COITPAGXIE HOLLANDAISE ET COMPAGNIE ANGLAISE
le mode des ventes, le nombre de vaisseaux à envoyer aux Indes, nommait les principaux gouverneurs des colonies et faisait avec les souverains étrangers des traités qui devaient être ratifiés par les États- Généraux. La Compagnie payait par an 16,000 florins pour l'exemption de tous les droits de sortie sur les marchandises que ses vaisseaux transportaient d'Europe dans l'Inde. Le privilège était octroyé pour vingt etunans, et, à l'expiration de ce délai, la Compagnie le faisait renouveler, en payant chaque fois aux États-Généraux une certaine somme, qui s'éleva à près de deux miUions de florins.
Cette Compagnie, grâce à son organisation, put profiter de l'affaiblissement de l'Espagne et du désordre des colonies portugaises, après la conquête du Portugal par PhiUppe II. Elle s'empara des îles d'Amboine, d'Oma, d'Honimoa, de Noessa-Laoet, de Banda et de plusieurs autres ; elle établit des comptoirs à Bornéo et à Sumatra, et fonda dans l'île de Java la puissante ville de Batavia, qui devint le centre de ses possessions en Océanie, et la capitale de toutes ses colonies asiatiques. Dans Tlndo-Chine, elle enleva aux Portugais l'importante ville de Malacca^, ouvrit des comptoirs ou loges dans le royaume de Siam, dans le royaume de Pégu, dans le Tonquin, et jusqu'à Canton en Chine; les Hollandais furent les seuls Européens qui fussent admis à faire le commerce avec les Japonais dans l'île de Nangasaki. Dans l'Inde, elle occupa les côtes de l'île de Ceylan ; sur la côte de Malabar , les villes de Goulan , de Cochin, de Caticulan, de Porca, de Cranzenor, de Chéloua ; sur la côte de Goromandel, Chincour, Patna, Kasembazar, Boloslou, Mazuhpatam, Négapatam et Sadras. Elle eut un comptoir à Surate, près de la presqu'île de Guzzerat, un comptoir à Ispahan en Perse, un autre à Bender-Abassi, à feutrée du 'golfe Persique, un autre à Moka en Arabie. Pour relier ses possessions lointaines aux ports de Hollande , la Compagnie envoya, en 1650, une colonie au cap de Bonne-Espérance, et fonda, en 1 652, la ville du Cap, qui devait servir de port de relâche aux vaisseaux hollandais.
Elle faisait un commerce considérable dans flnde où elle servait d'intermédiaire entre les pays dans lesquels elle avait fondé des établissements ; en Europe, elle vendait avec d'énormes protits les produits de ces contrées : c'étaient les clous de girofle d'Amboine et des îles voisines ; les noix de muscade de l'archipel Saint-Lazare ; le camphre et le benjoin de Sumatra ; la cannelle de Ceylan ; le poivre et autres épiceries, les étoff'es de soie, les étoffes de coton, le salpêtre, le musc qu'elle tirait de l'Hindostan ; le plomb, l'ivoire, l'or, le bois d'aloés derindo-Ghine;le vif-argent, f acier, le fer, Fétain, les toiles peintesde Canton ; les porcelaines du Japon ; les pierres précieuses et les laines de la Perse; le café, fencens, la manne de Moka. Elle avait le monopole de la fourniture des épiceries dans toute l'Europe, et bien que son commerce eût beaucoup diminué pendant la seconde moitié
du xvin^ siècle, elle vendit encore, en 1775, 400,000 livres de cannelle, 90,000 livres de fleur de muscade, plus de 6 millions de livres de café, près de -4 millions de livres de thé, 308,000 pièces de toiles de coton, 35,000 pièces de nanquins, et d'autres marchandises dans la même proportion.
Les actions, créées à 3,000 florins, s'élevèrent à plus de 15,000 florins ; à l'époque où Law établissait son système, elles valaient environ C50 pour cent. De 1715 à 17^0, les dividendes furent de -40 pour cent; pendant une année (1G06) ils s'étaient élevés à 75 pour cent.
Les guerres du xvin*' siècle et les progrès généraux du commerce diminuèrent la puissance de cette Compagnie. Les actions ne valaient plusque3'25 pour lOO, en 1770, et leur dividende n'était plus que de 15 pour 100. Les guerres de la République et de l'Empire achevèrent de ruiner le commerce delà Hollande, etses plus belles colonies tombèrent au pouvoir des Anglais.
Les Anglais avaient commencé à établir un commerce régulier avec les Indes dans le temps où les Hollandais fondaient leur Compagnie. Elisabeth, qui s'apphquait à développer le génie commercial de sa nation, autorisa, en 1599, l'association de plusieurs marchands de Londres nui firent partir quatre vaisseaux en 1600. Us revinrent avec une riche cargaison, et la nouvelle Compagnie prit aussitôtune grande extension. Jacques I^^ ratifia et augmenta ses privilèges, et fit en sa faveur plusieurs traités de commerce avec les princes de l'Asie. Charles II la protégea activement ; par diverses chartes données en avril 1662, en mars ^1659 et en décembre 1674-, elle obtint des îles de Bombay et de Sainte-Hélène avec tous les droits régaliens, la formation d une cour de justice dans tous ses comptoirs, le délai d'un an pour acquitter les droits de douane, la permission de garder sans payer ses marchandises en entrepôt , le monopole du commerce des Indes, et d'autres privilèges qui constituèrent définitivement son organisation. Jacques II la délivra de la concurrence que lui faisaient par contrebande les armateurs anglais, et, grâce à cette protection continuelle du gouvernement, elle jouit pendant quelques années d'une faraude prospérité; ses profits promirent de porter son capital de 369,891 livres sterling à 739,782 li\Tes sterling, sans faire de nouveaux appels de fonds aux actionnaires ; ses bénéfices dans la seule année 1685 furent de 963,639 livres sterling; de 1684 à 1687, quarante-quatre vaisseaux partirent de Londres pour se rendre auxindes. Mais les luttes que la Compagnie eut à soutenir dans l'Inde contre les Hollandais, la guerre du grand Mogol, la Révolution de 1688, et les pertes immenses que les corsaires français firent subir au commerce
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maritime de l'Angleterre, épuisèrent la Compagnie, qui, après la paix de Ryswick, se trouva incapable de continuer ses opérations.
Les marchands demandèrent que le commerce de l'Inde fut déclaré libre. Guillaume III, sans céder à leurs instances, établit, en 1688, une nouvelle Compagnie qui fit pendant quelque temps une redoutable concurrence à Tancienne. En 1708, les deux associations furent réunies en une seule, et la prospérité de la nouvelle Compagnie des Indes fut bientôt telle, qu'elle envoya chaque année aux Indes près d'un million de livres sterling en monnaie. La guerre de la succession d'Espagne et le traité d'Utrecht augmentèrent encore sa puissance.
Cette Compagnie était régie, comme celle qui l'avait précédée, par les règlements de 1662 et de 1686. L'administration centrale se composait d'mi gouverneur, d'un sous-gouverneur et de vingt-quatre assistants ou directeurs, élus tous les ans ; d'un secrétaire, d'un teneur de livres, d'un caissier général et de plusieurs gardes-magasins. Les directeurs se réunissaient deux fois par semaine et se partageaient en cinq comités qui veillaient à l'achat des marchandises, au fret des navires, à la politique de l'Inde, au soin des magasins et à la sollicitation des affaires ; l'assemblée générale se tenait une fois par an au mois d'avril. La Compagnie avait le commerce exclusif des Indes, et tout vaisseau anglais, toute marchandise, envoyés sans son autorisation, devaient être saisis. Elle avait le droit de nommer ses officiers, de faire dans l'étendue de ses concessions les lois et ordonnances qu'elle jugerait à propos, d'entretenir six grands vaisseaux de guerre et six flûtes, de bâtir des châteaux et des forts, de faire la guerre à tous les peuples non chrétiens, et de tirer raison par les armes de ceux qui lui auraient causé quelque perte ou qui auraient interrompu son commerce.
La Compagnie avait profité de ce dernier droit ; elle avait combattu les Hollandais et les Portugais et elle entretenait déjà des troupes dans i'inde ; mais elle n'occupait encore que le second rang parmi les puissances commerciales. Son port de relâche était dans l'île de bainte-Hélène qui lui avait été cédée en 1674. Elle avait comme les Hollandais un comptoir à Moka et un marché dans le golfe Persique depuis qu'elle avait chassé les Portugais de fîled'Ormuz. Dans l'Inde, elle s'était établie à Surate; le roi d'Angleterre lui avait donné l'île de Bombay ; elle possédait sur la côte de Malabar Aujango, Calicut, Telechery, Carouvari et Baucut; sur la côte de Coromandel, Goudelour et Madras, qui était alors la plus importante des possessions anglaises ; les étabHssements de Mazulipatam et deCeylan. Elle avait élevé dans le Bengale sur les bords du Gange le fort Guillaume, à côté duquel commençaient à se bâtir les maisons de Calcutta, et déjà dix ou douze vaisseaux, chargés de marchandises, descendaient tous les ans le fleuve pour se rendre à Madras. Elle envoyait des navires à
Siam, au Tonquio, en Chine, dans les îles de l'Océanie où elle avait formé rétablissement de Prianara à Sumatra, depuis que tes Hollandais l'avaient chassée de Bentam.
Son commerce était le même que celui des Hollandais ; elle portait avec quelques marchandises des sommes considérables en or et en argent, et elle rapportait en Europe du poivre, des drogues, du café, du coton filé, des toiles de coton, du salpêtre, de la soie, des étoffes de soie, des pierres précieuses et divers autres produits naturels et manufacturés de la Chnie et de l'Inde.
Les retours donnaient ordinairement 900,000 hv. sterling par an ; les profits étaient très-grands, parce qu'il n'y avait pas encore une grande concurrence; les actions, qui, en 168:2, valaient 370 p. 0/0, et qui avaient baissé pendant la guerre de 1688, s'étaient relevées et avaient dépassé ce chiffre dans les premières années du*xviiie siècle '.
La Compagnie anglaise n'eut pas la même fortune que la Compagnie hollandaise. Pendant que sa rivale dépérissait, elle prit un immense développement et parvint en moins d'un siècle à doter l'Angleterre d'un empire nouveau. Linvasion de ÎNadir-Shah acheva de ruiner Pautorité déjà affaiblie du grand Mogol ; les Européens s'immiscèrent dans les querelles des nababs , devenus indépendants . Dupleix chercha le premier à conquérir un territoire à la faveur de ces dissensions ; la Compagnie «française ne sut pas le seconder et il échoua. La Compagnie anglaise poursuivit avec persévérance le même projet; pendant la guerre de Sept ans, elle détruisit les colonies françaises, vainquit le souverain des provinces de Bengale, de Bahar et d'Orissa, s'empara de ses trésors, et donna aux Indiens des bords du Gange un autre maître qui ne ftit en réalité que le vassal de la Compagnie {1757j. Elle consolida, sa puissance par de nouvelles victoires, se fit céder le Bengale par le Grand Mogol Schah-Alluin qu'elle rétablit sur le trône; elle imposa un tribut au nabab dOude auquel elle céda les provinces de Corah et d'Allahabad, et régna en souveraine sur le nord de la péninsule. La lutte terrible qu'elle eut à soutenir pendant la guerre de l'indépendance contre les princes de Mysore, Haïder-Ali et Tippou-Saëb, fortifièrent son pouvoir; elle s'étendit sur l'Hindostan et le Dekkan tout entiers et sur l'Indo-Chine pendant les guerres de la République et de l'Empire : de nos jours elle embrasse dans ses quatre présidences de Calcutta, dAgra, de Madras et de Bombay la péninsule tout entière, et des montagnes de l Himalaya à l'île de Geylan, elle ne compte guère que des sujets ou des vassaux.
' Pn 1842,1e commerce de la Compagnie aux Indes s'élevait à 240,727, .339 f. 34 G. pour rimportation et à 411,536,035 f. 18 c. pour rexportation.
SUR l'opposition a l'établissement de la banque dans l'intendance de bordeaux.
La ville de Bordeaux était à cette époque la plus importante place du commerce marilime de France ; elle contenait plus de 80,000 habitants *, et Necker dit en pariant de cette généralité: « Elle réunit les plus précieuses ressources, l'exportation considérable de ses vins dans l'étranger, et l'importation de la plus grande partie des denrées des colonies d'Amérique qui se distribuent ensuite de Bordeaux dans toute l'Europe -. » Les négociants y étaient nombreux et riches, et les banquiers, ennemis naturels de la banque centrale, très-influents.
La généralité avait alors pour intendant M. de Gourson, fils de M. de Basville, intendant de Languedoc. C'était un homme dur^ vaniteux et inhabile, s'il faut en croire Saint-Simon ^ Ilavait administré déjà la Normandie avec tant de sévérité qu'il avait excité des émeutes et qu^on avait été obligé de l'éloigner. A Périgueux, il leva sans ordonnance des taxes sur les habitants et mit en prison plusieurs bourgeois qui résistaient.
Un pareil homme n'était pas fait pour gagner les esprits aux nouvelles mesures du gouvernement. Les négociants, que leurs richesses rendaient plus indépendants là que partout ailleurs, se coalisèrent. L'intendant lit nommer des commissaires qui examinèrent et approuvèrent la banque ; les banquiers firent de leur côté une assemblée et publièrent un mémoire contre la nouvelle institution ; les receveurs, oui partageaient le commerce et les bénéfices des banquiers, applaudirent et la ville se mit en révolte contre les billets de banque. Il fallut que le duc de Noailles écrivît à M. de Courson [Lettre I) pour lui faire sentir la faute qu'il avait faite en laissant délibérer sur l'utilité de la banque, et pour l'engager à soutenir énergiquement un établissement
' Necker porte à 84,000 âmes la population de Bordeaux. — 123,935, recensement de 1851.
* Necker. Administration des Finances, t. I, ch. 11.
' Saint-Simon dit que «c'était dehors et dedans un gros bœuf.»— T. XXVIil, p. 209.
dont il s'efforce de lui démontrer les avantages. Le maréchal deBerwick commandait depuis 1715 en Guyenne. Le duc lui adressa également une lettre pour le prier de joindre ses efforts à ceux de M. de Courson afin d'empêcher toute cabale ( Djtire If).
Cette province seule donnait plus d'embarras que toutes les autres ensemble. D'ailleurs le duc de ?Soailles aimait beaucoup M. de Basville qu'il resrardait comme le modèle des intendants (Voy. Établissèment de lo banque, une lettre qui lui est adressée). Il soutenait le fils par amitié pour le père; il le défendit énergiquement dans une mauvaise affaire qu'il eut au conseil des finances, et il renouvelait souvent ses recommandations pour l'empêcher de faiUir. A la suite delà circulaire qu'il adressa au mois de décembre 1716 à tous les intendants pour les engager à laisser plus de Uberté aux receveurs, il écrivit à M. de Courson une lettre particulière [Lettre 111] dans laquelle il lui enjoignait de ne pas permettre, sous prétexte de liberté, qu'on refusât dans son département les billets de la banque. Mais il ne put pas encore triompher de la résistance des habitants. Après l'arrêt du 10 avril et la circulaire du ^11 mai qui menaçait de destitution ceux qui n'obéiraient pas, le duc fut obligé de destituer réellement le receveur général des fermes à Bordeaux (/.e^'^re /F, F et VI). 11 prit en même temps des mesures pour évher le mécontentement des commerçants et inspirer confiance dans les billets en assurant leur paiement : le produit des recettes de Montauban et d'Auch dut être versé à Bordeaux (Lettre VIP. La confiance ne vint pourtant pas, parce que l'intérêt personnel s'y opposait. On se plaignit que la ville était inondée de billets, que les caisses ne pouvaient suffire, et qu'il fallait pourtant de l'or et de l'argent pour les paiements de la foire qui approchait. Le duc écrivit encore (Lettre VI 11), rappela les mesures qu"il avait prises, montra l'exagération des plaintes et engagea M. de Courson à ne pluss'inquiéterdes cabales, puisque le propriétaire d'un billet était certain d'en être toujours payé à Paris. Le temps, la nécessité du commerce, rétablissement des succursales apaisèrent ces mécontentements ; mais il resta toujours dans les provinces un reste de défiance qui contribua plus tard au renchérissement des denrées et à la ruine de la banque.
A ces pièces j'ai joint une lettre (IX) adressée à Legendre, qui a trait aux affaires de la généralité de Bordeaux, et qui, par les explications qu'elle donne sur la nature des billets, sert de complément aux Lettres I et VllL