A BOURGOIN
Quand il s'agit d'un homme célèbre, dont les actions ou les écrits ont profondément ému ses contemporains, et ont voué son nom à une gloire immortelle, rien de ce qui se rattache à sa vie ne paraît indifférent; les moindres incidents dont fut semée son existence ont le don d'intéresser. On aime à connaître tous les lieux où il a vécu , les noms de ceux qu'il a connus et aimés, ne fût-ce que pour un
instant, ses habitudes intérieures, ses actes et ses discours dans les circonstances les plus familières. Il n'est pas jusqu'à ses travers et à ses faiblesses»
qu'on ne se plaise à connaître. Si cela est vrai en général, à l'égard de tou^^ les personnages illustres, il n'en est pas pont on aime autant à explorer les traces que J.-J. Rousseau. Cet homme doué d'une sensibilité si vive, mêlée à un orgueil si étrange, semble avoir lui-môme provoqué le public à diriger de minutieuses investigations sur sa vie intime, par les singulières révélations que ses Confessions contiennent.
A un autre point de vue , chaque localité où un homme éclatant, philosophe ou poète , a passé une portion de sa carrière, s'enorgueillit , pour ainsi dire , de l'avoir possédé dans son sein. On se plaît à signaler les marques de son passage, on aime à dire à propos d'un tel homme :
a: Il a habité parmi nous, c'est dans cette y> maison qu'il a résidé, voilà les sites qu'il y> a parcourus, les coteaux et les vallées y> où il portait ses méditations et ses ré- X) veries; il a connu ou aimé tel ou tel des
3) habitants du pays; c'est ici que s'est )) accompli tel événement de sa vie; notre i> pays a été pendant tant de temps sa i> patrie d'adoption; il est, en quelque -ù sorte, des nôtres i>
En fouillant dans les Archives de la Mairie de Bourgoin , et en feuilletant un ancien registre, le hasard me fit jeter les yeux sur une délibération du Conseil de la ville , du 12 juillet 1772 , qui réglait le budget des dépenses municipales. Parmi divers articles insignifiants, j'y lus ce qui suit :
« M. Barge, maire, expose à l'Assemblée:
y> loEtc.
» En 4e lieu: il est dû au nommé D Bouvier, traiteur, la somme de 56 livres, 3) pour un repas pris par les Officiers y> municipaux, le 15 août 1768, jour de )) l'Assomption de Notre-Dame, et, auquel, y> en ce temps-là , les Officiers municipaux y> étaient en coutume de prendre pareil 3) repas, après avoir assisté à la procession ^ qui se fait à semblable jour pour le vœu ^ du Roi. Les dépenses de ce repas furent y> un peu plus considérables que celles 3) des précédents, parce que M. Jean-
y> Jacques Rousseau, qui arriva dans ce y>^ pays le même jour, s'empressa de prier D lesdits Officiers municipaux de Fad- 3> mettre dans leur société , avec quelques y> personnes qui étaient avec lui, et qu'en y> conséquence, on eut soin de se procurer ^ des mets et des vins plus délicats, et en y> plus grande abondance; auquel repas, y> M. Rousseau ayant été accueilli et corn- :j> blé d'honnêtetés , fut fort gai et très- ^ agréable.
:» L'Assemblée ordonne qu'il sera délivré :j) un mandat de 56 livres à Bouvier. :» (*)
Ce document officiel, assez curieux par lui-même,, me rappela le séjour prolongé qu'avait fait à Bourgoin et à Maubec Jean-Jacques Rousseau, et m'a donné l'idée de retracer quelques souvenirs qui se rattachent à ce séjour.
En 1768, après son retour d'Angleterre, et un séjour assez long au château de Trie, appartenant au prince de Conti, l'illustre écrivain, souffrant, inquiet, et cherchant partout un asile où il pût se
(*) Au mois d'août 1768, M. do Rosiôre-Champagneux était maire de Bourgoin, et MM. Bargo, Chauvin-Dumas et Roux de Pollardière, échevins.
croire à l'abri des persécutions de ceux qu'il regardait comme ses ennemis , était arrivé à Grenoble, où il avait été parfaitement accueilli par le comte de Glarmont- Tonnerre, lieutenant du Roi en Dauphiné, qui lui avait promis son appui. De là, il ne tarda pas à se rendre à Bourgoin, où, sous ce puissant patronage, il espérait jouir de quelque tranquillité. Sa correspondance , d'accord avec le document cité plus haut, indique qu'il y arriva au milieu du mois d'août, et qu'il s'y installa dans Fauberge de la Fontaine d/or, qui n^était alors j ainsi qu'il le dit lui-même, qu'un méchant cabaret f ). ïl y resta jusqu'à la fin du mois de janvier 1769.
C'est à Bourgoin. que Rousseau donna le titre d'épouse à Thérèse Levassèur, la vieille compagne de sa vie, comme il l'explique dans sa lettre du 31 août 1768, adressée à M. Lalliaud:
« J'ai le plaisir d'avoir ici depuis quel- ^ ques jours, dit-il, la compagne de mes » infortunes; voyant qu'à tout prix elle
(*) La maison où était cette auberge, existe encore aujourd'hui dans la rue Impériale; elle n'a cessé que depuis peu de sefvir d'auberge. On voit encore sur sa façade, la vieille imago de la Fontaine d'Or. C'est là qu'eut lieu ce que Rousseau appelle son mariage.
» voulait suivre ma destinée, j'ai fait en y> sorte au moins qu'elle pût la suivre avec 3) honneur. J'ai cru ne rien risquer de y> rendre indissoluble un attachement de y> vingt -cinq ans, qu'une estime mu- 3) tuelle , sans laquelle il n'est point d'a- ^ mitié durable, n'a fait qu'augmenter > incessamment. La tendre et pure fra- » ternité dans laquelle nous vivons depuis ^13 ans, n'a point changé de nature par 3) le nœud conjugal; elle est et sera, 3) jusqu'à la mort, ma femme par la force y> de nos liens , et ma sœur par leur :s) pureté. Cet honnête et saint engagement 3) a été contracté dans toute la simplicité, 3) mais aussi dans toute la vérité de la 3) nature, en présence de deux hommes 3) de mérite et d'honneur: l'un officier y> d'artillerie et fils d'un de mes anciens )) amis du bon temps, c'est-à-dire avant 3) que j'eusse aucun nom dans le monde; y> et l'autre, maire de cette ville, et proche :j) parent du premier. Durant cet acte si 3) court et si simple, j'ai vu fondre en )) larmes ces deux dignes hommes , et je 3) ne puis vous dire combien cette marque )) de bonté de leurs cœurs m'a attaché y> à l'un et à l'autre.... y>
Les deux personnes dont parle ici Rousseau sont nommées par lui dans sa lettre au comte de Glermont- Tonnerre, du 18 septembre : c'étaient M. Donin de Rosière , officier d'artillerie , et M. Donin- Ghampagneux , son cousin , maire et châtelain de Bourgoin. J'ai sous les yeux des fragments de mémoires manuscrits, où M. Ghampagneux confirme et raconte l'événement mentionné dans la lettre de Rousseau, et donne d'intéressants détails sur son séjour dans nos contrées. On trouvera ces fragments à la suite de cette notice.
Après avoir demeuré près de six mois à Bourgoin, Rousseau, attribuant le mauvais état de sa santé à l'air humide que le voisinage des marais faisait alors régner dans la vallée , et cherchant d'ailleurs la solitude, se décida, vers la fin du mois de janvier 1769, à aller habiter un appartement que madame de Gésarges lui avait fait préparer dans sa ferme de Montquin, vieux petit castel délabré, à une demilieue de Bourgoin, et sur les hauteurs de Maubec. De ce plateau élevé, la vue se projette sur un magnifique panorama,
bordé d'un côté par les Alpes, et de l'autre, par les montagnes du Bugey. De là, Jean- Jacques apercevait le gigantesque Mmitblanc ^ qui se dresse dans le lointain, et qui lui rappelait la Savoie, la Suisse et Genève, sa patrie. Sur un plan plus rapproché, l'aspect du Mont-du-Chat parlait à son cœur ulcéré de la douce vallée de Chambéry, des Gharmettes et des paisibles années écoulées auprès deM"' de Warrens.
G'est dans cette retraite qu'il resta jusqu'au commencement de juin 1770, époque à laquelle il quitta le Dauphiné pour retourner à Paris.
A l'époque où Rousseau arriva à Bourgoin , il se trouvait dans cette ville un certain nombre d'hommes lettrés et polis, parmi lesquels il put se former une société agréable, et même établir des liaisons sérieuses. On peut citer, entr'autres, les noms de MM. de Rosière , Ghampagneux^ de Saint-Germain, Barge, Roux de Pollardière, avocat, de Montciset, deBeffroy, gouverneur de la ville, etc., etc.
MM. DoNiN de Rosière et Donin-Gham- PAGNEUx étaient cousins germains. La famille Donin était une des plus hono-
wirables de l'ancienne bourgeoisie de Bour- ^; goin ; elle s'était divisée en deux branches ^au commencement du XVIIIe siècle. L'une 4 avait gardé le nom de Donin-Rosière, ; et l'autre avait pris celui de Champagneux. ^ M. Louis Donin-Rosière ou de Rosière, ; oncle de M. Champagneux et père de ^ M. de Rosière, capitaine d'artillerie, avait été greffier en chef au parlement du Dau- [ phiné, charge qui conférait, je le crois, , la noblesse personnelle au bout d'un certain temps d'exercice. En 1746, il avait été nommé maire ancien de Bourgoin, Jallieu et Ruy, avec le droit de nommer un lieutenant de maire pour exercer à sa place ces dernières fonctions. Rousseau avait lié des relations d'amitié avec lui, dans un temps où, comme il le dit, il n'avait encore aucun nom dans le monde.
En 1768 , il trouvait à Bourgoin , le fils de cet ancien ami, et eut avec lui des rapports assez intimes ; il en parle dans sa correspondance comme d'un homme de mérite et d'honneur.
M. Luc-Antoine Donin-Rosière-Cham- PAGNEUX, avocat en parlement, cousin du précédent, joignait à un esprit élevé et
actif, une instruction solide. Jeune encore, il avait été, sur la présentation de son oncle, nommé maire et châtelain de Bourgoin (*). Il exerça ces deux fonctions, à plusieurs reprises différentes, pendant de longues années, et fut le promoteur de beaucoup d'améliorations qui se sont réalisées dans le pays , soit de son temps , soit après lui. Aux approches de la Révolution, il fut nommé député du tiers-état aux états provinciaux de Romans, et alla ensuite fonder à Lyon, où il exerçait alors la profession d'avocat, un journal patriotique sous le nom de Courrier de Lyon. Il rédigea cette feuille conçue dans des idées fort avancées, et qui fit grand bruit dans le temps à Lyon, jusque vers le milieu de l'année 1790. Elu second officier municipal dans cette grande cité, au mois de novembre 1790, il eut à remplir ces pénibles fonctions pendant la période fort orageuse qui s'écoula jusqu'en 1792, et il s'en acquitta avec beaucoup de capacité et d'énergie. Ce fut à Lyon qu'il fit connaissance avec Roland de la Platière, inspecteur des
(*) M. Champagneux avait tout au plus 25 ans au moment de l'arrivée de Rousseau.
manufactures, et avec sa célèbre épouse.
Quand Roland fut appelé au ministère de l'Intérieur, M. Ghampagneux l'y suivit en qualité de premier commis de ce ministère. Dans cette position, il prit part aux luttes et aux dangers de cette terrible époque; à la chute des Girondins, dont il partagea les opinions et les malheurs, il fut arrêté; mais après treize mois de captivité, la révolution du 9 thermidor vint l'arracher à l'échafaud.
Il redevint secrétaire-général du ministère de l'intérieur, sous le ministre Benésech, et plus tard il fut nommé juge à la Gour d'appel de Grenoble. Ce fut dans ces fonctions, qu'il occupait avec distinction, que la mort le surprit , en 1807^ à l'âge de 63 ans. Disciple enthousiaste de Rousseau , imbu des idées de sa philosophie sentimentale, M. Ghampagneux voulut être enseveli dans sa propriété de Ghampagneux, près de Bourgoin, au miheu d'un bosquet solitaire , sur la pente d'un coteau qui domine le riant vallon de Rosière, souvent parcouru par Jean- Jacques. G'est là qu'on voit encore son tombeau entretenu avec soin par sa fa-
mille. Il avait fondé par son testament, dans la commune de Jallieu, unprix de vertu , qui s'y distribue chaque année à l'un des garçons ou à l'une des filles du pays, alternativement (a).
M. de Saint-Germain était aussi d'une ancienne famille de la bourgeoisie de Bourgoin, connue sous le nom d'ANGLAN- GiER. On voit ce nom figurer dans tous les vieux registres des assemblées des notables de la ville. Les Anglancier furent notaires de père en fils, jusqu'au commencement duXVIIIe siècle. Vers cette époque, le représentant de la famille fut pourvu d'une charge de conseiller à la chambre des comptes du Dauphiné, charge qui conférait la noblesse après vingt ans d'exercice.
Depuis lors, les Anglancier ajoutèrent
{aj Quelques années après la fin tragique de M. et de M^e Roland, le second fils de M. Champagneux, M. LéonChampagneux. avait épousé M"« Eudora Roland, leur fille unique. M. Léon Champagneux , après avoir perdu sa femme en 1858, est mort lui-môme à un âge fort avancé (88 ans), au château de Rosière, près Bourgoin, le 23 octobre 1864. Il n'a laissé de son mariage qu'une fille, M'»* Zôlie Champagneux, veuve de M. l'ingénieur Chalez, qui représente seule, avec ses enfants, son illustre aïeule. Quant au nom de Champagneux, il est aujourd'hui éteint. Il n'est pas sans intérêt de dire ici que M. Léon Roche, ancien consul de France à Tunis, et aujourd'hui ministre plénipotentiaire de France, au Japon, est le petit-fils, par sa mère , de M. Champagneux père, dont il est parlé dans la notice.
à leur nom celui de Saint-Germain , tiré d'une terre assez considérable qu'ils possédaient près de Bourgoin, à côté de l'Isled'Abeau. Le fils de celui qui fut l'ami de Rousseau, a été le dernier rejeton de cette famille ; il est mort conseiller à la cour impériale de Lyon, vers l'année
Successivement maire de Bourgoin, subdélégué de l'intendance du Dauphiné à la subdélégation de Bourgoin, et plus tard juge au tribunal civil de cette ville, M. Barge, avocat en Parlement, eut un fils qui fut avocat-général à la chambre des comptes de la Province. Celui-ci était le père de MM. Barge de Gerteau qui possèdent aujourd'hui les châteaux de Chapeau-Cornu et de Passins.
Parmi les personnes que Rousseau voyait à Bourgoin, s'il se trouvait un personnage singulier, c'était assurément M. de MoNCiSET, gentilhomme de Nivolas (village voisin de Bourgoin), dont M.
Ghampagneux a laissé ce portrait assez piquant :
« Les conversations de Rousseau, y> :^ dit-il, « la lecture de ses livres et de
3) ceux des philosophes anciens et moy> dernes, avaient fait passer ses prin- 3> cipes dans mon âme. Je détestais les 3) abus de l'ancien gouvernement autant 3) que la tyrannie féodale. J'avais quel- 3> ques amis qui pensaient comme moi ; 3) je les rassemblais quelquefois à table, 3) et dans nos réunions, nous réformions 3) la France, soupirions après la liberté 3> et méritions parfois l'honneur de la 3) Bastille.
« Je ne peux pas me rappeler sans y> quelque plaisir, le souvenir d'un origij> nal qui était de nos parties et dont les 3> idées gigantesques nous avaient souvent y> amusés. Il se nommait Montgiset; la y> nature lui avait fait présent d'une grande 3) mémoire, mais un peu au dépens du 3> bon sens. Montesquieu , Rousseau , Voly> taire, Bayle, Pope, Locke et autres 3) auteurs philosophiques français et an- 3> glais s'étaient placés dans ce vaste y> magasin, mais avec si peu d'ordre, que y> souvent , les pensées en sortaient avec 3> effroi de se voir accouplées. Son esprit, 3> au reste, avait une tournure républi- 3) caine, un peu à la don Quichotte, ce
. qui lui faisait combattre quelquefois des
moulins à vent, et recueillir des blesf . sures inutiles. Nous l'appelions le Grand
" Héformateur. Il n'arrivait pas un nou- ] "veau contrôleur des finances, un ministre de la guerre ou de la marine, qu'il ne lui adressât ses projets de xéforme, à l'exécution desquels il atta- ^chait le bonheur de la France. Ses emportements lui valurent quelquefois les prisons de la contrée , et il vécut en général malheureux, au miheu d'une foule de recettes infaillibles, suivant lui, pour le bonheur. Il avait aussi ses secrets contre toutes sortes de maladies, et personne ne vécut moins exempt de maux que lui. Il prétendait encore qu'il ^' possédait tout ce qui peut plaire aux P» femmes , et je ne crois pas qu'il ait eu ^» une seule maîtresse; s'il avait eu des
> débats en la cour de Vénus , il en était
> toujours sorti éclopé. Ses systèmes ^ étaient infaillibles pour enrichir l'État ) et les particuliers ; et lui, pauvre diable?
S n'avait jamais un sou dans sa poche^ ^ Roland était moins brave que lui, et il ^ était sans cesse battu et mutilé ; per-
3) sonne ne chérissait autant la concorde )) et la paix , et il n'avait pas été un seul 3> moment de sa vie sans procès.... i>
Cet original , intrépide discoureur, s'adressant un jour, dans une réunion , à Rousseau, avait cru le flatter et se concilier un auditeur bénévole, en lui disant:
€ Monsieur, j'ai lu tous vos ouvrages !
— Ah ! Monsieur, lui répondit Rousseau, vous auriez bien mieux fait de labourer vos terres.... i> (a)
Quant au marquis de Beffroy de la Grange aux Bois, baron d'EscANQUOURT, c'était un gentilhomme parent des grandes
(a) Voici une lettre , que Rousseau, peu de temps après son arrivée à Bourgoin, écrivait à M. de Montcizet , qui se trouvait momentanément à Lyon :
« Bourgoin, le 9 septembre 1768.
« je suis assurément, Monsieur, bien touché do votre complaisance et de votre diligence ; je voudrais bien môme que vous en eussiez eu dans cette occasion un peu moins ; cela vous eût évité une double peine, et à moi la mortification de vous la causer. Mon cher Monsieur, je vois que vous vous connaissez mieux en livres qu'en sistres, le chaudron que vous m'avez envoyé sous ce dernier nom étant détestable et môme injouable, puisque les basses qui sont pour moi les principaux sons n'en rendent aucun, à cause que la corde porte sur toutes les touches, lesquelles interceptent sa vibration. Permettez donc que je profite, quoique à regret, de la précaution que vous avez très-prudemment prise de vous réserver le droit de rendre cet instrument. Je le ferai remettre demain matin à la messagerie, à l'adresse que vous m*avez donnée, et, de peur d'équivoque, M. de Champagneux a jugé à propos d'ajouter au bureau restant, ce qui vous donnera la nouvelle peine de l'envoyer chercher ; mais aussi , il ne sera pas exposé à s'égarer, au cas que vous fussiez déjà parti. SI le vendeur exige quelque dédommagement, vous^ aurez la bonté de le
familles de Bouillon et de Montmorency, ancien militaire , que son mariage avec la nièce de M. le comte de Gruel-dortan du Marteray, avait amené dans nos contrées. Il avait reçu le titre de gouverneur militaire de Bourgoin, véritable sinécure , car la place qu'il était appelé à commander, sans le moindre soldat sous ses ordres, pouvait être comparée à ce fameux fort de Notre-Dame-de-la-Garde, dont on dit plaisamment :
€ Gouvernement solide et beau, < Qui présente pour toute garde, a Un Suisse avec sa hallebarde, « Peint sur la porte du château.... »
M. de Beffroy, qui fit avec Rousseau plusieurs courses d'herborisation (*), vivait
satisfaire en tout ce qui vous paraîtra raisonnable et d'ajouter cet article aux frais de la caisse, des ports et autres que vous pouvez avoir faits en cette occasion, et dont je vous prie de tenir note. Je vous laisse aussi payer le port du renvoi, parce que les commissions payées d'avance sont sujettes à se faire plus négligemment.
« Je suis, Monsieur, plein de reconnaissance pour toutes vos bontés et du désir de les mériter ; je souhaite de tout mon cœur que j'agrémeut que je trouve dans votre commerce ne vous rende jamais le mien importun.
« Agréez, je vous prie, mes très-humbles salutations.