‹ Recherches historiques sur les Girondins, Vergniaud (volume 2)Chapitre 75 sur 106 · LXXX1I ICONOGRAPHIE DE YERGNIAUD · texte numérisé non relu

LXXX1I ICONOGRAPHIE DE YERGNIAUD

Sous la Restauration, l'ustracisme qui frappa les Conventionnels survivants n'épargna pas les morts : la statue de Yergniaud disparut (1). Elle fat probablement reléguée au fond de quelque obscur magasin du dépôt des marbres, au Gros Caillou. (F. cidessus, p. lxxix.) Cartellier y avait un atelier dès 1825 et probablement auparavant. (Arch. nat., F, 13, 766 et suiv.) Plus tard elle aurait été placée, suivant M. Durozoir, dans l'atelier d'un des élèves de Cartellier, à l'abri de la destruction (Biographie Michaud, v° Yergniaud). Suivant d'autres témoignages, elle aurait été rapportée au Luxembourg entre 1830 et 1840, pour en être exilée de nouveau sous le second Empire (1859- 1860). Du Gommier, Marceau, Desaix, Kleber, Caffarelli, furent conservés, les autres remplacés par des trophées (V. le Magasin pittoresque, loc. cit.), Yergniaud par une Minerve.

En 1865, cinquante ans s'étaient écoulés depuis que la statue de Yergniaud avait été descendue de son piédestal : il était fort difficile de la retrouver. Nous l'avons cherchée longtemps en vain au Luxembourg, au Louvre, à l'Ecole des Beaux-Arts, au Palais-Bourbon, à l'Ile-des-Cygnes. Elle était tellement inconnue que la famille fie Yergniaud, ayant voulu posséder son buste en marbre, dut le faire exécuter d'après la lithographie de Maurin, de la collection Delpech. Notre crainte était qu'elle n'eût été mise en pièces par suite de l'intolérance politique ou de l'indifférence artistique, deux fléaux également redoutables à la conservation des monuments.

(1) D'après M. Gay de Vernon, le déplacement de la statue aurait en lieu dès le mois d'avril 1 S 14, la responsabilité de cette opéralion incomberait alors au Sénat, qui était encore debout, quoique chancelant, et cherchant à se maintenir par des actes d'adulation envers le nouveau pouvoir. Ainsi, le 13 mai 1814, il faisait verser 10.000 fr. en son nom pour rétablir la statue d'Henri IV. (Moniteur du 17 mai 1814.) Si le fait se place en 1815, c'est à la seconde Restauration qu'il est imputable et non plus au Sénat. La notice de Grivaut de la Vincelle prouve que le changement avait eu lieu dès 1818. Cette induction est confirmée par un ouvrage en vers, paru à la même époque sous le titre de : Une promenade au Luxembourg, et par une description de 170 statues existant dans le palais et le? jardins. La statue de Cartellier n'y figure pas. Elle était donc déjà déplacée.

Page 1