‹ Recherches historiques sur les croisades et les TempliersChapitre 27 sur 40 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Des anciens Serfs.

On poun'a juger de l'état des serfs en France par cette charte : « Qu'il soit notoire à tous » ceux qui ces présentes verront , que nous » Guillaume , évêque indigne de Paris , con- » sentons qu'Odaline, fille de Rodolphe Gau- » din , du village de Cérès (i) , femme de corps » de notre église (12), épouse Bertrand, fils de » défunt Hugon , du village de Verrières , » homme de corps de l'abbaye de Saint-Ger- )) main-des-Prés (3) , à condition que les en- » fans qui naîtront dudit mariage, seront par- » tagés entre nous et ladite abbaye ^ et que si » ladite Odaline vient à mourir sans enfans , M tous ses biens mobiliers et immobiliers nous » reviendront de même que tous les biens » mobiliers et immobiliers dudit Bertrand l'e- )) tourneront à ladite abbaye , s'il meurt sans » enfans. Donné l'an 1242. »

Comme parmi les enfans il y en a de mieux constitués ^ de mieox faits y ou qui ont plus d'esprit les mis qoe les autres^ les seigneurs les tiraient au sort : s'il n'y avait qu'dn enÊmt , il était à la mëre ^ et par conséquent à son se»» gnem' ; s'il y en avait trois , elle en avait deux^ et s'il y en avait cinq ^ elle en avait trois y etc. Ces serfs (4) , ces hommes de corps, ces gens de'poëste ( c'est ainsi qu'on les appelait ) composaient les deux tiers et demi des habitans du royaume ; ils ne pouvaient disposer d'eux y se marier hors de la terre de leur seigneur^ ni en sortir sans sa permission : il était le maître de les donner, de les vendre , de les échanger y et de les revendiquer partout , même s'ils s'étai^it avisés de se faire d'église. L'abbé de Saint- Denis (5) y en 858 , fut pris par les Normands : on donna pour sa rançon 685 livres d'or, 3,25o livres d'argent > des chevaux , des bœufs et plusieurs serfs de son abbaje avec leurs fem^ mes et leurs enfans.

Un pau\Te gentilhomme se présenta un jour avec deux de ses filles devant If enriy sumonuné le Large y comte de Champagne , et le pria de vouloir bien lui donner de quoi les marier (6).^ y^r/^u^, intendant de ce prince, devenu riche, arrogant et dur comme tout intendant, re-

(i59) poussa ce gentilhomme en lui disant que son maître avait tant donné qu'il n'avait plus rien à donner : Tu as menti , vilain , dit le comte , je ne t'ai pas encore donné ; tu es à moi:

prenez-le, ajouta-t-il , en s'adressant au gentilhomme , je vous le donne et je vous le garantira. Le gentilhomme empoigna son Artaud^ l'emmena et ne le lâcha point qu'il ne lui eût payéSoo livres pour le mariage deses deux filles.

Les serfs d'une même terre , obligés de se marier entre eux, devaient être plus portés à se soulager dans leurs maladies et pendant les infirmités de la vieillesse ; ne pouvant point sortir de cette terre , on ne voyait presque pas alors en France de vagabonds ni de fainéans ; d'ailleurs ils étaient excités au travail par le désir d'augmenter leur pécule (7) , et par l'espérance de pouvoir un jour s'affranchir. Les hommes libres , les affranchis et les serfs qui demeuraient dans les villes, cultivaient les arts , les sciences , faisaient le commerce , ou travaillaient aux manufactures.

Louis-le-Gros est le premier de nos rois qui commença d'affranchir les serfs dans les villes et gros bourgs de son domaine ; c'est-à-dire , qu'ils cessèrent d'être attachés (8) aux lieux où ils étaient nés, et qu'il leur fut permis de s'éta-

( i6o) blir à l'avenir où bon leur semblerait. Peu à peu la plupart des seigneurs, pour subvenir aux frais de leurs équipages pendant la fureur des croisades , ou ruinés par ces guerres d'outre-mer, affranchirent aussi leurs sujets moyennant de grosses sommes qu'ils en tirèrent. La liberté , si l'on en croit quelques historiens , ne servit qu'à dégoûter du ti^avail et qu'à rendre insolens , vagabonds , fainéans et pillards , la plupart de ces nouveaux affranchis.

Ce fut dans ces temps-là que les quatre ordres de mendians , les Dominicains , les Cordeliers , les Carmes et les Augustins commencèrent à se former et à s'établir (9).

'^mtr.

3fyDobe6

DU CHAPITRE XVIÏ.

(i) Vuissous , villa Cereris, village^ où il y avait anciennement un temple consacré à Cérès ; ce village est k trois lieues de Paris , du côté d^Antoni.

(2) Serve.

(3) Serf.

(4) Gentes de corpore et potestcUis.

(5) Annal. Bened , t. 3, 1. 35 , num. 32.

(6) Mézeray , t. 2 , p. 23o.

(y) Le pécule est le bien que celui qui est en puissance d^un autre , a acquis par son industrie , son travail

et son épargne , etc. , dont il lui est permb de disposer.

{«) Àddicii glebœ.

(9) ^oy. Sainte- FoiXf Ess. hist sur Paris, t. 4 ? pag. 100 , 1778.

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