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trois frères Harriet, nés à Urcuray, section de la comie Hasparren, de parents obscurs, furent du nombre oyens qui, arrachés au foyer domestique par les dan- 9 la patrie, la défendirent en héros. Ils firent leurs pre-
armes, croyons-nous, à côté de Harispe, commandant ax ba*wllons basques , lors de la campagne de 1793. L'eux arriva au grade d'adjudant-général, et se fit luer par sa bravoure durant les guerres de la Répu- . L'autre, «doué des qualités qui fontrhomme militaire, . jusqu'aux plus hauts emplois civils et militaires ; » il t h Tarbes le 31 novembre 1828.
celui dont l'histoire a gardé le plus de souvenir est ^Harriet ou le colonel Harriet. Avec ses deux frères il partie de l'un des bataillons basques commandés par e, quand le général Lavictoire fut gravement blessé
coup de canon parti de l'une des redoutes du col de itz. Slnspirant de l'exemple de son commandant, qui 9tte circonstance fit preuve de tant de bravoure, il se arquer par son sangfroid, et dès ce jour Harispe la la comme son ami et un courageux défenseur de la
îet poursuivit en brave la carrière militaire; il arriva ades supérieurs. Mais un courageux Non qu'on voulait
étouffer dans sa bouche attira sur lui toute la rigueur militaire ; il vota contre le consulat h Tie, et il fut révoqué de ses fonctions, rayé des rôles de l'armée. Cependant Choumé avait soif de servir sa patrie : un jour, c'était en 1807, il se présenta devant Tétat major-général, et demanda au prince Neufchatel un poste où il pourrait verser son sang pour la défense du pays. Ses amis, à la suite de Harispe, appuient sa demande, et quelques jours après il est nommé au commandement d'une forteresse en Prusse.
Arrive la célèbre journée de Wagram (1809). Le colonel Harriet vient à la tête d'un régiment au lieu môme où. doit se livrer la fameuse bataille. Il n'est pas plus tôt sur le lieu de l'action qu'il reçoit une. balle au front. Il fait panser sa blessure, et le lendemain — on était à la deuxième journée de la bataille — Harriet reprend son poste , et entraîne son régiment à emporter d'assaut une batterie de canons. C'est là que la mort l'attendait : atteint d'un boulet en pleine poitrine, il tombe couvert de sang et de gloire. — Camarade de Reynier, de Duverger, d'Harispe et de Moncey, notre colonel basque fut, au rapport de ses compagnonSj^ « un homme d'une trempe peu ordinaire, aussi instruit que brave. » Sa vie, sa mort comme celles du grand capitaine, furent sans peur et sans reproche.
La famille Harriet de Halsou, plus ancienne que celle d'Urcuray, et sans aucun lien de parenté avec elle, a fourni au xviir siècle Martin Harriet, lieutenant du premier chirurgien du roi, docteur en médecine et auteur d'une grammaire et vocabulaire basques en 1741 (1). Martin eut trois fils, dont
(1) Le père de Martin, Joannès de Harriet, sieur Locaté-Hiriart, était maître tuilier, possédant de grandes tuileries en Espagne.
Talné fut docteur-médecin comme lui, et les deux autres, Jean et Pierre, avocats et procureurs du roi au bailliage d'Ustaritz. Jean, député à Paris en 1773 pour y défendre les intérêts du Labourd, réussit, après une année de difficultés à les sauvegarder «lu moins en partie. Il mourut à Halsou, par suite d'un accident de chasse, le 17 août 1775.
De nos jours cette famille a produit deux frères prêtres, aussi distingués qu'érudits (1) ; ce sont :
1° Fabien Harriet, qui, né le 13 février 1808, alla faire sa théologie à Toulouse. Ordonné en 1832, il fut professeur à Aire, à Oloron, à Larresi-îore, à J iiilly, devint avec son frère Maurice directeur de la maison de Saint-Louis à Bayonne, chanoine titulaire de la catliédrale (1859), et y mourut le 3 septembre 1871. Prédicateur aussi remarquable qu'habile professeur, il fut durant sa vie en relation avec Nosseigneurs de Salinis, Gerbet, et autres illustrations de son temps.
2° Maurice, né en 1814, fit ses classes à Larressore, au Passage chez les Jésuites et à Saint- Sulpice. Ordonné en 1848, il fut professeur à Larressore, à Juilly, à Saint-Louis de Bayonne, directeur au grand séminaire diocésain, recteur pendant vingt ans à Saint-Louis de Madrid. Les titres d'offlcier de l'Institut de France, de chevalier de Charles III d'Espagne, de chanoine d'Aller, deSrayrne, de Bayonne, de chapelain de la chapelle royale de Madrid, de celle impériale de Paris, etc., révèlent suffisamment le talent, les mérites et les relations de notre vieil ami et professeur. Retiré aujourd'hui dans sa maison natale de Halsou, il travaille h un Dictionnaire basque-français, où figureront les cinq principaux dia-
(t)*Un troisième frère, Auguste, longtemps juge de paix du canton d'Hasparren, a été brutalement révoqué par le gouvernement rôpubli^ cain.
leetefi eudcaaridns, «aToir : le goipnzcottn, la hdioiurc bas-navarrfti8, le biscayen et le souletln. Gesera un vr nument de notre immortelle langue, où tous les baaeo aimeront & s'éclairer et à puiser avec le plus grand Puisse le savant auteur de la traduction basque du Ne Testament achever ce beau travail, dont nous le fâicin l'avance !
TEUH Henri Fargues, de Saint-Jean-pied-de-port
M750-1804) et
DNEL Michel Etchegaray, de Saint-Jean-de-Luz
Odium suscitai rixas^ et universa delicta operit caritas.
La haine suscite des querelles, et la charité couvre toutes sortes de défauts. (Prov. <0, -12.)
FargueB naquit à Saiût-Jean-pied-de-port vers Tan le donaa au commerce des laines, qui était celui de 3. Vers 1789 il négligea ses affaires commerciales et à la politique* Ses opinions et sa position sociale mt les premières charges de sa ville natale. Il rem- «sivement les fonctions de maire, de juge, de présiassemblée élective. Pendant qu'il était maire, il y eut le juillet 1790 une insurrection dans la ville. Notre t fît, paraît-il, dans cette circonstance preuve de nt et même d'éloquence. Voici du moins ce que ivoas dans le numéro 244 de l'ancien Moniteur sous le de ExUraii de la relation iune insurrection dans la tmthJean-fied-de^ort :
aois de juillet dernier, des lettres écrites par les 3 eantabres en garnison dans notre citadelle circu- ^stérieusement dans la ville. Un citoyen recomman- * son patriotisme en regut une dont il s'empressa de )imaiuiication à M. Henri Defargue, maire, r lettre avait pour but de soulever le peuple et de
Tengag-er à tirer de prison un séditieux que la municipalité avait fait arrêter. Elle contenait en outre l'assurance que si les bourgeois se portaient à cet enlèvement, les chasseurs n'obéiraient point à la réquisition de la municipalité, mais qu'au contraire ils se joindraient à eux pour augmenter le désordre et favoriser l'évasion du prisonnier. Le moment était critique. Les chasseurs indiquaient dans la lettre un signal d'après lequel ils devaient descendre dans la ville et y porter la désolation. M. le maire convoqua sur le champ le corps municipal, l'instruisit du danger qui nous menaçait, et prit la résolution de se transporter à la citadelle avec ses collègues, le commandant du bataillon, et un certain nombre de citoyens que leur zèle associa aux dangers que la municipalité allait courir (?)
« Dès qu ils furent rendus à la citadelle , un chasseur de la compagnie de Landos, nommé Jacob, ordonna à un tambour de rappeler; un des officiers lui enjoignit de se rendre en prison. Il s'y irefusa, et, enhardi par l'exhortation de quelques-uns de ses camarades, il prit le chemin de la ville; mais bientôt ramassé par MM. Landos et Leduc, capitaines, il chercha vainement à intéresser ceux de ses camarades qui l'avaient déterminé à cette démarche séditieuse. La fermeté des deux capitaines leur en imposa, et Jacob fut conduit en prison. Alors M. le maire adressa un discours au bataillon, dans lequel il le rappela au devoir et à la subordination, et il étouffa à sa naissance ce germe d'insurrection. Ainsi noua devons la paix au patriotisme courageux des officiers des chasseurs, au dévoûment et à V éloquence de M. le maire, et au développement des bons principes que les chasseurs cantabres avaient dans le cœur et que de mauvaises insinuations avaient seulement obscurcies. Revenus à eux-mêmes, ils se sont assemblés pour juger la conduite de Jacob, l'ont déclaré incapable de servir parmi eux, et chassé du corps après l'avoir dégradé. »
A l'époque de la formation des bataillons des chasseurs basques, il y prêta le concours le plus actif. Nous ignorons si son patriotisme alla plus loin. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il était intimement lié avec Moncey, qu'il avait connu à Saint-Jean-pied-de-port simple capitaine. Il était en relations avec Montemote : ce personnage, qui devint le général Lavictoire, n'était rien autre chose qu'un ancien maître tailleur du régiment de Mont-Réal à Saint-Jean-piedde-port.
Fort de ces appuis et autres auxquels ses vues politiques le recommandaient, il devint président du directoire du département, et quelque temps après membre du conseil des Anciens, qui avec l'assemblée des Cinq-Cents formait le Corps Législatif. Après le 18 fructidor 1797, il fut réélu, et alla reprendre sa place dans ce même corps. En 1800 il fit partie du sénat conservateur, dont il devint le trésorier trois ans après. Nommé commandeur de la Légion-d' Honneur, Fargues mérita les éloges de Napoléon, qui s'entendait à apprécier les hommes : il mourut de mort subite, à Auteuil, le 28 septembre 1804.
Michel Etchegaray , né à Saint-Jean-de-Luz le 5 mai 1773, servit d'abord dans la marine en qualité de pilotin sur le Maire-Gruitio^i , Y Unité et le Pelletier, En 1794 il passa comme élève de marine sur le vaisseau le Mucius, commandé par Larréguy. Cette année même il fut blessé à bord de ce bâtiment. Dans un combat où périt le Vengew^ Etchegaray prit part à divers engagements, et fit une croisière sur les côtes de la Bretagne à bord de la goélette la Gentille,
En 1797 il fut attaché comme enseigne de vaisseau au lougre le Eech, en partance pour les Açores (îles de l'Atlan-
— aretique). A son retour, sur la frégate la ChiffowiUy il parcourut les mers de l'Inde et les côtes du Brésil. En 1804 il fut attaché à la garde consulaire eu qualité de capitaine et nommé chevalier de la Légion-d'Honneur. Il commanda successivement les chaloupes la Triomphahie, Y Audacieuse etVffeureuie; se distingua dans la Poméranie suédoise en capturant dans un combat naval un vaisseau ennemi. Enfin, aprè9 avoir assisté en Espagne aux combats d'Andujar et de Baylen, il revint en France au commencement de 1814. En récompense de ses services, il obtint la croix d'officier de la Légion d'Honneur (16 mars 1814j. les épaulettes de chef de bataillon (15 juin suivant;, et la croix de chevalier de Saiat-Louis (23 septembre). Il mourut dans sa retraite à Saugaac (Landes) le 25 décembre 1829, en couronnant une vie honorable et pleine par une mort chrétienne.
Jean-Blaise Goyeneche, de Saint-Pée-sur-Nivelle
Optavi et datas est mihi sensus.
J'ai souhaité d'avoir un sens droit , et Dicn me l'a donné.
(Sap., VII, 7,)
Garrîs, l'antique Carasa, assise sur la voie romaine qui de Aqtkê TarMlica (Dax) allait à Immum Pyrenœum (Saint- Jean-pied-de-port), fut longtemps une de nos plus importantes localités. De là sortent plusieurs honorables familles du Pays Basque. Une de celles-là fut la famille de Jean Blaii^e Goyeneche.
De l'union d'Arnaud Goyeneche (sieur adventice) et de Marie d'Etcheverry, héritière d'Elisseche de Garris, naquirent, vers la seconde moitié du xvu^ siècle, cinq enfants, dont l'un (Gracian) épousa Marie Duhagon, héritière de Yniminoarenea (aujourd'hui Bordalanda) et de Gorrindoteguy de Hasparren. D'un des enfants de cette dernière union descendent les familles Durriity et Eugène Harriague d'Hasparren. De Jean-Baptiste Goyeneche, autre enfant du même mariage, viennent celles de Goyeneche de Saint- Jean- de -Luz et d'Adéma de Saint-Pée-sur-Nivelle. Jean-Baptiste, qui avait téga une éducation des plus chrétiennes — nous en avons ÎTJÈlPUTr garants les conseils de son père, dignes de ceux de ^•■i*tobie & son fils, et conservés encore dans les papiers de .^ funille — 5 alla à Saint-Jean-pied-de-port succéder au comxoeree d'un de ses oncles paternels. C'est là que le22novem- ■iwe 1776 il épousa Marie Larralde(l), héritière coutumière
) Sa mère était une demoiselle Cazaubon de la maison Cazahia Arbonne, qui a fourni une des premières compagnes de M"« Etche-
de Sugarreta de Saînt-Pée, dont il eut quatre enfants : Jean- Biaise, Gratien (1), Catherine (2) et N... (3).
Jean-Biaise, dont nous avons à nous occuper, naquit le 2 février 1778 à Saint-Pée dans la maison natale de sa mère. Son père, formé lui-même au commerce de Bayonne, tint à lui donner une éducation en rapport avec sa position sociale : elle fut avant tout chrétienne. Jointe aux qualités d'esprit et de cœur du jeune Jean-Biaise, elle lui valut une supériorité marquée parmi la jeunesse du pays, aussi, quand à Tarrivée de Napoléon P' a Bayonne, en 1808, on voulut monter la garde d'honneur basque, fut-il nommé lieutenant. A ce titre, il fit le service du château de Marrac durant tout le séjour de l'empereur dans cette ville; on sait qu'il dura autant que la fameuse entrevue ou ce qu'on pourrait mieux appeler l'attentat de Marrac.
Charles IV, roi d'Espagne, par suite de la révolution d'Aranjuez, avait abdiqué la couronne en faveur de son fils Ferdinand (mars 1808). La nation était divisée entre le père et le fils. Murât, maître de Madrid, refusait de reconnaître la révolution d'Aranjuez. En un mot, Charles IV et Ferdinand
vcrry, fondatrice de l'ancien couvent d'Hasparrcn. Quelques lettres d» M"" Casaubon, la religieuse, ont été éditées par Mlgne. — Son frères- Michel Larraldc, missionnaire à Larressore, fut confesseur do la foi ec^fc 1793 et mourut au couvent de Vera (Espagne).
(1) Gratien épousa une dimoisoUe Malvos , de la famille de ce nom^S Saint- Jean-de-Luz, alliée à cette célèbre famille d'Ibaguctta cic lî~— ^ même ville. Le petit-fils de Gratien, Albert Goyeneclic, docteur ce médecine à Saint-Jean-de-Luz, commandeur de Tordre royal d'Isal)eUe— "^ la-Catholique et de l'ordre royal de Charles II F, a épousé de nosjoun^* Elisa Londaïts, de la famille infançonne de ce nom, à Ayherre.
(2) De l'union do Catherine avec Bertrand Adéma sont issus, entre autres enfants : Gratien Adéma, curé-doyen de Tardets et Jcan-BUise Adéma, docteur en médecine à Saint-Pée.
i3i Veuve Arostéguy, décédée sans postérité A Hasparrcn.
— 21Ô — avaient fait le puissant maître de l'Occident arbitre de leur différend. Ils arrivèrent ii Marrac, 0(1 les attendait, depuis le 14 avril, le redoutable juge. Il les écouta les deux, puis envoya le pèi'e h Compiègue et Ij fils h Valençay. Quant à leur couronne, il la douna à. son frôi-e Josepli , que le 8 juin il fit reconnaître roi d'Espagne par une junte de principaux personnages espagnols convoquée h Bayonne.
Mais pendant que ceux-ci couraient aj-devant du nouveau roi, le peuple se leva. L'insurrection éclata partout avec une fureur patriotique. Le mouvement devint en peu de temps formidable. Bessières eut beau gagner h Eico-Seco{14 juill.) une victoire qui ouvrit h Joseph les portes de Madrid; k Saragosse, h Valence, nos troupes furent repoussées, et dans TAndalousie un des plus brillants généraux de la grande armée, Dupont , cerné à Baylen , signa une capitulation qui fiit indignement violée (20 juill.}. Au mois de septembre nous De possédions plus dans toute la Péninsule que les provinces BU nord de l'Ebre.
Napoléon, heureux d'avoir fait reconnaître par la Russie son frère roi d'Espagne (12 octobre), accourut au secours de ses généraux. La victoire revint un moment sous les drapeaux lançais; mais, après le départ de l'illustre capitaine, la diviaïon du commandement et la faiblesse de Joseph paralyflèrent tout. — En 1813, une nouvelle et formidable coal'iition se forma contre la France ou mieux contre son terrible e composait de l'Angleterre, de la Prusse, de a Russie et de l'Espagne. Wellington battit lepU à, Vitoria (21 juin) : c'était la perte pour nous de P^Sepagne. Suchet évacua Valence, Barcelonne, et se retira W^ liguières, ofi il s'adossa aux Pyrénées. Soult prit position ■lerrière la Nive, mais les Anglais n'en étaient pas moins liaasoa. Le 7 octobre le sol français était entamé. iXB, Napoléon proclama la levée en masse, l'insur-
rection nationale. Les libéraux, au lieu de se serrer autour de TEmpereur, donnèrent lo signal d'une opposition intempestive. Le corps législatif se plaig-nit du despotisme et de la guerre. Napoléon ne se déconterta pas ; il renvoya Ferdinand VII en Espagne et le pape à Rome, régla seul son budget» et se prépara à une lutte suprême. En un mois il avait livré quatorze batailles, remporté douze victoires et défendu les approches de sa capitale contre les trois grandes armées. Mais les Anglais, que Soult n'avait pu arrêter, entrèrent à Bordeaux, où Louis XVIII fut proclamé roi (12 mars). Napoléon abdiquait le 6 avril suivant.
Ces lignes, rappelant quelques événements de la période de 1808 à 1814, démontrent combien les frontières espagnoles, et partant nos pays, eurent à souffrir par suite dii passage ou du séjour des armées régulières, de leurs travaux de défense, etc. ; et cependant nos communes frontières eurent à subir d'autres malheurs de la part des bandes de Mina et autres insurgés espagnols. C'étaient sans cesse des incendies, des pillages, des assassinats de vieillards, d'enfants, et autres atrocités de tout genre. Pour réprimer ces actes de cruauté, en 1810 on organisa dans les communes ce qu'on appela les colonnes mobiles. Jean-Biaise Goyeneche, qui deux années auparavant avait été nommé commissaire spécial délégué pour approvisionner les magasins de fourrages de Saint- Jean-de-Luz pour la cavalerie de l'armée d'Espa gne, devint commandant de ces colonnes. Constamment du service actif et sur pied, les colonnes sous ses ordres rendirent les plus grands services aux communes et notamment à celle de Sare le 8 octobre 1812.
Un détachement de guérillas de 150 hommes, d'aucuns disent de 300 hommes, commandé par Fermin Leguya, lieutenant de Mina, venait d'envahir cette commune; Pendant que Tennemi se faisait fêter au bourg, on pàïcoùi*âit les
piaison&f paur ramener sur le champ 300 chemises, 300 paires de souliers et autres objets déteri^iiués. Gorgés de vins, nos Espagnols devinrent insolents et se mirent h injurier et môme à maltraiter les habitants. C'est alors que Goyeneche, informé secrètement de la descente des bandits, accourut à la tête de ses colonnes. Evitant le pont d'Amotz, il venait par la montagne Louis XIV, quand Tennemi, l'ayant aperçu, prit la fuite. Il emporta avec lui la caisse du percepteur des contributions, renfermant la somme de 1345 fr. 39 c, et le percepteur lui môme, ainsi que le receveur des douanes avec ses trois employés en otage. Le lendemain, la municipalité, soutenue par Goyeneche usa de représailles, et ordonna d'arrêter tous les Espagnols qui se trouvaient sur le territoire de Sare. Parmi eux on arrêta M. Rogue avec sa dame, homme très riche et très influent, qui entra en négociation avec Mina et fît mettre on liberté les otages et rendre la somme volée.
Goyeneche remplissait ses fonctions avec autant d'habileté que de bravoure, quand le 3 juillet 1813, à l'époque de la rentrée de l'armée d'Espagne, il fut nommé chef-adjoint ou major de la légion des cohortes, gardes nationales des cantons ruraux de l'arrondissement de Bayonne. Tout en commandant ces cohortes, il organisa les éclaîreurs de l'armée commandée par le roi Joseph Bonaparte. Il servit dans cette armée même après l'arrivée du duc de Dalmatie, qui, en témoignage de son dévouement et de sa bravoure, lui délivra les lettres les plus flatteuses. Il assista à l'expédition faite sur Pampelune dans le corps d'armée sous les ordres du général comte d'Eiion. Sans cesse aux avant-postes, il suivit tous les mouvements de l'armée jusqu'au 1»' mars. Alors il fat nommé Ghef de partisans ipSiT une commission délivrée, à Barcelonne, par le comte Harispe. Chargé de tourner l'armée ennemie, Goyeneche réussit dans cette périlleuse mission.
Il était à la tête de 450 hommes recrutés par lui-môme, quand la nouvelle de la première abdication de Napoléon lui fit licencier sa troupe.
Mais dans l'intervalle il avait exercé les droits de l'hospitalité envers un illustre disg^racié, le roi Joseph Bonaparte. Après sa désastreuse journée de Vitoria, où le prince perdit jusqu'à sa voiture avec ses papiers, l'armée française, réunie et réorganisée sous les murs de Pampelune le 24 juin, comptait encore 30,000 fantassins. Elle paraissait assez forte pour se maintenir pendant quelque temps du moins sous les murs de cette ville. Cependant on ne s'y arrêta pas, et Tordre fut donné de continuer la retraite et de passer les Pyrénées. L'opération fut terminée le 27 juin. L'armée du Midi, conduite par le général Gazan, arriva par Roncevaux à Saint-Jeanpîed-de-port. Le général Drouet d'Erlon, à la tête de l'armée du Centre, suivit la riche vallée de Baztan, et descendit par Maya sur UrJaeh et Ainhoa. Enfin les deux divisions de l'armée du Portugal, sous les ordres du général Reille, après avoir débouché sur Sare par la gorge de Vera, s'établirent au point le plus arriéré de la gorge, un peu en arrière des positions occupées par nos troupes le 3 ventôse an II (23 février 1794).
Le général Reille gardait une petite redoute établie sur un mamelon au centre, entre le chemin d'Etchelar et de Vera, et se joignait à droite avec le général Conroux, lequel occupait le sommet de )a montagne et s'étendait jusqu'à la chapelle d'Olhaïn. Le général Reille avait son quartier général à Beheln-Borda et le général Conroux logeait à Chwritegui- Borda,
Quant au roi Joseph, son frère, en apprenant les derniers désastres, l'avait remplacé par le maréchal Soult, à qui, avec le titre de son lieutenant en E pagne, il avait donné des pouvoirs extraordinaires. Le nouveau plénipotentiaire devait
se rendre immédiatement h Bayonne et y rallier Tarmée pour tenir tête aux Anglais. En même temps que ces ordres. Napoléon en avait donné de très rigoureux et de très humiliants à l'endroit de son frère, ex-roi Joseph. Il lui enjoignit de quitter sur-le-champ TEspagne, lui interdit de venir à Paris, lui prescrivit de se retirer k Morfontaine (Oise), de s'y enfermer, de n'y recevoir personne. -Ce n'est pas tout; il chargea le prince Cambacérès de défendre h tous les fonctionnaires de Taller visiter, lui enjoignant de faire arrêter son frère si ses ordres étaient enfreints. C'est dans ces tristes circonstances que Goyeneche eut à recevoir Joseph, qui fît son entrée en France, fin juin, parole Baztan. Il donna 1 hospitalité, dans sa maison de Sugarreia^ à l'infortuné prince, qui, en retour de ses bons offices, lui fît don de son cheval de bataille tout harnaché et se dirigea vers le lieu de son exil.
Le terrible dictateur lui-même, après son abdication du 6 avril, avait été rélégué à l'île d'Elbe. Echappé de là, il rentra aux Tuileries le 20 mars 1815. Cinquante jours après son retour, il avait organisé une armée de ligne de 182,000 hommes et préparé une autre de 300,000 gardes nationaux mobiles pour la détense des places et la réserve de l'armée active. Mais il avait à combattre contre toute 1 Europe.
Naturellement on songea à la défense des Pyrénées. Goyeneche eut à présenter à cet effet un mémoire. Après avoir décrit les pertes et les malheurs occasionnés au pays par les dernières guerres, dépeint la bravoure , le caractère et les mœurs des Basques, il y rappelait les services rendus par eux durant les guerres de 1793 et les campagnes de 1813 et 1814 sous le commandement des chefs de leur choix, et finissait par assurer que ses compatriotes étaient disposés à se sacrifier pour le salut de la patrie.... «Le Basque, disait-il, a en
horreur rémigration (1) ; il veut vivre et mourir en 9&n, pagrs. Dans l'ancien temp^, ce pays ne fournissait pas six soldats h l'armée de terre; cependant, à la g^uerre de 17939 les Basques, commandés par leurs compatriotes, ont été la terreur de Tarmée espagnole. Aujourd'hui, réunis comme alors sous les ordres d'officiers pris dans le paya, ils rendraient, j'en suis sûr, Jes mômes services h la patrie. Ils sont tous braves et fortement constitués ; leur agilité est un avantage qu'ils ont sur les soldats des autres pays, surtout lorsqu'il faut combattre dans leurs montagnes...; ils compteot pour rien les fatigues de la guerre lorsqu'ils la font chez eux. Cette vérité a été prouvée en dernier lieu dans les campagnes de 1813 et de 1814 par l'énergie et le zèle qu'ont montrés quelques débris de gardes nationales que les ci^ constances ont permis de rassembler. Je cro's que si Sa Majesté, par une disposition particulière, ordonnait, sans préjudice de la mise en activité des corps de la garde nationale, l'organisation d'un nouveau corps régulier sous la dénomination de chasseiws dasqms, qui serait commandé par des officiers de la même province, avec la garantie que ce corps serait licencié dès que la paix avec l'Espagne serait assurée, et que du même moment les hommes de toute arm^ qui^ par suite d'un enrôlement volontaire , feraient partie de ce corps, recevraient un congé absolu ; je croifl qu'après l'ouverture d'un pareil enrôlement volontaire, on verrait des braves qui encore feraient l'admiration de l'armée française... Leur costume devrait être analogue à celui usité dans ce pays : celui adopté généralement en 1793 fut bleu de ciel, un peu dans le genre de celui des hussards; leur armure, un mousqueton avec bayonnette, un sabre, et
(1) L'émigration n'était pas connue cncoini <Ian5 notre pays, qui vivait (le sa propre autonomie et de ses libertés.
un6 cartouchière au lieu de giberne. L'on pourrait au besoin, en cas d'invasion, les utiliser en les employant en totalité ou par détachements à faire la guerre de pmtir'
Uauteur du mémoire, mis d'abord le 21 mai à la disposition du général Clausel, qui commandait le 3 corps d'observation, fut par ordre du ministre de la guerre', en date du 3 juin, envoyé auprès du général Harispe. Celui-ci lui confia la mission d'organiser un corps franc basque. Mais le 18 du môme mois se livrait la bataille de Waterloo, et l'empereur, après avoir une seconde fois aodiqué le 23 juin, prenait le chemin de Sainte - Hélène . Il ne restait à Goyeneehe qu'à rentrer dans ses foyers; c'est ce qu'il fit. Il y emportait une quinzaine de lettres des généraux d Erlon, Beillc, Harispe, et d'autres officierh supérieurs : témoignages flatteurs de la vigilance, de la bravoure, en un mot des qualités qui distinguent l'offlcier expérimenté. Son précieux concours dans l'affaire du lieu dit col de Maya, dans les Pyrénées, les 25 et 26 juillet 1813, s'y trouve surtout relaté dans 'es termes les plusélogieux.
Cependant le rôle de Goyeneche n'était p^s terminé. Nommé dès l'année 1808 adjoint au maire de Saint-Pée, il devint et resta chef de la municipalité de sa paroisse natale de 1821 à 1834. Dans son administration, dont cette importante commune .-^e ressent encore aujourd'hui, il fut le véritable type de l'homme public. Ferme, mais sans passion ni parti pris, dominant les factions, voire môme sa position, il poursuivit avec une persévérante constance le bien général. Bien différent en cela de plusieurs de nos petits tyranneaux, qui, égarés de vanité dans de leur vulgaire médiocrité, incapables de tout bien par eux-mômes, sont, comme l'on dit, de véritables obstructions à celui entrepris par les autres.
En 1835 il eut la croix de la Légion-d'Honneur. Un an
après il fut nommé juge de paix du canton d'Ustaritz, fonctions qu'il remplit jusqu'à sa mort. En 1840 il fut élu membre du conseil d'arrondissement de son canton. En 1839» ë, la fin de la guerre dite des carlistes, don Carlos, frère de Ferdinand VU, roi d'Espagne, se réfugia en France, n fît son entrée par Danchariensa, Ce fut Goyeneche, avec M. le comte Harispe et M. le préfet des Basses-Pyrénées qui le reçut et le logea dans cette même maison où quelque temps auparavant le roi Joseph était venu se réfugier. Son second hôte royal lui fit don de deux beaux pistolets incrustés d'argent. Nous terminerons cette notice par une lettre du comte Harispe, juste appréciateur du vrai mérite et des hommes de talent. Informé par le capitaine commandant le cantonne- ' ment de Saint-Pée de la mort de son ancien subordonné, le 6 février 1842, il lui écrivit du quartier-général de Bayonne :
«Je reçois votre lettre, monsieur le capitaine, et j'apprends avec un grand chagrin la mort de mon pauvre ami Goyeneche. Témoignez, je vous prie, à sa famille, la part que j^ prends à son malheur et la douleur que je ressens moi-mêm^^. J'aurais désiré pouvoir aller rendre les derniers devoirs aiL^ dépouilles mortelles de M. Goyeneche mais l'état de n^^s pauvre santé m'interdit de sortir de Bayonne et de lui donne cette dernière et triste preuve de mon amitié.
c( Recevez, etc.,
« Comte Harispe. p
Martin Etchegoyen, Lieutenant-Colonel
et L'Abbé Bidassouet, de Hasparren
De etï re qiiœ te non molestât^ ne certens.
No contestez point sur une chose (jui ne vous touche en rien.
(EcoLi., H, 9.)
Martin était fils de Paul Etchegoyen, régent au quartier de Minots à Hasparren, et de Jeanne Dufau. Son père, fils de Pierre Etchegoyen, était né h Larr-au (Soûle). Il naquit h Hasparren le 4 février 1782 et s'engagea en qualité de tambour dans la compagnie franche du Labourd, capitaine Lassalle (1793-94). Le représentant Féraud ayant réorganisé les compagnies franches basques, converties en bataillons au moyen de la réquisition, Etchegoyen devint sergent. Au licenciement de ce corps, en 1801, il entra à Técole polytechnique de Metz, d'oh le vide des cadres causé par les guerres de l'époque le fit sortir en 1805 avec vingt officiers des plus instruits de cette institution.
Nommé lieutenant d'artillerie, Etchegoyen se fit remarquer et mérita la croix de la Légion-d' Honneur au siège de la ville d'Ulm (Danube), défendue par 30,000 hommes sous le commandement du général Mack. Un moment attaché en qualité d'aide -de -camp au général Sénarmont, il fut en Espagne , et y prit une part active à plusieurs engagements, «lans l'ua desquels il reçut une blessure assez grave. Quoique temps après il passa dans la grande armée avec le grade de chef d'escadron , et dans la
bataille de Brienne (A.ube), en 1814, il commanda un corps d'artillerie de 18 pièces de canon. Il organisait ses préparatifs de dernière défense contre un ennemi dix fois supérieur en nombre, quand Napoléon, qui déjà dans cette journée avait remarqué sa bravoure, lui vient en aide, et lui demande brusquement : « Ton nom? — Etchiegoyen, commandant d'artillerie, répond notre Basque. — Je te fais lieutenant-colonel, » reprit l'empereur en courant porter secours ailleurs.
Non-seulement la Restauration lui cofîserva ce titre, mais encore l'ayant appelé en 1821 au commandement des pontonniers, — dont il réforma Torganisation, — elle lui donna celui de colonel en 1823. Il était pour lors officier de la Légion-d' Honneur. Le colonel EtcUegoyen mourut à Billère, près de Pau, en 1843, après avoir composé un remarquable travail intitulé V Unité on Aperçus philosophiques sur l'identité des principes de la science mathématique, de la grammaire et de la religion ; excellent ouvrage où Fauteur fait preuve d'un jugement aussi sûr qu'éclairé et — ce quiplaîfc surtout chez un militaire — d'un homme de foi et de conviction chrétienne. Aussi son travail a-t-il eu l'honneur d'être traduit en plusieurs langues.
Hasparren a produit encore l'abbé Diharce de Bidassouet, qui, dans son Histoire des Cantaâres ou des premiers colons d!E%{,rope, avance quelques opinions assez originales. Foxpé d'émigrer eu 1792, il se réfugia en Espagne, où il pasi^dfï années. A son retour il s'installa à la Bastide-Clairençe ; il y ouvrit école et donna quelques leçons de latini^ié. De sie? élèves fut l'abbé Carteron, de Briscous, aujourd'hui doyea du chapitre de Bayonne. Re ntré dans son pays natal qu'il ne pouvait assez louer et exalter, il y mourut en l.ais$ant ^n souvenir qui, 4e nos jours, est encore vivace.
LiES Abbés Garât et Deyhéralde de Hasparren lieurë fondations et le monastère de Bel-loc-sur-Joyeuse, à Urt
Quod nos conjitnxerat Deus et rerum prœstttntiorHtn amor.
Dieu et l'amour des grandes choses nous ri\ aient unis.
(S. Greg. de Naz )
La cause de Dieu, l'amour des grandes choses, ces deux puissants liens qui unirent saint Basile et saint Grégoire de Nazianze dans la même amitié, furent aussi ceux qui rapprochèrent les abbés Garât et Deyhéralde, les deux premiers fondateurs des prêtres du Sacré-Cœur de Hasparren.
Jean-Pierre Garât naquit le 7 juillet 1773 dans la maison dite Picassarria, au quartier Minots, de Hasparren, de Tunion de Martin Garât et d'Etiennette d'Etehevaster hW^sEtcheverry, W fut baptisé le même jour par son oncle Tabbé Elhuyar, ■vicaire de la paroisse (1). Dès que le jeune Jean-Pierre fut en âge, son oncle abbé le retira près de lui pour lui donner les premières leçons de latinité. Compris parmi les enfants de chœur de Téglise paroissiale, il déclara d'abord vouloir embrasser la carrière ecclésiastique. Il était déjà en quatrième, quand, interrompant ses études on ne sait pour quel motif,
(1) Jean d'Elhuyar, originaire de la maison do ce nom, aujourd'hui domaine Harispe-Eriz, quartier d*Ermindcguy, se maria à Picassarria, Son fils abbé, vicaire de Hasparren, fît bâtir la maison Ptcassarr/a de la ville, céda celle du hameau à sa sœur Etiennette, reconnue déjà héritière delà maison EtcheverrySohanla et mariée à Martin Garât, leciuel était originaire de la maison PUresteguy-Hasketa.
il rentra au sein de sa famille. Celle-ci, encore qu'elle eût un second fils, mort depuis soldat, et trois filles, Marie, Marguerite et Gratianne. le fit héritier de la maison. Ce titre si envié surtout à cette époque, dans nos îinciennes maisons, devait l'attacher aux travaux de la famille ; mais des infirmités précoces trahissant ses forces, le jeune et quelque peu vaniteux héritier leur préféra Texercice de la chasse. C'était le moyen de ne paraître ni oisif ni infirme. Il touchait à sa dix-neuvième année, quand les g-uerres de la république vinrent T^rracher aux douceurs du foyer domestique pour le jeter dans ces compagnies de chasseurs basques formées sur nos frontières. Il alla auprès du jeune Harispe et autres compatriotes à Baïgorry, où il fut employé par l'intendance au transport des munitions et des fournitures de la troupe.
Est-ce à cette époque de désordres et de ruiues de toutes sortes, à cette atmosphère viciée des camps, qu'il faut faire remonter le relâchement de vie du leune Garât? Ce qu'il y a de certain, c'est qu'à son retour sous le toit paternel, il ne se montra rien moins qu'édifiant. Cédant aux élans d'une nature ardente, il se laissa aller, à la grande douleur des siens, à tous les excès de l'âge, au milieu desquels le cri de sa conscience mêlé à celui de l'amour-propre vint plus d'une fois le troubler. L'homme ennemi semait à pleines mains dans le cœur de notre jeune homme, mais Dieu y avait aussi déposé sa semence, après bien des excès, une jeunesse orageuse paraissait devoir se terminer par une alliance avec une famille des plus honorables d'Ayherre (1), mais ce n'était point le sillon de la semence divine. Au moment où tout paraissait conclu et arrêté, tout était défait. Dieu souflB.a dans le cœur
(1) Cette famiUe a fourni depuis à la maison d'Hasparrcn un missionnaire, M. Tabbé Lardapide, né en 1812, ordonne en 1837, missionnaire en 1852.
de Garât, et la précieuse semence reparut et refleurit. Notre jeune impétueux demanda à entrer au sanctuaire. n veut se faire prêtre; il en parle et en reparle à son confesseur, qui reste muet. Il revient encore à la charge, et il en obtient ces paroles austères : «Prêtre, prêtre!!! c'est bientôt dit, mais il faut être bon, très-bon prêtre ! » Le jeune Qarat comprit la leçon, et se le tint pour dit. Quelques jours après il reprenait ses études auprès de l'abbé Duhalde, curé d'Ahetze, auteur d'un excellent livre de méditations basques, et futur curé de Saint- André de Bayonne (1). Ceci se passait vers 1802; Garât avait alors 29 ans. Cinq années après il recevait Toncti on sacerdotale des mains de M»''Loyson, évêque de Bayonne.
A cette époque vivaient les trois frères Etcheverry, de Larressore, trois prêtres de renom. Le premier occupait la cure d'Espelette, le deuxième était principal en un collège à Pau, et le troisième était curé d'Ustaritz. C'est près de ce dernier que Tabbé Garât fut envoyé, après son ordination, en qualité de vicaire. Le prêtre qui devait diriger les pre. miers pas dans le sacerdoce de notre vicaire était un homme à mœurs austères et doctrine serrée. 1 pareille école, avec le souvenir de sa vie passée, de la recommandation de son confesseur d'Hasparren, et enfin les impétuosités d'une nature ardente. Garât ne pouvait que suivre les leçons et les exemples de son nouveau maître. Aussi bien, il avait constaté lui-même que le plus sûr moyen de sauver les âmes, en ce temps d'affaissement moral et de désordres, était une fermeté de doctrine aidée par les austérités d'une vie exemplaire. Durant son vicariat à Ustaritz, vers 1812, il donna
(2) Ce livre, miltulé Meditacioncac , en deux parties , 582 p. in-12, imprimé à Bayonne en 1809, est des plus précieux et réclame une nouvelle édition.
-affiles premières leçons de latin h Tabbé Dassance, futur docteur et professeur de la Sorbonue. Dieu bénissait le ministère du jeune Garât dans la belle paroisse d'Ustaritz, et la répnta^ tion de grand prédicateur mettait déjà son nom dans toutes les bouches. Un jour l'abbé Martin Etcheverry de Çaro (1), curé de Hasparren, l'invite à prêcher le panégyrique de saint Jean-Baptiste. Oubliant les solennités du jour de la fête locale, heureux même de profiter de Taffluence eonsidérable qu'elles y avaient attirée, l'abbé Garât, nouvel Augustin, fait du haut de la chaire l' humble récit des fautes de sa vie passée, et au milieu des pleurs et des gémissements d'un immense auditoire demande pardon de tout le scandale donné, fait prier pour les âmes que ses exemples ont pu perdre. Le curé Etcheverry, ému jusqu'aux larmes, est stupéfait de ce qu'il voit et de ce qu'il entend. Soudain une idée illumine son esprit : Voilà ton vicaire, se dit-il en lui-même ; en effet, il demande et obtient immédiatement l'abbé Garât pour collaborateur.
cl* Né dans la maison d'illiurbidia le 23 mai 1738 , ordonné le 28 mai 1763, Martin Ktchovcrrv fut successivement secrétaire de Tévèché de Bayonne (1778), curé d'Urrugne (1779), de Hasparren (178G},vicaire-géaéral de M«' de Villeviclle évoque de Bayonne, et à ce titre associé à l'administration du diow'se avec MM. Louis de Villers et Robert d'Alincourt durfint l'exil de ce prélat. En 1780 il figura en qualité de vicairegénéral de Bayonne aux états de Navarre, à côté de Jean-Baptisto d'Eyherabide, curé de Saint-Just et vicaire-général de Tévôque dô Dax. Forcé d'émigrer à son tour, il prit le chemin d'Espagne. A son retour, il reprit sa cure de Hasparren, où il mourut le 27 septembre 1813. Sa maison a fourni depuis trois autres ecclésiastiques distingués, ses neveux et petits-neveux, ce sont : 1«> Jean-Baptiste Arbelbide, son vicaire à Hasparren, curé de Saint- André de Bayonne, chanoine titulaire de Bayonne, décédé en 18G3; — 2» Martin Arbelbide, décédé curé de Briscous en 1880; — 3« Pierre Arbelbide, né en 1841, ordonné en 1867, vicaire de Hasparren, aujourd'hui missionnaire à Hasparren.
La noiâtâfttion' était providentielle. L'abbé Qarat, <5haqtie jour mis eà relief par son zèle, par sa parole ardente, oonlinfiià au sein de sa parois3e natale le bien qù^t avait" opéré à UsMrit?.- Sans nous arrêter à décrure le zélé catéchiste, THàbile confesseur, voire même Vintrépide visiteur des infirmes les plus éloignés, nous dirons qu'aveu le concours dés abbés Ârbelbide, neveu du curéj et Jauretche, que successivemiedt il eut pour collègues, il releva la paroisse. Il- rétablit la fréquentation des sacrements, de ces sources de grâces spirituelles; il érigea plusieurs congrégations, parmi lesquelles nous citerons celle qui a pour objet la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus.
Il y avait déjà huit ans que Tabbé Qarat dirigeait de fait la:paroisse de Hasparren quand un jour il se décide à faire part à son évoque des projets que depuis longtemps il mûrissait au pied de la croix. Le zélé vicaire demande à être missionnaire. Le Pontife qui à cette époque illustrait le siège de saint Léon était M«' d'Astros, mort cardinal-archevêque de Toulouse. Le saint prélat, qui réunissait sous sa houlette de pasteur les trois diocèses actuels de Bayonne, d'Aire et de Tarbes, fut heureux d'encourager et de bénir les intentions de Tabbé Garât, en attendant qu'il devînt le protecteur de son œuvre. Deux prêtres béarnais, dont nous regrettons de ne- pouvoir donner les noms, l'abbé Inchauspé, les abbés Onirez et Quimôn, encore diacres, furent les premiers ouvriers évangéliques qui se groupèrent autour de l'abbé Gtoat. A eux se joignirent bientôt les abbés Sarraute, Perguilhem et Hatamboure. La première installation eut lieu à Bayonne, près du grand séminaire; mais quelques mois après, l'abbé Garât, désirant s'implanter au sein du pays basque, acheta la maison Haichanegainea dite Ithurinea, de Larressore. Il en était aux travaux d'appropriation, quand celle dite Landabv/tua de Hasparren étant venue à se vendre, il en fit
Tacquisition par rintermédiaire de son beau-frère Berho, sieur de Picassarry . La maison avec jardin, prairie et une terre lande, fut achetée pour la somme de 9,000 francs : sur un plan donné par l'abbé Jauretche, ancien confrère de M. Garât, on y ajouta une modeste chapelle de 15 mètres de lenteur sur 6 mètres de largeur.
C'est là que s'installa définitivement te nouvel apôtre basque avec son essaim d'ouvriers apostoliques, savoir : l'abbé Inchauspé, l'un des plus agréables et spirituels gloseurs; Haramboure, surnommé le Chrysostome basque ; les deux tonitruants Guimon et Guirez ; les deux austères Sarraute et Perguilhem, et enfin les deux prêtres béarnais. Vivant en communauté d'après la règle suivie dans les grands séminaires, les membres de la maison du Sacré-Cœur de Haspa^ ren avaient pour but leur propre sanctification et celle du prochain par les missions, les retraites et l'éducation de la jeunesse. Quoi de plus chrétien et de plus social? Eh bienl la révolution de Juillet 1830 en fut alarmée. Après avoir dispersé les missionnaires de France, elle ne crut pas pouvoir faire grâce aux modestes prêtres auxiliaires de Haspa^ ren; car c'est le nom qu'ils prenaient habituellement M. Guimon alla se joindre à M. Garicoïts , à Bétharram; Perguilhem fut nommé non sans diflaiculté curé h, Labastide- Clairence ; Inchauspé, aumônier des dominicaines à Nay; Sarraute, curé à Bonloc; et Haramboure, aumônier des Ursnlines à Pau. Dès que l'orage fut passé, Sarraute laissa âa cure pour rejoindre son ancien supérieur; MM. les abbéfl Deyheralde et Etcheverry l'y suivirent en 1833 ; MM. Curutchet et Hiriart de Saint-Michel arrivèrent en 1839, et enfin M. Cotiart et autres à la suite.
L'abbé Garât était d'une taille svelte et élancée; sa physionomie était ovale, brune et amaig^rie par ses mortifica- Sons et ses souflFrances physiques. Sous un extérieur rigide il portait le meilleur des cœurs, qui se révélait par une parole, sympathique quoique sobre. Tout le temps de TA vent, du Carême, et tous les mercredis et vendredis de Tannée, il jeûnait et se donnait la discipline ; il ne recula pas devant cette dernière mortification alors môme que pour se déshabiller, il était obligé de recourir au bras de son domestique. Son unique régal était le chocolat au lait, qu'avec tout le personnel de la maison, jusqu'aux serviteurs, il prenait deux fois par an, les jours de sa fête et de la fête de la communauté. Faisant dans chaque repas la part des pauvres, il exigeait que celui de la communauté aussi bien que celui des serviteurs fût de la dernière frugalité. Souvent il répétait à ces derniers : « Vous n'êtes pas venus ici pour chercher des friandises, mais pour sauver vos âmes. » Tous les soirs il présidait leur chapelet, prières, et voulait que chaque matin ils fissent un quart d'heure de méditation et qu'ils surnatuxalisassent leurs actions. Tous les services rendus à la communauté devaient être soigneusement rémunérés. Il prêchait, du reste, l'exemple : Salvat Diharce de Hasparren et sa sœur Catherine l'ayant gratifié d'une riche offrande dans Tine quête qu'il fit à l'église paroissiale pour parer aux frais d'une première installation, le saint prêtre ne l'oublia jamais ; chaque année il avait soin de témoigner sa reconnaissance en leur envoyant quelque souvenir avec ces mots : « Je vous «nvoie le son et garde votre farine. » Tout le produit de ses xiesses était employé en bons de pain, de méture, que chaque samedi son fidèle serviteur Dominique Harriet, dit
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Domingo, allait payer et retirer des mains des fournisseurs désignés. Un jour, en plein*) rue, à Bayonne, il glisse une pièce de cinq francs dans la main d'un indigent infirme. Un voisin jaloux, croyant se recommander au charitable mis* sionnaire, se met à accuser son malheureux compagnon; Tabbé Garât double son aumône au premier, et laisse sans rien Tindigne accusateur. Avare-de son temps, il refiisaitles visites inutiles; c'est à peine si deux fois par an, le jour de sa fête et celui de la communauté, il recevait celle de ces nièces, les demoiselles Berho du voisinage. Il ne sortait de la maison que pour affaires urgentes et majeures. Il ne tor versait la rue que pour aller à l'église paroissiale, et son influence n'en était que plus considérable. Le pieuxfondateur, à l'exemple de saint Ignace, de saint Frangois Borgia et.dçi mille autres, savait que celui qui a à cœur son avanc^meoit spirituel et le salut du prochain doit quitter les siens çtttput ce qu'ils possèdent, et qu'une maison religieuse ne subsiste que dans la mesure de cette sainte abnégation.
Une année, c'était en 1846, la cordonnerie, l'unique industrie du pays, chômait; un temps diluvien empêchfi^it les semailles : le peuple était dans la dernière misère. On lui apprend que les principaux fournisseurs et propriétaires agriculteurs ont considérablement haussé les prix du froment et du maïs. Le premier dimanche il se fait transporter à l'église paroissiale ; et dans un sermon des plus chateureux — le dernier qu'il y ait fait — il dépeint la grande misère du peuple, et menace les monopoliaeurs de la vengeance de Dieu et des hommes, et obtient immédiatemept que le prix de ces denrées soit baissé et fixé par l'autorité locale. Rigide observateur de la règle de la maison, il e?^ geait la même fidélité de la part de ses confrères, et n'hô^ tait pas à faire tinter la cloche de la maison quand quelqu'un d'entr'eux arrivait en retard.
Lafiaix est,, dit-on, la porte de Tamour ; le supérieur de Hasparreû, voulant la posséder dans sa communauté et dans la paroisse, la cherchait dans la concorde bien ordonnée des esprits pour le commandement comme pour Tobéissance. Un jeune prôtre paroissial, qui déjà avait, dit-on, à se faire pardonner des cordonniers du pays quelque sortie plus satirique que sacerdotale, froissa de nouveau les susceptibilités de cette corporation dans son sermon le jour de saint Crépin et saint Créphiien; les esprits s'échauffent, et on veut faire une affidre au jeune orateur, que le grand âge de son curé ne peut sauver de la fareur de ses accusateurs, pas plus qu'il n'a été retenu lui-même dans ses paroles par la présence de son chef hiérarchique. Garât intervient, et calme immédiatement les fureurs de nos cordonniers. Le môme veriosus homo, oubliant que pour avoir part dans les dons et les mérites d'autrui, il suffit de les aimer en eux comme en soi (1), pousse son zèle jusqu'à suspecter celui des confrères; le vigilant supérieur provoque un changement, mais un changement honorable.
Préoccupé sans cesse du salut des âmes de ses compatriotes, avec son confrère M. Tabbé Etcheverry, il composa en basque un charmant petit livre intitulé « la Clef du ciel » (Ctruco ffokioa). Le saint supérieur n'ignorait pas que la langrue basque était comme le palladium de son cher pays; aussi toute sa vie combattit-il toutes les innovations propres à détruire cette sauvegarde de nos traditions chrétiennes ; et Ton se- rappelle encore les termes aussi énergiques que flatteurs par lesquels le digne supérieur, dans un saint enthousiasme, remercia devant toute sa communauté M^' Lacroix de ce que Sa Grandeur avait voulu se donner la peine d'apprendre la langue de la partie certainement la plus religieuse de son diocèse.
(1) Congaude alieui, eut Deus gratiam donavit, tua est (S. Aug.)
Uais la doctrine de M. Garât était, a-t^n dît, trop a sinon janséniste. Outre que le jansénisme, cette hérésie la plus perfide de toutes, n'avait guère en de sectateurs dans le pays, h. l'époque oii parurent M. Garât et ses confrères, il n'y avait dans le clergé labonrdiii que deux ou trois curéa réputés sévères. Un de ceux-là était , 11 est vrai, l'abbé Etcheverry de Larressore, sous lequel M, Garât avait faîtsea premières armes; mais hfttons-nous de dire que ni la doctrine du zélé pasteur placé aux portes de la ville épiscopale, celle des deux autres curés, ne furent pas assez suapecleapour éveiller l'attention vigilante du saint et illustre prélat MB' d'Astros. Non, on ne peut sans injustice taxer ni de jaasénisme ni de trop de sévérité la doctrine de l'abbé Garat^ Conseillés et visités par ce saint prélat, qui aimait h fairfl de fréquents et d'assez longs séjours dans sa clière maison de Hasparren, l'abbé Garât et ses confrères suivirent dès le début cette doctrine lig-uorienne que l'on parcourt ù pede : témoin cette dévotion au Sacré-Cœur, cette fréquenta tion des sacrements prêchée et établie avec le plus grant succès dans toutes les paroisses qu'ils visitèrent. Il est vrai que ces hommes de Dieu savaient que si l'AaSilutle fait dan sainlê, elle fait aussi des damnés; que !e mal commence s blable à ce petit flocon de neige qui roulé sur d'autrea flocons produit une masie ; ils n'ignoraient pas que 1» vertu ne germe ni ne se conserve que dans un sillon tracé pal le sacrifice et la mortîflcation. Voilà pourquoi, en babilel médecins des âmes, ils avaient pour principe d'arrêter le mal dans son germe (prindpiis oètta) .
Voici ce que nous écrivait naguère un vénérable ecclésiastique qui connut de près M. Garât et ses premiers confrères :
« Encouragé par l'illustre et saint évoque d'Astros, l'abba Garât devint le chef d'une phalange de saints prêtres... ta
bien qu'ils firent dans nos pays fut immense... Partout où ils passèrent, les sacrements furent plus fréquentés qu'ils ne le sont de nos jours. A Hasparren, paroisse de 5,000 âmes, on eût eu peine h trouver vingt hommes qui ne fissent pas leur devoir pascal. On a voulu les accuser d'espèce de jansénisme; ils exigeaient un temps d'épreuves très acceptable et très accepté; en vérité, un jansénisme pareil ne serait pas à dédaigner de nos jours... Les principes de saint Liguori interprétés ou si souvent appliqués comme paraissent vouloir le faire certains néo-théologiens, ne manqueront pas de produire de tels résultats, qu'ils finiront par éveiller l'attention de l'autorité ecclésiastique. »
Qu'attendre, en effet, de cet aveugle laxisme en présence de cet amoindrissement des vérités de l'Eglise de Notre- Seigneur, de ce redoublement de luxe, déplaisirs et de jouissances de notre siècle?
L'abbé Garât, prêtre de grandes vertus et de saine doctrine, fut, nous ne craignons pas de le dire, le modèle des confesseurs. Sans parler de ce que nous ont révélé sept années de ministère dans la paroisse de Hasparren, principal théâtre de l'apostolat de notre saint fondateur, bien d'autres, plus compétents que nous, ont connu et admiré ces chrétiens à forte trempe, ces âmes à résolutions viriles qu'il forma et dirigea dans les voies de la perfection. « Pareil jansénisme, répéterons-nous, ne serait pas à dédaigner de nos jours. » Il fut encore le modèle des prédicateurs : sa pose en chaire était aussi imposante que son organe était puissant. Maniant sans difficulté la langue française, il avait une facilité prodigieuse pour sa langue maternelle. Son style était des plus imagés et tel qu'il convient aux masses. Encore qu'il sût se plier à tous les sujets, sa nature ardente, sa grande imagination, et aussi son expérience, le portaient à traiter de préférence les vérités les plus terribles de notre
sBÎnte religion. Au dire de l'atibé Dassance, aoD-senleme&t M. (j-arat était le premier prédicateur du pays ba3(}ne. miis encore' il pOsséiiait le meilleur ffeni* d'éloquence populaire que le savant professeur de ânrbonne eftt jamais eotenda même il la capitale. Ua jour M. Tliiera, l'hi-storien du premier empire, de passage àUaspurren. fut témoin de l'empreseameut de la population vers l'églisf . « Oi'i oourt àtmc cette foule'? » demanda-t-il à sou maîb-e d'hôtel. Apprenant quelle accourait au sermon d'un enfant du pays : *II faut. dit rétrangrep, qu'il soit un bien grand orateur ponrpaasionr nerainai cette masse. » C'est qu'en effet, quand un sermon de l'abbé Garât était annoncé , les maiaouâ et les qiiaf)â«!S étaient littéralement 4éeertéâ. Quelque» ex^ressinae liitiaées par lui (lu haut Je la chaire chrétienne pour, d'un seul jet, dénoncer, dépeimlre et écraser le vice surtout chez laifemme, ont fait dire à certains qu'aujourd'hui on ne pourrait. pBs tenir un pareil langage h la tribnna catholique; avant de l'affirmer, ilconviendrait, ce nous semble, de comn)eucQt-)U|i posséder les vertus de ce saint Jérôme basque, car jaaiai4 il: ne monta an chaire qu'après a'y être préparé parla pi-Jèr« «t la mortification. Le saint prêtre savait que les œuvres de DJtiU no germaient et croissaient que dans la souffrance à l'ombre da la croix.
La lettre suivante, adressée à M. l'abbé Ouimon. son ancien confrère^ témoigne suffisamment de l'e-spritde mortiticntJWï du saint vieillard, accablé d'infirmités et des austérités auxquelles il s'était voué pour le salut des Smes :
. HospniTi'ii. le 13 mai 1811.
« Mon cher Ami.
B Me voici ua homme rendu. Je suis atteiat d'une tafirmité plofl ^t»ve que la, première. Mon pifid ea( plus malade' qu'avant, Ahl si j'avais une petite portion de la. vertu de uaint
Yiawnt.àB Paitl, que J'aurais une belle occaaion de faire boune'f^rovisionjde mérites pour le ciel I Mais^ héUsl je n'en flMt/pAS HiQU profit; je ne corresponds pas à la grâce ^ je suis devenu stupîde, sicut equm et mulus qmèus non est intellectus. Je^suis seo, aride, et nul pour le service de Dieu ; toujours oc^pé de mon corps de pourriture. Qu'on est à plaindre lojRsqM'on n'a pas profité.de la vigTieurde l'âge pour amasser de»» trésors pour le oiell
«Je dois vous consulter sur une difficulté qui me pèse sur le coQuf . Le mal de mon pied û pris croissance depuis le Car6me; j'en attribue la cause au jeûne et au maigre, et naalheureuaement pour moi, par surcroît d'étourderies, dont j'^iifait un si grand nombre dans ma vie, j'ai, eu l'imprudence de me: faire imposer pour pénitence à vie, tant que je serai capable, de jeûner deux fois la semaine, il y a de CjBla environ deux ansi Or, depuis, mes infirmités s'augmentent, et je suis en peine desavoir jusqu'à quel point je suis obligé à ces jeûnes. Je pense que mon intention était de les faire tant quie. ma santé n'en souffrirait pas; et je n'ose pas entreprendresiir moi de m'en libérer à cause des infirmités présentes, quoique.je ne fisse aucune difficulté d'en exempter un autre enipareilcas. QiUdJmis? Difficilement je me résoudrai àcette exemption^ à moins de me voir alité.
« Donnez-moi une réponse telle que votre conscience vous dictera, mais après avoir pris avis de M. Garicoits.
« Tout à vous dans les SS. Cœurs de Jésus et de Marie .
« Garât. >
Lors de la dissolution de la maison en 1830, M. Garât s'adjoignit. quelques curés pour ses missions. C'est ainsi que nous le trouvons avec l'abbé Sabarots, mort cur6-doyen d'Ustaritz, au fond de la Soûle, oii il imposa pour pénitence un bouillon d'ail bien pimenté, pour chaque mMiio: et .soir, à
une femme que ses prétendues lang'ueurs d'estomac avaient rangée parmi les zélatricea du dieu Bacchus. A la réouverture de la maison, il continua avec ses nouveaux confrères ses œuvres apostoliques jusqu'à ce que ses iafirmités vinssent trahir ses forces. Obligé ite renoncer aux travaux des missions, il se dédommageait en visitant avec plus d'assiduité ses établissements naissants, en prêchant dans sa chapelle, et surtout en y faisant la garde h Notre-Seigneur, Ses jambes ulc<5fée3 s'alourdissent; il faut faire un passage de sa chambre à la tribune de là chapelle, pour y confesser et y célébrer la sainte messe tant que ses jambes le tiennent debout. Elles lui refusent tout service; il se fait charrier sur une chaise aux porteurs. Dans les longues heures qu'il passait devant le Diou de l'Eucharistie, il lui arrivait quelquefois d'adresser des paroles d'édification aux visiteurs de la chapelle. C'est dans une de ces longues stations qu'il adressa d'une voix forte ces paroles h un jeune téméraire qui, sans adorer le Saint-Sacrement, s'était permis de franchir l'appui de communion le bâtoo & la main : « Est-ce que vous voulez assommer celui que vous devriez adorer à deux genoux'? > L'imprudent visiteur, épouvanté, se prosterna la rougeur au front. Notre pieus gardien ne fut pas si heureux dans une autre circonstance. Il se voit tout-à-coup abordé par une folle armée d'un bâton et lui demandant à la confesser. Le malheureux patient, cloué sur sa chaise, pouvant à peine agiter une clochette, essaie de son mieux d'éconduire la terrible visiteuse. Celle-ci, mécontente, se voyant maîtresse du terrain, lève son bâton et assomme à coups redoublés la victime en sautillant tout autour et s'écriant : a Vivel vive l'abbé de Picassarryl » Le démon avait-il voulu, par la main de cette folle, se venger de tout le mal que le patient avait dit en sa vie des vices de la femme? On dit que M. Oarat le crut. Quoi qu'il en soit, des personnes accourues à son appel mirent un tenue & cette scène cruelle.
Les infirmités croissant, il renonça h sa petite chapelle de la taîbune, et se fit faire un petit oratoire à côté de sa chambre. Mais bientôt il n'y peut ni célébrer les saints mystères ni entendre la messe; il se résout à faire chaque matin la sainte communion à six heures, heure habituelle de sa messe. Incapable de se mouvoir, un ou deux serviteurs rhabillent, le traînent encore à sou foyer. Une forte suppuration coule des mille plaies de son corps, ses pieds nagent dans la chaussure, le parquet en est comme arrosé ; et cependant M. Garât entend la confession de quelques-uns de ses pénitents qui ne peuvent se résoudre h se séparer de leur père spirituel. Enfin on ne peut plus toucher son corps sans réveiller les douleurs les plu^ atroces; le chapelet ou la croix h la main, les yeux fixés sur ce passage de Mlmilation écrit dans un tableau en face de son lit : « Oh î si Jésus crucifié entrait une fois dans notre cœur, que nous serions suflisamment instruits ! » il endure ses cruelles souffrances avec cette énergie, cette joie que donne la croix. In crme robur mentis. Au reste, un des caractères de la sainteté, n'est-ce pas de porter la croix avec amour?
Sentant sa fin approcher, après six mois de cruelles souffrances, il veut récompenser la fidélité de ses serviteurs. Hélas! tout son patrimoine a été employé dans ses œuvres, et Targent de ses messes a été absorbé par les pauvres ; il ne lui reste que quelques gravures, quelques objets de piété et ses hardes Ses nièces, les demoiselles Berho, auront trois modestes images; M. Perguilhem, deux reliquaires; son fidèle serviteur Domingo, sa montre et une croix reliquaire ; les autres domestiques, ses habits avec une chemise chacun; le reste appartiendra aux pauvres. Ainsi dépouillé de tout, le fidèle ministre d'un Dieu mort sur la croix attend avec amour et résignation sa dernière heure ; elle s'annonce par une faiblesse subite. M. Deyheralde a à peine le temps de donner
tttie demî&re abaoltition. C'est ainsi que dana la n'est du sar medi vers minuit, le 6 décenibre 1846, l'âme du fondateur et premier supérieur de la maison d'Hasparren s'enrôla vers le Seigneur,
Son cnrp3, après avoir été exposé eu habits sacerdotaux, fut placé sur un siège pour Stre transporté processionnelle^ ment dans l'église paroissiale. Après les obsèques, présidées par M. l'abbé Hiraboure,vicalre-géuéral du diocèse, au milipu d'un immeuue concours de prêtres et de âdèles, il fut rapporté avec le même cérémooial h la chapelle des missionnaires pour être placé dans un caveau devant le maltreautelj, où il repose encore. M. Garât laissait pour successeur M. Deyheralde, déjà associé au gouvernement de la maison.
Jean-Pierre Deyheralde naquit dans la maison Chapîtalea, de Hasparren, du légitime mariage de Jean-Pierre Deyheralde et de Marie Berho. Né le 14 aoftt 1803, il reçut le baptême le lendemain, le jour de l'Assomption de Notre-Dame. Après ses premières leçons de latinité, reçue.s à Carabo auprès de l'abbé Jean Btcheverry, une des nombreuses victimes de la Révolution, il alla faire ses études à Aire et à Saint-SiUpice, Ordonné prêtre en 182â par Ms' d'Astros, il consacra 1© prémices de son sacerdoce au ministère paroissial comme vicaire à. Espeiette, et comme curé ii Larressore en remplacement de l'abbé Sabarots. nommé curé d'Ustaritz fl829'. Démispionnaire en 1833, il vint s'associera l'œuvre de M. Garât. Nommé économe dès son arrivée, il devint l'Ame de la maison à côté de MM. Hiriart (Pierre), Etcheverry, Curutohet et Cotiart.
Que l'on se figure un homme d'une taille ordinaire, au teint quelque peu coloré, au regard vif et scintillant der-
Tjèi;^ iLq. grandes lunettes bleues, ua âront vaste couvonné pugr une grande calotte ; un homme d -apparence modeste cheiy^hant à s'e&cer, k se perdre aux derniers rangs; un homme d'une activité prodigieuse, d'une intelligence parfaite daa affaires, d'une sagacité d'esprit et d'un tact remarquable ; im administrateur à vues larges laissant y pénétrer chacon selon sa portée, mais ne l&chant jamais ni le secret ni Tautorité de Tadministration ; et l'on aura une idée du second supérieur de la maison de Hasparren.
A M. Garât, missionnaire avant tout, devenu bientôt impotent, il fallait non-seulement un alter e§o, mais encore un homme capable de pourvoir, d'administrer une maison dont le supérieur versait tout son argent dans le sein des pauvres. La Providence le lui donna dans l'abbé Deyheralde, qui, administrateur avant tout, ne tarda pas à acquérir une autorité de fait, admise par tous les confrères avant même la mort de M. Garât. Au décès de celui-ci, il devint k lui seul toute la règle, toute la direction, non-seulement de la maison-mère, mfûs des divers établissements nés autour d'elle. Sans doute il y avait à l'hospice la Foeur Osmane, cette infatigable quêteuse, dont M. Garât modéra un jour le zèle par l'histoire d'un certain prêtre, nommé Adam, emprisonné à Pampelune à cause de son amour un peu rapacedes pauvres; — il y avait à la pension. Saint-rJoseph la sœur Saint-Michel, ce modèle de Pf^rfaite religieuse, ime des premières de la congrégation de Notre-Dame d'Anglet ; — au couvent des Filles de la Croix, toutea ces supérieures sorties des premières familles ; — et enfin à l'institution. des Frères de l'Ecole chrétienne^ le frère lunocent^^s^câ digne r^gieux basque, également attaché à sq.,coqgfégation etauxtraditioi^s chrétiennes de nos pays; — mais l'infatigabile supérieur veillera.èi tout par lui-même. Son Ut aerfi au dortoir du pensionnat Saint-Joseph, et dans chacun de^es établissements il aura son modeste bureau. A 'lui
seul il dépouillera, entretiendra cette grande correspondance des élèves, de leurs famîKes, de ses confrèrea absenta, et enfin de ceux qui, de divers points du diocèse, recourront h ses lumières.
Toujours calme, parce que toujours il était maître de ses multiples occupations, voulant être toujours k Dieu, il avait émaillé les pièces de ses divers établissements de maximes tirées de nos saints Livres ou de la Vie des Saints. Recevait-Il une visite; sa parole renfermait une pemé piewsi. Ecrivait-il une lettre ; on y trouvait « le grain de Dieu ». Ah 1 il savait qu'une bonne pensée propagée était un ange qui s'en va. au nom et au profit de celui qui l'envoie, faire le bien partout où elle a mission de pénétrer. Sa main s'ouvret-elle au pauvre — et qui sait ses aumûnesî — Babouche rappelait Dieu : «Thérèse et un sou, ce n'est rien, disait cette ^ande sainte ; mais Thérèse, un sou et Dieu, c'est tout, * Le pieux supérieur de fiasparren ne l'ignorait pas. Fidèle à sa devise, semblable à. celie d'un bienheureux de nos temps modernes : Omniiusprofiesse, oâesse aemini. il fut utile à ses confrères, qui sous sa main paternelle ne firent qu'un (MulU wnum /aeimus in Cirisioj; utile audiocèse, qui lui doit tant déjeunes lévites choisis, recueillis quelquefois, entretenus par lui dans cette pépinière de prêtres basques ; utile h tant de familles dont il éleva chrétiennement les enfanta, à tant d'flmes dont il dirigea les consciences ; utile à tant de pauvres qu'il assista de ses nombreuses et discrètes charités.
Ne disant dans les réunions que ce qu'il voulait, oubliant même souvent le conseil du Sage : « Parlez, voua qui êtes le plus âgé, B il était le premier à en sortir. Etktyra surgendinon te trisces, prœcurre prlor in dommu tuam. On voulait un jour retenir à Paris le P. Lacordaire : n Je ue le puis, dit l'illustre conférencier de Notre-Dame de Paris, cela ferait peut-^tre manquer la confession de quelques-uns de mes enfants ».
Comme Tillustre religieux, le vénérable supérieur de Hasparren savait « calculer Teffet d'une communion de moins dans la vie d'une âme».
Profondément attaché au Père commun des fidèles, depuis sa spoliation par les révolutionnaires il lui fit parvenir à diverses reprises Tobole de sa maison par la main de son évêque. Cependant, consacrant les légers bénéfices de la pension Saint-Joseph à des améliorations continuelles, il n'avait pour l'entretien de sa communauté que le modeste produit des messes de ses confrères et le secours de la Providence.En 1854, à l'occasion de la béatification de sainte Germaine Cousin, vierge bergère de Pibrac,il visita la ville éternelle, d'où il rapporta de riches reliques pour sa chapelle et l'église paroissiale.
En 1856, Mn' Lacroix, prié lui-môme par l'archevêque de Buenos-Ayres, voulut lui confier la mission d'Amérique, c'est-à-dire l'évangélisation, en leurs propres langues, des nombreux Basques et Béarnais émigrés de nos pays vers les rives de la Plata. Assurément ce n'était pas le dévouement qui faisait défaut à M. Deyheralde et h ses confrères ; mais, suffisant à peine aux besoins du pays môme, il dut, à son grand regret, céder la gloire de cette mission au digne et vénérable P. Garicoïts, supérieur de Bétharram.
Elève de Saint-Sulpice, M. Deyheralde eut toute sa vie un culte pour cette maison, qui a donné à l'Eglise tant de savants théologiens et d'illustres pontifes. En 1870, il voulut s'y retremper dans les ferveurs de son jeune âge, ôt il y alla faire une retraite de plusieurs jours. Quant à la doctrine qu'il y avait puisée, il continua à la développer à des sources des plus sûres. Aussi fut-il autant ennemi de toute exagération que d'amoindrissement des vérités de l'Eglise de Notre-Seigneur.
Comme orateur, il était loin d'avoir l'éloquence vraiment
remarquable de «on prédécesseur ; mais, dans un hmgôge simple, Isa parole sou'^eat imagée et toujorurs pratique "repro*duisait les pensées, l'expression, quelquefois môme le 'ton de Tauditeur; genre de prédication populaire où il' excellait, surtout près des gens du peuple, qui, se sentant devinés, se rendaient à sa voix aussi bien qu'à celle plus véhémente de son prédécesseur. Doué d'une force de iîcnstitution, d'une fraîcheur d'intelligence rares, jusqu'aux derniers jours desa vie l'abbé Deyheralde continua à partager les fatigues des missions comme le plus jeune de ses confrères. C'est ainsi qu'il mourut sur la brèche, les armes à la main.
A peine rentré d'une mission, le matin du 15 avril 1881, jour de vendredi saint, il part prêcher la Passion dans la modeste paroisse de Saint-Esteben. C'est là qu'aux pieds de la chaire où il vient de raconter le drame douloureux d'un Dieu-Homme sacrifié pour les hommes, que la mort l'attendait. A ses premiers coups, le serviteur fidèle s'écria : « Oh! que c'est un beau jour pour mourir »! Transporté dans son domicile, ses confrères, rentrés des missions, ont à peinele temps de recueillir avec respect les dernières paroles de leur vénérable supérieur. Il veut être enterré au cimetière de la paroisse comme le dernier pauvre de son hospice, aucune invitation ne sera faite à ses funérailles : derniers actes d'humilité de notre saint supérieur, que ses confrères respecteront avec le plus grand scrupule, mais auxquels toute la population de Hasparren, autorités et bourgeois en tête, répondra par la manifestation la plus belle et la plus éclatante qu'on ait jamais vue. Ses funérailles furent présidées' par M. Pranchistéguy, vicaire-général du diocèse, assisté de M. Inchauspé, secrétaire-général de l'évêché, et d'une quarantaine de prêtres. Le P. Augustin, bénédictin du motiastère de Bel-loc d'Urt, faisant le panégyrique de son ancien supé^^ rieur devant un immense auditoire, ne craignit pas dé lui
demander : « Qui de vous a jamais entendu sortir une parole imprudente de la bouche de ce modeste et saint prêtre pendant son apostolat d'un demi-siècle exercé parmi vous? » Magnifique éloge qui d un trait dépeint la perfection de cet homme dont un double sceau de prudence et de charité semblait fermer la bouche.
M. Deyheralde mourut le 21 avril 1881, laissant un grand vide dans le diocèse et surtout dans sa communauté. A Theure où nous écrivons ces lignes, il y a déjà deux ans de sa mort, et sa place est encore vacante. Est-ce souvenir de cet ancien usage de certaines maisons religieuses où pendant quelque temps laplace d' un frère décédé restait inoccupée, était saluée au chœur et servie au réfectoire? ou est-ce attente de quelque dédoublement d'une charge devenue trop lourde pour des épaules ordinaires? Quoi qu'il en soit, voici en résumé les œuvres fondées par les deux premiers supérieurs de la maison de Hasparreri :
1° Maison et Chapelle des Missionnaires. — La maison Landaburna, acquise en 1821, fut incendiée en 1858, k l'exception d'une aile- qu*on venait de lui ajouter du côté du midi. Grâce à la munificence de M^-* Lacroix, à celle du clergé et des fidèles du Pays Basque, on la reconstruisit en 1860 sur les fondements de l'ancien édifice. La nouvelle bâtisse possède deux étages, un beau dortoir servant à une partie des élèves de la pension Saint-Joseph, et un beau belvédère. Sans compter les pièces du rez-de-chaussée, les salles de bibliothèque, oratoire, etc., avec Tancienne aile, elle renferme environ 26 chambres ou cell^iles. Sa façade principale, décorée de quatre belles statues et de douze ouvertures, donne sur Touestet faitéquerre avec celle de la chapelle placée du côté du midi. Enfin un beau perron, placé du côté de Test, donne vue au loin dans une belle et riante campagne.
La chapelle primitive, modeste bâtisse de quinze mètres de longueur sur six de largeur, était enfermée, comme aujourd'hui du reste, dans la cour de la maison. C'est qu'en effet, dans les vues du vénérable fondateur et celles de M»' d' Astres, elle ne devait servir qu'à l'usage exclusif des missionnaires. L'esprit paroissial, l'unité de direction sous le regard vigilant d'un pasteur unique, étaient considérés à cette époque comme un des éléments indispensables du bien des âmes et de la responsabilité pastorale. Les diverses œuvres nées autour de cette chapelle nécessitèrent son agrandissement. On commençapar ajouter deux chapelleslatérales qui en firent une croix latine; plus tard on ajouta à ces deux chapelles deux nefs qu'on étagea; enfin on pratiqua deux oratoires au chevet pour les malades de l'hospice : agrandissements plus ou moins réguliers, qui semblent réclamer une nouvelle chapelle pour donner accès aux nombreux élèves et au personnel des établissements circonvoisins.
2° Ecole des Frères, Pensionnat Saint-Joseph. — L'école des frères à son début, au mois d'octobre 1841, n'était que l'école communale tenue par trois frères des Ecoles chrétiennes. L'emplacement des classes, avec jardin, cour et préau, fut acheté par M. Garât à M^* Dominica Harispe, de la maison Turiandey, On logea les frères dans une maison appartenant à M"" Victoire Berho-Picassarry et donnant sur la rue. La bâtisse des classes ayant été considérablement agrandie en 1866, les frères s'y installèrent. Leur première habitation est devenue le siège de l'école communale, depuis que les frères ont fait une institution libre de leur principal établia^ sèment (1881).
En 1842, à côté de la maison des missionnaires, s'ouvrit le pensionnat Saint-Joseph ; cet établissement renferme aujourd'hui de 150 à 160 lits. A cette môme époque remonte cette
pépmièFe de vocations sacerdotales, lesquelles, recueillies pariBi les élèves de la pension et cultivées par les missionnaires, ont fourni et fournissent tant de bons prêtres au Pays Basque. Mais c'est surtout depuis 1851 que date le développement considérable de cette maison. L'arôme d*une éducation toute chrétienne donnée par douze à quinze frères, les conditions incroyablement avantageuses de cet établissement, y ont attiré et y attirent les élèves des deux versants des Pyrénées, car le nom de el Colegio de Ahasparren est en renom bien au-delà des provinces basques espagnoles.
3* Hospice. — Cet établissement doit son origine à deux ou trois infirmes sans ressources, sans abri, recueillis par M. Garât, et entretenus par la sœur Osmane dans la maison Semosenea, Bâti en 1844, à l'ouest de la prairie de Landaburua et près de la chapelle des missionnaires, il a été considérablement agrandi depuis. Cinq ou six religieuses des Filles de la Croix, sous la direction de la sœur Osniane, y entretiennent une cinquantaine de malades de la paroisse. Les principaux bienfaiteurs de cet établissement, qui rend de si grands services à la population de Hasparren, sont M"'' Victorine Berho, les deux frères Hirigoyen d'Eyharcea, le sieur dit TUpia de la maison Jelosea; M^'« Jeanne-Marie Goyheneche; le docteur Durruty; Tabbé Mendiboure, prêtre habitué; tous de Hasparren, etc.
¥ Pensionnat des Filles de la Croix et ses succursales. — M. Garât, du reste de son patrimoine, acheta eii 1834 la maison Hodienea avec cour et jardin, séparée par la rue de la chapelle des missionnaires, et en fit don à la sœur Elisabeth, supérieure générale des Filles de la Croix, pour y loger des religieuses de la même congrégation, que, déjà depuis deux ans, il logeait dans une dépendance de Landa-
hwma. La maison acquise était une des plus anciennes de Hasparren. Cette famille, alliée aux plus nobles du Labourd et de la Basse-Navarre, avait fourni de 1643 à 1832 trois prêtres des plus distingués, deux conseillers du roi et lieutenantsgénéraux au bailliage du Labourd. Hodienea, agrandie et restaurée par M. Deyheralde grâce à la générosité d'un fils d'Aphesteguy de Hasparren, est aujourd'hui le siège d'une excellente école et pensionnat de filles tenus par douze ou treize religieuses. On y compte une cinquantaine de pensionnaires tant d'au-delà que d'en-deçà les Pyrénées non comprises les nombreuses élèves externes. Jusqu'à nos jours ont éîé successivement supérieures de cette bonne maison: les sœurs Léocadie, Saint-Norbert, Osmane, Mansuétudine. Prudentia, Mphonsine, et Théonasie.
Succursales, — Dans un quartier d'Hasparren appelé jadis Harona et aujourd'hui Eliçaherry, dominant le riche bourg de Hasparren, Jean de Larralde, fils de Pierre de Larralde, de la maison noble de ce nom à Briscous, et de Marie d'Urruty, héritière «coutumière » de la maison «ancienne» de Çaldiondo, de Hasparren, et vicaire de cette paroisse, fit construire vers 1630 une maison, que, du nom du lieu, il appela Larrebicrua, Quelque temps après, son neveu et héritier, de même nom que lui, et curé de Sare, fit construire tout près sur un terrain acheté à la communauté de Hasparren U7\e chapelle sous le vocable de la Très-Sainte Trinité. C'est dans ce charmant plateau, où l'abbé Daguerre (1) avait voulu asseoir la maison qu'il construisit à Larressore,
(1) M. l'abbé Daguerre était parent ou allié des trois frères Joannés, Guilhem et Estebé Hiriart, originaires de la maison Etchechuria, près de Bonloc, et successivement curés de Hasparren (1715-1769). 11 les intéressa à son projet de bâtisses au quartier Harona; projet dont il se désista devant l'opposition de la municipalité.
que M. Deyheralde établit une école succursale des Filles de la Croix. Ouverte en 1862 à côté de la chapelle , dans cette même maison Larreburua acquise et donnée par le fondateur à la congrégation, elle a été suivie par les plus jeunes enfants des deux sexes du quartier jusqu'à l'arrivée d'un instituteur laïque récemment établi. Aujourd'hui elle est fréquentée par près d'une centaine de filles. Les missionnaires, deux jours sur semaine, vont de tout temps dire la messe à la chapelle au profit du personnel de l'école et du quartier. — Une école pareille jouissant de mêmes avantages religieux a été ouverte en 1869 au quartier de Celhay et est fréquentée par près de 80 filles, les garçons allant à l'école de l'instituteur laïque du quartier.
Monastère de Bel-loc sur Joyeuse, a Urt. — S'il fut grand le sacrifice que la révolution de 1830 imposa à l'abbé Garât, il ne fut pas moindre celui que son successeur eut à faire quand trois de ses plus jeunes confrères, l'espoir pour 'ainsi dire de la maison, MM. les abbés Bastres, Lapeyre et Dupérou, vinrent l'informer de leur projet mûri et arrêté d'embrasser la vie monastique, de fonder une maison de Bénédictins à Urt. Le vénérable supérieur venait de bénir naguère encore la Providence de ce que ces mêmes confrères, pour obéir à une volonté auguste, avaient renoncé à leur désir d'aller remplacer les prêtres de Bétharram décédés sur les rives de la Plata; et voici que le sacrifice s'impose plus cruel encore ?i son cœur paî^ei'nel. Les deux maisons vont-elles se nuire? La sienne va-t-elle disparaître?
Le saint et modeste prêtre ne s'arrête point à ces calculs de la sagesse humaine. Saint Ignace, fondateur de la compagnie de Jéius, se demanda un jour ce qui serait le -plus capable d'affliger et de troubler son cœur, et comme ce qui lui était le plus cher était la conservation de sa compagnie,
il examina combien sa dispersion lui causerait de trùuble , et il lui sembla que pourvu qu'il a'y eût pas de sa faute, il loi suffirait lin quart d'iieure de reèueillement^ pour retrouver sa tranquillité d'esprit. Cet incomparable Basque ajoutait qu'il conserverait cette tranquillité, cette joie, quand même sa compagnie viendrait à se dissoudre comme le sel dans Teau (1). Quelque chose de semblable dut se passer dans le cœur de nôtre vénérable supérieur. Peu lui importe que le bien se fiisse par Céphas ou par Apollon, pourvu que le Christ ne soit pas divisé. « Et qui suis-je, moi? s'écrie-t-il dès la première ouverture qui lui est faite, qui suis-je pour m'opposer à la volonté de Dieu? » Dès lors, conservant tout le calme, toute la joie de son âme, il accompagne dfe ses vœux ses anciens 'confrèi es en attendant que de nouveaux viennent les remplacer. Quand, après leur noviciat, le P. Augustin (M. Bastres), le P. Pierre-Damien (M. Lapeyre), le P. Thomas (M. Dupérou) (2), conduits parle R. P. abbé dom Bernard Moreau, reviendront prendre possession du nouveau monastère de Notre-Dame du Sacré-Cœur de Bel-loc bâti aux limites des trois paroisses d'Urt, de la Bastide-Clairenoe et d'Hasparren, il n'hésitera pas à assister à cette imposante cérémonie, présidée dans l'église de la Bastide-Clairence par le Révérendissime abbé de la Pierre-qui-Vire, à cette magnifique prise de possession du l'^ septembre 1875. Les nouveaux moines conduits processionnellement et installés dtos leur nouveau couvent, le premier prêtre qui se présentera pourbaiser respectueusement la croix pectorale du R. P. abbé
(1) In vita S. Ignat. lib. 5. c. 1.
(2i Né à Cibourc en 1845, prêtre et missionnaire à Hasparren en 1869, maître des novices de la Pierre-qui-vire en 1877, le P. Thomas, depuis les décrets du 29 mars 1880, remplit les mômes fonctions en Angleterre, à Buck-fast-leight ancienne abbaye de l'ordre des Bénédictins, où ces religieux soYit entrés après 360 ans. Ils rentreront plus tôt en Frande.
sem M. Deyheralde. Le 21 novembre de l'année suivante, les quàtî^e ppeikiers religieux feront dans la môme église de la Bàâtîde leur profession solennelle, le supérieur de Hasparren en sera témoin.
Sans parler d'autres secours portés par lui-même dans des moments de détresse, c'est le supérieur de Hasparren qui donnera la première cloche du monastère avec ces paroles prophétiques : « Que le son de cette cloche suscite de nombreuses vocations !» Il se sentira honoré de bénir la statue de saint Benoît destinée à décorer la porte extérieure de la chapelle. Non-seulement sa maison sera ouverte aux nouveaux religieux; mais il ira avec eux dans les missions, comme s'il voulait protéger sous leur nouvel habit ses anciens confrères, initier les nouveaux arrivés (1) du couvent à cette vie d'apostolat que depuis un demi-siècle il exerce au milieu du Pays Basque. Aussi le K. P. Marianus ne craindra pas de ranger M. Deyheralde parmi les fondateurs et les bienfaiteurs les plus insignes du monastère de Notre-Dame de Bel-loc.
Déjà, comme aux beaux jours du moyen-âge, sous la main de nos moines, les arides coteaux de l'ancienne propriété de Bel-loc commençaient à se parer de riantes prairies; les pauvres des pays d'alentour aimaient à visiter le couvent ; un al umnat venait de s'y former; on allait ouvrir les fondations d'un nouveau monastère, un carré d'environ 50 mètres de côté; on pensait même à une maison de bénédictines : tout semblait prospérer. Mais comme toutes les œuvres de Dieu, Notre-Dame du Sacré-Cœur de Bel-loc devait avoir son
(1) Les nouveaux arrivés sont les PP. Michel iM. l'abbé Callava, delà Bastide- Clairence); Dominique (M. Tabbé Abadie, curé de Chéraute) ; Odilon (M. Tabbé Aldans, des Aldudes) ; Basyle (M. l'abbé Joannateguy, curé d'Alçay), etc., qui ne sont pas sans attaches à la maison de Hasparren.
jour d'épreuve. Les néfastes décrets du 29 mars 1880, qui devaient expulser 5,643 religieux et violer 261 domiciles, vinrent disperser à leur tour ceux d'Urt. Le 5 novembre 1880, on évacua le couvent des Capucins de Bayonne ; le lendemain ce fut le tour de celui des Franciscains de Saint- Palais et des Bénédictins d'Urt.
Les journaux du temps donnent de tristes détails sur les agissements des policiers de l'époque , ainsi que la longue liste des amis dévoués qui, dans ces pénibles circonstances,, prêtèrent leur concours précieux à nos religieux expulsés de leurs propres domiciles. Nous ne nous y arrêterons point, pas plus que nous ne nous arrêterons à la brillante plaidoirie de M** Léon Guichenné, défendant devant le tribunal de première instance de Bayonne, le 23 novembre, les droits des Bénédictins. En vain M. Alexandre Larralde-Diustéguy, président (1), par un arrêté magistral, st?ituant en référé, rejeta le 30 novembre, les déclinatoire et fin d'incompétence opposés par le préfet des Basses-Pyrénées, la justice des révolutionnaires a deux poids et mesures ; c'est à peine si elle consent à laisser encore un gardien de l'immeuble. Puisse-t-il le garder pour ses propriétaires, et, en compagnie de ses coreligieux, reprendre au plus lot ses pénibles mais glorieux travaux de construction, de prières et d'apostolat.
il) Par décret du 25 septembre 1883, M. de Larralde-Diustéguy a été mis, à la retraite avant l'àgc La mesure était prévue, mais la victime est suivie dans sa retraite anticipée par la sympathie ot Tafifection de SCS concitovens.
Jean -Pierre Darrigol
Supérieur du Grand- Séminaire de Bayonne (1790-1829)
Arnaud-Eugène Segalas Fondateur et premier Supérieur du Collège de Saint- Palais (1806-1851)
SES Successeurs et quelques Curés de cette ville
Ferha aiitem prudeniium statera pon- (lernhuntur.
Les paroles des hommes prudents seseront pesées à la balance.
(E(:cu.,21, 28.)
Né le 17 mai 1790 d'une ancienne famille à Lahonce, Jean- Pierre Darrigol se fit remarquer de bonne heure par un goût et une aptitude rares pour Tétude. Il n'était pas encore dans les ordres que déjà il professait avec distinction les humanités au collège de Dax. Ordonné prêtre en 1815, il exerça le ministère paroissial avec autant de succès que de zèle; mais ses supérieurs, connaissant ses préférences, ne tardèrent pas à l'employer dans renseignement.
Il débuta par enseigner la théologie au séminaire de Bétharram. Me^' d'Astros l'appela bientôt en son grand séminaire de Bayonne, où il lui confia la chaire de morale. Il y avait cinq ans qu'il initiait les jeunes lévites du sanctuaire dans la science des choses divines, quand son évoque lui adressa les lettres de supérieur de cet important établissement.
Nos anciens du sacerdoce se rappellent encore les rares qualités du jeune supérieur. Doué d'un esprit naturellement droit, éclairé par l'étude et la pratique du ministère paroissial, il s'attacha avant tout à distinguer Içs vocations ventant
de Dieu de celles faites par les hommes : éliminant sans miséricorde les secondes, il ne négligea rien pour cultiver, développer les premières, «fin de former des hommes de principes, des prêtres à vertus viriles, en un mot des hommes de Dieu. Efforcez- vous, aimait-il à répéter à ses élèves et même à ses confrères dans le sacerdoce, d'affermir votre vocation et votre élection par les bonnes œuvres ; Sata^Ueutper èana opéra certam tesiram wcationem eteleetûmem faciatis (2 Petr., L 10).
Aussi instruit que vertueux, M. Darrigol consacra ses loisirs à de savantes études sur la langue basque. On a de lui d'abord une Dissertation critique et apologétique sur la langue basque, puis une Analyse raisonnée du système grammatical de la langue basque. L'auteur ayant concouru pour ce dernier travail au prix fondé par Volney sur ce sujet, le remporta sur le célèbre écrivain allemand de Humbolt, et fut couronné par l'Académie des Sciences le 24 avril 1829. Le travail — trop peu connu — de M. Darrigol est un les plus sérieux qui de nos jDufBsaient paru sur notre belle et immortelle langue (1).
Le diocèse doit encore à notre supérieur le Catéchisme ou Abrégé de la foi , imprimé en 1823 par ordre de M^^ d'Astros. Il ne jouit pas longtemps du fruit de ses travaux. Onjse années de cruelles souffrances d'une maladie inflammatoire.
1 Après k'S a-uvres tlo M. Darrigol, il faut mentionner les travaux vraiment remarquables de M. Tabbé Incliauspé sur le verh" basque (Bayonne, in-4» 1858); de M. Duvoisin : Etale sur la dêcliniison ba<que (ENfyôniie, tSéô/ln^^*»»; de Hovelacque et Vinson : E udes de IrnguUtique et d'ethnographie (Paris, in-12, 1878). —Nous ne parlons pas des publica- 'att-<leià des P>Ténées, où D.-J. Francisco de Aîzquibel.eslen ■4e «faire imprimer son beau Dictionnaire basco espagnol tittUado •* trderara biurtxeco iixtrgia (Tolosa, in fol., 1882-83). Espérons ■kins heureux que A. Chaho, qui ne put achever son Diction- Ht^, êépànml'tt latin (Bayonne, 1S56, in-4o) .
oei^asionnée par isés veilles, usèrent son vcofpg et ftraût briller davanti^ sa résignation béroïq-iie '-^ ^ses 'qualités sacerdotales. Ilmoarut le 1? juillet 1339, kVêùg(^ âe^>ans.
M. L'ABBi&Sé0ALi^s. — Il y avait cinq mois quele diocèse pleurait la mort de M. Daçrigol, quand M»' d'A.8tros dotinait ronction sacerdotale (à la Noël,'à(!)loron) à uu jeune homaie de 23 ans, avec dispense d'âge. C'était Armanfd-iEugène Ségalas, né à SatiTt-Palais le 19 juillet 1806, du mariage de Baptiste Ségalas et de Marianne Berdeco. Il fit ses crémières aauées de ifetinité auprès de son oncle Tabbé Brirbàste, curé de Garris. Pendant ce temps, la Providence , qui «prépare nos voies et règle toiite chose avec nomb^, poids et.aaesure, > lui fit faire la connaissance de Michel <îaTicoït.s, un pi'otégé de son digne oncle. Ce Micbel Garicoïts, d'anciéU pâtre devenu vicîaire de Cambo, devait 'un jout lui révéler les desseins de Dieu sur Itii, comme le prince des armées célestes les avait révélés jadis au prophète Daniel. Nemo estudjutor meus in omnibus his, nisi Mchaelprinoeps vestét (Dan., 10, 21).
En effet, le jeune Armand, ayant adhevé ses études, après aVoir hésité quelque temps sur le choix d'un état, venait d'opter pour une carrière libérale, et était sur le point de partir pour Toulouse. M. Garicoits fut informé par M. Barbaste, devenu pour lors curé de la cathédrale de Bayonne, du parti que venait de prendre son neveu. Le jeune vicaire connaissait trop les rares qualités de son ami du presbytère de Garrîs pour ne pas regretter sa perte' pouri'Egllse. "Immédiatement il va trouver l'abbé Cestac au séminaire de Larréssore; il l'intéresse à sa cause et lui fait partager ses vues. Le lendemain même, le jeune Ségalas, au moment de son départ, recevait une lettre anonyme qui, dissipant ses doutes, Ittiouvrait de! nouveaux horizons. Il réfléchit; (Dieu bénit le
de Dieu de celles feitr ;^»use. Quelquesjours après,
miséricorde les sec- ..^'ÎWj et en 1829 il recevait la
développer les y ^^^'^'^^^^^ de Mk*^ d'Astros.
principes, de^ ^,^'>^;>^gflVoyé professeur à Oloron, d'où hommes de ' ;. '^•^'^.tion de Tabbé Saint-Guily. successeur
élèves et r /'^'^i ^ fut'ûommé à une chaire du grand
votre v .. • •r.y- ^^flfle- Il occupait avec distinction cette Satagi .J^'f^T^ '^^fieavœnx de ses compatriotes, il consentit /aeif ''^^ uoar aller fonder un collège dans sa ville
' a^^^^^ f importait édifice rectangulaire et à deux beaux
^^ Avec chapelle, cour, préau, etc., bâti sur le bord de ^ eua^9 ^ l'ôiïtrée môme de la ville, afflua longtemps ^j0 la jeunesse de la Basse-Navarre et pays eaviron- ÉS. C'ôst dans cette tâche, aussi délicate que modeste, qu'il jjtj durant de longues années, les services les plus signa- .^^ renseignement et à la religion. Le diocèse lui doit plusieurs de ses meilleurs ecclésiastiques, et la société départementale plusieurs de ses membres les plus haut i)lacé3.
L'abbé Ségalas, d'une pliysionomie extrêmement douce et bienveillante, unissait aux qualités du cœur les plus exquises, aux vertus les plus pures, une intelligence d'élite. Nul n'annonçait avec plus d'onction la parole de Dieu, nul n'avait au plus haut degré le don d'émouvoir les âmes par une parole toujours simple. Depuis son arrivée jusqu'à sa mort, survenue le 4 mai 1851, il connut dans sa ville natale deux dignes et zélés pasteurs, MM. Landerretche (1837-1847» et Larraburu (1847-1859) [1]. Uni avec eux par les liens d'une
(1) Sous ce dernier, les PP. Franciscains, sous la conduite du H. P* Arcso, de sainte mémoire, vinrent s'établir dans la ville, à la rue dos Cagots, dans la maison Ma'iafho. Us (luittèrent cette «Icmouro, lo ^' novembre 1880, en vertu dos décrets néfastes du 29 mars de la même année. Quand l'heure de la liberté sonnera pour eux, ils se réuniront
amitié sacerdotale fondée sur Tamour de Dieu, il ne contribua pas peu au grand bien, aux fruits de salut opérés dans leurs paroisses par ces dignes ecclésiastiques. Aussi, après trente années, sa mémoire y est-elle aussi vénérée que le jour où, environné des sympathies universelles, on l'accompagnait à sa dernière demeure.
Ses successeurs à la tête de l'institution Saint-Louis-de- Gonzague de Saint-Palais lurent : Tabbé Loustaunau , de professeur de rhétorique devenu supérieur (1851-6); Tabbé
dans leur nouveau couvent, déjà ouvert et sis de l'autre côté de la ville, non loin du cimetière. — Sous le môme curé arrivèrent encore à Saint- Palais, en 1858, les dames de l'Immaculée Conception, dont le nouveau couvent et la jolie chapelle construits en 1865, s'élèvent au chevet et à quelques mètres de la nouvelle église paroissiale.
Son successeur fut l'abbé Jauréguiberry, né à Ispoure (1808), ordonné en 1836; successivement vicaire de Mauléon (1836-1844), desservant à Saint-Just (1844-1855', curé de Larceveau (1855-1859), de Saint-Palais (1859-1873). Ce digne ecclésiastique, aussi érudit que modeste, posa, le 20 février 186(3, 1^, première pierre de sa nouvelle église en style ogival du XIII' siècle, et eut la consolation de la voir achevée avant sa mort, arrivée le 3 janvier 1873. Parmi les nombreux bienfaiteurs de cet élégant édifice, il convient de citer Théodore d'Arthez, banquier à Londres et originaire de la famille de ce nom à Saint-Palais, dont un des membres, chevalier de la Légion -d'Honneur, de Saint-Louis et de l'Eperon-d'Or, mort en 1836, a honoré la magistrature par ses talents et ses hautes fonctions.
La nouvelle église a remplacé une bâtisse assez informe construite en 1832 sous l'abbé Sallaberry, sur la Bidouze, à l'emplacement même d'une modeste chapelle dédiée à sainte Magdeleine; elle sert aujourd'hui de palais de justice. Indépendamment de la dite chapeUe de Sainte- Magdeleine, Saint-Palais possédait une seconde église dédiée à saint Paul, et sise au milieu du cimetière actuel, où l'on vient d'en découvrir les fondements. Elle avait été démolie en 1793.
La cure de Saint-Palais est occupée aujourd'hui par l'abbé Bidégaray, né à Garris en 1834 ; ordonné en 1864, de vicaire de Saint-Palais devenu curé de la ville à la mort du regretté M. l'abbé Jauréguiberrj'.