‹ Recherches historiques sur les croisades et les TempliersChapitre 16 sur 40 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

D^s Armoiries.

' Tous le» historiens rapportent qu'en io85, Robert , fils aîné de Guiliaume-le-Cpnquérant, 's'étant révolté contre son pfere, lui pprta, dans un combat^ un si furieux coup de lance, qu'il le désarçonna; qu'à certains mots que proféra Guillaume en tombant, Robert^ l'ayant i*econnu, se jeta à ten*e, lui demanda pardon les larmes aux yeux, et l'aida à se relever.. Ce fait prouve qu'alors les izr/7/o/r/ej- n'étaient point encore fixes et héréditaires; car des qu'elles commencèrent à être regardées comme telles, on affecta de les mettre et de les rendre trèsapparentes sur la cotte d'armes et sur l'écu. Avant les croisades, il y en avait peu ; et elles rentraient dans le genre de celles qu'on appelle parlantes (i). Mais à cette époque, il fallut une marque visible, qui distinguât les na-

(80 tions^ les troupes, les chefs surtout, qui devaient pouvoir être reconnus au premier coupd'œil. La croix que tous portaient était déjà un signe de cette nature, et qui faisait discerner le croisé de qui ne l'était pas. Ducange , dans ses Remarques sur le récit d'Anne Coinnène, p. 53o , dit qu'à la troisième croisade , les Francs prirent des croix rouges , que les Anglais les prirent blanches ^ et les Flamands vertes. Quant aux chevaliers qiii étaient couverts de fer, de la tête aux pieds, et qui depuis long-temps portaient des écus ou peints ou ciselés (a) , quoi de plus naturel que de les distinguer par cet écu , qui était la pièce de Tai^ mûre la plus évidente ?

On rendit donc -l'écu remarquable par une certaine couleur, par des bandes, des chevrons, des croix surtout , qu'on retrouve si fréquemment dans le blason ; par des emblèmes , des allégories, des figures de fleurs , de fruits, d'animaux; par ce qui exprimait le courage, la vitesse, la vigilance, et souvent par ce qui signifiait les plus secrètes affections du chevalier, les coulem's de sa dame^ sa devise, quelque don qu'il en avait reçu.

Ces écus bariolés n'étaient point encore des armes de famille , mais ils le devinrent. La va-

nité y l'amour des distinctions sont innés dans le cœur delliomme ; et comme^ avec les noms distinctifs des familles y la gloire et le souvenir des prouesses passèrent du père aux enfans y Vécu ou Yarme y passa naturellement aussi tt\ qu'un témoin ou monument honorable des exploits qui avaient illustré à la croisade le chef de la famille. Enfin ces écus devinrent eux-mêmes des titres authentiques de la haute noblesse et du droit d'être admis aux tournois. Cétait là surtout qu'on s'en pai*ait y qu'on les étalait aux regards y posant par - dessus son aasque ou sa couronne^ et leur donnant un : support. Qui ne reconnaît là nos armoiries modernes y lesquelles^ peintes depuis sur des panneaux, sculptées sur des frontons^ gravées sur des cachets y ne furent plus alors que des jouets de la vanité, vains simulacres de ces temps héroïques (3)?

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DU CHAPITRE Vin.

(i) Il est communément reçu que les armoiries .ont pris naissance dans les tournois, et que les chevaliersadoptèrent chacun une couleur différente , des décorations ou emblèmes d'or ou d'argent , qu'ils appliquèrent sur leur cotte-d'armes et sur leur écu pour pouvoir se rfîstinguer et se reconnaître en combattant. Nous croyons avoir démontré que ce fut principalement à l'époque des croisades que ces distinctions eurent lieu.

(a) Les Normands portaient déjà des boucliers peints avant leur invasion en France^ comme nous l'apprend le moine Abbon (Normand'lui-môme), dans son poëme du siège de Paris , recueilli par Duchesne . {Script, hist, norm, , p. Sg ). £t au temps de la première croi-

sade, les écut coloriés étalent coininnns parmi les chevaliers Francs , au rapport à'Mbert d'Aix , dans son Chronicon hierosofynulanum. (V. Gesta Deiper Francos , t. I , p. a4i- )

(3) Avant les croisades point d'armoiries ; au temps de Saint-Louis , elles étaient déjà communes ( Voy, la Héraldique 4e Gatiertr y et les Dissertations de Muraioriy tg , diss. 53).

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