L£ FARLLMLXT ET LE REGEM
duroi ravalant jusqu'alors tenuàl"écart : mais mi pouvait prévoir que la régence lui appartiendrait bientôt, et les plus prudents se rapprochèrent de lui. Le duc de Ncailles, que l'amitié de madame de Maintenon avait initié aux mystères de la cour et qui wait aussi dans Tintimité du prince S lui lit connaitre les dispositions du testament déposé au Parlement : le duc d" Orléans avait bien la régence, mais son pouvoir était entravé par tous les obstacles qu'avait pu imaginer la défiance de Louis XIV. On s'entendit pour casser ce testament. Le cardinal de Noailles, menacé par le Père Le Tellier, prêta les mains à ce projet, et le Parlement, charmé de recouvrer son influence en frappant la faction des jésuites, s'y associa sans peine -.
Louis XIV mourut sur ces entrefaites, et sa mort trouva les alliés du duc prêts à agir. Le lendemain (-2 septembre 1715) le Parlement s assembla sans convocation ; il croyait avoir acquis le droit de donner seul un chef à l'État pendant une minorité : le duc d'Orléans se garda bien de protester. Dès le matin il avait mis les troupes sur pied; Ls gardts françaises gardaient les avenues et la cour du palais ; une foule d'officiers, portant des armes sous leurs vêtements, encombraient la grande salle. Dans le Parlement même une partie des pairs, plusieurs présidents, et le procureur général d'Aguesseau étaient gagnés ; le reste était indifférent ou intimidé ; le duc du Maine avait eu l'imprévoyance de se présenter seul, sans escorte et sans parti.
« Je suis persuadé, dit le duc d'Orléans, que suivant les lois du royaume et suivant les exemples de ce qui s'est fait en pareilles conjonctures, et la destination mémo dufeuroi, la régence m'appartient ; mais je ne serais pas satisfait, si à tant de titres qui se réunissent en ma faveur, \ous ne joigniez vos suffrages et votre approbation, dont je ne serai pas moins flatté que de la régence même.
» Je demande donc, lorsque vous aurez lu le testament que le feu roi a déposé entre vos mains et le codicille que je vous ap-
> Méin. de Villars, 1. 1, p. 130.
« Vie de Philippe d'Orléans, par M. L. M. D. M.
Londres, 1736.
•^^ CHAPITRE m.
porte, de ne point confondre mes différents titres et de délibérer égal-meut sur iun et sur l'autre; c'est-à-dire sur le droit que ma naissance me donne et sur celui que le testament pourra y ajouter; je suis même persuadé que vous jugerez à propos de commencer par délibérer sur le premier.
» Mais à quelque titre que j "aie droit d'espérer la régence, j'ose vous assurer^ Messieurs, que je la mériterai par mon zèle pour le service du roi et par mon amour pour le bien public, surtout étant aidé par vos conseils et par vos sages remontrances K »
Malgré la complicité du Parlement, le prince était inquiet et parlait dune voix tremblante. Mais le duc du Maine ne dit pas un mot; la lecture du testament fut à peine écoutée, et l'on vota que la régence appartenait sans restriction au duc d'Orléans, comme au premier prince du sang.
Dans une seconde séance, qui eut lieu Taprès-midi, l'œuvre fut consommée ; tous les pouvoirs furent remis entre les mains du régent, et le Parlement triompliant rendit un arrêt par lequel il réglait, de sa propre autorité, 1 administration du royaume.
G Ce jour-là, la Cour, toutes les chambres assemblées, la matière mise en délibération, a déclaré et déclare monsieur le duc d'Orléans régent en France pour avoir, en ladite qualité, l'administration des affaires du royaume pendant la minorité du roi ; ordonne que le duc de Bourbon sera dès à présent chef du conseil de régence sous l'autorité de monsieur le duc dOrléans et y présidera en son absence..., que le duc du Maine sera surintendant de leducation du roi ; l'autorité entière et commandement sur les troupes de la maison dudit seigneur roi, même sur celles qui sont employées à la garde de sa personne demeurant à monsieur le duc d'Orléans, et sans aucune supériorité du duc du Maine sur le duc de Bourbon, grand maître de la maison du roi. » Jamais souverain n'avait parlé d'un ton plus absolu.
Une troisième minorité lui rendait, pour la troisième fois, la puissance qu'il avait toujours ambitionnée, mais la lui rendait
' y œ de PU. d'Orléans, par M. L. M. \). M.