'il y passa, il recueillit des animaux nouveaux, des plantes rares, des minéraux précieux pour l'étude de la géologie, qu'il envoya à notre Muséum national, sans préjudice des collections d'histoire naturelle qu'il fit pour son propre compte.
Frappé de ces premiers résultats et des précieux renseignements que leur fournissait ce missionnaire si zélé pour la science, les professeurs-administrateurs du Muséum demandèrent au P. Etienne la permission, pour M. l'abbé David^ d'explorer dans un but scientifique l'intérieur de l'Empire du Milieu. Comme connaître et révéler les secrets de la nature c'est chanter les bienfaits et la gloire de Dieu, et que cette mission scientifique ne nuisait pas aux autres œuvres de la mission, le supérieur-général accorda volontiers la permission demandée. Dès-lors M. Armand David n'a cessé d'explorer, durant dix ans, la Chine, le Thibet et la Mongolie. Epuisé de fatigues et de privations de toute sorte, il rentrait à Pékin, quand la nouvelle du massacre de tous ses compagnons le fit revenir en France pour y refaire une santé profondément altérée par trois maladies successives.
Poussé par une irrésistible vocation, il retourna néanmoins en Chine après le rétablissement de la paix (1872), et continua ses excursions dans l'intérieur de l'Empire ; mais après deux années de nouvelles fatigues, sur l'avis des médecins, il rentra en Europe. Indépendamment des rapports et
des notes détaillées dont il accompagnait ses nombreux envois^ M. Tabbé David a communiqué au Muséum le journal de tous ses voyages. La relation des deux premiers a paru dans les Nouvelles archives, et celle du troisième voyage en deux volumes (1).
Voici comment M. Emile Blanchard, professeur du Muséum, apprécie l'œuvre du P. David dans la Revm des Deux-Mondes :
« L'œuvre du P. David est grande, dit-il ; elle a procuré le tableau exact de Tâpre région qui embrasse à la fois le nord du fameux Empire et la Mongolie, ainsi que la connaissance de tout ce qui vit dans les plaines et sur les montagnes d'un pays encore inexploré; elle a fourni un aperçu très précieux, sur quelques-unes des provinces centrales; à l'égard des montagnes d'occident et de la frontière du Thibet, limitrophe de la Chine, elle a révélé un état de la nature jusqu'alors demeuré absolument ignoré. Les collections formées par l'infatigable voyageur sont immmenses; elles constituent aujourd'hui une des richesses de notre Muséum d'histoire naturelle, qui depuis longtemps n'avait pas reçu un trésor comparable. »
Le gouvernement français a voulu récompenser le célèbre naturaliste, déjà nommé correspondant de l'Institut de France, du Muséum d'histoire naturelle, etc.: il lui a décerné la croix d'honneur et deux grandes médailles d'or pour ses voyages et ses travaux; distinctions que, sa modestie aussi bien que les règles de la Congrégation s'y refusant, notre illustre compatriote n'a pas voulu accepter. En 1881 M. David a parcouru la Tunisie comme naturaliste, et au moment où nous corrigeons ces épreuves (5 août 1883) nous le trouvons à^Constantinople à l'église du collège de Saint-
(1) Paris, Hachette, 1875. Le même a fait les Oiseaux de la Chine, 2 vol., Paris, Masson, 1867.
Benoit tenu par les Lazaristes, au sacre de M^^^ Lazare Mladenod, prêtre de la mission du rite bulgare, nommé par Sa Sainteté le Pape Léon XIII évêque titulaire de Satala et vicaire apostolique de la Macédoine pour les Bulgares unis.
Jean Daguerhe
fondateur et premier supérieur de la maison do Larrossoro ( 1701-1785)
SES Successeurs et quelques Professeurs
de cet établi seement
Sacerdos dodus atque perfectus.
Un prêtre sage et parfait
(I. EsDR. S. 63.)
Jean Daguerre naquit Tan 1701 au village de Larressore, près Ustaritz, du mariage de Pierre Daguerre, notaire, et de Marie d'Arquie. A Texemple des enfants des premières familles, forcés d'aller à cette époque chercher ailleurs une instruction qu'ils ne pouvaient trouver chez eux, il alla à Bordeaux au collège des jésuites, dont le P. Chourio, originaire d'Ascain, était le supérieur. C'est là que le jeune Daguerre acheva ses basses classes , fit ses études théologiques , qu'il couronna par le bonnet de docteur en théologie obtenu avec le plus grand succès. Promu au sacerdoce, il fut successivement professeur de dogme au séminaire d'Aire et vicaire d'Anglet auprès de M. l'abbé Duhalde (1). Sa santé, gravement compromise par la fatigue de ses études, ne lui ayant pas permis de continuer ses fonctions de vicaire, il se retira un moment dans sa famille, d'où vint le rappeler M^ de la Vieuxville pour lui confier l'aumônerie de l'hôpital Saint-Léon.
L'atmosphère d'un hôpital n'était pas faite, pour notre jeune convalescent ; il dut regagner les montagnes de son
(1; L'abbé Duhalde, originaire de Macaye; devint plus tard curé de la cathédrale, officiai et vicaire -général du diocèse.
pays natal. C'est là que la Providence, dont les voies sont impénétrables 5 Tattendait. Voulant utiliser ses loisirs et aussi le répit que lui laissaient ses souffrances, il se mit à donner des leçons à quelques enfants du village; à ceux-ci vinrent se joindre d'autres, et bientôt se forma une petite communauté qui nécessita de nouveaux maîtres. Jean- Eléazar de Saint-Martin, de la maison infançonne d'Urcudoy de Cambo, et Jean-Boniface d'Etchepare, du château d'Apat (Bussunaritz), furent les deux premiers collaborateurs de notre nouveau chef d'institution ; d'autres, appelés par l'affluence incessante de nouveaux élèves, ne tardèrent pas à se joindre à eux.
Pour lors, M. Daguerre, après avoir transporté son éoole successivement dans la vaste maison de M. de Saint-Martin et le prieuré de Dendariette^ sis à Larressore, que son compatriote Salyat de Saint-Pé, chanoine de la cathédrale, lui avait cédé, entrait en pourparlers avec la communauté d'Hasparren pour asseoir son modeste établissement au quartier d'EUçaberry, è^côté delà chapelle construite par les soins de Jean de Larr^lde^ curé de Sare. Cette dernière communauté, malgré l'avis en sens contraire de son curé Hiriart, s'étant montrée assez avisée — il y en a de celles-là rr- pour ne rien faire ni laisser fairç, lejenne supérieur entra en négociation avec le sieur de la maison iaoble de Luro, du bas Cambo. Il allait accepter ses conditions et celles faites par les habitants de ce quartier, qui déjà étaient en instance près de l'évêque de Bayonne pour obtenir une chapelle, quand la communauté de Larressore, comprenant enfin les avantages de rétablissement de M.Daguerre, lui construisirent (1733) sur le flanc d'une colline, en face du village de Halsou, dans un site des plus pittoresques, un corps de bâtisse de 40 coudées de longueur sur 13 de largeur et 15 de hauteur. Avant d'en prendre possession, M. Daguerre et ses confrères
— c'étaient J.-B. de Saint-Martin ; les deux frères Bonifaee et Ambroise d'Etchepare d'Apat; Jean-Félix de Logras, fils du marquis de ce nom (Basse-Navarre) ; Martin de Hody, de Saint-Jean-de-Luz, fils d'un conseiller du roi et lieutenantgénéral au bailliage de Labourd — durent s'engager, tant en leur nom qu'en celui de leurs successeurs, à apprendre ou à faire apprendre, à titre gratuit et perpétuel , aux enfants de la paroisse de Larressore, à lire et écrire, et de plus à leur donner les principes de la doctrine chrétienne. Il est vrai que M. Daguerre se libéra en 1749 de cette obligation en prenant sur lui de payer les contributions et arrérages dus par la communauté de Larressore pour impôt d'un vingtième établi sur les biens-fonds par l'édit de 1749 , en dépit des us et coutumes du pays du Labourd.
Tel fut le berceau de la maison de Larressore, que la générosité des particuliers et surtout le zèle infatigable de son supérieur ne tardèrent pas à agrandir et h développer.
Le Béarn possédait h Lescar le collège des Barnabites, établi en 1624 ; à Pau, celui des Jésuites, remplacés en 1764 par les Bénédictins de la congrégation de Saint-Maur; mais le Pays Basque était entièrement dépourvu de maisons d'éducation. Ses enfants , après quelques modestes leçons prises dans quelques presbytères isolés, étaient obligés d'aller continuer leurs études dans les villes de Pau, de Bordeaux, de Toulouse, de Tarbes, etc. Cet état de choses, aussi dispendieux que pénible en ce temps où les voies de communication étaient très difficiles, décourageait les familles. Une maisonau centre du pays de Labourd était donc l'objet des vœux de tous ses habitants. M. Daguerre le comprit, et, accompagné d'un jeune Basque il marche droit sur Paris , pour intéresser quelque haut personnage à son œuvre née de la veille.
L'entreprise dut paraître pour le moins téméraire à plus
d'un ; elle ne Tétait pas pour notre intrépide voyageur, qui comptait sur la Providence. A Bordeaux, introduit auprès du marquis de Tresne, avocat-général de Bordeaux , grâce à la recommandation de M. de Saint-Martin, curé de Saint-Pée, il en obtient un premier secours d'argent ; à Paris, de Louis d'Orléans, premier prince du sang, il obtient une somme considérable d'argent avec trois tableaux, dont deux pour sa chapelle et l'autre pour l'église paroissiale (1). Quelque temps après, il en obtient une nouvelle somme de 24,000 fr., avec cette condition, que si la maison de Larressore venait h manquer, ces sommes seraient, par ordre de l'évêque de Bayonne, affectées à l'éducation des jeunes Basques.
Encouragé par ces dons, l'homme de Dieu met d'abord la main à la truelle pour ajouter à sa maison une aile terminée par la chapelle; puis il établit des chaires de philosophie et de premières années de théologie : le haut enseignement était dévolu aux Pères de la Doctrine chrétienne, à Bayonne. Bien plus, non content d'avoir refait le programme des études, et d'avoir multiplié les chaires, il accorda des subventions aux plus indigents de ses élèves, qui, classifiés en trois catégories différentes, trouvaient dans la maison un entretien convenable et h la portée de toutes les bourses. De là une affluence con.sidérable de nouveaux élèves, venus non-seulement des divers points du Pays Basque, mais encore des premières familles de l'Espagne,
{\) Ces tableaux, dont l'un représentant l'Assomption est attribué à Lebrun, furent tenus cachés dans la paille durant la Hévolutiun. M. Ditliurbide, maire do Sare, les acheta à Jean Eg )rgue Etcheberts", qui peut-être les avait sauvés des mains des terroristes. Le jour de leur livraison il se fit chez le vendeur un tel attroupement d'iiommes et de femmes, maire de Larressore en tête, <iu'il s'ensuivit un procès. La coni" mune de Sare, sortie victorieuse, les possède encore aujourd'hui dan» son église paroissiale.
parmi lesquelles il suffit de citer Â. de Castro, âls du duc de la Conquista.
M. Daguerre, après avoir puisé chez les Jésuites la doctrine catholique dans toute sa pureté, avait eu le bonheur de trouver, au début de son ministère paroissial , un curé digne de lui. M. Duhalde était un homme d'éminentes qualités d'esprit et de cœur, un prêtre d'une doctrine irréprochable, un prêtre enfin digne, par sa science et sa fermeté de principes, de figurer à côté de ce curé labourdin qui réfuta victorieusement le lâche et versatile évêque de Bayonne, Mfif Druillet, quand il fit appel de la bulle Unigenitm, Elevé à pareille école, notre supérieur était digne de former nonseulement les élèves, mais encore les jeunes professeurs de son établisement. Il s'évertua à prémunir les uns et les autres, mais surtout ses prêtres, contre les erreurs si perfides du jansénisme, afin de conserver le Pays Basque dans la pureté de sa doctrine traditionnelle; car le supérieur avait associé les plus instruits et les plus expérimentés de ses collaborateurs à une œuvre que lui-môme, dans la mesure de ses forces, il avait inaugurée de 3 la fondation de sa maison : nous voulons parler de l'excellente œuvre des missions, toujours féconde, mais nécessaire surtout en ces temps de jansénisme.
C'est dans une de ces missions, donnée en 1732 dans la paroisse d'Urrugne, avec Martin de Béhola de Saint-Pé et Gratien Diharce d'Hasparren, que M. Daguerre fit la connaissance de Dominica d'Etcheverry, fille d'un ancien syndic du Labourd et trésorier-général de l'armée du duc d'Orléans. Revenue des illusions du siècle, auxquelles elle avait cédé un moment, après une éducation des plus chrétiennes reçue chez les sœurs de la Visitation de Bayonne, elle cherchait à à se consacrer à Dieu, quand la Providence la jeta entre les mains d'un nouveau saint François de Sales. Les voies de
Dieu sont toujours admirabies. Une maison de retraite pour les personnes du sexo était l'objet de longues aspirations de U. Diig"uerre ; il crut avoir trouvé la pierre fondamentale de son œuvre dans M"* d'Etcheverry. Il attendit l'heure de Dieu pour l'établir ; elle souna en 1738. Alors, aur un terrain cédé par Laurent Diharoe-Alsuet , au haut de la rue montante d'Haeparren, s'éleva a la maison de retraite de Hasparren, » dans la maison appelée Cometita-çahara . appartenant aujourd'hui à la famille Choribit. Son premier aumônier fut Gratien Diharce, frèrejde Laurent d'Alsuet, et l'un des collaborateurs de M. Daguerre; aa première supérieure, M"* d'Etcheverry. So6 premières compagnes furent Marie de Lalande, de la maison noble de Beriotz, de Bassussarry; Jeanne Cazaubon, d'Arboune, et Marie de Laœothe-Lahet, de la maison noble da Sare. C'étaient des demoiselles des premières familles du pays, auxquelles se joignirent plus tard les de Suhy, les de Mesplèa, etc.
Le fondateur accepta pour sa maison une partie des constitutions de saint François de Sales. Son but était d'offrir un asile aux personnes désireuses de se consacrer à la vie relig;ieu3e et à l'instruction des jeunes Mes. Sous la haute direction de M. Daguerre, qui jusqu'il sa mort en fut le directeur spirituel et même l'administrateur temporel, cette maison ne cessa de rendre les plus grands services au sein de nos populations basques. Comme tant d'autres établissements religieux, elle périt dans la tourmente révolutionnaire de
. Daguerre se réserva la surveillance générale de ses œuvres. Les nouveautés jansénistes, quelquefois admises même en haut lieu, le choc des susceptibilités personnelles
H) Une iiorta oochère, marfiuùii d'u l'entrée de ce couvent.
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En effet, plusieurs prélats, .loacieux de la pureté du dogme catholique, s'adressèrent h M. Daguerre pour avoir de ses disciples, ceux qui se recommandaient le plus par une piété solide, par le respect de l'autorité, et surtout par la pureté de leur doctrine. De ceux-lb. fut l'archevêque d'Arles, qui obtint de M. Daguerre un de ses professeurs : ce fut M. de Hody, chargé par l'auguste prélat de la direction du grand séminaire, en attendant qu'il devînt supérieur du séminaire des Missions étrangères k Paria. C'est encore h M. Daguerre que les évêques d« Bayonne et d'Oloron confièrent la direction de leurs grands séminaires : le premier, lors de son procès avec les Barnabites ; et le second, -quand deux élèves iatques — dont l'un de Larresaore — lui révélèrent la conduite hétérodoxe des pères doctrinaires de Bayonne.
Cependant l'édit royal de l'749 porté contre les établissements et acquisitions de main-morte causait de sérieuses alarmes k notre digne supérieur au sujet de l'existence même de sa maison. Après plusieurs essais tentés infructueusement par l'autorité diocésaine, il entreprend de nouveau la route de la capitale avec un courage qui n'a d'égal que sa contiance en Dieu. Au mois d'avril 1761, notre intrépide voyageur obtenait du roi des lettres patentes par lesquelles S. M. assurait l'existence de la maison de Larressore. Dana le même voyage, il reçut du dauphin une somme assez forte, laquelle arrondie par les dons de quelques particuliers du pays, et notamment par celui de M. Dop, curé de la cathédrale, servit îi élever l'aile droite de cet établissement.
Vers cette époque, notre digne supérieur, prié par ses anciens élèves, fit VAirégé des règles de cmidaiUi à sm'i>re au triiwaal de la Pénitejice. Ce travail, reproduction de la doctrine de la Thfylogie de Poitiers, n'était pas exempt d'un certain rigorisme, caractère de l'enseignement de l'époque : cependant
il fut accusé d'ultramontanîsme, de molinisme par les jansénistes. Honoré de six éditions, enrichi des plus savantes notes, il fut recommandé par les archevêques et évoques d'Arles, de Bordeaux, de Bayonne, de Dax, de Limoges.
Aimé et vénéré de tous ceux qui le connurent, M. Daguerre était honoré de la confiance des évêques de la province, qui trouvaient en lui un conseiller éclairé et surtout un ennemi irréconciliable du jansénisme. De la Ferronays, le cinquième évoque qu'il connut sur le siège de Bayonne, le nomma vicaire-général cinq ans avant sa mort. Longtemps il lutta contre l'offre de son évoque ; il sentait ses forces s'affaiblir. C'est pourquoi il demanda un coadjuteur. L'élu de la communauté agréé par l'évêque fut Louis Duhalde, d' Ustaritz, professeur.de morale, aussi distingué que son frère Martin, prédicateur renommé (1). A ces derniers jours, il ne fallut rien moins que les ordres du docteur et de l'évêque pour lui faire ajouter un matelas h sa paillasse, couche ordinaire de toute sa vie. Enfin, après une longue carrière de 84 ans , dont 60 consacrées aux fatigues de l'enseignement et de l'apostolat, il rendit sa belle âme à Dieu le 25 février 1785.
Son cœur fut porté dans la maison de retraite de Hasparren, pour être placé dans la chapelle devenue aujour" d'iiui un atelier à moudre du tan. Son corps fut inhumé dans celle du séminaire. Quand l'arrêt du 26 août 1792 vint expulser les professeurs de cet établissement, devenu par suite \in hôpital, la vénération de ses compatriotes le fit respecter à la même place. En 1828, époque de la première restauration de cette maison et de la construction de la chapelle
(1) Tous les deux furent confesseurs delà foi en 93, ainsi qu'un de leurs frères, marié successivement à Souraïde imaison Epherranea), et à Espclctte. Ce dernier donna généreusement son sang pour la foi sous la guillotine; de sa double famille descendent MM. les abbés Larronde, aujourd'hui curé d'Isturitz, et Agorreca, curé d'Urcuit.
actuelle, on le transporta dans un modeste caveau placé sous le Mnctuaire.
Datis le même caveau reposent les restes de l'abbé Etchepai^e. Né à Macaye en 1819, prêtre en 1846, missionnaire à Hasparreù après quelques mois de vicariat à Saint-Jeanpied-de-port , il remplaça de 1864 à 1878 , sur la chaire de morale au grand séminaire de Bayonne, Tabbé Chilo. Ce dernier, né à Barcus en 1814, prêtre en 1838, professeur au grand séminaire en 1839, chanoine théologal de la cathédrale de 1871 h 1881, année de sa mort, fut un prêtre aussi modeste qu'érudit, tant en droit civil qu'en droit canon et théologie morale. Comme moraliste, M. Tabbé Etchepare ne fut pas au-dessous de M. Chilo. Sa doctrine — car il en avait une — au dire des juges impartiaux et compétents, était fondée sur celle des théologiens les plus recommandables, tels que Ballerini et autres ; cependant il s'est trouvé des personnages de grande expérience et même de haute autorité qui ont voulu lui appliquer ces paroles de saint Liguori même : « Vereor tantonim doctorum senienUam^\sed non audeo asseqm;]e respecte l'opinion de si grands docteurs, mais je n'ose y acquiescer.» Pour nous, nous abstenant de toute appréciation personnelle, nous dirons que l'abbé Etchepare n'a pas été toujours bien compris.
Durant son séjour dans la maison d'Hasparren, le mauvais état de santé l'empêcha de prendre part aux fatigues des missions; il s'en dédommagea en travaillant à l'établissement des missions périodiques dans les paroisses du Pays Basque, dont plusieurs lui enjdoivent l'insigne bienfait. Il fut propagateur de l'ordre de pénitence de saint François d'Assise, il composa un manuel basque sur la dévotion du tiers-ordre.
Enfin sa santé, ruinée par les fatigues d'un travail opinifir
tre, l'ayant fait retirer au séminaire de Larressore, il y mourut le 30 avril 1882.
Supérieurs et quelques Professeurs de Larressore.
Supérieurs : — Jean Capdevielle, né en 1753, chanoine titulaire de Bayonne, nommé supérieur de Larressore par M»f d'Astros en 1820, année de la réouverture de cette maison.
— Jean Claverie, né en 1799, dans le département des Landes, élève de Saint-Sulpice, professeur d*Aire, nommé à Larressore en 1821, chanoine titulaire de Bayonne en 1834, décédé en 1850.
— Etienne Haramboure, né à Ciboure en 1899, professeur à Larressore, prêtre en 1825, missionnaire à Hasparren jusqu'en 1830, aumônier des Dames Ursulines à Pau en 1831 , supérieur àLarressore en 1834, chanoibe titulaire de Bayontia en 1850, vicaire-général du diocèse en 1852 , décédé eu 1869.
— Jean-Baptiste Maisonuave, né àSamesen 1814, ordonné en 1838, nommé supérieur en 1850 après dix-neuf ans de professorat dans cet établissement , ch anoine titulaire de Bayonne en 1871, décédé et inhumé dans le caveau de la chapelle de Larressore le 1*^' juin 1883. — M. Tabbé Maisonnave était un homme versé dans les lettres, d'un esprit aussi fin qu'agréable. Il mérite le nom de second restaurateur de Larressore: sous son habile direction, cette maison est devenue sinon un des plus beaux, du moins un des mieux aménagés établis" sements du Midi.
— Jean-Pierre Souberbielle, né à Pontacq en 1826 , prôtre en IffiO, professeur, devenu supérieur en 1871, tranrféré
comme supérieur au grand séminaire de Bayonne>n 1880, mort un an après.
— Pierre Abbadie, né à Beyrie en 1843 , ordonné en 1868 , professeur à Larressore, puis directeur-économe au grand séminaire en 1871 , nommé supérieur à Larressore en 1880, chaneine lionoraire un an après.
2** Quelques professeurs : — Prosper-Michel-Arnaud Hiraboure, devenu évêque d'Aire. (Voyez sa biographie plus bas).
— Jean David Saint-Guily, né à Salies (1796), professeur à Aire, prêtre en 1824, professeur à Larressore en 1824; it. au grand séminaire de 1825 à 1835, remplissant les fonctions de supérieur depuis le décès de l'abbé DarrigoljOn 1829, jusqu'à Tannée 1832, époque de la nomination de M. Baillés; curédoyen de Labastide-Clairence en 1835, archiprêtre de Pau en 1857, décédé en 1879.
— Jean Jauretche, né à Cambo (30 mai 1792), prêtre en 1816, vicaire de Hasparren de 1818 à 1822, économe-aumônier à Larressore jusqu'à sa mort, le 14 février 1873; fondateur du beau couvent aes Filles de la Croix de Cambo. Il fut célèbre prédicateur. On a de lui en langue basque un Mois de Marie y un Manuel de la dévotion du Sacré-Cœur de Jésus, des Méditations sur les Évangiles de chaque Dimanche, etc.
— Salvat Landerretche, né à Saint- Jean-pied-de-port en 1791, professeur à Larressore en 1823, prêtre et vicaire de la cathédrale en 1835, curé à Sare 1831-37, it. à Saint-Palais 1837, archiprêtre à Mauléon en 1847; mort dans cette ville, victime de son zèle lors du choléra, en 1855.
— Charles Duvoisin, né à Espelette en 1805, prêtre en 1833, professeur à Larressore, aumônier de Notre-Dame-de- Lorette à Bayonne 1845, chanoine titulaire de Bayonne en
1856, autear de là Vie si estimée de M, Dayiierre, fondateur du séminaire de Larr essore (1863).
— Jacqiles Larrabure, né à î^aint-Jean-pied-de-port (1807); prêtre en 1834; vicaire de la cathédrale jusqu'en 1847, année de sa nomination à la cure de Saint-Palais ; décédé en 1859. Il était frère do M. Larrabure qui siégea au conseil général des Basses-Pyrénées, à l'Assemblée législative en 1849, au Corps législatif, au Sénat sous l'Empire, et fut maire de la ville de Pau de 1860 à 1869. M. le sénateur Larrabure se fit remarquer comme financier, comme homme d'Etat à côté des Thiers, des Mole, des Broglie. On a de lui quelques écrits. A sa mort, en 1875, il légua sa maison natale à la ville de Saint-Jean pour être convertie en presbytère.
— Pierre-Nérée Dassance, Jean-Joseph Hurlin, les deux frères Harriet. (Voir les biographies plus bas.)
— Louis-Edouard Cestac, né à Bayonne le 6 janvier 180b élève de Saint-Sulpice, professeur à Larressore, ordonné en 1825, vicaire de la cathédrale en 1831, fondateur de Notre- Dame-du-Refuge à Anglet, chanoine titulaire en 1850, décédé le 27 mars 1868. Sa vie a été écrite par Ms»" Puyol, recteur de Saint-Louis-des-Français à Rome.
— Jean-Baptifite Haratnboure, né à Guiche (1806), professeur à Larressore, orJonné en 1833, professeur de philosophie au grand séminaire, aumônier à Notre- Dame-du-Refuge à Anglet (1838); vicaire de Guiche (1841), de la cathédrale (1844) ; curé-archiprêtre de Bayonne (1858) , chanoine titulaire eu 1869.
— Jean-Baptiste-Fulgence Franchistéguy, né à Hasparren ^n 1809, professeur à Larressore, ordonné en 1832 j secrétaire de ms d'Arbou de 1831 à 1838, de W Lacroix de 1838 ^ 1869; chanoine titulaire en 1852; vicaire -général de
M?r Lacroix de 1869 d 1878, de M'»" Diicellier de 1878 jusqu'à sa mort, arrivée le 25 août 1882.
M. Franchistéguy appartenait à une des premières familles du Pays Basque. Du côté maternel, il descendait des familles Sourroust (Munista), d'Hasparren ; d'Espiaute. de Greciette; de Villeneuve, d'Etchegoyen d*Hasparren. Du côté paternel, il descendait de la maison Franchistéguia, d'Ilioldy, alliée aux familles Merchot, de Garris: de Lapique-Inçaurgarat, d'Iholdy ; de Larréguy, de Saint-Jean-de-Luz. kSon père Jean- Baptiste s'établit à Hasparren par suite de son mariage avec Jeanne-Marie Villeneuve le 25 novembre 1782, et fut un honorable commerçant. Son grand-père, nommé aussi Jean- Baptiste, fut successivement avocat au parlement de Pau, notaire à Iholdy, député par le tiers-état de Navarre avec M. Vivier à l'Assemblée constituante de 1789. Un cousin germain du député et de même nom fut curé de Saint-André de Bayonne : né à Iholdy en 1764, ordonné en 1788, vicaire d'abord d'Urrugne, puis de Saint-André de 1803 à 1825, il devint curé de cette paroisse en 1825 et y mourut en 1832. S'il nous est permis de le juger par quelques solutions théologiques et avis pratiques adressés par lui à certains confrères du Pays Basque, c'était un esprit aussi éclairé que moraliste achevé.
Quanta notre zélé et pieux vicaire-général, il fut un homme de résolution, de dévoûment et de sacrifice. Nous laissons à d'autres le soin de retracer ses grandes vertus, ou, comme dit Mn^ l'Evoque de Bayonne (1) « cette vie de travail et de bonnes œuvres, d'édification et de zèle vraiment apostolique.» Nous ne rappellerons que son grand amour pour le Pays
Basque. 11 était un vrai patriote, un Fscualdun, comme il le
(1/ Lettre-circulaire de M»' Ducollicr au clorgv.^ de son diocèse à Toccasion de la mort de son vicaire-général.
répétait avec énergie. Le Pays Basque était pour lui la terre des aïeux, Urrapat/ria. la double liéréditaire du sol et de la foi des j»^tf5; aussi aimait-il avec passion ses mœurs patriarcales, ses traditions chrétiennes, sa belle et pure langue, la principale sauvegarde des vertus de nos ancêtres. Durant sa longue et laborieuse carrière, il se posa toujours en tuteur vigoureux contre tout ce qui pouvait y porter atteinte. Qui de nous n'a reçu de ses lettres, à phrases fortement soulignées, où il stigmatisait ce luxe, cette affluence vers la grande ville, cette instruction prolongée (1), cet effacement de caractère, dé principes, et autres signes de la décadence de nos jours? Qui n'a entendu et admiré ses exhortations, vraiment éloquentes, qu'il aimait à adresser à ses compa-. triotes quand, en qualité d'archidiacre de Bayonne. il accompagnait sou Evoque au Pays Basque? Nos populations religieuses se rappelleront longtemps cette parole véhémente qui les excitait à la fidélité de la foi, à ce respect de toute autorité légitime, surtout h celle de l'Eglise, à cet amour de la vie" de famille, de notre beau pays, de nos clières montag^nes, témoins des labeurs, des combats et de la vraie liberté de nos aïeux.
M. Franchistéguya été dignement remplacé, au mois|de novembre 1882, par un homme de vastes connaissances et d'un jugement très sûr, M. l'abbé Inchauspé. Né à Sunharette (Soûle) en 1815, ordonné en 1840, successivement aumônier de l'hospice civil à Bayonne en 1842, chanoine titulaire en
( l) Notre pieux et zélé vicaire-général n'était pas contre la bonne "^^truction mais cette instruction, trop prolongée, quand surtout elle ^st pas accompagnée des principes de la doctrine chrétienne, lui ^^^raissait plus propre à créer des besoins nouveaux, à élargir le cercle ^^^ convoitises; il y voyait, non sans raison, une des causes de Taf- ^^cnce des campagnes vers la granle ville et des révolutions ouvrières '^^tis celle-ci.
1864, secrétaire-général de Tévéché en 1869, vicaire-général honoraire en 1881 , il est auteur du Verâe iasgue, œuvre de haute érudition, et d'un manuel de piété en langue ^ouletine très estimé. M. l'abbé Inchauspé n*e.-t pas moins dévoué que son saint prédécesseur au Pays Basque.
— Salvat Etchégaray, ué à Bayonne en 1811 d'une famille basque, professeur à Larressore, prêtre en 1836, chanoine honoraire en 1841, prêtre de Béthairam en 1855, directeur à Notre-Dame-du-Refuge, h Anglet. en 1864. (Voir la biogragraphie de Me^^ Hiraboure.)
— Jean-Pierre Lantharet, né à Saint-Palais en 1814, professeur à Larressore, ordonné en 1838, directeur au grandséminaire de 1838 à 1850, curé-doyen de Saint-Jean-pied-deport de 1850 à 1858, vice-archiprêtre de Saint-André de Bayonne de 1858 à 1877, chanoine titulaire en 1881.
— Stanislas-Bernard Larréguy, né à Ciboure en 1824, professeur à Larressore, ordonné en 1848, vicaire à Cambo de 1848 à 1853, directeur de l'institution Saint-François àCibôure de 1853 à 1856; curé d'Ascain en 1856, de Saint-Pée-sur- Nivelle en 1858, directeur de Saint-Louis-de-Gonzague à Bayonne de 1871 à 1874, année de sa démission; curé de Saint-André de Bayonne en 1877, où il mourut en 1878.
— Pierre Délissalde, né à Ustaritz le 25 janvier 1827, professeur à Larressore, ordonné en 1851, directeur du grand séminaire de Bayonne en 1854 ; supérieur du même établissement en 1874, décédé le 9 février 1880.
— Jean-Baptiste-François-Ernest Lacour, né à Licq en 1828; professeur à Larressore puis à Aire; ordonné en 1854, lazariste en 1858 ; supérieur au berceau de saint Vincent de Paul, près de Dax, en 1864, décédé le 25 avril 1883.
— Henri Labourt, né à Bayonne en*1829, élève de Saint-
Sulpice, professeur à Larressore, ordonné en 1852, vicaire de la cathédrale en 1858, directeur de Tinstitution Saint-Louisde-Gonzague à Bayonne de 1864 à 1871 ; curé-doyen de la Bastide-Clairence, sa paroisse d'origine ; curé vice-archiprêtre de Saint- André de Bayonne en 1878. A M. Tabbé Labourt revient en partie Thonneur d'avoir attiré à Labastide-Clairence les PP. Bénédictins, et celui d'avoir fondé un "hôpital et une école des frères dans cette ville.
— Gratien Adéma, né à Saînt-Pée-sur-Nivelle en 1828, professeur à Larressore, ordonné en Tannée 1853; vicaire à Hasparren en 1854, curé de Bidarray en 1860, curé-doyen de Tardets en 1872, chanoine honoraire en 1875. Il est auteur d'un manuel de pèlerinage à N.-D. de Lourdes en langue basque fort apprécié.
Jean Labartette, évêque d'Adran
vicaire apostolique de Cochinchine, de Cambodje et deCiampa ■18jO-25î
Les pp. Hurlin, Larre et Dourisboure, etc.
y 09 eslis presbyteri in populo De', et ex volis pendet anima itlftrum.
Vous <>te8 lt»s plus anciens parmi les onfants de Dieu, et leur âme dépend de vous. (Judith, 18,21 )
Jean Labartette naquit en 1747 à Ainhoa (canton d'Espelette) de Tunion de Pierre Labartette, contrôleur des fermes du roi, et de Jeanne Gastambide (1). Doué d'une intelligence des plus vives, il puisa les principes d'une piété solide au sein de sa famille, l'une des plus chrétiennes de la paroisse. Les belles qualités de Tesprit et du cœur de leur enfant, plus que leur fortune , décidèrent ses parents îi le confier aux soins de M. Daguerre, supérieur de Larressore. Sous la direction d'un pareil maître, le jeune Labartette ne manqua pas de se faire distinguer parmi l^s meilleurs élèves. Après ses premières études — on ne sa-i-t pour quel motif — , il passa au séminaire d'Aire, où, (X ti reste, le suivit Tamitié de son premier directeur. Ce fut l«ji qui, peu de temps après, le fit admettre au grand séminaixre
fl] Sa famille avait fourni un des curés les jdus distingués de la vi 1^^ de Saint-Jean-de-Luz, Jean Peniert/guy, lequel était neveu de Vart ■■'^ Peruertéguy, et de ce digne et riche sieur de Luro dcCambo, qui offrit "i-*" fonds de terre et de l'argent àM.'Dagucrrepour «ju'il élevât son sémina î-re au bas Cambo. Le village d'Ainhoa a donné cnco re lejour, vers le mili*^*^ du xiv« siècle, à Jean l^érocîhéguy , grand-maître d'artillerie soUS Charles-le-Mauvais, roi de Navarre.
de Toulouse pour y faire ses dernières études théologiques sous M. Tabbé Calvet, supérieur de cet établissement. Labartette y reçut la prêtrise et même le bonnet de docteur en théologie en 1772.
L'administration diocésaine, aussi bien que les amis du jeune lauréat, lui désignaient déjà un brillant poste dans le ministère paroissial ; mais son cœur, embrasé des flammes dont brûla le cœur de saint François-Xavier, caressait d'autres projets. M. de Hody, ancien professeur de Larressore, homme du plus haut renom , était pour lors à la tête du séminaire des Missions étrangères à Paris. Notre jeune docteur se mit en relations avec lui , et quelque temps après il vola auprès de ce maître pour se préparer au sublime apostolat qui devait absorber toute sa vie. Dans ce nouvel asile de la piété et de la .science, il se fit remarquer par son ardeur pour le salut des âmes et sa confiance dans la divine Providence, ce vrai cachet des hommes de Dieu. Après y avoir édifié ses compagnons par la boane odeur de ses vertus, il partit pour les Indes orientales.
Arrivé sur la terre inhospitalière de Cochinchine en 1775, il se lia d'amitié avec Me^»" Pigneaux, évoque d'Adran.Sousce saint prélat, il travailla avec ardeur au salut des âmes de ces populations, dont Tétat déplorable lui arrachait des larmes. Il y avait déjà neuf ans qu'il arrosait de ses sueurs le sillon évangélique, quand son évêque, appréciant ses talents et ses travaux, le fit nommer son coadjuteur avec future succession, sous le titre ^évêque de Véren, C'était en 1784, un an avant la mort de son premier maître et bienfaiteur, M. Daguerre, avec qui il correspondit toujours. A la mort de M^' Pigneaux, en 1798, il devint évêque d'Adran, vicaire apostolique de Cochinchine, de Cambodje et de Ciampa, vaste et immense champ dont les ouvriers déjà clairsemés devinrent plus rares encore par suite des malheurs de l'Eglise et de la
France. En eâet, la Bévolutiou française, en expulsant les directeurs des Missions étrang-èrea, en arrachant Pie VI à la Ville Eternelle pour le faire mourir dans sa prison de Valence, avait amoncelé les ruines de toute sorte. Les missions lointaines, entretenues par la charité de la fîUe aînée de l'Eglise, dirigées et encouragées par les congrégations romaines, furent cruellement éprouvée.^ en ces jours de néfaste mémoire. Tout ce que M^' Labartotte eut à souffrir de difficultés et d'angoisiies ne peut s'exprimer. Heureusement que Celui qui mesure les vents à la toison de la brebis l'avait doté d'une trempe de caractère rare, et stirtout d'une confiance inébranlable en Dieu. Il fautlii-e ses lettres, conservées aux tomes 6, 7, 8 des Nouvellet tetùret /diftanlgt et dans le 1" tome des Ânnalei de la. Propagation de la Foi, pour conntdtre les privations et les grands travaux de notre prélat basque sur les rives sauvages du Oambodj'e.
Ses lettres étaient lues non-seulement au séminaire de Larressore et au sein de sa famille, mais encore en place publique d'Ainhoa par son frère Jean-Baptiste, qui, avec sa femille, avait goûté des prisons de la Révolution. Nous tenons ces détails de la bouche d'un de ses compatrioles, l'abbé Maçonde, décédé icuré d'Ayherre. Après cinquante années de travaux et de fatigues, M»' Labartette, digne de son modèle le grand saint François-Xavier, mourut à Pliuxuan le 16 août 1825, à l'Age de 77 ans.
Les PP. Hurlin, Larre, Dourisboure, trois autres enfants du Pays Basque, devaient marcher sur les traces de cet illustre évangélisateur de l'extrême Orient.
Joseph-Eugène Hurlin naquît à Bayonne (septembre 180UJ. Son père, Paul-Antoine, était né à Thury, près de Metz, et sa mère, Dominîca Dibildos, sortait de la maison Baratçarlea, d'Urouray, canton d'Hasparren, Le jeune Joseph, dès l'âge le plus tendre, se fit remarquer par sa piété, et surtout par sa
grande dévotion k saint Joseph son patron. Ses parents, de-' venus propriétaires de la maison noble de Luroa an bas Cambo, l'envoyèrent faire ses classes au séminaire de Larressore. lis le destinaient au commerce ; mais te jeune séminariste préférant se vouer au service des autels, il fallut se résoudre & le laisser entrer au grand-séminaire de Bayonne, où il reçut la prêtrise le 24 mai 1834.
Nommé professeur à I.arressore, établissement que toute sa vie il affectionna, il s'y dévoua à l'enseignement de la jeunesse jusqu'en 1841, ofi il entra dans ta compagnie de Jésus. A son départ, comme gage de son affection, il laissa au séminaire sa belle bibliothèque, fruit de toutes ses épargnes.
Après son noviciat fait en Savoie, il fut envoyé dans la mission du Maduré, aux Indes. Le village d'Idéïcatour devint le champde labeur etde gloire du pieux et austère missionnaire. C'est 1& que, persuadé qu'il n'y apas d'hostie plus agréable h Bien que le salut des âmes, le P. Hurlin se voua durant trente tins à des fatigues, à des privations de toute sorte. Sa vifl fut des plus mortifiées. Jusqu'aux derniers jours de sa vie il fit ses courses apostoliques h pied et toujours pieds nits. Le Baint missionnaire n'avait pas attendu son entrée en religion pour châtier son corps : nous avons appris de ses anciens confrères au séminaire de Larressore que, durant tout le temps de son professorat dans cette maison, il coucha toujours sur la dure. A la fin, sa santé ayant été altérée par le climat et les grands travaux de l'apostolat, ses supérieurs ^voulu^ent lui confier une autre mission plus en rapport avec ses forces; il s'y refusa constamment, et préféra mourir au [fnilieu de sas ctières ouailles, que pour la plupart il avait fbaptisées. « Ses chrétiens, écrivait le Père qui l'assista dans '^rniers moments, l'aimaient et le vénéraient comme un mémoire restera eu bénédiction parmi ses fidèles, apprécier ses belles qualités et ses grandes v^clms
salut des âmes, ni honneurs, ni gloire, ni quoi que ce puisse être )>. Notre jeune prêtre ne voulait pas des avantages offerts par Son Excellence. Quelques jours après, il prenait le chemin de la Cochinchine pour se rendre chez les sauvages des montagnes du nord-oues': de la Co'îhinchine orientale, c'est-à-dire chez des sauvages où aucun missionnaire jusqu'à notre intrépide compatriote n'a pu prolonger son séjour audelà de quatre ou cinq ans.
C'est là que le P. Dourisboure paraît avoir dressé sa tente pour sa vie. C'est à peine si de fois à autre, pour des raisons de santé ou pour affaires d'administration à traiter avec son évêque, il descend de ces affreuses montagnes.
Nommé pro vicaire apostolique avec toutes les prérogatives attachées à ce titre, le P. Dourisboure assista au concile du Vatican. A la mort de son évêque, M^»" Charbonnier, en 1877, il fut rappelé du milieu de ses montagnes et chargé de l'ad. ministration du diocèse. D'après des ren:>eignements que nous avons lieu de croire fondés, il n'a tenu qu'à lui de recueillir dans cette circonstance l'héritage spirituel de son bien-aimé évêque.
Un des effets de Thumilité chrétienne, dit saint Thomas, est de mettre un frein au besoin naturel que nous éprouvons d'obtenir des honneurs et des prééminences, d'empêcher qu'on présume de soi et de ses forces : Tempérât et refrœnat anlmum ne immoderaie tendai in excelsa (1). Le P. Dourisboure l'a prouvé bien : recourant à tous les artifices de cette Vertu, il allégua son peu d'expérience administrative, son âge, sa santé, etc.; et, heureux d'avoir éloigné de lui le lourd fardeau de l'épiscopat, il regagna ses chères montagnes pour y vivre au milieu des sauvages qu'il a engendrés dans le Christ et dont il est tendrement îiimé.
(1) 2. 2. Quœst. CLXr, lib. IV, art. 10.
pendant plus de trente ans (1) ». Lés AnncUes de la Propagation n^ du mois de mars 1877, donnent d'intéressants détails notre zélé missionnaire et sur sa paroisse.
Le P. Hurlin mourut le 28 février 1877, victime du choléra^ qui ravagea son pays d'adoption. Une de ses sœurs est marié au docteur Larre, de Saint-Jean-le-Vieux, frère du suivant
— Romain Larre naquit en 1803 à Saint-Martin-d' Arroser, canton de Baïgorry, d'une honorable famille quia fourni ^1; fournit encore de nos jours des prêtres, des magistrats et d^s docteurs en médecine.
Ordonné prêtre à Saint-Sulpice en 1827, il entra chez l^s Sulpiciens, et partit pour le Canada Tannée même de son ordination. Il était économe d'un établissement sulpicien & Mont-Réal quand la mort vint le moissonner h la fleur de son âge. A son décès, qui fut celui d'un saint, il n'oublia pas l'église de sa paroisse natale qui le compte parmi ses pi us insignes bienfaiteurs.
Pierre Dourisboure, né à Briscous (canton de Labastide- Clairence) en 1825, fit ses basses classes à Larressore, une partie de sa théologie h Bayonne, et alla achever ses dernières études au séminaire des Missions étrangères en 1847. Chargé de la bibliothèque de la maison, il eut occasion d'obliger M. de Falloux, alors ministre de l'instruction publique, en lui procurant un certain ouvrage vivement convoité. Le service ne fut pas oublié : le lendemain de son ordination (fin 1850), l'abbé Dourisboure recevait une lettre autographe du ministre, lui proposant une place d'aumônier dans la marine avec de magnifiques appointements et la table du viceamiral. Mais « le propre des saintâ est de ne rien préférer au
(1) Lettre du l"*" mars 1877 adressée de Tuchinopoly à sa sœur M"* Fagalde de Cambo.
salut des âmes, ni honneurs, ni gloire, ni quoi que ce puisse être *. Notre jeune prêtre ne voulait pas des avantages offerts par Son Excellence. Quelques jours après, il prenait le cliemin de la Cochincliine pour se rendre chez les sauvages des montagnes du nord-oues': de la Co'îhinchine orientale, c'est-à-dire chez des sauvages où aucun missionnaire jusqu'à notre intrépide compatriote n*a pu prolonger son séjour audelà de quatre ou cinq ans.
C'est là que le P. Dourisboure paraît avoir dressé sa tente pour sa vie. C'est à peine si de fois à autre, pour des raisons de santé ou pour affaires d'administration à traiter avec son évêque, il descend de ces affreuses montagnes.
Nommé provicaire apostolique avec toutes les prérogatives attachées à ce titre, le P. Dourisboure assista au concile du Vatican. A la mort de son évoque, M^»" Charbonnier, en 1877, il fut rappelé du milieu de ses montagnes et chargé de l'ad. ministration du diocèse. D'après des ren>;eignements que nous avons lieu de croire fondés, il n'a tenu qu'à lui de recueillir dans cette circonstance l'héritage spirituel de son bien-aimé évoque.
Un des effets Je riiumilité chrétienne, dit saint Thomas, est de mettre un frein au besoin naturel que nous éprouvons d'obtenir des honneurs et des prééminences, d'empêcher qu'on présume de soi et de ses forces : Tempérât et refrœnat anmum ne immoderaie tendai in excelsa (1). Le P. Dourisboure l'a prouvé bien : recourant à tous les artifices de cette vertu, il allégua son peu d'expérience administrative, son âge, sa santé, etc.; et, heureux d'avoir éloigné de lui le lourd fardeau de l'épiscopat, il regagna ses chères montagnes pour y vivre au milieu des sauvages qu'il a engendrés dans le Christ et dont il est tendrement aimé.
(1) 2. 2. Quœst. CLXr, lib. IV, art. 10.
Sanfi parler de quelques lettres parues dans les Annales de la Propagation de la Foiy on a de lui un délicieux volume intitulé les Sav/oages Ba-Nahrs^ ou Souvenirs dun Missionnaire ^ série d' «aventures curieuses oùFauteur a su peindre les mœurs et les caractères de ses enfants spirituels (1).
Le !•' avril 1883, jour de Qumimodo, Dominique Iribame, né à Ossès en 1860, ordonné au séminaire des Missions étrangères, s'est embarqué pour se joindre au P. Dourisboure.
Le 20 janvier 1881, sur le vaisseau la France^ est parti pour la préfecture apostolique du territoire indien, Gratien Arréguy. Né à Bïû'gorry en 1853, ordonné à Bayonne en 1879, le nouvel ouvrier apostolique sortait de Tabbaye de la Pierrequi-vire, évacuée en vertu des décrets du 28 mars 1880.
(1) Un frère du missionnaire est aujourd'hui curé d'Arcangues.
Les Garât d'Ustarttz, dom Hilarto et Dassance
Esto fidelis usque ad mortem, et âabo tibi cnronam vitcr.
Soyez li.irlcs jui(|u*i^ ja mort, et je vous (lonncrAi la couronne do vie.
(Apoc, 11,10.)
Les trois frères Dominique, Dominique-Joseph et Léon Grfirat, fils d'un médecin d Ustaritz, virent le jour dans ce beau bourg : le premier, le 12 décembre 1735, le deuxième, le ^ septembre 1749. Nous ignorons rannée de la naissance du plus jeune.
Dominique-Joseph, appelé Garai jeune, qui devait être le
plus célèbre, après avoir fait ses premières études avec
l'abbé Duronéa (1), curé.de Saint-Pée, passa de ses mains
^ celles de M. Daguerre, curé de Larressore. On peut croire
î*ie, selon l'usage de cette époque, il en fut de môme des
^^ux autres frères. Les trois frères entrèrent dans le bar-
^^^u , les deux premiers au parlement de Bordeaux, et le
*®rnier au tribunal d'Ustaritz.
Celui-ci, pour être moins célèbre que ses frères, ne fut
^s moins intelligent. Attaché à sa famille et au Pays
^sque, il ne put pas s'en éloigner, et rendit les services les
^s signalés à ses compatriotes, qui toujours trouvèrent en
un conseiller aussi éclairé que dévoué. On rapporte
Un jour de fête, jouant à la balle dans son pays natal, un
Ses clients éplorés vint le trouver, le suppliant de lui
11 ne faut pas le confondre avac le terroriste.
faire immédiatement une requête : « Si je ne la remets pas ce soir, disait-il , moi et ma famille nous sommes perdus. » Notre avocat labourdin suspend la partie, rédigée la req[uôte sur la pierre-butoir môme, et gagne le procès et la partie de paume.
Garât aîné (Dominique) et Garât jeune devinrent des membres les plus distingués du barreau de Bordeaux. Députés par le tiers-ordre du Labour aux états-généraux ou Assemblée constituante de 1789, ils reçurent le mandat impératif de défendre l autonomie du P^xys Basque quand celui-ci se décida à se faire représenter aux états de la France. Jusqu'à cette époque, sauf quelques atteintes de la part d'une cour toujours avide d'argent, ses privilèges avaient été respectés, et, comme au temps dé François l"*, on pouvait dire avec Montaigne que « les Basques se continuaient de toute ancienneté dans une condition si heureuse, qu'aucun juge n'était en peine de s'informer de leurs affaires ni étranger à éteindre leurs querelles; qu'ils fuyaient les alliances et le commerce de l'autre monde pour ne pas altérer la pureté de leur police; qu'ils avaient une façon à part, les vêtements à part, régis, gouvernés par certaines coutumes particulières reçues de père en fils, auxquelles ils s'obligeaient sans autre contrainte que la révérence de leurs usages. » Dans chaque paroisse, le conseil des jurats, élu chaque année par les paroissiens, réglait toutes les questions d'intérêt ordinaire, arrêtait, ordonnait tous les statuts non contraires au bien général du pays et aux statuts des états, et ce sans limites du droit de discussion et à la majorité des voix. Audessus de ces conseils, toutes les questions de police, d'administration civile, etc., étaient décidées selon l'esprit des coutumes et l'autorité suprême des états du pays.
La Révolution devait anéantir toutes ces coutumes, enlevei* au pays ses droits, son autonomie , sa qualité de royaume.
en un mot jusqu'à son nom, pour en faire une fraction de département. La Navarre adressa une lettre signée de Polverel, syndic de ses états, à TAssemblée constituante. Elle fut lue dans la séance du 12 octobre 1789.
«L'intérêt et le vœu de la Navarre, y était-il dit, sont d'être indissolublement attachée à la France. Les Navarrais ont prouvé qu'ils étaient pénétrés de cette idée en adoptant Inloi salique, et la députation de ce royaume était chargée d'en présenter l'acte à l'Assemblée nationale. La Navarre jouissant d'une bonne constitution, ses états exerçant le pouvoir législatif, il était permis de craindre avec M. Necker que les vanités, les rivalités d'opinion, la différence des intérêts n'empêchassent en France l'établissement d'une bonne constitution. Les Navarrais se proposaient de se réunir à la France si sa constitution était aussi bonne que la leur, et ses députés étaient chargés de présenter à cet effet un acte fédé- ^^tif. Mais ces députés n'auraient pu délibérer ni sur la ^institution ni sur l'impôt. Ils n'ont pu se présenter, puîs- Wils auraient paru concourir aux délibérations et y adhérer, ®^ renoncer par là àleur indépendance et à leurs privilèges. ^^§ pouvoirs impératifs étaient proscrits, il aurait fallu faire ^^anger les nôtres. Dans cet état de perplexité, nous avons P^îé le roi de convoquer les états de Navarre pour qu'ils adhérassent à la constitution française s'ils le jugeaient convenable. Cette convocation est devenue nulle par des circonstances toutes particulières. Les étals ont été dissous à îiotre insu par le ministre trois jours après leur ouverture. Je i^épète que notre vœu a constamment été celui de la France devenue libre. »
Cette lettre était accompagnée d'un mémoire des états de Navarre dont voici l'extrait :
«Le titre de roi des Français est sans doute le plus beau qu'un roi puisse porter ; mais le titre de roi de Navarre
peut-il être retranché sans inconvénient? La Navarre n*t jamais été mouvante de la France ; elle a été injustement^ partagée par l'Espag^ne; et la maison d'Albret, Henri IV^^ Louis XIII, ont protesté contre cette usurpation faite pa^r Ferdinand-le-Catholique. La nation française ne veut pat ^ sans doute que le roi renonce à ses droits sur la Haute^^
Navarre. Quelques écrivains de Suisse ont prétendu qu .
la réunion s'était faite de plein droit de la Navarre à France ; mais c'est mettre le droit public de la France à pa' du droit des gens,
«Avant répoque de Tavénement d'Henri IV à^la couronn. la réunion n'était pas encore connue. Henri IV était proprL taire de quelques duchés en France, et, parédit, ces duch ont été réunis au domaine de la couronne; mais cette réunion ne peut avoir lieu pour des couronnes. Il faut distinguer le droit civil du droit des gens : l'un ne lie que les citoyens; l'autre est le même pour toutes les nations. La Navarre n'a jamais été conquise, et la France n a pu imposer son droit civil à la Navarre; et c'est pour cela que la réunion à la couronne ne s'est faite que pour les duchés qui étaient en France.
«Louis XIII, dira-t-on, a prononcé cette réunion. Mais les états n'y ont jamais consenti. Un roi ne peut faire annexion de son royaume à un autre malgré la volonté de ses peuples. Ferdinand-le-Catholique, tout conquérant qu'il était, a respecté ces principes. Il voulait unir la Haute-Navarre à la Castille. La Haute-Navarre n'y a pas consenti ; et 1^ Basse-Navarre, pour avoir été fidèle à ses princes légitime* ne peut avoir une pire condition. La Basse-Navarre a toujou protesté contre l'acte de Louis XIII. Louis XIV a au reconnu l'indépendance des deux royaumes, en adressan la Navarre une invitation de nommer ses députés aux é qui n'ont pas eu lieu. Louis XVI avait ordonné de nom
lies députés avec des pouvoirs généraux ; les états-généraux ont déclaré nulle st illég'ale cette forme de convocation. Louis XVI a révoqué la forme de convocatiouj et a seulement lîicjtfla Navarre. Louis XVI a donc reconnu les principes (le la constitution de la Navarre.
« Mais si la Navarre a été toujours un royaume distinct, ce n'est pas au roi de France, mais au roi de Navan-e, que CD royaume a été soumis. Louis XVI, la Navarrej la France mSme, ne peuvent vouloir ce divorce. La Navarre n'a jamais été conquise, n'a jamais été réunie légalement. L'assemblée nationale de France doit respecter la liberté du royaume de Navarre; les décrets de l'Assemblée nationale de France, sa sagesse, les bases sur lesquelles elle les a posés, font entrevoir que le jour de la réunion n'est pas loin où il n'y aura bientôt plus que des Français. Mais il n'est pas encore arrivé ; !a Navarre n'a pas encore consenti h cette réunion, et l'assemblée nationale de France doit respecter ce consentement. »
Les motifs et réflexions développés dans ce mémoire et autres raisons exposées par nos députés firent impression sur les membres de l'Assemblée constituante. La suppression du titre de roi de Navaire ne ae fit pas sans difficidtés; mais enfin elle eut lieu aux cris redoublés de Vm k roi dea
^^^irive la séance du 12 janvier 1790 : l'ordre du jour était la division des anciennes provinces. L'Assemblée aynnt décidé que le Daupbiné et la Franche-Comté seraient divisés en trois départements, vint le tour « de la Navarre, du Béaru et du Pays Basque. » Le comité avait jugé que la différence des langues béarnaise et basque n'était pas un motif s sant pour s'opposer à la réunion du Pays Basque au Béarn.
«Je réclame, dît Garât, contre l'avis |du comité. Ma réclamation n'intéresse que des peuples pauvres et peu nombreux; mais n'ont-ils pas par là-même des droits plus sacrés à votre justice éclairée? La différence des langues est un obstacle insurmontable. L'assemblage qu'on vous propose est physique et moralement impossible. Réunissez des hommes dont les uns parlent une langue, les autres une autre ; que voulez-vous qu'ils se disent ? Ils finiront par se séparer comme les hommes de la tour de Babel. Ces obstacles ne sont pas levés par les légères et très légères raisons du "comité. Les Béarnais et les Basques ont le même évoque (1); mais de tous les administrateurs ceux qui voient le moins en détail sont les évêques. Le parlement c'était un vice de l'ancien ordre judiciaire, et vous ne le consacrerez pas. Je ne sais si, quand un peuple a conservé pendant des siècles un caractère excellent et des mœurs patriarcales, il peut être bon en morale et en politique de le mêler avec des peuples civilisés. »
Un membre ayant représenté que beaucoup de Basques entendaient le béarnais. Garât jeune dit :
« Je ne vous présenterais pa^ d'observations s'il était possible de suivre l'avis du comité ; mais je dois vous en ofiBrir quand il y a une impossibilité absolue, quand on veut faire le malheur de cent et quelques mille individus... C'est une vérité connue dans tous les pays gascons et français voisins de cette contrée, qu il est impossible d'apprendre le basque si Ton n'habite très jeune avec les habitants de cette province. Aussi, dit-on proverbialement que le diable est venu chez les Basques pour apprendre leur langue et qu'il n'a pu en venir à bout.
« Ce proverbe vient de vous faire rire : cependant il renferme une vérité profonde. Les proverbes sont la sagesse
r D'a^'K's la a>.mvoUo oiiv<.>nscripi;iori.
des hommes. Aucunes langues ne présentent entr' elles tant de difficultés que le basque et le béarnais. L'italien, l'allemand et l'anglais ont leur source commune dans le latin et les langues du Nord. Le basque est la véritable langue attique...
«Les Basques n'ont pas de métayers, pas de valets; ils cultivent eux-mêmes. S'ils allaient ailleurs faire leurs affaires, ils ruineraient leurs affaires : le vingtième de leur pays est cultivé, le reste n'est pas cultivable. Ils sont très forts et ne pourraient jamais vivre ailleurs... à peine trouve-t-on dans ces contrées des familles assez aisées pour fournir des éligibles à l'Assembée nationale. Le Béarn, par cette réunion, nommera tous les représentants; le pays des Basques n'en aura jamais. »
M. N..., député du pays des Basques, ajoute :
V. Tout ce que vous ont dit MM. Garât, mes collègues, est très juste : l'impossibilité résultant de la différence d'idiome est évidente. Voulez-vous en juger? Ordonnez des conférences entre les députés basques et béarnais. Qu'ils parlent chacun leur langage : qui rédigera le procès-verbal des conférences?»
L'assemblée, en suivant l'avis du comité, ayant décrété la réunion du Pays Basque et du Béarn, Garât le jeune protesta en ces termes :
« Il me reste un devoir à remplir ; il m'est prescrit par mes commettants, par ma raison, par ma conscience; nulle chose au monde ne pourrait me le faire oublier. Dans une délibération unanime, ma province proteste...»
Au milieu de violents murmures qui l'interrompirent, l'orateur fut rappelé à l'ordre.
Le nombre des départements fut fixé et arrêté dans la séance du 15 janvier. Le 8 février de la même année 1790, il fut proposé que « le département du Béarn serait divisé en
six districts, dont les chefs-lieux seraient Pau, Orthez, Oloron, Mauléon, Saint-Palais et Ustaritz. M. le marquis d'Uhart représenta que si Fon adoptait ce décret, on donnerait lieu à une explosion déjà prête à éclater dans le pays de Soûle. M. Garât l'aîné renouvela, au sujet de la réunion des Basques au Béarn, ses observations sur Timpossibilité résultant de la différence du lang-ag^e. Mais rassemblée adopta Tavis du comité.
Les députés de Saint-Sever et autres s'opposaient à ce que Ustaritz fût chef-lieu de district du Labourd ; Garât, opinant pour son pays, s*écria :
«Bayonne n'est pas du Labourd (?), et les chemins pour y aller sont difficiles et escarpés... Il ne peut être la capitale du Labourd... »
Malgré sa plaidoirie plus qu'équivoque et le vote de l'assemblée, les membres du conseil de ce district s'établirent h Bayonne sous le nom de « conseil du district d'Ustaritz, séant à Bayonne. »
Au sujet de l'impôt par quart, dans la séance du 28 septembre 1789 Garât aîné s'était prononcé avec chaleur pour la mesure.
« Député du Labourd, avait-il dit, je déclare que ma province est la plus pauvre ; mais je connais le sentiment de nos compatriotes : il n'y en a aucun qui ne sacrifiât sa fortune à la patrie. »
Le fougueux député ayant osé blâmer du haut de la tribune l'attitude de la noblesse de son pays contre le nouvel mpôt, le vicomte de Macaye, député de la noblesse labourdine, se chargea de venger ses commettants des accusa* tiens de son collègue du tiers-état.
Garât aârté, tout en protestant de ses sentiments de bon catholique, se prononça pour la suppression des ordres monastiques ; il usa de termes tellement blasphématoires qu'il
ne put achever son discours. Nous ne pouvons le suivre dans tous ses débats parlementaires ; nous renvoyons le lecteur aux comptes-rendus des séances dans VÂncien Moniteur, d'où nous avons tiré ce qui précède. Nous dirons seulement qu'il fit partie de la commission chargée de rapprocher les trois ordres, qu'il vota en faveur de l'augmentation du traitement du clergé des campagnes , fit preuve de quelque sentiment de bienveiUanoe pour Louis XVI, qui n'était déjà qu'un roi nominal, se fit l'organe des besoins du port de Bayonne, concourut à la préparation des diverses lois financières,. aux travaux de l'organisation judiciaire, proposa un amendement qui fut voté : l'aggravation, par l'amputation de la main, de la peine de mort infligée au parricide, etc.. Sa vie politique se termina avec la fin de la session (30 septembre 1791). De retour à Ustaritz, il;dirigea quelque temps l'administration municipale, dont il était le président, et mourut dans ce bourg le 16 novembre 1799 en laissant quatre fils.
Il y avait entre les opinions des deux frères Garât autant de différence qu'il en existait entre celles des deux Mirabeau. Garât l'aîné était royaliste et assez ennemi des réformes. Garât le jeune appartenait à l'école des philosophes du XVIII® siècle, et professait des opinions démocratiques. Il prit moins de part que son frère aux discussions orageuses de cette session ; mais, dès le début, il figura parmi les hommes de l'opinion la plus avancée de la Constituante. Dans la grave question de la propriété des biens du clergé, il se prononça dans le sens négatif.
« Chaque fait, chaque loi, dit-il, enlève un à un au clergé tous les caractères qui distinguent les propriétaires des usufruitiers. Ainsi la nation n'a jamais regardé le clergé comme propriétaire; elle a, au contraire, fait continuellement des actes de propriété (il devait dire de spoliation) sur les biens du clergé. » '
Chargé de la rédaction du procès-verbal de TAssemblée Constituante pour le Jowrnal de Paris, il s'acquitta avec succès de sa tâche, et donna des preuves de son talent oratoire lors de la discussion sur le droit de paix et de guerre, sur l'institution du jury. A l'expiration de son mandat, il reprit son cours d'histoire romaine au Zycée fondé par les trois frères du roi en 1785. Il devait l'interrompre de nouveau, car sa vie politique n'était pas encore terminée. Avant de l'y suivre, nous devons donner quelques détails antérieurs à son entrée dans l'Assemblée Nationale; ils jetteront du jour sur le ministre qui devait lire l'arrêt 5e mort à l'infortuné Louis XVI.
Dégoûté de la profession de jurisconsulte, Garât jeune déserta les rives de la Gironde pour aller à Paris. Arrivé dans cette capitale, il embrassa la carrière des lettres, qui était plus en harmonie avec son imagination; il écrivit dans le Mercme de France (1) et V Encyclopédie méthodiqm. Plus tard il se lança dans l'étude de la philosophie, sans négliger celle de la littérature, et se fit connaître par ses Eloges sur le chancelier de l'Hôpital (1778), Suger (1779), Montausier (1781), Fontenelle (1779), dont les trois derniers furent couronnés
(1) Dans un numéro de Tannée 1783, il apprécie le costume, etc., des femmes du Pays Basque en ces termes : « Leur manière de s'habiller est probablement la même depuis des siècles; mais les Ba8(|uaises n'ont renoncé à la variété des modes qu'après avoir trouvé celle qui leur sied le mieux et qui peut le plus ajouter à leurs agréments. Leur costume, qui n'appartient qu'à elles, plein de pudeur, mais de goût et d'adresse, embellit aux regards tout ce qu'il leur dérobe » Le même,
dans une notice sur son neveu Garât le chanteur, fait descendre les Basques « de ces Phéniciens qui peuplèrent de leurs colonies la Syrie, la France et l'Espagne, et qui, depuis trois mille ans, y parlent la langue, chantent la musique et y figurent les danses astronomiques «|u'ils y ont apportées ». Nous avons donné plus haut son appréciation sur la langue basque.
par rAcadémie. Lié d'amitié avec les principaux philosophes de la grande cité, en communauté d'idées et d'opinions avec eux, il devint professeur d'histoire naturelle au Lycée, qui parmi les titulaires de ses chaires comptait La Harpe, Marmontel, Monge, Fourcroy, etc. Il interrompit deux fois son cours; à la deuxième fois, ce fut pour recueillir le portefeuille de la justice, abandonné par Danton (12 octobre 1792).
Agent actif ou passif d'un gouvernement sanguinaire, Garât jeune, dans cette redoutable charge, se fit l'exécuteur des mesures qui répugnaient à sa conscience de chrétien et à ses convictions de citoyen. Disons à sa décharge qu'il aurait voulu, paraît-il, acquitter l'infortuné monarque. «Eh quoi ! avait-il dit à Barrère avant la séance solennelle où Louis XVI fut condamné à mort, avec un esprit éclairé, des mœurs si douces, vous allez prendre un parti aussi cruel que la mort, un parti qui a cent inconvénients et pas un avantage? réfléchissez avant d'adopter définitivement un parti. Quant à moi, je ferai conduire Louis par des gendarmes jusqu'à la frontière ; et là je lui dirai : Vous êtes roi par le droit de l'épée, voici la vôtre; allez, si vous le voulez, à la suite des émigrés : vous êtes roi par la grâce de Dieu, il serajuge entre nous ».
Quand la Convention, devenue régicide, le chargea de notifier à Louis l'arrêt de mort, il accepta de l'infortuné monarque la mission de solliciter de la Convention un sursis de trois jours et l'assistance assidue de l'abbé Edgeworth pour se préparer à la mort.
Le 14 mars 1793 Garât passa au ministère de l'intérieur, vacant par la sortie de Roland. Sous prétexte de santé, il quitta le 15 août suivant sa nouvelle position, après y avoir fait preuve de peu de clairvoyance et de fermeté, ce qui ne l'empêcha pas de se voir décrété d'accusation, arrêté comme suspect, et détenu pendant quatre mois environ. Au sortir de
m, pïlson, la 9 Ihermîldor, D fat «ppélé un moment h la têtefl l'instruction publique ; puis aux écoles normales, ofi il fît des leçons sur Vatitilj/se de rmtendsmeni. En 1795 il fut nommé membre de l'Institut et y occupa la seconde plaee; l'année suivante il faisait partie du conseil des Anciens. En 1798 le Directoire lui conlia les fonctions d'ambassadeur à Naplea. Enfin, Napoléon le comprit parmi les soixante premiera sénateurs, et plus tard le fit comte deTEmpire etcominamieurde la Lég-ion-d'tlouneur.
Outre ses Elojes, Garât jeune publia des oonsidérations, des mémoires, sur la Révolution (1793 et 1796), des mémoires sur son ami Snard (1820), eta laissé en manuscrit des Etoj/es Se Bossuet, deCondillac, de Montesquieu, plusieurs discouus de circonstance et enfin une histoire des Basques. La Bestauration lui avait enlevé le fauteuil d'académie qu'il occupait depuis 1806. Dégoûté des grandeurs du monde, il se retira ft Ustaritz, où il termina sa carrière le 9 décembre 1833. Bon écrivain, esprit profond, orateur distingué, Garât jeune fut faible comme politique; et si par Basque il faut entendre Ijon catholique et bon patriote, il ne le fut longtemps qu'à moitié : heureusement que, rendu au calme de la vie pi-îvée, il répara autant que possible les fautes de l'Iiomme public ■par l'exemple d-'ane vie chrétienne.
Son fils Paul, né en 1791, fut préfet pendant les cent-jou» 'et en 1848 sous-commissaire h Bayonne en remplacement de'M. Leremboure, nommé représentant du peuple à la Constituante. Au coup d'Etat de 1851, il protesta contre les proscriptions, ce qui ne l'empêcha pas de recevoir sous le second lempire la croix de commandeur de la Légiou-d'Honneur. ÎUsqu^aux derniers jours de sa vie il fut maire d'Ustarite, et
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snt toujours diriger avec sftg^esse l'autorité municipale. Homme sans passion politique, sa bonté -et son afhbllité le firent estimer et aimer par les hommes de toutes les opi«ion«. n termina sa longue carrière par une mort chrétienne au mois de février 1871 .
Nous avons dit que Garât aîné avait laissé quatre fils. Le plus célèbre fut Jean-Pierre Garât, né à Ustaritz le 25 avril 1764. Après ses premières études faites probablement à Larressore, il suivit les cours de 1^ faculté de ^vQÎt ^ Bord^l^ux jusqu'à râige de vingt ans. Alors, interrompant sçis étudqs pour suivre ça première vocation, un goût irrésistible pour Tart musical, il se rendit h Paris. Pès le début, par son rare talent, il y excita un enthousiasme universel, et ob.tii^t la protection du comte d'Artois et de la reine xMarie^AutoUiette? qui, liprès ravoir attaché à leurs maisons, lui firent une pension de 6,000 livres. Réunissant tous les registres vocau;^, doué d'une flexibilité d'organe remarquable, il excellait h rendre avec la même supériorité les scènes pathétiques et les ^ir^ sérieux ou bouffes de l'école italienne.
Il parcourut les principales villes de l'EurqpQ et finit p^^r se fixer à Paris. Professeur au Conservatoire en 1796, il y forma un grand nombre de brillants élèv-îs, tels que Nourrit, Derivis, Levasseur, Ponchard, etc. Il faisait lui-môme de3 romances; longtemps on répéta celle dans laquelle il déplorait les malheurs de la reine Marie-Antoinette : Vous qui portes^ un ccmr senstile, qui le fit arrêter en 1793. Heureusement que le même talent qui le fit jeter en prisqn vint l'en retirer par cet éloge de Sacchini : <r Garat est la musique mêiue.* 1^ voix de Pierre Garat, qui lui faisait gagner « des louis par centaines, a dit un biographe, était moins remarquable par son volume que par son étendue et sa souplesse. C'était un résumé de toutes les voix, un composé de tous les registres » .
« Garat le chiiuteur », h l'instar de beaucoup d'artistes bieu
moins excusables que notre Basque, fut, paralt-il, assez emphatique et pédant. Par son costume artistement extravagant, par sa prononciation particulière, d'où il avait complètement éliminé IV (paole ilormen de G-aat), il devint le type des /»croyailes ou élégants excentriques de Tépoque du Directoire. Il mourut h Paris en 1823.
Ustaritz a donné encore le jour : 1° à un célèbre économiste de TEspagne, don Hilario de Ustaritz, connu par son remarquable ouvrage Théorie du Commerce et de la Marine^ traduit en français par Forbonnais; 2' à l'abbé Dassance.
Pierre-Nérée Dassance naquit le 12 mai 1801 d'une honorable et ancienne famille qui a fourni plusieurs avocats et juges. Elève de Saint-Sulpice, il fut nommé professeur à Larressore en 1825, année de son ordination. Il fut successivement vicaire à Cambo , ^ Saint-André de Bayonne (1826), d'où il alla à Paris en 1832; professeur à la Sorbonne, chanoine titulaire de la cathédrale de Bayonne en 1852, y décédé le 25 janvier 1858. Homme de société, plein de saillies spirituelles, prêtre aussi érudit que littérateur distingué, l'abbé Dassance ut en relation avec les personnages les plus éminents de son temps; il refusa l'évêehé de Pamiers pour rentrer dans son cher Pays Basque. Il est auteur d'une traduction de \ Imitation de Jésus-Christ et du Nouveau Testament; d'un Cours de littérature, en 6 vol. in-8°; de laBiâliothèque des Prédicateurs en 15 vol. in-8°, sans parler de plusieurs beaux sermons insérés dans la collection Migne.
Valentin de Salha, vicomte de Salha
IntelUge quœ suntproximi lui ex te ipso. Jugez de votre prochain pa r vous-même.
(EccLl.31. 18.)
Valentin de Salha, fils de Salvat marquis de Salha et de Marie-Louise de Charritte (fille de Charles marquis de Charritte et Je dame Marguerite d'Andoins), naquit à Saint-Palais le 13 janvier 1758. Entré dès le jeune âge dans la marine marchande, il servit vingt-deux ans dans la marine royale, où il parvint au grade de lieutenant de vaisseau. Il fut fait chevalier de Sain1>-Louis 1790, de la Légion-d'Honneur le 10 février 1807, ofiicier du même ordre le 29 juin 1819, pour prendre rang du 7 mai 1813. Sous TEmpire, lors de la création du royaume de Westphalie, il fut appelé dans ce royaume pour y remplir les fonctions de ministre de la guerre. L^empereur le créa comte de Hône par brevet du 23 avril 1812. La Restauration n'ayant pas voulu reconnaître les grades acquis sous TEmpire, il prit sa retraite en 1815 avec le grade de capitaine de vaisseau. En 1819 on le retrouve colonel d'étatmajor.
En 1785 il épousa Anne-Lucine d'Urdos , fille de noble Pierre sieur d'Urdos-d'Etcheverry et de Sorhouette en Baïgorry, et de dame Jeanne de Sorhaindo. Il en eut : l*» Pierre- Louis de Salha, qui, entréàTécole militaire de Fontainebleau, en sortit avec le grade de sous-lieutenant, fit le siège de Gaëte dans le 6* de ligne, passa ensuite au 16* régiment d'infanterie légère, dont le colonel était le Bas-Navarrais Harispe; fit la campagne de Prusse (fin de 1806), assistai
la bataille d'Iéna le 14 octobre 1806, puis au combat de Pultust, et fut tué le 8 février 1807, au bourg d'Eylau, où le 16« léger fijt ém p?pdi^3 de valeur.
2^ Jean-Baptiste marquis de Salha, qui, entré dans la marine, la quitta pour le service de terre, d*où il se retira avec le grade de lieutenant-colonel d'état-major. Nommé chevalier de laLégion^'Honnear, il épousa Marie- Antoinettte-Léopoldine de Salha, fille de Joseph-Louis-Marie marquis de Salha et d'Elisabeth de Launay.
Vatentin mourut en 1841 àfiaint^Palals, sa ville natale, où il avait fini par se retirer. (Voir la généalogie de cette famille, â^ losoicak, article Salha,)
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Jeaw-Isidore Harisi^e, maréchal de Fraucs
Râi ei non verba,
r/était la devise do notre mart'chal aussi bicm que celle dn g(>n6ral Huche.
Jean-Isidore Hafispe naquit à Saini-'Ëti6nne'd6*Baïgôrry le 7 décembre 1768. Son père, Jean, était de la maifson Harispes, d'Ascarat) près âalnWean piednle-port» Marié à Jeanine Barismendy, de 1& maison Âdnchart, de Baï^porry, il oonfia rédtication de son enfant au ouré de la paroisse, eomme Toa faisait oréhiairement à Cette époque. Après (quelque temp» passé oXxAt un négociant de Rayonne, Isidoi^e rentra ait foyer p»ternelpoitr s'adonner au commerce,, quie sa famiUi» unissait & Tag'riculture.i
Il atteignait sa vingi-quatrième année quand, la frontière dès Pyrénées ayant été soumise à la loi de la défense (179iî)^: quatre compagpiies de chasseurs basques furent formées verft le mois d'octobre delà même année : c'étaient celles de Hariape) de Iriart, de Lacsadle et de Berendoague. Six autres furent levées rannéei suivante : c'étaient des gardes nationi^ies organisées pour, empêcher l'ennemi de violer la frontière. Au mois de mars 1793 ces volontaires furent assknilés aus troupes régulières.
Harispe, élu capitaine de la compagnie baïgorrienne) ne tarda pas à justifier ce choix par son intelligence et son oour ragOi Aveo cette promptitude et cette énergie qui fcurentl-iui des^ caractères distinctife du: chef d'étairmajor du. marét^al Moncey, il sut saisir, dès le début de sa carrière tailitairoj
toutes les occasions pour sig'naîer sa bravoure. La première offerte par la fortune fut celle du rocher d'Arrola.
C'était le 6 juin 1793, trois jours avant l'arrivée du général Caro aux environs de Saint-Jean-pied-de-port et la prise du fort Blanc-Pignon (Orizon) commandé par le général La Genetière. Le jeune capitaine de 25 ans rallia sur le rocher d'A.rrola les restes des bataillons postés près de la fonderie de Banca, qui, voyant leurs commandants, Tun le brave Mauco blessé; l'autre Dessolines, épuisé de fatigue, avaient pris la fuite. Ce rocher commandant les trois vallées de Val- Carlos, de Saint-Jean-pied-de-port et de Baïgorry, il importait extrêmement de l'occuper. Les Espagnols le comprenaient aussi bien que le jeune chef improvisé. Alors commença une lutte héroïque. Trois mille Espagnols gravissant la montagne sont repoussés une première fois par les 500 à 600 montagnards qui en défendent la hauteur. Tournant la position, ils couronnent la montagne qui la domine, et s'élancent de là sur les rochers avec une impétuosité qui n'eut pas plus de succès que la première attaque. Cependant les munitions manquaient aux assiégés ; un acte de patriotisme vint leur en offrir. Une compagnie ennemie amenait des Aldudes à Baïgorry un convoi de mulets chargés de munitions de guerre et de bouche aux Espagnols. Arrivée sur la place de Baïgorry, dont la partie valide de la population était à la frontière, elle décharge ses mulets, et se livre au repos. Aussitôt les vieillards, les enfants et les femmes se réunissent, s'emparent des cantines, repoussent les Espagnols, et courent porter leur butin aux braves du rocher d'Arrola. Par suite de ce haut fait d'armes, Harispe reçut le commandement du 2'^ bataillon des chasseurs basques vers le 3 janvier 1794, époque à laquelle les compagnies franches basques, jusque-là distinctes, furent réunies en trois bataillons.
A' quelque temps de là, la prise du col de Berdaritz placé entre les vallées des Aldudes et de Baztan, lui valut le commandement de trois bataillons basques réunis en demi-brig'ade sous le nom de demi-èrigade des chasseurs iasques (celle-ci fut dissoute en 1801 et incorporée dans les 15® et 17^ légers). Le col de Berdaritz était défendu par deux redoutes ayant chacune 12 pièces de canon, et avait une garnison de 600 Espagnols du régiment de Zamora. Au premier coup de canon, le général La Victoire, qui commandait la colonne, tombe blessé ; à cette vue, Harispe, chef des bataillons, s'élance dans le fossé de la première redoute." Repoussé trois fois, il revient une quatrième fois ; pour lors le fossé était rempli de cadavres et lui permettait de s'élever jusqu'aux palissades à travers lesquelles un étroit passage est ouvert (1). Un magasin de poudre saute dans la redoute ; le désordre est parmi les défenseurs. Harispe en profite pour se lancer dans la place, et s'emparer du terrain plein de batteries : il tourne les canons contre le réduit, qui capitule; il en fait autant contre la seconde redoute, qui se rend immédiatement (3 juin 1794).
A un mois de là (6 juillet) eut lieu l'attaque du camp des émigrés. Ce coup de main fut l'essai de Moncey. Sans un retard involontaire des grenadiers de Latour-d' Auvergne, qui marchèrent quatorze heures de suite pour arriver sur le terrain du combat, toute la légion de Saint-Simon eût été enveloppée; elle échappa en partie, mais en laissant plusieurs de ses chefs parmi les morts et quarante-neuf prisonniers. Harispe est cité comme ayant préparé le succès de cette action.
A cette époque se rapportent les commencements des rela-
(1) Harrict d'Urcuray, qui commandait le 1*"" bataiUon basque, n'est pas mentionné dans les documents officiels. — Le 4" bataillon basque, levé en Soûle et commandé parDarhampé, était distinct des trois autres.
tioas qui s'établirent, au feu du bivouac, entre Harispe et le premier g^renadier de France, et l'on croit que c'ijst aux entretiens fréquents qu'eut le Breton Latour-d' Auvergne avec Harispe que l'on doit les dissertations du premier sur le basque. L'un à la tâte de sa colonne d* élite, l'autre h la tête des chasseurs basques, devinrent émules de bravoure dans les vallées d'Erro et de Baztan. Leurs troupes faisaient partie de la colonne infernale (1), laquelle, commandée par le général Delaborde> était un des quatre corps mis en mouvement par le général en chef Moneey. Le 15 octobre, un mouvement qui consistait à envelopper les Espagnols dans la vallée de Roncevaux 'avait en partie échoué par suite d'une erreur involontaire du général Delaborde ; le 25 novembre suivant, • les chasseurs basques se vengeaient de cet échec au pied de la montagne Çubiri. La division Marbot, qui déjà avait soutenu une journée de combat, et était par suite à bout de munitions, fut attaquée une seconde fois au pied de cette montagne. Elle était dans le plus grave péril, quand le général Cast^lvert, delà division Delaborde, détache les chasseurs basques pour voler au secours de Marbot. Ceux-ci, à la suite de Harispe, prennent les Espagnols par derrière, et tombent sur eux; ils firent un grand nombre de prisonniers sans compter 1,000 hommes restés sur le terrain. Cette action jeta la panique dans Pampelune.
Harispe donna dans cette circonstance une preuve de la noblesse et de la générosité de son caractère. Le général de division, à qui il amena les prisonniers, refusa de les recevoir, et ordonna à celui qui les amenait de les faire fusiller, selon le nouveau décret de la Convention, qui avait déclaré la guerre sans quartier. Le jeune
(1) EUe comprenait avec les troupes venues do la Vendée les grenadiers de Latour-d* Auvergne et les chasseurs d'Harispc.
chef basque refusa d'obéir, déclarant qu'il voulait bien ordonner à ses soldats de ne pas faire? de prisonniers sur le champ de bataille, mais qu'il ne pouvait consentir à faire ég'orger des hommes sans défense : terrible éventualité dont, grâce à la décision d'i commissaire de Ja Convention Féraud, le général en chef Moncey vint relever Harispe et ses prisonniers. Féraud, alléguant que le décret de la Convention n'avait pas été notifié aux Espagnols, ne voulut pas le leur appliquer : généreux subterfuge qui sauva la vie à plusieurs hommes, et dont le principal mérite revient à Harispe.
Après rinvasion du Baztan, vint Tattaque combinée du camp retranché de la Bidassoa. Dans cette opération, Latourd' Auvergne et Harispe tournèrent pendant la nuit la montagne des Trois-Couronnes, et prirent à revers les positions sur la rivière, qui, en conséquence de ce mouvement, furent abandonnées sans coup férir. Le camp retranché avec 80 bouches à feu, les places de Fontarabie et de Saint-Sébastien tombèrent au pouvoir des Français. La prise de Fontarabie fut Tœuvre du jeune Laraarque de Saint-Sever, depuis si célèbre comme général et député. Les habitants de Hendaye, qui une année auparavant avaient vu leurs maisons saccagées et brûlées par les habitants de Fontarabie, prirent alors une terrible revanche sur leur rivale maritime. C'est à peine si encore aujourd'hui ces deux petites villes sortent de leurs ruines.
C'est à cette époque que le général Moncey fut nommé commandant en chef de l'armée des Pyrénées-Occidentales. Harispe, qui trois années auparavant l'avait connu à Saint- Jean-pied-de-port dans le légiment de Mont-Réal, put dès lors cimenter par les événements de cette campagne des relations que Tamitié avait commencées. Il devait en bénéficier bientôt : Vitoria, Bilbao et Pampelune étant tombés au
pouvoir de l'armée française, la cour d'Espagne se décida à faire des ouvertures de paix que la Convention s'empressa d'accueillir. La paix fut par suite signée le 12 juillet 1795. La ■demi -brigade des chasseurs basques (1" et 2° bataillons) fut alors envoyée en garnison k Bayonne, puis à Bordeaux, et tinalement, après la campagne des Grisons en 1801, incorporée dans l'armée régulière (15<^ et 17' légers).
Cependant une décision des consuls avait ordonné la suppression de tous les corps qui ne faisaient pas partie de la légère ou des demi-brigades légères, ce qui réformait Harispe par défaut d'emploi. C'est alors que le général Moncey, commandant par intérim de l'armée d'Italie, l'attacha à son état-major, puis lui fit avoir le commandement du 16« léger, qui n'avait rien de commiln avec les chasseurs basques (1802). A la tête de ce régiment, Harispe fit une partie de la campagne de 1805 dans le corps d' Augereau au Tyrol, et assista à la bataille d'Iéna, où lui et son régiment se couvrirent de gloire (14 octobre 1806).
La veille de cette fameuse bataille, les corps d' Augereau et de Lannes occupèrent seuls le plateau où devait avoir lieu l'action, en attendant que la garde et le reste de l'armée pussent y déboucher par les chemins tracés par les soldats. Le 16' léger bivouaquait aux avant-postes , quand Tempereur, à trois heures du matin, vint lui-môme le mettre en position.
«Vous avez en face, dit-il au colonel, 10,000 Saxons; si vous vous maintenez contre eux jusqu'à l'arrivée de ma garde, vous aurez bien fait votre devoir. »
Au point du jour, les Saxons sortent du bois et démasquent une batterie de 15 pièces. Le W léger se précipite sur la bôt-
«coterie; il est repoussé avec énergie, et perd en un instant
52 officiers et 1,200 hommes. Heureusement le 5" régiment de chasseurs à cheval vient Tappuyer ; il se rallie immédiatement, joint les Saxons h la bayonnette. La victoire paraît un moment balancer, mais à la fin les Saxons sont enfoncés et se retirent dans le bois.
Il était temps : le corps de Lannes avait perdu du terrain, et la garde ne paraissait pas encore. Le succès toutefois avait coûté cher : les deux tiers du régiment étaient restés sur place, et le colonel, blessé, avait été ramassé parmi les morts et les mourants. Deux grenadiers le portaient à l'ambulance lorsqu'un boulet renversa ce convoi improvisé- Murât, passant en ce moment, s'arrêta un instant pour s'informer du nom du colonel, qu'il croyait mort, et continua sa rapide course en s'écriant : « Pauvre Harispe! » Murât, ayant rendu compte à l'empereur de sa rencontre, le colonel du 16' léger fut porté dans le bulletin comme mort sur le champ de bataille; sa veuve prit le deuil, et des services furent célébrés à Baïgorry (1) et à Saint-Jean-pied-de-port. Le 16^' léger recevait le soir même une récompense bien enviée : l'honneur de remplacer la garde de l'empereur pendant les vingt-quatre heures qui suivirent la bataille. Les compagnies d'élite du régiment à leur arrivée au quartier général, comptaient à peine l50 hommes; le reste était mort, et il fallut faire venir tout le régiment pour représenter l'effectif du détachement de la garde impériale qui faisait le service habituel auprès de l'empereur.
(1) M. Harispe était marié à M"" Marguerite d'Echaux. En celle-ci^ par suite du décès de son fils unique et de celui sans postérité de sa sœur, s'éteignit après plus de mille ans la ligne directe des vicomtes de Baïgorry et d'Echaux. — Le titre de vicomte d'Echaux appartient aujourd'hui à la famille de Caupennc. Le fils du comte d'Ezpeleta a le titre
espagnol de comte d'Echaux.
Harispe, guéri de sa blessure, fut élevé au grade de g'énéral de brigade et fit en cette qualité la campagne de 1807 en Pologne. Il figura avec distinction à la bataille de Frîedland (14 juin 1807). Débordée par toute la cavalerie russe, qui avait ramené la cavalerie française, privée de l'appui de Tartillerie, qui avait été enlevée, sa brigade eut h soutenir longtemps tout l'effort des Russes, et sa position était devenue critique, lorsque les corps d'Oudinot et de Lannes décidèrent la victoire. A l'issue de cette campagne, il fut nommé chef d'état-major du corps du maréchal Moncey, destiné h entrer en Espagne.
Cette nation, depuis le traité de Bâle, était restée fidèle alliée, du moins en apparence, de la France. Vers le milieu de l'année 1806, quelques démonstrations douteuses du ministre Godoy attirèrent sur ce pays le redoutable regard de l'empereur, qui, ayant dès ce moment formé le projet d'envahir cette nation, ne put accomplir ce dessein que vers la fin de 1807, époque où le traité de Tilsitt et la paix avec la Prusse lui permirent de porter ses vues ambitieuses sur la Péninsule. Il résolut de chasser d'abord les Anglais du Portugal, et offrit à la cour de Madrid de partager avec elle ce royaume. Ce n'était pas le dernier piège qu'il devait tendre à cette cour. Une armée commandée par Junot traversa bientôt l'Espagne, et entra dans Lisbonne sans coup férir.
Quelque temps après, Murât, déjà maître de Madrid, ayant refusé de reconnaître la révolution d'Aranjuez, qui avait substitué Ferdinand VII à son père Charles IV sur le trône d'Espagne, le père et le fils venaient à Bayonne pour y soumettre leur différend à Napoléon. Il les attendait depuis le 14 avril au château de Marrac. Par décision du redoutable arbitre, le père alla à Compiègne et le fils à Valençay , laissant tous les deux la couronne d'Espagne à Joseph roi de Naples et frère de leur insatiable allié. Le tour paraissait
bien joué, d'autant plus qu'une junte des principaux per sonnages d'Espagne, convoquée à Bayonne, avait reconnu et salué le nouveau roi le 7 juin 1808. Mais on n'étouffe pas ainsi une nation; le peuple se leva en masse, et en peu de temps l'insurrection devint générale.
Harispe fut chargé par le prince Murât (1) de porter aux insurgés des paroles de paix et d'amnistie. Parti de Dantzick, il se rendit à Madrid sans s'arrêter dans son pays un seul jour pour y saluer sa famille, qu'il n'avait pas revue depuis onze ans. Sa voix calma l'efiFervescence populaire : tout dans la ville paraissait devoir rentrer dans l'ordre ; mais malheureusement, ses promesses de pardon ayant été méconnues par l'autorité supérieure, la réaction ne devint que plus furieuse et plus redoutable.
Harispe, suivant Moncey dans son expédition de Valence, prouva plus d'une fois qu'il était homme de conseil autant qu'homme d'action. Un jour, il s'agissait de prendre possession de las Gab'rillas, position formidable défendue par 50 bouches à feu et une armée espagnole. Grâce à la présence d'esprit du général, 12,000 conscrits français de 18 à 20 ans, qui jamais n'avaient tiré un coup de fusil, l'enlevèrent à la bayonnette. Prévoyant qu'un seul coup de canon empêcherait la voix des officiers de se faire entendre et entraînerait parmi ses soldats improvisés un désordre dont il serait impossible d'arrêter les conséquences, Harispe donna l'aviâ au marécha de ne pas fairo charger les armes. Le succès justifia ses prévisions. La vue des Français gravissant la montagne l'arme
(1) Ce prince, séduit par la vue de quelques-uns des compatriotes du général Harispe, le chargea de lui organiser une garde basque. Le soin de choisir les hommes appelés à la composer fut remis au capitaine Larre, de Saint- Jean -pied-de-port, et ce fut dans la Basse-Navarre qu'il recruta en grande i)artie cette compagnie, dont il obtint le commandement, et dont la belle tenue militaire lit l'admiration des Espagnols.
au bras, d'un pas ferme et résolu, en'îinpcfsa àùxEspàgnols, qui abandonnèrent la position sans coup férir. Ainsi on parvînt sous les murs de Valence ; mais après avoir lancé quelques bombes sur la ville, les nouvelles qui arrivèrent au maréchal le décidèrent à revenir sur ses pas. Moncey opéra son retour par la Manche, et apprit à Belmonte le désastre de Baylen, c'est-à-dire la capitulation du général Dupont. Inceftâîn du parti à prendre, il expédia son chef d'é'tat^major à' Madrid pour avoir des nouvelles et des ordres ; voyage que Harîspe fit seul, en poste, au risque de sa vie , à travers aes populations ennemies.
Vers la fin de 1808, Napoléon entra en Espagne, et sa présence ramena la victoire sous les drapeaux français. Rien ne put tenir devant lui ; les armées de l'Estramadure et de Galice furent anéanties en deux grandes batailles. Restait celle d'Andalousie, commandée par Castaïïos et Palafox; la bataille de Tudéla (23 novembre) décida du sort de cette armée, sur laquelle les insurgés fondaient leur eppoir. Le général Harispe y prit une part brillante. Palafox, vaincu, alla se renfermer dans Saragosse, dont la défense a immortalisé son nom. Harispe se distingua encore dans ce siège mémorable, sous les ordres du duc d'Abrantès.
Ce fut après ce siège que Suchet vint prendre le commandement d'un corps d'armée formé en grande partie des débris de celui de Moncey. Le corps avait été formé primitivement des légions de réserve, organisées , en vertu du décret de 1806, avec les conditions anticipées, c'est-à-dire avec des jeunes gens de 18 à 20 ans, sous le nom de Corps d'oâserration de la Gironde; on en forma plus tard de nouveaux régiment désigne, n»» 115, 116, 117. On créa encore à cette époque
le 12® régiment de cuirassiers. Ces troupes improvisées formèrent le noyau de cette armée d'Aragon qui, sous les ordres du maréchal Suchet, fit de si grandes choses en Espagne. Sans parler de Bugeaùd, qui dans le 115'^ fit ses premières armes sons les ordres du général Harispe, cette armée comptait dans ses rangs Rogniat, Haxo, Vallée, Saînt-Cyr, Nugues, et tant d'autres braves qui se sont illustrés par leur science et leur bravoure. Le nom de Harispe brillait parmi tous. Donnons un rapide résumé de ses services.
A la bataille de Maria, le maréchal Suchet lui avait donné le commandement du 4«^ hussards et du 13*^ cuirassiers pour charger sur le centre de l'armée ennemie. Attaqué par 50,000 Espagnols commandés par Blacke, et n'ayant que 18,000 hommes à leur opposer, le maréchal n'avait pour but que d'opérer sa retraite avec honneur et sûreté, et cette charge sur le centre était destinée h la masquer; mais Harispe enfonce le centre des Espagnols. Le maréchal lui ayant mandé de revenir, il répond, qu'il y a plus de danger à revenir sur ses pas qu'à passer en avant, et il persiste. Les Espagnols , épouvantés , plient devant son impétueuse attaque et se débandent. Il est blessé, mais il ne quitte le champ de bataille qu'après les avoir vus eu déroute ; l'armée les poursuit jusqu'à Alcaîiiz, et reprend une offensive décidée.
Lérida est assiégée ; le général Harispe en forme l'investissement sur la rive gauche de la Sègre. Le pont qui le fait communiquer avec l'armée est emporté ; il se trouve seul avec sa division et une brigade de celle du général Habert en présence du général O'Donnel, qui, avec 20,000 hommes, vient l'attaquer à l'improviste. Surpris par l'ennemi, Harispe monte à cheval, se met à la tête de deux escadrons du 4« hussards, et charge uue colonne de 800 voltigeurs qu'il
écrase. Le reste du régiment et le 13 cuirassiers le rejoignent; il s'élance sur la première ligne de l'ennemi, qui n'a pas le temps de se former en carrés, l'enfonce, et l'infanterie qui arrive derrière la fait prisonnière; le reste prend la fuite - 6,000 hommes, dont 5 généraux, 12 colonels, des drapeaux, des canons, tombent ainsi au pouvoir de 5,000 hommes français, qui les font défiler en triomphe sous les murs de la ville, dont la population, s'altendant k être délivrée, était rassemblée sur les remparts. Peu de temps après la ville était prise d'assaut.
Poursuivant le cours de ses succès, l'armée prend Mequinenza, Monzon, et vient attaquerTarragonne. Deux enceintes continues et celle des forts détacliés défendaient cette place ; 15,000 hommes en formaient la garnison, qui par mer pouvait se renouveler avec l'armée de Valence; une flotte anglaise en rade la protégeait, sans compter une armée de secours de 17,000 hommes commandée par Saarsfieit , qui tenait la campagne. Malgré ces formidables forces, 20,000 hommes français la prirent en quatre jours. Le fort de l'Olivo fut investi le premier. Etabli sur le roc, dominant toute la campagne, il ne pouvait être attaqué ni par la mine ni par la sape; il fallut le battre en brèche et Ji distance. Une batterie fut éta^ blie à 300 mètres avec des s»cs k terre et armée de 12 pièces de 2, que l'on fut obligé de faire défiler une à une entre la place et la batterie. Cette opération, dirigée par le brave Diicamp, commandant d'artillerie de la division Harispe, coOta 150 hommes, — La brèche faite, il était impossible de la reconnaître, et cependant on ordonna l'assaut h la nuit tombante ; 1,200 hommes, qu'on renouvelait chaque jour, faisaient la garnison du fort; mais l'attaque ayant en lieu bu moment de son renouvellement, les deux garnisons se réunirent pour repousser l'assaut. La division Harispe, son gé- ■néral en tête, se lance au pas de coursti et se précipite
dans le fossé malgré la mitraille. Les premiers arrivés montent dans la brèche ; elle n*est pas praticable ! On apporte des échelles; elles sont trop courtes! La division, Varme au bras, reste bravement dans le fossé , recevant à brûle-pourpoint le feu de Tennemi pendant que les sapeurs cherchent une issue. Un jeune tambour en découvre une; c'était un égout fermé par une herse que les sapeurs font sauter. La colonne entière pénètre dans le passage, et alors a lieu une horrible mêlée. Les Français se précipitent la bayonnette au bras en avant sur les Espagnols, les acculent à la muraille, et les jettent dans le fossé à mesure qu'ils tombent; une dizaine seulement qui vinrent se réfugier près du général furent épargnés. Au point du jour le fossé était comble, et Ton voyait seulement, au-dessus de cet amas de cadavres, quelques blessés enfoncés jusqu'aux aisselles et fumant stoïquement un cigare qu'ils étaient parvenus à allumer à l'aide de leur bras libre : 2,000 hommes étaient là gisants. On fut obligé de les mettre par couche avec des oliviers pour faire brûler leur cadavres. Pendant tout le temps que dura ce siège, le général Harispe fut obligé de le couvrir avec sa division du côté de la Catalogne, faisant face à l'armée de Saarsfielt, qui avec ses 17,000 hommes n'osa pas attaquer ce faible corps de 4 à 5,000 hommes. On sait que peu de temps après Tarragonne fut prise d'assaut.
Dans l'intervalle, Harispe passa au blocus de Tortose, qu'il maintint pendant six mois sans que l'ennemi osât l'inquiéter. Le 9 janvier 1811, la place se rendit, après dix-sept jours d'investissement, treize nuits de tranchée ouverte et quatre jours de feu. De cette ville, l'armée française alla mettre le siège devant Miirviedro, l'antique Sagonte. Blacke était à six lieues sous Valence, avec 40,000 hommes. Le général avait mission de l'observer avec sa division et une brigade polonaise. Ses avant-postes, attaqués à l'improviste
par BlackOj furent obligés de se replier, une batterie de 6 pièces fut même prise ; mais le général, averti par le feu de l'ennemi, se mit aussitôt à la tète de sa cavalerie, et chargea avec une telle vigueur, que la batterie fut reprise : l'ennemi, rompu, culbuté, est mené jusqu'à trois lieues de Valence, tandis que les autres corps espagnols, à droite et à gauche sur les flancs de sa faible division, le débordaient de près de deux lieues. Harispe eut dans cette circonstance son cheval tué sous lui; renversé lui-même au milieu de ses ennemis, il fut aperçu parle général Carrimon, et il fut heureux de monter le cheval d'un officier supérieur que ce brave général venait de tuer. Attaquée à son tour, l'armée de Blaeke fut obligée de se réfugier sous Valence, avec une perte de 6,000 hommes, presque tous tués par la division Harispe. Après une vigoureuse résistance, Sagonte se rendit le 11 octobre 1811, et l'armée vint entourer Valence, où 30,000 hommes commandés par Blacke mirent bas les armes devant 18,000 hommes qui les cernaient; à peine quelques compagnies, forçant le blocus, parvinrent à se sauver.
Harispe fut ensuite chargé d'observer Alicante, occupée par une garnison ennemie. Attaqué à Castalla par 12,000 Anglo-Espagnols, il les battit et les rejeta dans Alicante après leur avoir fait essuyer des pertes considérables. Ce fait est d'autant plus à la gloire de Harispe, que lorsque plus tard une armée anglo-espagnole s'établit sur le même point de Castalla, le maréchal Suchet, venu pour l'attaquer, éclioua dans son entreprise pour l'avoir attaquée de front et pour n'avoir pas voulu l'aborder comme son lieutenant.
Quand le maréchal MacdonalJ fut nommé au commandement de l'armée de Catalogne, ce fut Harispe qui fut chargé du soin de conduire dans cette province le nouveau général en chef: il fit cette marche et opéra son retour avec sa division seule à travers toutes les armées ennemies, sans être
énfamé et sans perdre un seul homme. Cette opération lui valut les félicitations de l'empereur, qui la mettait au-dessus des services les plus brillants du général basque. Du reste, il récompensa noblement l'offlcier-g-énéral, qui seul, dans toute Tarmée d'Espagne, n'avait jamais vu l'éclat de ses victoires souflFrir de ses revers. Il le nomma successivement g'énéral de division, comte de l'Empire, grand ofllcier de la Légion-d'Honneur. grand'croix de la Réunion et de la Couronne-de-Fer, et lui accorda une dotation d'un million sur le royaume de Westphalie, dotation perdue par suite des événements de 1813.
Cette même année (1813), l'empereur, dont l'astre commentait à pMir, rappela Harispe en France. Après la; victoire de Vitoria (21 juin 1813), Wellington, à la tête d'une armée^de 140,000 hommes, avait pris l'offensive et forcé une grande partie des armées da Nord, du Centre et du Portug'al à passer les Pyrénées. Le roi Joseph, avec son état-major, était entré en France par la vallée de Baztan, le général Foy par Irun, Clauselpar Jaca et la vallée d'Aspe, et enfin l'armée du Midi parPampelune, Roncevaux et :?aint-Jean-pied-de-port. La bataille de Vitoria fut notre Leipzig, et l'empereur, en apprenant l'issue de cette désastreuse journée, s'empressa d'envoyer le maréchal Soult prendre le commandement de l'armée.
Lé grand capitaine, à la tête de troupes fraîches,' entra en Espa'gne par Roncevaux le 28 juillet, et, pénétrant jusqu'à une lîèue de Pampelime, il y livra une bataille, ce qui n'empêcha pas les Anglais de s'emparer de la capitale de la Navarre.' Devant la marche triomphante de l'ennemi, Soult Rétablît en arrière de la Bidassoa, que sotl rudef adversaire
franchissait le 7 octobre. Les troupes françaises s* étant réfugiées dans les camps retranchés de Bayonne, cinq divisions anglaises s'établirent sur les hauteurs de Mouguerre entre la Nive et TAdour, malgré les laborieuses manœuvres du maréchal français, qui, faisant passer l'Âdour à son armée, occupa la rive droite du fleuve jusqu'à Port-de-Lannes, et, fortifiant Peyrehorade, Hastingues, se répandit en suivant la Bidouze sur la route de Saint-Jean-pied-de-port jusqu'aux environs de Mendionde.
Le maréchal, forcé d'envoyer de ses 60,000 hommes 18,000 à l'armée du nord et 15,000 à Bayonne, alla se placer derrière la Bidouze. Cette ville se préparait, en eflPet, à une défense vigoureuse. Le 23 février un combat naval fut ouvert par le feu bien nourri d'une batterie anglaise dressée sur la rive gauche de l'Adour du côté de Blanc-Pignon. Le 24, Bayonne était entouré de 30,000 hommes, mais la défense ne fut pas moins énergique que l'attaque. Le 14 avril, après vingt jours de succès alternatifs, vers les trois heures du matin, les Français, au nombre environ de 30,000 hommes, après avoir simulé une sortie du côté de Beyris, de Marrac et de Saint-Pierre -d'Irube, fondirent avec impétuosité sur le corps de l'armée ennemie, et lui enlevèrent, les armes à la main, ses premiers postes. Ils eurent le même succès sur les hauteurs de Saint-Etienne; mais, moins heureux dans d'autres engagements, et surtout dans celui du chemin du Boucan, où en trois heures \,000 Français et 3,000 Anglais furent tués ou mis hors de combat, les Français rentrèrent dans la citadelle. Pendant qu'ainsi le sang coulait à grands flots sous les murs de Bayonne, Soult, chassé des rives de la Bidouze et des hauteurs de Mendionde.. s'était replié vers Orthez (26 février), puis, après la bataille livrée autour de oette ville, par le milieu d'Aire et de Tarbes vers Toulouse.
Harispe, rappelé d'Espagne en France, repassa juste à
temps la frontière pour défendre son pays et faire évacuer paj l'ennemi la vallée de Baïg-orry. Mina Toccupait et avait fait son poste de défense du château d'Echaux, propriété particulière du général, par suite de son mariag-e avec la dernière héritière de la famille vicomtale d'Echaux en 1794. Harispe attaqua et canonna résolument son château, et en chassa l'ennemi après avoir fait à sa propriété des dommages considérables. Avec les voltigeurs de la garde nationale, un détachement du 21® régiment et les chasseurs basques, il chassa les troupes anglo-espagnoles qui avaient envahi la vallée d'Ossès, entre Saint-Martin d'Arrossa et Bidarray, pour y faire un fourrage considérable. A la suite de cette opération, il commanda le corps resté sur les derrières de Tennemi entre Mendionde et Saint-Jean-pied-de-port (1). Il espérait voir recommencer l'attaque sur les hauteurs de Mouguerre, tandis qu'il détournerait, en passant sur le ventre, la division
(1) C'est à cette époque que se rapporte le trait de dévouement de Salvat Munho, originaire de la maison Larraldea, d'Isturitz, curé d'Irissarry, auteur de plusieurs anciens canti(jues bas(iues que Ton chante encore dans nos églises. (Quelques-uns do ses paroissiens, dans Taprèsmidi, un jour de dimanche, s'avisèrent de tirer quelques coups de fusil, des hauteurs du quartier d'Iinhïcea, sur les soldats de Mina (celui-ci occupait alors le château de Lacarre) pendant une de leurs excursions du côté d'Irissarry. Il n'en fallut pas davantage pour que le lendemain, à l'aube du jour, le général Mina se présentât à la tête de ses troupes pour venger l'injure faite à ses soldats et châtier le pays d'une manière exemplaire. Déjà ses hommes, prévenant les ordres de leur chef, avaient tué les sieurs d'Uchcrreca et d'Erdoiz-Etcheverria, et pillé plusieurs maisons. Les habitants, effrayés et dans la consternation, se réfugiaient en masse vers la montagne de Baïgura; c'est alors que le digne curé, qui connaissait parfaitement la langue espagnole, alla seul trouver le redoutable général au quartier d'Erdoïz, lui faire les excuses do ses paroissiens, et implorer leur pardon. Mina accorda bien le pardon sollicité, accepta môme le repas ([uc lui offrit le zélé pasteur, mais tint à occuper tout le pays d'Irissarry,
anglaise du général Pictou, qui occupait la montagne d'Ursuya ; mais l'armée ayant perdu deux divisions d'infanterie et une de cavalerie envoyées à l'empereur, fut obligée d'évacuer Bayonne. Pendant qu'elle sortait de cette ville en défilant par Peyrehorade sur Sauveterre, le général Harispe fut chargé de protéger sa retraite en s'opposant aux Anglais, qui pouvaient arriver de Mendionde h Sauveterre avant l'armée.
Harispe disputa pied à pied le terrain aux Anglais entr€ Mendionde et Garris, et les força h mettre trois ou quatire jours à parcourir cette distance. Puis il s'établit en position, à Garris, laissant la division Paris sur la route de Saint- Jea^xapied-dor-port à Saint-Palais avec toute son artillerie, la di^vision de cavalerie Soult occupant l'intervalle entre les deux divisions d'infanterie dans le ravin qui sépare Garris de Saint- Palais. Il pensait que l'artillerie ennemie passerait par la grand'route; mais les Anglais lui firent franchir, à force d'attelages, la route presque impraticable entre Bonloc et Garris, et la divi&ion Harispe, qui comptait à peine 4,000 hommes, se trouva sans artillerie en face de presque toute l'armée anglaise soutenue du feu de ses canons. Trois attaques consécutives furent essayées sans succès contre cette poignée de braves, et ce fut au soir seulement que les Anglais, après les avoir tournés, les forcèrent d'évacuer Garris (1). Harispe rentra la nuit à Saint-Palais, dont il fit sauter le pont, et rejoignit l'armée sur les hauteurs en avant de Sauveterre, où elle était arrivée sans danger grâce à la stratégie employée par le général chargé de couvrir sa retraite.
(1) C'est à ce combat que le général Harispe devait d'avoir été maintenu dans le cadre des lieutenants-généraux, conformément à la loi, qui veut que, pour obtenir ce grade, on ait commandé devant l'ennemi plusievrs divisions de différentes armes. Le maréchal Clausel commandait nominalement les divisions, mais il était absent pendant ces opérations.
Notre général basque figura ensuite dans la bataille d*Orthez (27 février 1814). Il avait pour mission de défendre la gauche de la position, depuis le pont jusqu'à Moncade; il s'y mintînt jusqu'au dernier moment, et soutint ensuite la retraite de Tarmée jusqu'au pont de Sault-de-Navailles, qu'il trouva occupé par Tennemi. Il fut obligé de se battre jusqu'à la nuit avec une portion de sa division pour protéger l'autre. Réduit èL cette extrémité, il perdit 1,200 hommes, et sauva le reste avec des efforts inouïs. C'est peut-être là un des plus beaux feits d'armes dans la vie du général : se battre pendant deux heures avec 4,000 hommes et ayant une rivière à dos sans ctioyen de la franchir, est, au dire des hommes les plus compétents en pareille matière, l'opération de guerre la plus difficile et la plus dangereuse.
Continuant à former l'arrière-garde de l'armée depuis Aire jusqu'à Tarbes, il eut presque tous les jours à soutenir des engagements avec l'ennemi sur les hauteurs qui dominent la rive gauche de la Douze entre ces deux villes. Enfin, l'on arriva sous les murs de Toulouse. Harispe fut chargé de défendre la position la plus difficile, celle du plateau Càlvinet ; sa position occupait les redoutes de Cypierre, du Colombier et la grande redoute. Le général avait surveillé lui-même les travaux des deux dernières ; mais celle de Cypierre, àl'extrême droite, était restée inachevée : ce fut un grand malheur. On sait que les généraux Pictou et Freyre attaquèrent d'abord de front la gauche, où commandait le brave général Darricau, et le centre, défendu par le général d'Armagnac, pendant que le général Béresford défilait le long de la rivière de l'Hers, en bas du plateau de Calvinet, pour venir tourner la droite de la position. Pictou fut repoussé par le général
Darricau à Textrême gauche, et Freyre fut mis en déroute complète par les troupes d'Armagnac. En ce moment la victoire la plus éclatante semblait promise aux armées françaises. Béresford, embourbé avec ses quinze bataillons dans les prairies marécageuses dj l'Hers, séparé par cette rivière de son artillerie, offrait une proie facile si dans la longue marche de flanc il eût éfcé attaqué par les trois divisions disponibles, Harispe, Turpinet Villate, lancées à temps du haut du coteau. On assure que ce mouvement était possible : la division d'Armagnac suffisait h garder les positions; mais la crainte de voir les attaques de la gauche et du centre se renouveler fit retenir en position les troupes qui étaient chargées de garder les redoutes; et la division Turpin fut seule employée à ce mouvement décisif. Cependant une heure avait été perdue : les Anglais, mettant à profit le temps, s'étaient dégagés des marécages et avaient déjà gravi une partie de la hauteur en face de la redoute de Cypierre. Le général Turpin forma sa division en bataille sur la droite pour commencer l'attaque, et masqua par ce mouvement la redoute, à qui il ne fut plus dès lors possible de tirer sur l'ennemi.
La tête de la colonne, mal engagée, fut repoussée. Le général chercha à la rallier et fut tué : le désordre se mit dans les troupes, et les Anglais, continuant à gravir, achevèrent de la mettre en déroute. Le régiment qui gardait Cypierre, et qui appartenait à la division Harispe, fut entraîné et la redoute prise. La droite du général était dès lors en l'air, et il n'avait plus que trois régiments pour résister aux quinze bataillons de Béresford. Il était une heure de l'après-midi : les Anglais prirent partout l'offensive, les attaques de la gauche et du centre recommencèrent, et Béresford, n'ayant plus devant lui que les six bataillons commandés par Harispe, attaqua avec fureur les deux redoutes qu'il défendait. Le
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Colombier fut pris : Harispe se mit aussitôt à la tête d'un bataillon et reprit la redoute.
En ce moment» un boulet ricocha sur rextrémité de son pied, et tua derrière lui son aide-de-camp. Harispe fut emporté du champ de bataille, mais ses derniers regards avaient vu fuir l'ennemi. Il était alors cinq heures du soir; il avait défendu pendant quatre heures la position qui lui avait été confiée, et, s'y maintenant, il avait réussi à repousser un ennemi dont les forces étaient de beaucoup supérieures aux siennes. Ce ne fut que le lendemain, et par ordre du maréchal, que les redoutes furent évacuées. Le général Harispe avait été transporté à l'hôpital ; lorsque les Anglais furent maîtres de la ville, il reçut la visite du duc de Wellington. La blessure du général basque fut heureusement opérée par le chirurgien de sa division, M. Easpail, qui osa, malgré ravis contraire des chirurgiens anglais et français, tenter la résection d'une partie du pied; opération qui réussit et conserva au général la jambe qu'il était condamné à perdre.
La bataille de Toulouse, qui passe pour un des plus beaux faits d'armes des temps modernes, eut lieu le 10 mars 1814. L'illustre maréchal Soult, qui la livra, n'avait que 24,000 hommes contre 60,000 que commandait Wellington ; elle coûta aux alliés 10,000 hommes et aux Français 2,000. Cette bataille termina la campagne de 1814.
Les événements devaient se précipiter : le 12 mars le duc d'Angoulême, entré en France par Saint-Jean-de-Luz, est reçu en triomphe à Bordeaux ; le 31 du même mois, Paris, après avoir capitulé devant les forces des puissances, proclame la restauration des Bourbons ; le 3 avril , le sénat , convoqué et dirigé par Talleyrand, prononce la déchéance de Napoléon, et le 12 Louis XVIII fait son entrée à Paris.
Le nouveau gouvernement nomma Harispe au commanement de la 11® division militaire, dont le maréchal Decaen
était gouverneur. Il occupait ce posle à Bordeaux quand LL. AA. RR. le duc et la duchesse d'Angoulême, appelés par les Bordelais à fêter l'anniversaire du 12 mars, c'est-à-dire le jour de leur première entrée dans cette ville, y vinrent en 1813 au milieu de l'allégresse universelle : heures d'enchantement auxquelles devaient bientôt succéder les plus terribles angoisses.
Napoléon, qui le 23 avril 1814 s'était embarqué pour Tîle d'Elbe, avait quitté son exil, et, a la tête de quelques centaines d'hommes, avait abordé le 1"^ mars 1815 au golfe de Juan, près de Cannes, département du Var. Reçu avec enthousiasme à Grenoble, à Lyon (10 mars), il marchait conàme en triomphe vers Paris, où il entra le 20 mars.
Au premier bruit de ce retour aussi stupéfiant qu'inattendu, la duchesse d'Angoulême manda près d'elle le maréchal Decaen et le général Harispe, qui renouvelèrent, nous dit un auteur, leurs serments de fidélité à Son Altesse Royale (l). Mais tout devait céder à l'entraînement universel : le maréchal Ney , sorti de Paris tout dévoué au roi, avait vu ses régiments arborer le drapeau tricolore, et était venu lui-même rejoindre à Auxerre son ancien maître. Le 20 mars Napoléon faisait son entrée aux Tuileries, que Louis XVIII avait quittées la veille.
La Guienne ne pouvait pas échapper au mouvement général, à cette révolution inouïe. Le 22 mars Napoléon envoya dans cette province le général Clauzel. Arrêté un moment à Angoulême, il ne tarda pas à s'entendre avec le maréchal Decaen. L'infortunée duchesse d'Angoulême, abandonnée par la garnison, fut obligée de quitter sa chère ville de Bordeaux, après avoir fait preuve d'une énergie de caractère,
(1) Soirées de 5. À. II. M-' de Bordeaux, Henri de France, par un royaliste; t. 2, 15» soirée.
d'une grandeur d'âme dignes de la petite-fille de Marie-Thérèse.
Tout ce qu'elle obtint du gouverneur fut de ne pas déployer le drapeau tricolore tant qu'elle n'aurait pas quitté la ville. Harispe, qui avait suivi l'exemple du gouverneur, ne quitta point la duchesse jusqu'au moment de son embarquement. Confirmé dans son commandement par l'empereur, ce fut la princesse elle-même qui lui remit cette confirmation interceptée par les royalistes. Par un sentiment de -convenance facile à comprendre, le général ne l'accepta pas, et il ilemanda à l'empereur d'agir autrement. Nous savons que la famille de notre compatriote conserve encore une lettre de S. A. R. dans laquelle l'infortunée princesse reconnaît les sentiments de haute convenance et de délicatesse dont Harispe fit preuve à son égard dans ces circonstances difficiles.
Napoléon lui confia la défense des Pyrénées ; il garda ce commandement jusqu'à la réaction de 1815. Alors, la face des aflFaires ayant changé, il se retira dans son pays natal, où il ne tarda pas à acheter le château de Lacarre, aux environs de Saint-Jean-pied- de-port. Il y mourut chrétiennement le 26 mai 1855. Avant sa mort, il rendit encore d'importants services au pays. En 1830 il accepta le commandement supérieur des départements des Basses et Hautes- Pyrénées. Deux fois (1831 et 1834) il représenta son pays à la Chambre des députés. En 1833, il reçut le commandement de la division des Pyrénées-Occidentales. Elevé à la pairie en 1835, Louis-Napoléon III, après les événements du 2 décembre 1851, lui conféra la dignité de maréchal de France, qui le fit entrer de droit au nouveau sénat le 25 janvier 1852. A sa mort, il laissa son château, sa fortune et son nom, h son neveu Adrien Dutey, de Baïgorry. Celui-ci, successivement auditeur au tribunal d'Oloron, substitut à Saint-Palais,
procureur du roi à Bayonne, conseiller à lia cour de Pau, a laissé, h sa mort (décembre 1878), son château k son fils Albert Dutey-Harispe, qui a admirablement restauré et agrandi l'antique manoir des Lacarre. Primitivement c'était une tour carrée avec ouvertures ogivales remontant au xivc siècle; au xvi« , on lui adjoignit une grosse tour cylin- drique retranchée verslexvir siècle; enfin, sur un plan ^ donné parM. Doyère, Thabile architecte départemental, iL# a pris un aspect grandiose, du style du xvr siècle.
(Jomini, Gmrres de la Rézolution; Victoires et conq^têies .. de^^ Français, t. XXII, etc. Thiers, Ilist, du Consulat et de V Empire passim. Documents officiels et particuliers.)
'ir les côtes de Tlrlande. Il rentra en
^ ^bre de Tannée suivante après avoir
^ ^e des braves. Après quelques
■^ s'embarqua sur là frégate
r)atriote Dalbarade. Ce
or à devenir contre-
.1 d'Urrugne; il aima son
vec avidité les leçons de son
.is la mer du Nord deux navires
jàtiments de commerce, et rentra.
ides nautiques jusqu'au mois de sep-
i la suite du brave Dalbarade, il s'embar-
.d sur le vaisseau le Fier, qui avait mission de
. des troupes à l'Ile de France et de joindre
.; SuflFren dans la mer des Indes.
j Fier soutint deux combats près du cap de Bonne-Espé-
l'ance, et se plaça sous les ordres de Suffren. Pellotprit part
& une bataille navale livrée aux Anglais dans le golfe de
Bengale. L'audace et l'intrépidité du jeune marin avaient
étonné les plus braves, qui déjà le connaissaient pour son
caractère bouflfon et espiègle. Un jour un mauvais plaisant
lui lança par derrière une orange. Prévoyant qu'elle serait
suivie d'une seconde, il resta impassible ; mais il la para, et la
jeta avec vigueur sur le nez de l'agresseur. « Ce n'est rien,
dit Dalbarade à Suffren; c'est un Basque nommé Pellot.
— Bien baptisé, reprit l'amiral, il nepellote pas mal »,
Par suite de la paix entre la France et l'Angleterre, Pellot aborda à Lorient le 13 juin 1784; mais dès le lendemain il s'embarquait sur un bâtiment baleinier qui fit naufrage sur les côtes d'Islande. Les guerres de la Révolution et de l'Empire le jetèrent dans les combats maritimes, où il devait se couvrir de gloire.
Le 15 février 1793 il s'embarqua en qualité de premier
seaux anglais, ravitaille la place, et enlève les blessés et les bouches inutiles (5, 29 septembre). Les 8 et 27 octobre nos Basques en font autant. Buckingham, désespérant de prendre la place, rembarque ses troupes, et retourne en Angleterre, où Tattend le fer d'un assassin. Jean Pellot commandait la division hendayaise dans cette expédition ; il reçut la médaille que Louis XIII fit frapper pour perpétuer la mémoire des hauts faits de nos Basques. Ce monarque, en récompense des services reçus dans cette circonstance, accorda au pays de Labourd diverses exemptions et immunités ; les Hendayais reçurent la belle plaine qui de leur bourg s'étend le long de la Bidassoa jusqu'à la célèbre île des Faisans.
C'est dans cette plaine, dans une habitation que l'on voit encore sur la nouvelle route de Béhobie à la gare de Hendaye , presque en face de l'île des Faisans, que se retira la famille de Pellot quand , sur les ordres du général Caro, les soldats espagnols, suivis des habitants de Fontarabie, incendièrent et ensevelirent littéralement sous les cendres le bourg de Hendaye (23 avril 1793).
Dès sa plus jeune enfance, Etienne Pellot se fit remarquer par ses espiègleries, ses tours malins, ses coups d'audace.
Il aimait à se perdre dans les rangs d'une compagnie de vétérans chargés de la garde du port; le récit de leurs anciennes luttes, de leurs prouesses, enflammait son ardente imagination, excitait son enthousiasme. Il finit par être remarqué par M. de Ravier, gouverneur de la place, qui l'aima, et se chargea de sa première éducation.
Arrive la guerre d'Amérique : le jeune hôte de la garnison de Hendaye monta à l'âge de 13 ans sur le corsaire la Marquise-de-LaJayeUe. Ce bâtiment, armé par les dames de la cour contre les Anglais, avait 30 canons. Embarqué le 19 novembre 1778, Etienne assista aux combats soutenus parle corsaire à la hauteur des îles Açores, dans les eaux de Tîle
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int-Michel et sur te- oTi^ (Ïk "'Wimib». tl noXin. -m
Franco au mois lie sepietchre Vl mn»*» ^iu"~^lTa tinna ivnir
reçu une blessure, le bw-v^e Il-t" •■.ra->t:^, AntT's iiuisIt^QM
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amiral et ministre de la satIiuî. i^ftut ITmiane : il tûnut sott
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di^e maître. L'Aiy'U pm mil- La mrîr ri ^i.jrfl dem navires
de guerre et plusiejrs r.Tl:u-j.Tir.-* ;■• -irnmerîp, et rentra.
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lieatenlnit sur uni «orsàire de 22 canons te Gf^ra^Dufkioùnez. L'état-mèjoT eft presque tout Téquipage étaient basques. Etaient preiMer et second capitaines M. Dihin'X', de Bordeaux, originaire de Saint-Jeaù-dC'-Luz, et M. Dufourcq, de Cibourè. Après avoir capturé un navire espagnol, on vola vers les îles Açores pour y établir une croisière. Le gouvernement du Pérou venait d'expédier le fâmieux gallon d'Bspfr* gne cMargé de 84 inillions vers la métropole. Où connaissait 1& jour de son départ de Lima. N*os Basques sillont^ent 1» mer k là recherche du nqim. Enfin le 8<mUagt)-de^ChiU paraît, cPétâit son nom ; il s'arvânce majestifeiiseraent (24 juio). Il était àrnié de 40 canons. Nos corsaires ventent se précipiter sur les canons et mettre réqttipage Qti pièces avec des haches d'abordage. Féllot tempère l'enthousiî^gme irréfléchi de son entourage, fait prévaloir son avis en conseil de guerre, et/ réunissaoïrfc lés mariiiB éutout de luiy développe son pfem d'attaque, donné ses raisons?, et conclut &a disant : « M«8 amis, il faut attendre eti panne ». On masque les batteries du Dimxmriez, qui ressenfble à' un pauvre brick qui n'ose ni avancer ni aîvouer sa nationalité. Le Santiago est déjà à une petite pbrtée de canon : tout-à-coup le Dumuriez s'élance comme un oiseau à tire d'ailes; le corsaire est réconnu, mais trop tardl Les bouches à feu tonnent de part et d'antre et vomissent la mitraille et la mort sur les ponts des' deux navires; le ôorsaire dévore Tespace et accroche le galion... L'intrépide Peliot d'un bond se jette au milieu dès Espagnols, il est gravement blessé; n'importe, suivi des sierws, il sème la mort autour de lui... Les Basques sotit maîtres du galion et de ses millions. Hélas! ils ne devaient pas les gslrd;i)r longttemps.
Ralentis par les vents, entraînés dans leur marche vers les côtes de la France, ils sont bientôt en face d'inné escadre entièl'e de vaisseaux anglais. Impossible de lUtterj impossible
de fuir. Nos Basques ouvrent des barils de pondre d'or, s'en remplissent les bottes, la doabliire de leurs vêtements ; précautions inutiles. Le Dumourm et le Santiago sont arrêtés et capturés; i! faut rendre jusqu'au dernier atome de la poudre précieuse ; ils sont conduits h Portsraoutli. Pallot, qui dans la capture du galion avait fait preuve d'autant de sagacité dans le conseil que de bravoure dans l'action, fut placé k l'hôpital. C'est là qu'il reçut la lettre de son ancien maître, M. Dalbarade, devenu ministre de la marine. Elle était conçue en ces termes : « Ta ne m'as pas trompé, tu es un brave. Je te serre sur mou cœur, tache de me rejoindre n. Remis de sa blessure, on lui permit de prendre quelques baius de mer pour raffermir sa convalescence, Le redoutable corsaire fait la connaissance de quelques coutrtîbandiers et les intéresse fasa cause : « Je suis un corsaire, leur dit-il, sous peu vous pouvez avoir affaire il moi; conduisez-moi sur les cfttesdela France, je vous promets ma protection ». A l'entrée de la nuit, il vog'uait sur leur batMU vers la France. Pris à bord, h la liauteur de Fécamp, par des pêcheurs français, il arriva
à Paris et alla se jeter dans les bras de son protecteur et com-
, patriote Dalbarade.
Céfait le temps ofi la jeunesse courait aux armes pour repousser l'invasion étrangère ; les chasseurs basques s'illustrftieat sous les chefs de leur choix. Dalbarade connaissait les goûts de Pellot, dont les préférences étaient pour les C'jmb&ts sur mer. Atia de l'arracher k ia levée en masse décrétée par la Convention, il le mit *ea subsistance» sur la frégate la Justieê avec mission de porter an chef maritime du port de Nantes les dépêches et comniuniciitîons secrètes La Bpetag"ne était sillonnée par les troupes royales et réptl-
blicaiues ; Pellot est pris entre les deux armées non loin de Saint-Fulgent (Vendée). Les républicains veulent lui faire prendre le mousquet d'un des leurs tombé frappé d'une balle. «Je n'ai jamais tiré un coup de fusil, dit-il; je servirai à enlever les blessés ; » et aussitôt il cbarge sur ses épaules le corps du soldat gisant par terre. Bientôt il est pris par les royalistes, qui, le prenant pour un espion, veulent le faire fusiller. Il aperçoit près de lui le panache blanc d'un général, et il s'écrie : «Général, pitié pour un innocent!» Le célèbre général Charette — car c'était lui-même — écoute ses explications et le fait mettre en liberté.
Il en profite pour venir saluer sa famille à Saint-Jean-de- Luz, et repart immédiatement pour la ville de Toulon, assiégée par les républicains ; il est témoin de la cliute de la ville et des horreurs de !a victoire. Son esprit, encore plein de ce qu'il a vu en Bretagne, est fortement impressionné de ce nouveau spectacle, h tel point qu'il ne cessa de répéter depuis : « Tout pour la'patrie, rien pour les factions. » C'est là qu'il vit pour la première fois Napoléon Bonaparte. Faisant partie d'un détachement de marins commandé par le lieutenant Meynier, camarade et ami du futur empereur, il fit un jour avec eux une promenade sur l'eau. Comme l'embarcation toucha h foud avant d'avoir accosté, Pellot, d'un prodigieux bond, sauta à terre. «Etes-vous basque? lui demanda Bonaparte surpris. — N'est-ce pas clair, commandantt répartit Pellot. — C'est vrai; et quand on aura besoin de gens qui sachent voler, on recourra à eux. ... — Qui sauront voler sur l'ennemi » , reprit le corsaire.
Au mois de juin 179Ô, Dalbarade le recommanda au contreamiral Vastabel, et le fit enrùler avec le grade d'enseigne kbord delà corvette la Sttjtsnnie. Ce biUiment faisait partie de l'escadre destinée à la conquête de la Hollande; il croisa à l'entrée de la Baltique, et fit un mal immense au commerce
des Anglais. Pellots'y fit remarquer; mais ni le ministre ni son nouveau maître ne purent plus le retenir au service de TEtat; il était né corsaire, et il voulait servir sur les corsaires.
Rendu à la liberté, il s'embarqua sur le Coro en qualité de second capitaine le 2 septembre 1796; M. Larrég'uy, de Saint- Jean-de-Luz, en avait le commandement en chef. A Tembouchure du Douro, on prit un navire portugais que Pellot fut chargé de conduire dans un port d'Espagne. Cette nation était alors notre alliée. Il entra dans le port de Baïona (Galice); mais le gouverneur, qui en secret était l'ennemi de la France, ne craignit pas d'arrêter Pellot. Pendant que la garde le conduisait, il remarqua la tristesse d'un de ses hommes. « On dirait que tu pleures, lui dit-il en basque. Va, dis à tes camarades qu'ils se tiennent prêts à partir. » A la première taverne, il paie force rasades et fait soûler les gardes. Quelques moments après, les corsaires cinglaient à pleines voiles sur l'Océan, et le gouverneur don Gregorio de Silva, après avoir perdu son prisonnier, perdit encore sa place sur une plainte de l'ambassade française à Madrid.
Les motifs qui dégoûtèrent Pellot du service de l'Etat l'éloignèrent encore des grands corsaires. Entouré d'hommes enthousiastes de ses qualités, espérait-il trouver meilleur profit dans de petits navires dirigés par lui-même? Peut-être bien, car comment supposer que son amour pour les coups d'audace et les captures était un amour platonique? Toujours est-il que Pellot se jeta dans les petits corsaires, et c'est ce qui peut-être a fait qu'un homme de sa trempe ne se soit pas élevé au-dessus des hommes de talent de second ordre. Le 8 août 1797, avec 40 Basques accourus à sa voix, il prit le commandement en chef du Flibmtier, petit corsaire de 8 canons, armé par M. Labrouche de Saint-Jean-de-Luz, se dirigeant vers les côtes du Portugal. Nos Basques attaqué-
it s ràtiofdage et capturèrent un naTire marchand armé
de 15 canons. Malheureusement, pris eux-raâmes dès le lundeïïiain de leur capture par la corvette anglaise la Belliqueuse, île furent conduits k la Rye.
On les plaça dans un fort. Pendant le jour on les autorisait à se réunir dana une cour dont les murs élevés faisaient une vaste prison : c'est là que Pellot, par ses facéties, par ses excentricités joviales, amusait ses camarades et relevait leur moral, .lus éclats de rire des pvieonniers, les gardiens s'humanisèrent jusqu'à se mêler aux scènes bouffonnes Ju redoutable corsaire. Quelquefois, il sautait contre le mur de la tour placée au milieu de la coar, parce que, disaït-il.îl voulait voir si les femmes anglaises étaient aussi bien que les françaises. Son œil alerte remarqua que de derrière UQ rideau d'une petite ouverture, une dame s'intéressait et riait aux jeux de la cour. C'était la dame même du gouverneur du fort, que les copieuses libations de son mari laissaient souvent livrée à ses propres réflexions. Pellot demanda et obtint dé lui fitre présenté. Quelques joura aprè.s, il était admis à égayer les dames de.s officiers de la garnison. Un joiit il annonce à la société une pièce de sa façon sous le titre du G-àtéralioileux. i Mais, dit^il, il we manque un costume militaire. » Le gouverneur, Thomas Wanley, ivre-mnrt selon sa louable habitude, éfait couché de bonne heure et ronflait comme le soufflet d'une orgue. Naturellement son uniforme était là; on le porte, et Pellot s'en affuble. Rn mauvais anglais et avec force gestes mimiques, il raconte les tribulations d'un général américain, boiteux et ridicule, abandonné par ses soldats dans une forêt du Nouveau-Monde. Il termine le premier acte par l'air national d'Amérique Yankee dodede...
«Mesdames, dit-il en finissant, voilà le premier acte; à bientat le second, a Ht il prend son chapeau' et sa canne, fait une grande révérence, et se retire en boitant. La foUe
société riait encore que déjà Pellot, après avoir franchi la poterne de service, reçu le salut des armes des facttonnaires, courait chez une de ses connaissances, M. Dufort, principal xnaître d'hôtel de la ville de Folkestone. Là, notre infatigable corsaire épiait chaque jour un moyen d'évasiop. Un jour il entend d'un appartement de l'hôtel des cris plaintifs, une voix qui en bon français s'écriait : «Mon Dieu, ayez pitié de moi ! » D'un bond il enfonce la porte <jle la chambrej> trouve un hommç maltraitant une jeune demoiselle ; il saisit avec vigueur le bâton du malfaiteur, et lui arrache sa victime. Le concierge accourt, s' écriant : « Malheureux, c'est im général!... — Il n'en est que plus mépristable, » répond Pellot. C'était en effet Je général Hupe, l'oncle de celui du même nom qui bientôt devait commander les troupes anglaises au blocus de Bayonne. Après avoir d'abord fait agréer ses hommages à une jeune orpheline, M"' C***, de la ville de Liège, il les lui faisait depuis quelque temps payer à coups de canne. Pellot promet à sa protégée de ne plus séparer sa cause de la sienne. Le soir il acheta un trousseau déjeune homme, et la fait habiller en vrai gentleman. Chaque niatin il allait flairer au port quelque moyen d'évasion. Un jour il entend quatre matelots, mécontents de leur capitaine parler contre lui ; il leur explique sa situation, leur représente Je prétendu gentleman bien riche, fait rouler ses nombreuses g:uinées. Les matelots hésitent. Pellot triomphe déjà, v^ visiter un cutter (petit navire de guerre à un mât et à une voile) dont l'équipage en fête n'avait pas laissé de gardien abord. Il constate qu'il est dans de bonnes conditions; revient aux matelots, s'écriant : « Parfait 1 allons, mes amis, la brise e^t bonne, levons l'ancre et partons!» Bientôt après Pellot arrivait triomphant au port de Dunkerque, renvoyait la nobje Liégeoise auprès de son oncle, en attendant sqn entrée dans un couvent^ où elle n'oubliera pas son libératQur,
Le 4 août 1798, Pellot, sur le corsaire les Deux-Amis, armé de 12 canons et monté par 65 hommes d'équipage, dirigeait sa course sur les côtes occidentales de l'Espagne. Il amarina cinq prises portugaises et fit 112 prisonniers rendus par échange. En 1799 il se joignit en qualité de second capitaine à M. Dariigrand, commandant du Bordelais, corsaire de 24 canons et de 220 hommes d'équipage. Embarqués le 20 mars, en deux sorties ils enlevèrent quatre navires anglais et firent 140 prisonniers dont l'échange délivra autant de Français. Resté seul de l'état-major de ce navire, il eut pour commandant M. Moreau, qui fit faire voile vers l'Irlande. Pellot ne tarde pas à remarquer une voile anglaise. La lunette ne révèle rien à ses camarades; lui, de s'écrier : Fuyons! fuyons I Sa voix est méconnue mais une belle frégate anglaise ne tarde pas à donner raison à notre corsaire. La confusion est à bord : le capitaine Moreau veut se faire sauter; le second capitaine, pour qui les prisons d'Angleterre sont à clairesvoies , est d'avis de lutter maintenant jusqu'à la dernière extrémité. Ils ne tardent pas à être pris et conduits à Corck et de là à Kinsale ; enfin on les place sur des pontons mouillés au milieu d'un affreux marécage qui doit arrêter toute tentative d'évasion. Des prisonniers qui s'aventurèrent dans le cloaque, les uns furent retirés avec peine sains et saufs, les autres y périrent. De ce nombre fut un jeune officier des chasseurs basques, le frère cadet du maréchal Harispe, car depuis on n'en aplus entendu parler. Cependant Pellot ne se déconcerte pas; à l'aide d'un couteau il amaincit quatre légères planchettes d'un bois dur et tenace, avec des lanières de cuir les adapte aux pieds et aux mains, et prend la voie des boues. Grâce à ce stratagème il en sort victorieusement et arrive à
Dublin. Là il s'embarque comme matelot h bord d'un navire ea partance pour Porto, où il prend le costume de pèlerin avec bourdin et gourde, arrive à Saint-Jacques de Compostelle et enfin à Hendaye.
Dans l'hiver de 1800 à 1801, sur le corsaire le Retour, armé de 10 canons et monté par 46 hommes. Entre autres prises, il captura un sloop (bateau à un mât) monté par des contrebandiers. Leur chef, pensant à sa famille, est désolé. Ses camarades, l'appelant de son nom de Wilson, \eulent l'encourager. A ce nom, des souvenirs se réveillent dans l'esprit de Pellot. Vite il reconnaît George Wilson, qui un jour l'aida à sortir des prisons d'Angleterre. II lui fait promettre qu'il lui prêtera le môme secours le jour où la mauvaise fortune le jettera dans les mômes prisons, et ij lui rend la liberté et le navire.
Notre corsaire avait profité de la paix d'Amiens (27 mars 1802) pour épouser Marie Larroulet, de la paroisse dTrrugne. Cependant l'empereur venait d'ordonner une levée en masse de jeunes marins et de les appeler à Boulogne. Quelques négociants de Bayonne prièrent Augereau, qui alors commandait la division militaire des Pyrénées occidentales, de délivrer à Pellot des lettres de marque, commission en guerre, ce qui lui fut accordé à condition de n'embarquer de marins français que le nombre nécessaire à Tétat-major. Pellot alla donc recruter à Marseille un équipage de Grecs et d'Italiens, des flibustiers. A son retour k Bayonne, voulant avoir des hommes plus sûrs, il cherchait à enrôler quelques Basques : mais toute la jeunesse était sous les drapeaux. Un jour, il apprend de M. Damborgez, premier président du tribunal de première instance de Bayonne, un de ses parents, que quatre Basques subissaient une prison préventive dans la prison de la ville. Il va droit au geôlier, le fait dîner copieusement, et demande à visiter les prisonniers basques;
bieu plus, il amène »ou g'eôlier, dontl» raÎBOB pUcer * ces misérables, pour expintion Je leurs crimes ». dans les combles de la prison, attachés k des poteaux et ûxpùsés aux gouttières d'une toiture imverte au-deasus de leurs têtes. La nuit suivante, un ramoneur enlevait les quatre jeunes g-eos basques qu'il emmena avec lui au Passage.
Le corsaire le OféTi&iil'Au^ereau, portant 12 carotiadea et 70 hommes, attendait en rade l'arrivée de son capitaine. Pellot lève l'ancre, et se dirige vers le canal de Saint-George, parages sillonnés par des navires de guerre. Il met en panne sous le cap Théar, promontoire d'Islande. Le 4 août ap^ar^t un convoi de 50 voiles ; mais il est escorté de deux nayires de guerre d'un nouveau système, réputé inabordable : ce sont le Willmn-Scolt, de 22 canons, etlaJ/arj'îiWife, delScaaons. La proie est belle; mais que faire avec 12 bouches à feu? et comment oser méconnaître l'ordre d'Augereau, qui lui a recommandé de renoncer à la vieille tactique d'abordage? Tout autre que Pellot aurait fui. Pour lui, immédiatement il a conçu un plan et l'exécute avec une couduîte qui fut reg«r. dée comme une mervedle d'habileté.
Voici ce qu'on lit h, ce .sujet dans les AnMka majriUmes et ' eoloniaks an 1830 (deuxième partie, p. 485) :
«he CQTsaive le &élé^al-A^iffeTe(m^ capitaine Pellot, armé de 12 caronades h Bayonne, soutint le 4 août 1804 un combat contre deux navire.s anglais convoyeurs armés en guerre et marchandises. Le plus fort, portant 22 canons de gros calibre, fat enlevé à l'abordage, et l'antre, après une vive canonnade, n'évita le même sort que par lafidte.
o M, Pellot, maintenant domicilié à Hendaye, témoigue ft M. le ministre de la marine le désir de faire hommage h l'école d'hydrographie de Sainl^Jean-de-Luz du tableaii qui représente le combat. 3. Exe, par une lettre du 13 janvier 1830, a accepté cette offre, qui tend à perpétuer le sou-
venir d^use action g^lorieuse pour le capitaine Pellot, et ne peut qu'exciter une utile émulation pour la marine.
<s Ce tableau a été installé dans le local destiné aux. leçons publiques à Saint-Jean-de-Luz aux acclamations de Vive le Roi! en présenoe du maire, du commissaire de la marine, du professeur d'hydrographie et d'un grand no.r:bre d'habitants de cette ville. »
Le maréchal de l'empire Augereau, gr^nd-officier de la Légion-d' Honneur, chef de la 15® cohorte, écrivit de son côté à Pellot, capitaine du corsaire le Q-énéralrAugereau :
« Si la belle action par laquelle vous vous êtes distingué, Monsieur le Capitaine, n'a pas été profitable à votre fortune, elle n'est pas perdue pour votre gloire et pour votre avancement. Je vous ai déjà annoncé qu'elle ne resterait pas sans récompense, et j'en contracte avec vous l'agréable engagement. L'Empereur aime les braves autant que moi; j'espère 'ui faire partager les sentiments que vous m'avez inspirés par votre conduite intrépide.
« Hâtez-vous de rétablir votre santé : bientôt vous aurez Toccasion de vous signaler encore. Dites à vos compagnons que YAugereau ne doit jamais tomber au pouvoir de l'ennemi.
« Paris, le 16 fructidor an xii (3 septembre 1804).