C. CAGET Nbe t MICHEL BERGER, CONSUL
seurs des principes de Fancienne monarchie et de ce qu'il regardait comme les droits de l'Eglise. Son caractère et ses lumières lui acquirent promptement une considération et une prépondérance telles, que ses collègues de l'épiscopat n'hésitèrent pas à le faire entrer dans la commission des évêques chargés de défendre les intérêts de l'EgUse dans ces temps orageux. Il fut l'un des signataires des fameuses protestations des 12 et 15 sepseptembre 1791. Enfin, au mois de juillet 1792, voyant qu'il ne pouvait plus lutter utilement en France pour le succès de ses idées, et qu'il était personnellement exposé aux plus grands périls, il se décida à quitter Paris et à gagner l'étranger (a).
(a) Une note qu'on troaTo sur un journal écrit de la main de M. de Mercy, et dont on a bien voulu me transmettre de nombreux extraits , porte ce qui suit :
« J'avais quitté mon diocèse au mois d'août 1789, pour » aller aux Etats généraux. Pendant mon séjour à Versailles et » à Paris, j'écrivais exactement tous les huit jours à mes » vicaires-généraux, pour leur donner et, par eux, à tout le * diocèse, les instructions convenables, suivant que l'exigeaient » les circonstances du temps. Après le décret de l'Asssemblée » constituante qui avait dissous mon chapitre; après, surtout, » que la schismatique et impie constitution civile du clergé eut » été mise à exécution , et particulièrement après le serment » schismatique, la plupart de mes vicaires- généraux s'étant » éloignés et dispersés, je donnai mes pouvoirs généraux à » M. Paillon, chanoine de ma cathédrale, qui fut chargé de cor- » respondre avec moi , ce qu'il fit exactement. Je quittai Paris * » le 11 juillet 1792 et me retirai à Chambéry. »
Le journal manuscrit et autographe, tenu par M. de Mercy pendant tout le temps de son émigration et contenant l'extrait de sa volumineuse correspondance, nous permet de le suivre pas à pas pendant tout le temps de son exil.
L'on y voit qu'il partit de Paris le 11 juillet 1792, pour se retirer à Ghambéry, où son séjour ne se prolongea que jusqu'au mois d'octobre suivant, époque où l'arrivée des troupes françaises l'obligea à chercher un refuge à Soleure, en Suisse. C'est là qu'il fut rejoint par M. Raillon, son compatriote , curé de Montaigu. Il y resta d'abord jusqu'en avril 1793. On le voit alors se fixer pour quelques mois à Chiazzo, où séjournait aussi son frère, le comte de Mercy, avec sa famille. Au mois d'août 1793, on le voit revenu à Soleure, où il se trouvait encore le 5 novembre, car c'est de ce Ueu qu'il écrivait, à cette date, à l'archevêque de Sarragosse, pour lui recommander ses prêtres, réfugiés en Espagne.
Au 1*' janvier 1794, M. de Mercy se trouvait établi avec M. Raillon à Mindrisio, dans la Suisse-Italienne, car il adressait,
de là à son diocèse , une lettre pastorale qui se termine ainsi : € Donné à Mindrisio, baillage Suisse-Italien, où noiLS souffrons Vexil pour la foi, le 1*^^ janvier 1794. » On voit de nombreuses lettres par lui écrites de ce lieu , jusqu'au mois d'août suivant. C'est alors que M. de Mercy, à bout de ressources, écrivit au Pape Pie VI, pour lui demander asile dans ses Etats, pour lui et pour les abbés Belluard et Raillon, ses compagnons d'exil; mais, en raison de la multitude de prêtres françaii^, déjà accueillis par le Pape, il ne put obtenir que pour lui seul tmr refuge dans la riche abbaye de St-Vital , à Ravenne.
Au mois de septembre 1796, les Français menaçant la Romagne, M. de Mercy crut devoir quitter momentanément sa retraite, sauf à y revenir, si les événements le permettaient. Il se rendit à Venise, où il séjourna peu de temps; mais, au lieu de retourner à Ravenne , il se rendit à Vienne, en Autriche, où il obtint un asile plus assuré, dans l'abbaye de Lilienfeld, près St-Polten, ou St-Hyppolite, dans la basse Autriche, dès . les premiers mois de 1797. C'est là qu'il resta jusqu'à sa
rentrée en France, en février 1802. Son journal mentionne, écrites de lui et là reçues par lui, un grand nombre de lettres, jusqu'au mois de décembre 1801.
On y voit que toute la famille deMercy était venue habiter dans le voisinage et.
que la comtesse de Mercy y mourut en
Ces détails, qui sont attestés par les documents les plus dignes de foi , réfutent d'une manière péremptoire la supposition de* ceux qui ont prétendu que M. de Mercy serait rentré secrètement en France et aurait joué un rôle actif et personnel dans les effroyables guerres civiles de la Vendée.
S'y serait-il associé moralement et ses instigations agissaient-elles de loin sur ses diocésains armés contre la République?
Le caractère bien connu de sagesse et de mansuétude de ce digne prélat , et les principes par lui proclamés démentiraient <:omplètement tout ce que la malveillance a pu dire à ce sujet. Ecoutons-le parler lui-même sur cette question, dans une lettre, en date du 12 novembre 1800, écrite à Lilienfeld et adressée à l'évéque
de Langres (cardinal de la Luzerne sous la Restauration), l'un des plus ardents avocats de l'opinion qu'il n'était pas pçrmis de se soumettre aux lois de la République, grande question qui divisait vivement les sommités du clergé:
« Vous me demandez. Monseigneur, de » vous envoyer copie, de ce que j'ai écrit » pour prouver que la promesse pour » laquelle on se bat (il s'agit d'une guerre » de plumes) est légitime à faire et qu'elle » ne blesse aucun droit de la religion, » qu'elle ne saurait alarmer. une cons- » cience éclairée. Il m'est impossible de » vous satisfaire, parce que tout ce que » j'ai écrit sur cette matière est épars » dans différentes lettres et instructions » que j'ai adressées à mon clergé du » dedans et à celui du dehors, à mon » troupeau fidèle et particulièrement à » ceux qui le dirigent en mon nom, et » cela se trouve confondu avec cent » autres choses d'un autre genre. Je n'ai » point fait d'ouvrage particulier ad hoc ; » je n'ai travaillé que pour l'instruction » et la direction de mon diocèse et nuUe- » ment pour le public, nullement pour
paraître comme athlète dans l'étrange ::5ombat dont je suis le témoin, lequel, e Yous le dis de bonne foi , je n'avais pas prévu. Ce fut au mois de janvier, iu moment que je connus les bases de La nouvelle constitution française et ce qu'elle avait de favorable à la religion, jue j'écrivis à mes diocésains pour leur prescrire la conduite que je croyais qu'ils devaient tenir, et j'étais alors dans la persuasion ou, du moins , dans la douce confiance que nous tiendrions tous le même langage. A cette époque, une nouvelle insurrection avait éclaté dans la Vendée ; mais mon diocèse n'y avait pas pris part, et je voulais, dans le cas où il s'y trouverait mêlé, empêcher au moins le scandale qui eut lieu lors de la première, celui de voir des prêtres, agitant le flambeau de la guerre civile, prendre les armes, se ranger parmi les combattants et imiter toutes leurs fureurs et tous leurs excès.
Beaucoup en ont été les victimes et ceux qui ont échappé avaient tant perdu dans l'estime publique, pour avoir joué
un pareil rôle, que les fidèles les repous-
» saient avec indignation et ne recher- » chaient que ceux qui n'avaient joué que » le véritable rôle qui leur appartient, » celui. d'anges de paix, etc....»
M. de Mercy fut, en effet, l'un des premiers qui, après le retour de l'ordre, fit entendre des maximes de paix et de conciliation. Il avait adressé du fond de l'Allemagne à ses diocésains, une lettre pastorale qui produisit un excellent effet.
Après le concordat, dans le but de faciliter la réorganisation de l'église de France, M. de Mercy, comme le plus grand nombre de ses collègues dans l'épiscopat, donna, sur la demande du Pape, sa démission d'évêque de Luçon et fut appelé, au mois d'avril 1802, au siège archiépiscopal de Bourges.
Dans ce nouveau diocèse, il eut tout à reconstituer, et il s'acquitta de cette tâche avec un zèle des plus éclairés. On cite de lui un acte de tolérance religieuse qui témoigne de son esprit de paix et de son désir de prévenir tout prétexte de trouble et d'empêcher un grand scandale : — Le 17 septembre 1802, trois mois après avoir pris possession de l'archevêché de Bourges,
on lui annonça la mort de Michel-Joseph Duffraisse, ancien évoque constitutionnel du Cher. Quoique cet ex-prélat eût refusé, à ce qu'on assure, les secours de la religion dans ses derniers instants, M. de Mercy ne crut pas devoir tenir compte des paroles prêtées à un mourant qui n'avait plus sa raison, et il donna des ordres pour que la sépulture ecclésiastique lui fût accordée. Il considéra que la religion n'avait déjà que trop d'ennemis et qu'il importait de ne pas en augmenter le nombre par des procédés contraires à la charité.
M. de Mercy fut regardé, jusqu'à la fin de sa carrière, comme l'un des prélats français les plus dignes de considération par sa vertu et sa haute raison. Il fut l'ami de Pie VI (a). Nommé officier de
(a) Une personne digne de foi et qui se trouvait parfaitement à môme de me fournir des informations sûres sur M. de Mercy, m'écrivait en réponse à une demande de renseignements que je lui avais adressée à ce sujet : « La lecture d'une partie » de la correspondance de ce digne prélat, pendant son émi- » gration, me l'a fait aimer et estimer. Je sais par là qu'il » était un homme d'un grand savoir ecclésiastique et d'un rare » bon sens. Il entretenait alors une correspondance active avec M les gros bonnets de son ordre, dispersés aux quatre vents » de l'Europe. Je serais très-heureux -de savoir que vous avez » pu recueillir sur sa vie les matériaux d'une biographie. C'est » bien en réalité une illustration de notre pays. La renommée » a été juste envers lui et l'a laissé dans l'ombre, parce qu'il » n'était pas orateur; Peritui consilio^ c'est dans la commission
la légion -d'honneur le 15 janvier 1805, et comte de l'Empire le 1" mars 1808, ce vénérable archevêque mourut à Bourges, le 11 février 1811.