LE PARLEMENT ET LE RÉGENT
Position du régent. - Prétentions politiques du Parlement. - Rôle du Parlement depuis le xvie siècle. - Le testament de Louis XIV. - Séance du Parlement le 2 septembre. - Discours du duc d'Orléans. - Arrêt de la cour qui donne la régence au duc d'Orléans. - Récompenses accordées aux allies du régent et puissance du Parlement. - La concorde n'est pas durable.
Si le duc d'Orléans eût été un maître aussi absolu que Louis XIV, devant la volonté duquel se taisaient les ministres et les Parlements, Law aurait eu la direction des finances et aurait pu, des le premier pur, appliquer son système dans toute son étendue. Mais le duc n'avait pas l'énergie qui déconcerte les oppositions ; il aimait mieux séduire que contraindre, et d'ailleurs il n'était pas roi. Or, sous les régences, les partis seront toujours plus turbulents et plus intraitables, parce que, pouvant prévoir exactetement l'époque à laquelle le pouvoir changera de main, les ambitieux redoutent moins la puissance d'un maître passager. Le ré-ent chercha donc d'abord à se concilier les esprits, mais il rencontra dans les hommes, que leurs intérêts ou leurs opmions faisaient ennemis du nouveau système, une résistance obstinée, que la force seule put briser.
Le Parlement montra dans cette querelle le plus d acharnement. Comme nous le verrons plus d une fois paraître pour protester contre les mesures financières du gouvernement, il est utile de savoir quelle position lui avait faite le nouveau règne et quel rôle il prétendait jouer.
32 LE l'ARLEilENT LT LE RÉGENT.
Le Parlement de Paris était, par son institution, une simple cour judiciaire : les circonstances seules en firent parfois une assemblée politique. 11 en profita pour ériger en droit l'autorité que le hasard ou la faiblesse du gouvernement lui avait départie, et pour proclamer le contrôle qu'il avait exercé comme un principe fondamental de la monarchie. Les princes, de leur côté, protestèrent contre ces prétentions ambitieuses, et rappelèrent les magistrats à leur véritable origine. De là une grande incertitude sur les limites des différents pouvoirs * ; de là aussi, entre le souverain et ses juges, des luttes fréquentes, qui ne profitaient d'ordinaire qu'à Tanarchie. Le Parlement manquait de cette force morale qu'une assemblée politique puise dans des droits incontestables ; s'il voulait résister à la cour ou la diriger, il ne pouvait le tenter avec succès que dans les temps d'une minorité ou d'une guerre ci\ile. Dès que la royauté était redevenue puissante, un lit de justice suffisait le plus souvent pour le faire rentrer dans le silence.
Aussi l'histoire politique du Parlement se confond-elle presque toujours avec celle des désastres de la France. Il se mêle aux guerres de religion dont ses plus illustres membres deviennent les victimes; il dispose de la régence à la mort de Henri lY; il donne une seconde fois le pouvoir et engage ouvertement la lutte avec la royauté sous la minorité de Louis XIV. Mais il est humilié par Richelieu, et réduit au silence par Louis XIV. Ce prince, devenu majeur et seul maitre d un pays qui était las de discordes, fait lacérer les registres delà Fronde et supprime jusqu'au droit de présenter des remontrances avant l'enregistrement. Pendant quarante ans, le Parlement subit, sans oser murmurer, le joug sous lequel pliait toute la France et semble avoir entièrement renoncé à son passé et à ses prétentions politiques.
Mais, quand le grand roi approcha de sa fin, les ambitions se réveillèrent autour de son lit de mort. Le duc d'Orléans était le premier prince du sang. La légèreté de ses mœurs et l'aversion
• Voir, sur les prétentions du Parlement, le chapitre m de la Thèse de M. Chérnel (Di l'Adminiitration de Louis IIV,.