XL VIII INTRODUCTION
... Chez elle se rassemblait une société choisie parmi les hommes delà cour et les hommes de lettres...
J'ai remarqué que l'on était plus aimable dans le petit salon de Julie que dans l'hôtel d'une grande dame.
L'esprit de Julie se faisait remarquer plutôt par une conversai ion facile et agréable que par les saillies et les bons mots. Un peu de lecture, un goût général pour les arts, sans prétention à aucun talent particulier, de la grâce et de la décence, en avaient fait une femme dont les hommes bien nés pouvaient avouer la connaissance. On ne craignait pas de dire qu'on avait soupe chez Julie.
Julie se disait républicaine, se crut une Aspasie et chercha vainement un Périclès parmi quelques avocats de Bordeaux, connus sous le nom de Girondins, parti auquel elle resta toujours attachée.
Non-seulement elle fut amie fidèle, elle se montra souvent ennemie généreuse : exagérée dans ses opinions, elle rendit beaucoup de services aux personnes du parti opposé au sien; contradiction qui s'explique aisément dans un sexe dont l'esprit s'aigrit et s'exaspère aisément, mais dont le cœur se désarme et s'attendrit plus facilement encore.
... Dans le cours de la Révolution elle eut la douleur de voir ses amis de la Gironde renversés par les mêmes principes dont ils s'étaient eux-mêmes servis pour renverser le trône ; victimes doublement malheureuses, qui en succombant sous le crime, onl donné à la vertu le droit de leur refuser la pitié. {L'Ambigu, t. IX, p. 335.)
Nous compléterons encore ici la citation que nous avons faite des Mémoires d'un Sexagénaire, d'Arnault, vol. II, p. 226 :
P. 132. — Connue dans le monde sous le nom de Julie, cette femme (la femme de Talma), plus remarquable encore par le charme de son caractère et de son esprit que par celui de sa figure tout agréable qu'elle fût, alliait à un physique presque grêle une âme des plus énergiques. Egalement passionnée pour les arts, les lettres, la philosophie et la politique, après avoir réuni chez elle, sous l'ancien régime, ce que la cour et la ville avaient de plus aimable, elle y réunissait, depuis la révolution aux littérateurs et aux artistes les plus célèbres, les plus célèbres membres de la législature.
Dire que son salon où le vicomte de Ségur et le comte de Narbonne se rencontraient avant 1789 avec Champfort et David, David et Champfort s'étaient rencontrés habituellement depuis avec Mirabeau, Vergniaud et Dumouriez, c'est prouver qu'à ces diverses époques ce salon avait été le point de réunion des hommes les plus remarquables.