CHAPITRE VU
Des Noms {le Famille.
Il faut y aux institutions humaines^ des symboles et des signes extérieurs qui puissent sei^ vir à en assurer l'existence (i).
Tant que Tusage des noms de famille et des armoiries ne fut pas établi en Europe^ il put bien y exister une sorte de noblesse individuelle qui ^ tout au plus, se transmettait du père au fils , héritier de ses possessio^s ; mais on ne put y voir ces nombreuses races nobles, dont la lignée fut depuis si invariablement fixée et arrêtée. Ces noms de famille furent un signe certain, une sorte de mot d'ordre, auquel s'attacha la tradition qui, auparavant, se perdait ou devenait incertaine après une ou deux générations. Les armoiries rendirent le même service. Aussi n'est-ce que d'alors que datent les plus anciennes généalogies; à l'exception de
(76) quelques familles souveraines, aucune ne peut remonter au-delà des croisades, ainsi que la critique la plus éclairée, l'a établi avec évidence.
On ne peut trop rappeler que presque toutes les grandes institutions du moyen âge naquirent spontanément , par hasard, ou par l'effet du besoin présent ; qu'elles reçurent leurs accroissemens de circonstances fortuites. Il en fut encore de même pour les signes distinctifs des races. S'il en existait déjà quelques-unes avant les croisades, du moins en firent-elles sentir plus généralement le besoin; la vanité s'en mêla. Comment se reconnaître, eneflFet, dans une pareille multitude, au niilieu d'innombrables armées , telles que jamais l'Europe n'en avait vu sans ces signes distinctifs? On voulait |aire parler de soi, on voulait être connu. Il y avait, dans cette foule de croisés, tant de Guillaumes, de Renauds, de Baudouins, de Frédérics! Il devenait tout-à-fait indispensable d'avoir son nom particulier pour n'être pas confondu avec tant d'autres. On prenait ce surnom ou de sa propriété. M... comte de...
châtelain de ; ou du lieu de sa naissance ,
M. de , ou de quelque emploi, de quelque
profession, de quelque qualité ou particularité
(77) corporelle, comme le Gaucher, le liou.v, le yieuXy etc. (u).
Les chevaliei's, les chefs, dont il devait ôtre plus question, et qu'on devait (M)nnaître plus universellement, firent surtout usafje de ces surnoms. Ainsi commencèrent les noms ilcfantUle. Ce point a été démontré par les généalogistes et les historiens (3). Ils se seraient sans doute établis peu a peu sans les croisades; mais elles y donnèrent lieu tout d'un conp, et y ajoutèrent une grande valeur. Ce «lésir de se distinguer aurait pu y porter Tancienne noblesse, celle de noms et d'armes, cpiand les souverains en créèrent une nouvelle par lettres (4). L'ancienne noblesse, en eflct, attacha la plus grande importance à ne pas se mêler avec ces nouveau-venus, et resta toujours en possession-exclusive des tournois.
On peut consulter sur l'étymologie des noms l'excellent Dictionnaire historique des personnages de l'antiquité, etc., etc., par M. Noël, avec l'étymologie et la \aleur de leurs noms et surnoms; précédé d'un Essai sur les noms propres chez les peuples anciens et modernes.
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