INTRODUCTION
et étudiées avec une vive curiosité, parce qu'elles donnent exactement leur mesure.
On a répété que Yergniaud lisait ses discours à tel point qu'un sculpteur du temps qui a exécuté sa statue, n'a cru mieux faire que de le représenter recueillant, une plume à la main et à la clarté d'une lampe, ses inspirations de la nuit pour son improvisation du jour suivant.
Le manuscrit que nous publions fait tomber cette opinion qui est cependant des plus accréditées. Si Yergniaud avait eu l'habitude d'écrire ses plaidoyers ou ses harangues, il n'y aurait pas manqué dans une circonstance suprême où sa tète était en jeu. Il aurait rédigé sa défense comme Gensonné qui avait commencé la sienne, transmise après sa mort à Talma, et publiée par M. Chauvot. (Barreau de Bordeaux, p. o99.) On aurait trouvé une composition analogue à celle que Mme Roland avait dessein de prononcer et qui nous est restée comme un modèle achevé de style. Au lieu de cela, nous ne voyons qu'un travail préparatoire, renfermant tous les éléments d'un discours, mais n'ayant rien d'un morceau écrit. 11 ne faut donc plus parler de récitation ni de lecture. Qu'on mette près de lui une lampe comme symbole de l'étude, rien de mieux, mais c'est trop de la plume, pour l'histoire aussi bien que pour l'art.
C'est au reste ce qui apparaît dans la grande lutte entre Robespierre et Yergniaud, à la séance du 10 avril 1793. Attaqué à l'improviste, Yergniaud a fait l'immortelle réponse que chacun sait par cœur. Robespierre avait lu sa longue dénonciation (1), il n'avait pas apparemment cornées pièces sont aujourd'hui détruites. Non? avons eu la douleur de les voir brûler sous nos yeux, ayant été envoyé par le hasard à la chaîne organisée pour chercher à sauver notre chère bibliothèque. Sur 27,000 volumes, 10,000 ont péri.
(1) Le Patriote français du 12 avril 1193, n° 1338, dit :
« Robespierre, pour donner le change à l'Assemblée, a (a (sic) un long