‹ Recherches historiques sur les croisades et les TempliersChapitre 12 sur 40 · DU CHAPITRE V · texte numérisé non relu

DU CHAPITRE V

(i) 1^ pas d'armes était annoncé par des hérauts ; il y avait plusieurs soutenans lorsqu'il était question de la beauté des dames d'une nation contre celle d'une autre 9 ou un seul quand le pas d'armes n'avait pour objet que la beauté d'une seule dame ; mais le soatenant avait souvent des tenans. On en trouve des exemples dans nos histoires et dans nos anciens romans. Le pas d'armes de Fraquières est un des plus célèbres.

(a) I^ies actes et la procédure étaient les mêmes que dans les tribunaux : tantôt c'était un bail passé devant deux notaires de l'île de Chypre , nommés le Diésir et le Respect y par lequel là belle Cloris , bourgeoise de

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la ville de Chypre , loue pour dix ans à Tamoureux Dapbnis, aussi bourgeois de la ville de Chypre, un cœur à elle appartenant. Tantôt c'est une assignation donnée à la requête de Tirsis , amant fidèle ^ par Nicolas Bonnefoi , huissier du royaume de tendresse , à Philis pour se voir condamner et par corps , à donner dans le jour , et sans délai , son cœur audit Tirsis , conformément à la promesse verbale qu'elle lui en a faite. Ces deux- pièces sont modernes ; Ja première est du poète Hénaut , mort en 1682 ; la seconde est tirée de la Bibliothèque des romans , mais elles sont Tune et Fautre sur le modèle des cours d'amour , c'est-à-dire sur le modèle des procédures régulières en usage dans les tribunaux, et des actes de jurisdiction soit contentieuse, soit volontaire {V. le Journal des sa vans , mars 1789,

(3) Exîsie-t-il des recueils de jugemens des cours d'amour ? c'est une question que propose le président Rolland y car le recueil qu'en a donné , dans le quinzième siècle , Jean-Mariial d' Auvergne , sous le titre d^ Arrêts d'amour^ il l'a extrait des ouvrages des Troubadonn. Le président Faucliet a cru que les cours d'amnur étaient de vrais tribunaux , de vrais parlemens rendant des arrêts et les faisant exécuter. C'est aussi le sentiment de l'auteur de la description des arcs de triomphe de la ville d'Aix. Les arrêts de Martial d'Auvergne, au nombre de 5i , sont en français, quoiqu'alors les arrêts des parlemens fussent en latin. Ils ont. été très-sérieuàement et très-savamment commentés en latin , au seizième siècle , par Benoît De-

Courl qui cite à rappui de ces arrêts toutes les lois ciriles et canoniques ; par exemple , dans le premier arrêt : « Une dame se plaint ([ue son amant lui a offert » plusieurs dons et bagues , qu'elle ne voulut prendre » ni recevoir pour doute de simonie en amour , qui » est défendue. » Benoît De Court appuie sou excuse en citant la loi au Digeste des donations entre maris et femmes , qui porte que ï amour est quelque chose de dîi^m, et en conséquence , comme dans les actes des Apôtres il est établi que c'est une simonie qœ d'acheter une chose sainte, Benoît De Court en conclut que l'amour étant une chose sainte, c'est une simonie que d'offrir de l'argent ou des présens à une dame pour s'en faire aimer. Quatorzième arrêt. » l^n demandeur conclut par droit lignager contre un défendeur à qui un frère dudit demandeur avait cédé un baiser qu'il recevait toutes les semaines d'une certaine dame. » Benoît De Court cite en faveur du demandeur le Lévitique , chap. a5 , les lois romaines et les ailicles de la coulmne de Paris , qui veulent que les biens resteiii dans les familles , et conclut en conséquence à ce que le baiser soit adjugé au demandeur par droit de retrait lignager.

(4) Le président Rolland ne croit pas i*^ que la cour amoureuse , établie sous le règne de Charles YI , soit la même chose que les cours d'amour qui n'ont jamais pris ce titre de cours amoureuses : 2<' que l'époque de la cessation des cours d^ amour , selon la plupart des auteurs , est la mort de la fameuse Jeanne V^ , reine de Maples , arrivée en i38i ou 8a , et que le règne de Charles VI, ne commence qu'en i38o ; 3" que les

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auteurs anglais de THistoire universelle, représentent celte cour amoureuse de Charles VI, comme une société dont le but est de tourner en ridicule ce qu'il y a de plus grave et de plus sérieux , 'reproche qu'on n'a jamais fait aux cours d^ amour. Ces raisons ne seraient peutêtre pas sans réplique , mais telle est l'opinion de l'auteur, et tels sont les ibndemens de son opinion.

(5) Les guerres civiles entre les fils de Louis-le- Déhonnaire , furent très-sanglantes ; on prétend qu'à la seule bataille de Fontenai , en 84i , il y eut plus de cent mille Français tués , et qu'il y périt plus des deux tiers de la noblesse de Champagne ; que Charles-le- Chauve , pour réparer en quelque sorte cette perte , accorda aux filles nobles de cette province , qui épouseraient des roturiers , le privilège d'anoblir leurs maris , aussi les anciennes coutumes de Champagne avaient établi que le ventre anoblirait les enfans , quoique le père fût roturier ; cet anoblissement rendait les enfans capables de posséder des fiefs ; mais il restait toujours une différence entre eux et les gentilshommes de parage , c'est-à-dire dé par le père , en ce quMk ne pouvaient être chevaliers comme ces derniers ( F. Beaumanoir ). Celte noblesse du ventre , que la mère transmettait à ses dcscendans dans la province de Champagne , ne commença d'élre attaquée qu'en i566. Le procureur du roi en la cour des aides de Paris , prétendit que cette coutume avait été tolérée par nécessité et par Teffet des circonstances, mais que la cause étant cessée, l'effet devait aussi cesser : cessante causa, cessai effectus. *

Je ne connais point de titre d'anoblissement plus flatteur et plus beau que celui que produisirent à la réfonnation les descendans à^Anne Musnier, Trois hommes , dans une ailée du jardin du comte de Champagne, en attendant son lever, s'entretenaient du complot qu'ils avaient fait de l'assassiner. Anne JMusnier, cachée derrière un arbre , avait entendu une partie de leur conversation ; voyant qu'ils sortaient et emportée par l'horreur d'un attentat contre son prince, ou craignant de n'avoir pas le temps d'avertir , eUe cria de l'autre bout de l'allée , en leur faisant signe qu'elle voulait leur parler. Un d'eux s'avança ; elle le fit tomber à ses pieds d'un coup de couteau de cuisine , se défendit contre les deux autres , et reçut plusieurs blessures. 11 vint du monde , on trouva sur ces scélérats des indices de leur conspiration , ils l'avouèrent dans les tortures , et furent écartelés. Anne ISlusnier , Gérard de Langre y son mari , et leurs descendans furent anoblis ( V. Sainte-Foix , £ss. hist. sur Paris , t. 4 > p* 107 , édit. de 1778, in-8«.).

(6) V. l'ouvrage intitulé : Recherches sur les prérogatives des dames chez les (xaulois et sur les cours d'amour , etc. , par le président Rolland , de l'académie d'Amiens.

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