‹ Recherches historiques sur les environs de Bourgoin (Isère): Demptézieu, Saint-Chef, MaubecChapitre 3 sur 16 · VIRGINIS : ITEM · texte numérisé non relu

VIRGINIS : ITEM

Cette inscription peut être traduite ainsi :

« L'an du Seigneur 1362 , frère Jean i> de Saint-Genis , sacristain de Saint- 3> Theudère , a fait faire le chef du bien- » heureux Thibaud, dans l'église de céans, 3) de même qu'un grand calice du poids :» de quatre marcs d'argent. De même il » a planté une vigne près du Replat, pour y> Fœuvre de la sacristie. De même , il a

— 39 ~ 3> donné la vigne de la Faeta à la Chany> trerie de la bienheureuse vierge Marie.

7> De même i>

Saint Léger, aussi archevêque de Vienne 5 qui vint après saint Thibaud et mourut en 1069 , continua la réédification du monastère et de son église.

(( Il releva, dit Chorier, l'église et l'ab- » baye de Saint-Chef, dont saint Theudèy> re était le fondateur. Elle était tombée j> en ruines et il la rétablit dans l'état où ^ elle est encore aujourd'hui. Elle est un )) illustre monument de son zèle et de sa 3) magnificence. Aussi , on voit sa statue ^ au-dessus du portail , avec celle de ce 3) saint anachorète (a). i>

(a) En faisant , il y a quelques années , des fouilles en dehors de l'abside de l'église , on découvrit un caveau , où , sur une espèce d'autel , on voyait trois tôles rangées symétriquement et une lampe funéraire. Il est regrettable que ces tôtes aient été jetées pèle-mèle avec d'autres ossements dans une fosse commune. — Le soin respectueux avec lequel on avait pourvu à leur conservation démoutre qu'elles étaient celles de trois des plus saints personnages qui ont fait la gloire de l'abbaye et de l'église.

Il est môme fort à présumer que ces trois tôtes étaient celles des trois grands patrons de l'église : saint Thevdère^ saint Thibaud et saint Léger ; cette probabilité serait appuyée par ce passage du Voyage littéraire de don Martène et d'un autre religieux bénédictin de Saint-Maur, où l'on lit, à propos de l'église de St-Chef , ce qui suit :

« On ne voit aucun tombeau dans l'église ; aucune sépulture » ne s'est faite dans son intérieur ; cette abbaye a possédé » les reliques de saint Theudère et de saint Thibaud, archevén que de Vienne ; mais elles ont disparu , soit qu'elles aient • été profanées par les hérétiques , au 16* siècle , soit qu'elles ft soient restées cachées en terre. »

L'abbaye de Saint-Theudère , ou , plus vulgairement , de Saint-Chef , était riche et puissante. C'était une abbaye chef d'ordre , soumise à la règle de saint Benoît , et qui avait sous sa dépendance un assez grand nombre de prieurés de Bénédictins, parmi lesquels on peut citer : lo le prieuré de la Buisse ; 2» le prieuré de Tullins ; 3o celui de Penol ; 4o celui de St-Alban, qui fut réuni à l'abbaye en 1247 ; 5o celui de Lieu-Dieu ; 6o celui de Crémieu , dédié à saint Hippolyte , et qui fut réuni à l'abbaye en 1247 ; 7o celui de Jaillieu , réuni à l'abbaye en 1247 ; 8o celui de Vézeronce ; 9» celui de la Tour-du-Pin ; lOo celui de Voissant;llo celui de Chirens (a).

Les abbés de Saint-Chef jouissaient, du temps des Dauphins , d'une grande influence ; on les voit figurer dans plusieurs événements importants de l'histoire de ces princes , dont ils étaient les auxiliaires et auxquels ils servaient de conseils et de médiateurs dans leurs différends avec les princes et seigneurs voisins.

(a) V. la nomenclature des anciens couvents du diocèse actuel de Grenoble , dans l'Almanach de la cour royale , de 1840. Il y avait en dehors du diocèse actuel de Grenoble beaucoup d'autres prieurés dépendant de St-Chef , mais dont nous n'avons pas les noms.

Le château et le mandement de Demptézieu avaient appartenu pendant un certain temps aux abbés de Saint-Chef ; mais les Dauphins se prétendaient leurs suzerains à raison de cette seigneurie. En 1270, Ainard , abbé de St-Ghef , fît un traité avec Béatrix, veuve du Dauphin Guigues- André , pour régler ces prétentions. Il reconnut tenir ce château et cette terre en fief du Dauphin et promit d'entretenir fidèlement les conventions qui avaient déjà été arrêtées entr'eux à ce sujet. Le principal article de ces conventions était que l'abbé , même à raison de la ville de St-Ghef , qui a dans l'acte le nom de St- Theudère, serait tenu de secourir le Dauphin dans les guerres qu'il aurait entré le Rhône et l'Isère (a).

Cet accord fut renouvelé plus tard , en 1288 , entre Aymon , abbé de St-Ghef, et le dauphin Humbert 1er ^ qui , entr'autres engagements , prit celui de défendre envers et contre tous , sauf contre l'archevêque , l'abbaye et ses dépendances (6).

(a)Cborier ,t. 11^ page 149.

(6)Valb.,t. I*', p. 187.

Valboniiais (tom. II, p. 46, preuve 42.) , rapporte une charte de l'empereur Frédéric II , de 1214 , qui confirme en faveur de l'église de Vienne , c'est-à-dire , de l'archevêque , la translation autrefois faite à ladite église par les rois de Bourgogne et les empereurs ses prédécesseurs , de la propriété du château de St-Theudère avec toutes ses dépendances.

On voit encore le dauphin Jean II, par une charte donnée à Bourgoin , le jour de la fête de St. Jean-l'Evangéhste , Fan 1316 , conférer différents privilèges et immunités aux habitants du bourg de St- . Theudère, qui se soumettent, en échange, à payer annuellement au Dauphin deux sols Viennois par chaque feu , et à lui fournir cent hommes à pied;« n^ entendant point par là déroger au droit et à la ju^ ridiction de Vabbé et du monastère de St^ Theudère et de Varchevêque de Vienne , ni violer en rien la fidélité due aux dits abbé y monastère et archevêque. i>

Dans les fréquents conflits qui s'élevaient entre les Dauphins et les comtes de Savoie , St-Ghef était considéré comme une place indépendante , et ses abbés sa-

vaient faire respecter cette indépendance.

« C'était en ce temps-là , dit Ghorier, une y> petite ville assez importante , pour que y> son alliance fût recherchée par lesDau- » phins et les comtes de Savoie , plutôt 3) que de se trouver classée parmi leurs 3> sujets (a). 3>

La petite ville de St-Ghef était fortifiée et défendue par un château , qui fut assiégé et pris plusieurs fois dans le cours des guerres féodales ; car , de même que la plupart des grands seigneurs ecclésiastiques , les abbés de St-Ghef et leurs vassaux prenaient souvent part à ces guerres.

Vers Tannée 1402 , alors que , comme on le verra plus loin , les archevêques de Vienne furent devenus abbés perpétuels de l'ordre de St-Ghef et seigneurs du bourg et de ses dépendances , le château de St-Ghef fut pris et ruiné dans la guerre acharnée que se firent Thibaud de Rougemont, archevêque de Vienne, et les frères Guy et Jean de Torchefelon. Geux-ci ?

ayant refusé de faire hommage à l'archevêque de leur château de Montcarra, qui,

(a) T.II,pag. 221.

selon lui , était un fief de Tabbaye de St- Ghef , le fougueux prélat attaqua brusquement ce château , le prit et le brûla.

Les Torchefelon prirent bientôt leur revanche : ils surprirent et incendièrent celui de St-Ghef , et , s'approchant devienne , ils en firent autant de celui de Seyssuel et ravagèrent tous les environs. L'archevêque allait user de représailles , lorsque le gouverneur du Dauphiné intervint pour chercher à arrêter ces désordres scandaleux. Rougemont , réduit à Timpuissance , devint furieux et excommunia les officiers du roi. L'année suivante , les Torchefelon s'étant remis en campagne , prirent sur lui et brûlèrent le château de Mantaille , qui , depuis lors , ne s'est plus relevé de ses ruines. L'archevêque ne tarda pas à se venger; ses troupes, ayant surpris Guy de Torchefelon , le défirent , prirent et incendièrent à leur tour le château de Torchefelon. Pour mettre fin à cette lutte atroce , le roi se plaignit au Pape ; un cardinal fut délégué , et condamna la conduite de l'archevêque....

Le château-fort de St-Ghef , qui avait été restauré , et les murailles du bourg

ont subsisté jusqu'en 1576 , époque à laquelle , pendant les guerres de religion > elles furent rasées par les ordres de Gordes , lieutenant-général du roi en Dauphiné. C'était après la prise de Morestel par le parti catholique , et Gordes , qui se trouvait alors à Bourgoin , fît raser en même temps les fortifications de Morestel et le château d'Albon (a). La destruction du château de St-Ghef laissa toutefois debout une tour gigantesque appelée tour du Poulet , qui subsiste encore aujourd'hui > et qui communiquait avec le bourg par une voie souterraine récemment découverte.

L'abbaye de St-Ghef fut , dans le principe et pendant longtemps , un puissant élément de civilisation et de prospérité pour le pays. Dans ces siècles barbares qui suivirent la chute de l'empire romain dans les Gaules , la population qui se groupait autour des monastères , y trouvait une protection plus assurée qu'ailleurs et une direction favorable à l'adoucissement des mœurs.

« Ge fut longtemps , dit un auteur céi> lèbre , une consolation pour le genre

(a) Ghorier, t. II, page 674.

i> humain , qu'il y eût des asiles ouverts J> à tous ceux qui voulaient fuir les op- 3) pressions d'une domination brutale.

3) Presque tout ce qui n'était pas seigneur 3> de château était esclave. On échappait, i> dans la douceur des cloîtres , à la ty-

3) rannie et à la guerre — Le peu de

» connaissances qui restait après les in- » vasions des barbares , fut perpétué dans ]D les couvents ; les Bénédictins transcri- ]D virent quelques livres. Peu à peu , il » sortit des monastères des inventions » utiles ; d'ailleurs , ces religieux cultii> valent la terre , chantaient les louanges i> de Dieu , vivaient sobrement , étaient 3) hospitaliers, et leurs exemples pouvaient 3) mitiger la férocité de ces temps malheu- 3) reux 3)

Mais les meilleures institutions s'altèrent à la longue , surtout quand les circonstances qui les rendaient nécessaires viennent à disparaître.

Après quelques siècles d'existence édifiante et féconde , les richesses et l'indépendance de la puissante abbaye de St- Chef avaient fini par y faire naître une grande corruption de mœurs et Tanarchie

la plus complète : (l En 1278 , dit Ghorier, » les désordres de l'église de Vienne pasi> sêrent à celle de St-Ghef ; un écrivain 3> de ce temps-là dit que cette abbaye si y> célèbre était diffamée par la dissolution y> et par l'insolence de ses membres. 5) — L'archevêque s'y transporta avec des forces imposantes. Son premier soin fut de se mettre en possession du château , qui était un fief de l'église de Vienne et d'y placer une forte garnison. Il sévit ensuite contre ceux des moines qui s'étaient le plus signalés par leur vie licencieuse et par leur turbulence , et en chassa une bonne partie du monastère. Il plaça les autres qui étaient moins incorrigibles , sous la direction des anciens qui n'avaient point eu de part à ces débordements. L'abbé , qui avait montré une coupable tolérance , fut forcé de résigner ses fonctions , qui furent données à un autre plus digne , et la discipline fut rétablie pendant quelques années dans ce lieu que des scandales aussi éclatants n'auraient jamais dû souiller (a).

(a) Ghorier , t. II, page 160.

Mais 5 au bout d'un certain nombre d'années , de nouveaux désordres s'étaient introduits dans l'abbaye , et le Pape dût intervenir pour y apporter un remède énergique , en enlevant désormais à cet antique monastère l'indépendance dont il avait joui jusques-là.

En 1320 , l'abbé venait de mourir, et il s'agissait d'en élire un nouveau ; les moines ne purent parvenir à s'entendre pour ce choix , et leurs brigues , leurs cabales et même leurs violences furent poussées à un degré tel, que leur discorde était devenue un scandale public (a).

Pour faire cesser cet état de choses et mettre à l'avenir un frein aux abus et aux excès de ces indociles religieux , le Pape Jean XXII , fulmina une bulle d'après laquelle ils étaient désormais déchus du droit de nommer leur abbé , et placés sous l'autorité immédiate de l'archevêque de Vienne , qui fut nommé leur abbé perpétuel (6).

(a) « Plusieurs d'entr'eux espéraient à l'honneur de la pre » mière place et peu le méritaient ; et encore ce n'étaient pas » ceux-ci que l'on regardait. Quand la désobéissance et le li- » bertinage sont entrés dans un monastère , le premier soin I» des moines pervertis est , sinon d'empêcher que la vertu y » soit honorée , du moins de faire qu'elle y soit sans auto- «• rite. » Ghorier, t. II, page 238.

(6)Valb., t.I", page 238.

L'abbaye , ainsi réduite à une condition subordonnée , eut une existence plus modeste , mais plus digne , jusqu'au moment où 5 en 1536 , elle subit une transformation complète. A cette époque , le monastère fut sécularisé ; une bulle authentique du Pape Paul III , rendue avec le consentement du roi François 1er ^ exempta les moines de St-Ghef de l'obligation de faire des vœux ; ils furent mis sur le pied des chanoines des églises collégiales , avec cette distinction spéciale , qu'on ne pouvait être admis dans le chapitre qu'après avoir fait preuve d'une noblesse ancienne , tant du côté paternel que du côté maternel (a).

Le nouveau chapitre , ainsi constitué, subsista jusqu'au moment de sa translation à Vienne , qui s'opéra dans le cours du dernier siècle. Vers 1749 , ses chanoines , tous nobles de naissance et dont les goûts mondains s'accommodaient mal d'un séjour trop monotone et trop triste ,

(a) En 1698 , il y avait 28 chanoines nobles , y compris le Doyen et les officiers claustraux , et de plus , un théologal et un capitoul non nobles. (V. Mémoire manuscrit de M. deBouchu , intendant du Dauphiné).

avaient sollicité avec énergie cette translation.

En 1765 , une bulle du Pape prononça la suppression du chapitre de St-Andréle-Bas , à Vienne, et ordonna sa réunion à l'église collégiale de St-Theudère. Cette bulle reçut son exécution en 1774 , malgré l'opposition du chapitre métropoUtain de St-Maurice , opposition appuyée par les paroissiens et le prieur de l'église de St-André , le vi-bailly , les consuls et les chevaliers résidant à Vienne. Les chanoines de St-Ghef allèrent , au nombre de dix-huit, prendre possession de l'abbaye de St-André-le-Bas. Ils emportèrent dans cette église leur plus grosse cloche , qui est encore celle de la paroisse Saint-André.

Elle pèse , dit-on , mille kilogrammes et elle est remarquable par sa grave et harmonieuse sonorité. Elle offre une inscription qu'il peut être intéressant de reproduire ici , parce qu'elle relate les noms des derniers chanoines de St-Ghef :

JAGENTES. EXGITO. SOMNOLENTOS. INGREPO.

PERVIGILES. EXHILARO. NEGANTES. ARGUO. D.

D. DE. RAGHAIS* DEC. BELLEGISE. GAMER. LA- TOUR. SAGR. RATINES. OP. GHARGONNE. REF.

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