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ÉTAT DES FINANCES A LA MORT DE LOUIS XIV

Le trouble et la gêne qu'apportaient aux relations commerciales ces mesures violentes^ augmentaient encore par les variations continuelles des monnaies d'or et d'argent et par Tavilissement progressif de la monnaie de papier. On avait d'abord donné des billets de monnaie en échange des métaux qu'on voulait refondre ; puis on refondit encore les métaux pour retirer de la circulation ces mêmes billets ». On crut par là sauver l'État, et on ne s'aperçut pas que chacune de ces crises paralysait le commerce languissant et portait une nouvelle atteinte à la richesse du royaume. Le négociant craignait de livrer ses marchandises contre des billets sans valeur ou contre une mon-

1704 69,369,166 (environ). Il y a des

erreurs dans les additions de Forbonnaiè.

1710 14,693,375 (environ).

1712 12,000,000 (environ).

Total. . . . ~ 510,250,551 liv. * Ces ehiifres ne représentent 'que les sommes nettes payées par les traitants qui faisaient toujours une retenue de 5 ou de 6 sous pour 100. Or, en prenant seulement le taux de 5 pour 100, on trouve que l'État s'était reconnu débiteur d'une somme qui ne s'élevait pas à moins de 542,063,078 livres, à laquelle il faudrait encore ajouter le prix, de tous les oflices qui, créés dans les dernières années du siècle précédent, n'avaient pas été rachetés après la paix de Ryswick, si d'ailleurs ils ne se trouvaient en partie compensés par ceux que le temps avait éteints de i70l à 1715.

L'État se trouvait bien réellement débiteur de cette somme de 542,003,078 1., puisqu'il ne pouvait soulager le peuple et recou\Ter ses propres droits (^u'en remboursant les acquéreurs de ces offices.

* Forbonnais, années 1701, 1704. — Les premiers billets de monnaie furent créés à cause de la refonte du mois de septembre 1701.

Foibr>iitiai5 'V, 279) dit en 1716 r|ue le capila. dfs jcii.es augmeiiliitinns rfcs ga?'? Jiioiilail , 205,371,971 li(rcs, mui? il n'entre pas dan» lo détail de ra <r.niimï.

s CHAPITRE I^*-.

naie afiaiblie ; Targent passait à Fétranger, et les artisans, que la guerre ou la famine avait épargnés, restaient sans travail et périssaient de misère ; le nombre des mendiants était effrayant, et Fénelon pouvait dire avec raison : a la France entière n'est qu'un grand hôpital désolé et sans provisions *. » En 1709, des nawes malouins apportèrent à travers les flottes anglaises 30 millions de matières d'or et d'argent, qui furent déposées aux hôtels des monnaies ^ Une refonte générale fut ordonnée; elle devait être la dernière ; l'espérance reparut un instant. L'élévation de la valeur du marc à quarante livTes donnait au roi un bénéfice de 11 millions en argent et faisait rentrer dans ses caisses i3 millions en billets ^ L'illusion ne fut pas longue; les millions furent bientôt engloutis, et il ne resta dans le commerce que les embarras causés par une monnaie dont le poids et le titre étaient bien inférieurs à la valeur réelle. Il fallut, quand la paix eut été signée, détruire ce qui avait été fait, et on mit le comble au désordre en ordonnant onze diminutions successives, qui devaient ramener le marc d'argent à vingthuit livres*; il n'y eut plus de valeurs fixes, et, par suite, plus de transactions possibles. Les billets ne pouvaient suppléer à l'argent : tout ce qui venait du trésor était devenu suspect, et on commençait même à ne plus avoir confiance dans la signature des particuliers. « Les contrats sur la ville perdaient plus de 50 pour 100, les billets d'ustensiles, 80 et jusqu'à 90 pour 100 ^ » Pour avoir 8 millions en argent, le roi avait été obligé de souscrire une somme de 32 millions en billets * . De là tant de créations différentes, que rendait nécessaires le discrédit dans lequel chacune d'elles tombait rapidement ; après les

* Fénelon. Lettre à Louis XtV.

* Dutot. Réflexions politiques sur te commerce et Us finances. Éd. Guillaumin, p. 858.

* L'argent était auparavant à 3G livres le marc. Le chiffre exact du Lénéfice en argent que fit le roi est de 11,370,773 Hatcs. Dutot, p. 8G0.

* Ordonnance du mois d'octobre 1713. Voir Forbonnais, t. V, et Dutct, Réflexions politiques.

* Dutot. Réflexions politiques. Éd. Guillaumin, p. 866.

* Idem.

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