‹ Recherches historiques sur les croisades et les TempliersChapitre 35 sur 40 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

De ï ancien Musée ou Dépôt central deVArtUlerie de France , rue de iUnii^ersitéy /i^ 1 3, à Paris (i).

Avant que MM. Dul>oI$ et Marchais eussent formé le dessein de publier sur Tancien Musée de Tartillerie un ouvrage dont il n'a paru que la première livraison (ti)^ on ne connaissait guère ce précieux dépôt que de nom; cependant il méritait sous tous les rapports de fixer l'attention des curieux.

A l'époque de la révolution, M. Régnier, attaché au service de l'artillerie en quaUté de mécanicien, obtint une commission pour recueillir les anciennes armes enlevées des dépôts publics ou confisquées sur les particuliers. La galerie de ChantiUjr lui en fournit un assez grand nombre, les plus authentiques et les mieux conservées qui existassent alors en

France. Depuis , les progrès de nos armées en Italie et dans les états des princes d'Allemagne ont contribué à augmenter cette collection. C'était en 1807, sinon la plus nombreuse, du moins une des plus précieuses et des mieux ordonnées qu'il fut possible de voir. Elle renfermait, avant l'entrée des alliés à Paris (en 181 4)^ des pièces rares pour l'histoire et pour l'art. Si l'on en croit la tradition/ la première de ces armures, ou du nK)ins la plus ancienne eh date, est celle qu'on croit avoir appartenu au fameux Attila, roi des Huns. A la vérité il ne reste du harnais de ce dernier que le casque, et ce casque est une espèce de chapeau de fer terminé en pointe, orné d'un cimier, d'nn énorme porte -aigrette, de bandes et de plaques d'argent doré, d'un travail assez minutieux 5 il n'a ni visière qui s'abaisse et s'élève, ni mentonnière, ni gorgerin pour garantir le bas du visage j toute cette partie n'est couverte que par une petite barre qui descend du devant de l'armet sous le menton par des attaches.

Celles-ci couvraient aussi les. oreilles; mais on avait pris soin de pratiquer à cet endroit de petites ouvertures pour laisser au guerrier toute la facilité d'entendre.

Ainsi le barbare Attila attachait au libre

usage de ses seus poiulaiit un combat^ plus t\v prix que n'ont fait depuis nos bravos rhevniiers. Ceux-ci renfermaient b*ur ti^tc dans un casque tout de fer, où il y a à [leine quelifurs ouvertures suffisantes pour i*espirer et voir à se conduire. Quelques uns des jours pratiqués dans la visière sont plus lar{;es et phis nombreux à droite qu'à {jauclie ; souvent mi^mc il n'y a absolument aucune ouverture de ce dernier côté. Tels sont plusieurs des cas<]ues que* Ton voyait dans ce dépôt.

U faut croire que ces sortes «rarmuiTS n'étaient point faites pour être portées dans les combats, mais seulement dans les tournois, ou tout au plus dans les duels, où la manière de combattre était prescrite par des lois. En eflêt ces visières ouvertes d'un seul coté, pouvaient convenir à des chevaliers lorsqu'ils couraient l'un sur l'antre, ou qu'ils s'escrimaient en tour" nojrani de droite à gauche; mais il n'est pas à présumer qu'ib s'en servissent dans de véritables combats, quand ils pouvaient être assaillis de tous côtés.

Vraisemblablement encore , le chevalier changeait de casque dans les tournois, suivant l'espèce d'armes dont il allait combattre; de là sans doute ces casques dont le hausse-col, re-

(196) levé seulement sur l'épaule droite qu'il couvre aussi bien plus que l'autre, semble avoir eu pour objet particulier de détourner le coup de lance. On voit encore sur l'épauliere droite de quelques armures une petite pièce ronde dont la destination paraît avoir été uniquement de parer le coup de lance, au défaut des brassarts et de la cuirasse, et qui aurait même gêné le maniement de toute autre arme. D'autres casques ont la visière plus à jour, ouverte en face et des deux côtés; ceux-là, vraisemblablement, servaient dans les batailles. Tou^ néanmoins étaient si |bien fermés et si bien liés au reste de l'armure qu'aucune arme n'y pouvait pénétrer; il fallait les briser pour atteindre le guerrier qui en était couvert. Philippe de CommineSy dans la description d'un champ de bataille, nous représente les valets à la suite de l'armée victorieuse, brisant les visières des casques des ennemis renversés de leurs chevaux avec des haches à fendre du bois, « parce qu'il n'y avait » pas , dit-il , moyen de les tuer autrement, » tant ils étaient fortement armés. »

Quelques personnes croient que les cottes de mailles y en assez grand nombre dans cette collection , se mettaient encore par-dessus les armures de fer, et elles ont avec raison peine à

( 197 ) concevoir qu'un homme ne lut pas accablé de ce double poids. Uusafje de la cotte de mailles a précédé celui de Tarmure de ïcVy ({u^on appelait le haiiberi; des chausses, des manches et on capuchon de môme métal ; travaillé de la même manière , le casque, ou hraunio, était la seule armure de fer qu'ils eussent par-dessous celle-là. Mais la cotte do mailles impénétrable à la pointe et au taillant des armes acérées^ n'aurait point, à cause de sa ilrxihiliti;, garanti suffisamment le (juorrirr dos contusions souvent aussi dangorcusos que les blessures profondes. Cest pounjuoi on mettait entre cette armure et le vêtement ordinaii*e, une casaque matelassée ; celle-ci s\ippelait le gobessoH on gobisson (3)y et quand le chevalier était d'un T^nf[ qui lui permettait de porter par-dessus tout cela une coilc d'armes chargée de franges^ de broderies et de blasons^ il y a'vait à craindre qu'il ne succombât s^us le poids de la chaleur. Uarmure toute de fer^ était du moins plus fraîche; Ton dut surtout la préférer à Tautre^ quand Tusage des armes à feu eut rendu plus nécessaires les cuirasses à répreuve de la balle^ dont le gobisson n'eût pu rompre le coup.

L'armure faite de lames d'acier pouvait aussi

( '98 ) être plus légère que celle de mailles; il ne pa-* raît pas toutefois que les anciens preux attachassent un grand prix à cetavantage, qu'on â trouvé si considérable depuis que l'on a préféré le danger de se présenter au feu sans casque ni cuirasse à l'incommodité de se charger de l'un et de l 'autre. Il ne' faut qù'examinei* avec un peu d'attention les armures de ce temps-là pour reconnaître qu'on aurait pu les faire plus légères sans rien diminuer de leur solidité. Le cavalier tombé de cheval sous ces armures roides et pesantes^ ne pouvait se re-lever^ et quand il n'était pas assommé dans son harnais^ comme Je rapporte Commines, il res^ tait sur le champ de bataille prisonnier du vainqueur. La sûreté et la vie de l'homme dépendaient donc de celle de son cheval^ on sen-* tit la nécessité d'armer celui-ci de la même manière que l'autre. Le Musée de l'artillerie ofirait plusieurs de ces caparaçons complets en fer. On en faisait aussi en cuir bouilli^ comme nous l'avons remarqué dans un des chapitres précédens; d'autres se composaient de bandes de fer croisées les, unes en travers des autres^ et ces derniers s'appelaient bardes.

La forme du casque^ la cuirasse et les pièces f|ui en dépendent varient peu j on les retrouve à

( ^99 ) peu près les mêmes sous Charlemagne et sous Henri IV ; mais l'imagination est étonnée de la multitude de formes données à Fépée , à la massue^ à la hache ^ au coutelas , à la pique, et, dans la suite, au mousquet et au pistolet. C'était, parmi les chefs, l'objet d'im luxe souvent fort bizarre et qui n'avait point de bornes dans un temps où l'usage de l'uniforme n'était point encore établi dans les armées. Si l'on trouve moins de variétés dans les armes défensives, c'est que les précautions avaient d'abord été si bien prises, qu'il eût été physiquement impossible d'y ajouter de nouvelles pièces, et que nul cependant ne se serait fait un mérite d'en retrancher quelque chose. L'armure du fantassin le couvrait entièrement, et pesait de 60 à 70 livres; celle du cavalier, plus lourde encore, ne laissait à découvert que le derrière des cuisses, dont il fallait conserver la souplesse pour se tenir en selle, et que les arçons couvraient d'ailleurs suffisamment.

De tous les trophées qui ornaient le Musée de l'artillerie ou le grand salon du musée au Louvre en 1807, le plus précieux sans doute, encore qu'il fut un des plus simples, celui dont la seule présence en ces lieux était un immense monument de l'histoire de notre siècle, c'est

l'armure complète de Rodolphe de Hapsbourgy le chef de cette maison d'Autriche, maîtresse de tant d'états sous Charles-Quint, et depuis si puissante encore par ses armes, par ses alliances, par sa politique. Il n'est pas besoin de dire que cette armure était conservée soigneusement à l'arsenal de Vienne; elle est sans ornement, et en même temps plus forte et plus pesante qu'aucune de celles qui l'accompagnaient. Ce doit être une des plus anciennes en ce genre. Rodolphe vivait au milieu du treizième siècle.

Parmi les autres armures, on voyait celles qu'on prétend avoir appartenu au paladin Roland, tué à la bataille de Roncevaux en 778; à Renaud de Montauban, l'un des quatre fils d'Aymon (4)j à Godefroj de Bouillon, qui se faisait remarquer par une ciselure d'un travail admirable (5); à Jean^sans-Peur, duc de Bout* gognej Charles VII; Jeanne d'Arc, surnommée la Pucelle d'Orléans (6); à Charles-le-Téméraire; Louis XI; Robert 7"^, comte de la Marck; l'armure de François /'% dite aux lions (7)5 celle de Montgommerjr^qui, dans un tournoi, tua le malheureux Henri II d'un coup de lance, en i55q (S); l'épée de connétable diAnne de Montmorency; l'armm-e et

( ^oi ) l'épée que ce gprand homme portait à la bataille de Saint-Deûis, quand il reçut, à Fâge de 78 ans, les huit blessures dont il mourut quelques jours après j l'armure du célëbre Pierre Brunner; d'autres en général beaucoup plus simples, mais qui ont été portées par Henri ly; une des épées de bataille et l'épée d'apparat de ce bon roi, l'armure du duc deMajenney l'un des plus fameux chefs de la ligue,- celle de Henri de la Tour d'Auvergne et d'Elisabeth de Nassau sa femme ^ père et mère du maréchal de Turenne ; de Birony du brave Crillony du duc d'Épernony de Ladislas-nSigismond y de Louis Xlf^y de Turenne y de Montecuculliy du gr'and Condéy du maréchal de Fabert et du prince Eugène de Savoie, Mais les plus belles pièces que renfermait ce Musée étaient l'armure complète de François /"* à cheval , celle aussi à cheval de Ferdinand III y une armure de Charles IX toute dorée, un casque de Charles-Quint et le chanfrein d'une de ses armures de cheval. Cependant aucune de celles qui provenaient de l'Allemagne (9), n'étaient à comparer ni pour la beauté du travail^ ni pour le goût du dessin des ornemens, aux principales pièces dont nos dépots français avaient enrichi le Musée de l'artillerie, et surtout au beau casque et à la

rondache de François /*' qu'on voit au cabinet des antiques de la Bibliothèque du Roi,

On s'arrêtait ordinairement devant deux aimures exactement pareilles^ d'une épaisseur extraorditiaire, d'un travail assez soigné, mais d'une forme grossière et qui ont, au lieu d'épaubères et de brassarts, deux grandes pièces de fer assez semblables à un mantelet. On juge à la disposition des cuissarts et à la manière dont ils soht attachés au corps de la cuirasse, que le cavalier iie pouvait s'en revêtir qu'après s'être mis en selle : cela explique comment il n'était pas accablé de l'énorme poids de cette partie de son armure, en partageant ainsi le faix entre lui et son chevaL

Nous avons peine à concevoir aujourd'hui comment des guerriers ainsi équipés pouvaient respirer, voir devant eux pour se conduire et diriger leurs coups et faire autre chose que se heurter les uns contre les autres comme des masses inertes. La manière dont on sait qu'ils s'escrimaient dans une mêlée et se battaient corps-à-Gorps et en quelque sorte en tête reposée, avec cette multitude d'armes offensives dont chacune avait son maniement particulier, prouve cependant qu'ils avaient, sous ces armures pesantes, le mouvement non seulement

( --^oS ) libre mais facile et adroit. Cétait ie fruit de l'habitude^ on la leur faisait contracter de bonne heure : de là vient qu'il n'est pas rare de trouyer de ces sortes d'armures qui n'ont pu être portées que par des enfans trës-jeunes.

Ainsi l'adresse dans les combats était la preuve incontestable d'une éducation noble ^ et l'on eut bientôt reconnu à son embarras celui qui s^y serait présenté avec un titre usurpé. Les armures ont commencé à devenir plus légères vers la fin du seizième siècle ^ et bientôt on est tombé d'un excès dans un autre.

Les longues marches et les évolutions rapides étant devenues la partie la plus essentielle de l'art de la gueiTC, l'équipement le plus simple et le plus léger a été le plus convenable au gros de l'armée, autant pour le bien-être et la sûreté du soldat que pour le succès des entreprises; les chefs moins exposés à en venir aux mains, n'eurent pas besoin de si grandes précautions.

Dès le temps de Louis XIV, l'armure complète n'était plus pour les généraux eux-mêmes qu'un meuble de parade; on ne chargea plus le fantassin d'aucune arme défensive. Les généraux, quelques corps de cavaliers et les officiers employés dans les travaux des sièges, étaient

1^8 seuls qui conservassent le casque^ la cuirasse^ sd

quelquefois seulement un plastron. Bientôt »

Féloignement pour cette sorte d'armure vint au point qu'il fallait rendre des ordonnances ^

très-sévères pour obliger les ingénieurs et les j

officiers de service dans les tranchées à se mu- I

nir du casque et de la cuirasse^ et comme il i

n'est pas de la nature d'un règlement militaire de l'emporter long-temps sur le préjugé du point d'honneur^ l'usage de la cuirasse et du plastron s'est enfin perdu tout-à-fait.

Ces guerriers qui préférèrent un danger imminent à la gêne de porter une armure devenue fort légère, firent assurément preuve de bravoure, mais aucun d'eux ne se crut plus intrépide que les Bayard, les La • TrémouUle, François P"^ le vieux Montmorency ^ Henri IV ^ et ses compagnons d'armes^ qui tous portèrent le harnais complet et eurent tant de fois occasion de s'enbien trouver. Acombien de généraux et d'officiers de maixjue , le seul usage du plastron n'aurait-il pas, de nos jours, conservé la vie?

Parmi ime infinité d'instrumens et de machines de guerre de toute espèce on trouvait aussi dansce Musée une collection complète de fusils et de pistolets depuis l'origine des armes à feu jusqu'à ce jour, et un grand nombre de

modèles très-bien faits de toutes sortes d'ustensiles de guerre.

Je dois mettre au nombre des machines ingénieuses le dynamomètre inventé par M. Régnier , sur la demande que lui avait farte M. de Buffon^ d'un instrument pour connaître et comparer la force musculaire des membres de l'homme : on emploie cet instrument ayec le même succès pour évaluer la force des animaux^ juger de la résistance des machines et déterminer les puissances motrices qu'il faut employer.

On voyait aussi appendues aux murailles, de ces longues épées à deux mains, dont on pourfendait le cavalier et le cheval. On conservait encore dans cette galerie le couteau dont Ra^aillac se servit pour assassiner Henri IV. D'autres armoires renfermaient plusieurs armes d'invention extraordinaire dont quelques-unes n'ont pu être faites qu'à dessein de commettre des assassinats. La plus singulière de toutes a la forme d'un petit livre relié en maroquin, fait et imprimé comme un livre ordinaire jusqu'au cinquantième ou soixantième feuillet j le reste est une boîte sur laquelle la tranche est figm^ée, mais dont l'intérieur renferme un pistolet ^la détente se lâche

en appuyant sur un bouton^ sans que celui qui s'en sert ait besoin d'ouvrir la boîte ou seulement d'interrompre sa lecture.

On y voyait aussi comme une singularité remarquable le modèle de la machine infernale (lo), un plan en relief trës-curieux de G/braltuT^y le modèle des beaux ponts jetés sur le Danube (sous la direction du général Bertrand)y lors du passage de l'armée française en 1809^ dans la dernière campagne contre l'Autriche (11).

gKdoI^

DIT CHAPITRE XXIÏ.

- (i) Le dépôt ou musée central de rartillene , qui occupait un hôtel rue de TUniversîté , vient d'être transféré en entier dans la partie de rétablissement qui avoisine Téglise de Saint-Thomas-d^Aquin.

(2) Cette livraison , composée de 10 pages de texte et de 6 estampes, de format petit in-folio, est d'une belle exécution ; elle contient la description et la gravure de trois armures complètes et de plusieurs armes offensives.

(3) Voy. pour le Gohesson ou Gohîsson, le chap. xix de cet ouvrage, p. 167.

(4.) MM. Dubois et Marcliais adoptent la tradition qui attribue ces armes au fameux Roland, neveu de

Charlemagne , et à Renaud de Montauban ; mais ne donnant pour preuve de la haute antiquité de la première de ces deux armures , qu'elle n'a point de cnissarts, parce que, disent-ils, celte partie de harnais n'était pas une armure du temps de Roland , ils ne font pas attention que ce qu'ils attribuent à Renaud de Montauban est garni de ces cuissarts, et que ce guerrier vivait dans le même temps que l'autre : pour moi, à en juger par le style des omemens, je suis porté à croire que celle où les cuissarts manquent est la moins ancienne , et que ni l'une ni l'autre ne remontent au temps de Charlemagne.

(5) On attribue communément cette armure, . la plus belle de ce musée , tant pour la richesse que pour la perfection du travail, à GoJefroy de Bouillon nommé premier roi de Jérusalem et immortalisé par Le Tasse. Godefroy mourut le i" juillet iioo; et il suffit d'avoir les plus légères notions de l'histoire des arts pour reconnaître que cette armure ne peut appartenir au douzième siècle ; d'autres la croient en effet beaucoup plus moderne , mais se trompent encore en attribuant le dessin de cette armure à Jean Cousin ; il est impossible d'y reconnaître le caractère de l'auteur du Jugement dernier. Si nous nous permettions de faire honneur de cette composition à quelque artiste , ce serait plutôt à Jules Romain^ mort en i54-6. Quelques auteurs, enfin, veulent que ce harnais ait appartenu à un prince de Sedan , peut-être par la seule raison qu'il nous vient de cette ville.

Nous ne hasarderons aucune conjecture pour fixer

à ce sujet l'opinion , nous nous bornerons à décrire les figures qui décorent ce magnifique harnais.

Sur le hausse-col sont deux di^agons adosl^és, qu'unissent plusieurs feuilles d'ornement; au-devant des Cjiaiilièrês, on voit deux figures du plus beau style, tenaiit une laïice d'une main , une couronne de l'autre ; elles sont placées au milieu d'un riche ornement qui courre le teste de l'épatljièré ; sur la gauche est un tro- |ihée compo$(f d'un arc et d'un carquois ; sur la droite , tdie flamme- déployée, à deux queues ; au milieu de là tnlrassé on remarque un guerrier, ou le dieu Mars, les bras élevés et appuyés sur deux lances ; deux branches Ae laurier ornent le casque du dieu, que surmonte un arabesque dont la prolongation se voit aux pieds de la figure ; sur les côtés de la cuirasse sont des trophées â'armes entremêlés de marques de difTéfens caractères. L'ornement des brassârls et des cuBitières est du même genre* On y remarque également des masques , ies esclayes enchaînés , des demi-figures terminées eq arabesques , etc. Les cuissarts sont plus longs que la cuirasse; Ib sont composés chacun de quinze lames, non compris les cubitières f chaque lame est ornée ou d'un masque ou d'une figure d'enfant. Leur ensemble forme un tout aussi riche que varié dans ses détails.

Cette annure a été entièrement dorée ; le fond est piqué ou sablé, pour faire ressortir les figures qui sont lisses et de relief, ainsi que tous les omemens.'( Voy. la figure g de la collection de MM»; Dubois et Marchais , et 2^ de cet ouvrage. )

(6) *Arvant de discuter l'authenticité de l'armure que

( 2IO ) Ton attribue à Jeanne d'Arc^ il faudrait être certain que cette armure fût celle d'une femme , et c'est sur quoi les avis sonf au moins partagés. La cuirasse parait bombée à l'endroit de la poitrine , et les cuissarts sont fortement cambrés ; mais cela peut venir seulement de ce que ce liamais est très-resserré au-dessus des hanches, ce qui se fait remarquer également dans d'autres armures que l'on sait avoir appartenu à des hommes , et indique seulement que les guerriers qui les ont portées avaient peu d'embonpoint. Une autre circonstance peut faire croire aussi que celle-ci n'a point été faite pour une femme, qui, suivant les proportions de celte armure , ne pouvait avoir moins de 5 pieds 5 pouces 3 lignes; or, rien n'indique dans Thistoire que Jeanne d'Arc ait été de la taille d'un homme de cette stature : du reste le dessin de cette armure n'offre rien de remarquable , quoique le travail en soit délicat.

BJ. Carré y dans sa Panoplie ( armure complète ) , pense que cette armure est celle d'une femme , et qu'elle fut faite pour combattre à pied, puisque les cuissarts sont complets. Ces raisons et les espèces de croix que forment les dessitis de l'armure, ont fait croire que ce harnais était celui dont Charles VIII fit présent à la Pucelle. Cependant , comment expliquera-t-on la marque que l'on voit sur ces mêmes cuissarts et sur l'épaulière P Cette marque est un compas ouvert, surmonté d'une couronne; entre les jambes du compas sont les initiales tï. i. Or une médaille, frappée en Thonneur de Jeanne d'Arc , nous apprend qu'elle avait pour devise une main tenant une épée

(an )

avec ces mots : Consilio Jirmata DeL Les armes de la maison du Lis étaient d'azûr, à Tépée haute d'argent, la garde d'or, surmontée d'une couronne, couverte, de France, et accostée de deux fleurs de lis. d'or.

(7) Cette magnifique armure vient du cabinet de Chantilly: quelques auteurs l'ont attribuée à Henri IF ; mais cette opinion n'est nullement soutenable ; d'autres, et c'est le plus grand nombre, la rapportent à François /*''. Cependant on verra plus bas que cette dernière opinion présente encore des diiBcultés. Ce harnais est connu sous le nom à^ Armure aux lions ^ parce que le timbre du heaume est formé d'un énorme mufle de lion en relief, et que de semblables mufles ornent les épaulières , les cubitières et les gantelets. Sur le devant de la cuirasse on voit représenté le collier de rOrdre de Saint-Michel , institué en 1469, par Louis XI ; ce collier çst formé de lacs d'amour, -incrustés en or, et d'un double rang de coquilles en relief. Or, on sait que François 1^^ changea les lacs en cordelières, et ne laissa subsister qu'un seul rang de coquilles : ainsi l'armure aux lions ne peut être ni plus ancienne que Louis XI , ni plus moderne que François P'.

Les ornemens qui la décorent, et dont on ne peut assez admirer la délicatesse , sont incrustés en or : ils représentent des pampres et des raisins. Sur la poitrine et sur Je dos se distingue une croix ornée du même dessin , mais qui est incrustée en argent au lieu de l'être en or.

Ou sait qu'en i5i8 Lëon X sollicita vivement François P' de tourner ses armes contre les infidèles ; celui-ci convoqua les princes et seigneurs de son royaume, et sur la proposition du légat, offrit de former une croisade de 3,ooo hommes d'armes , 4-o,ooo fantassins et 6,000 chevaux. Cette pieuse résolution fut vivement accueillie du peuple et des grands ; on fit des prières publiques , des processions ; on arbora la croix , on l'appliqua sur les habits, sur les armures, mais la sainte entreprise demeura sans exécution.

Quatorze ans après, Henri VII fit un accord avec le roi de France, par lequel il fut convenu de lever k frais communs une armée de 80,000 hommes pourcombattre les Turcs. Les chrétiens qui faisaient la guerre aux infidèles portaient la croix sur la poitrine ; ceux qui se vouaient particulièrement à visiter les saints lieux l'appliquaient sur l'épaule droite ; mais cette distinction est peu importante ; et si l'on réfléchit d'ailleurs k la forme de l'armure complète, on verra que le brassart est trop étroit , qu'il se trouve trop peu d'espace" entre Fépaulière , le gousset , le garde-bras , la cubitière » pour que Ton puisse aisément y placer une marque distinctive; il fut bien plus naturel de la mettre sur la poitrine et sur le dos ; par ce moyen , dit M. Carré , le signe indicatif de l'entreprise était vu de l'ami et de l'ennemi. (F. la figure qui sert de frontispice.)

L'armure aux lions est composée du hausse-col , des épaulières, des brassarts, des cubitières et de demicuissarts. Au bas de chacun de ces derniers se voit une figure assez peu distincte, mais que l'on croit formée

de rondelles , avec des bâtons de commandement posés en sautoir. S^îl en est ainsi , l'armure n'a donc point appartenu à François I'% mais bien à quelqu'un de ses généraux. Ce qui augmente nos doutes^ c'est qu'il serait vraiment étonnant que sur le harnais d'un roi de France il ne se trouvât pas une seule fleur de lis ; rien du moins d'analogue à la devise chérie du restaurateur des lettres et des arts : une salamandre dans le feu, Nutrisco et extinguo ( je nourris et j'éteins ]. Voyez la planche vu de la collection de MM. Dubois et Marchais.

(8) On célébrait dans ce tournoi, le dernier qui eut lieu en France , les fêtes auxquelles doni[iaient lieu le double mariage d'Elisabeth de France avec Philippe 11 , roi d'Espagne , et de Marguerite de Berri , sœur du roi , avec Emmanuel-Philibert , duc de Savoie. Henri II y fut atteint d'un tronçon de lance au-dessous de l'œil droit en joutant contre Monlgommcry, et ne survécut qu'environ onze jours à sa blessure.

(9) Une des plus belles collections d'armures qui se voit en Allemagne, est celle de Dresde , ville qui renferme en outre une précieuse galerie de tableaux , un cabinet d'antiques et une admirable réunion d'objets d'arts , connue sous le nom de Galerie-Verte ( das grilne gewœîbe ).

(10) Cette machine était composée d'un baril rempli de pièces d'artifice , auxquelles une longue mèche communiquait , afin de ne point exposer celui qui devait y mettre le feu.

(n) M. Bouiard,

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