‹ Recherches historiques sur les Girondins, VergniaudChapitre 102 sur 135 · CONFISCATION DES BIENS DE YERCMAUD · texte numérisé non relu

CONFISCATION DES BIENS DE YERCMAUD

comme on comprend que cela soit dans la bibliothèque d'un avocat occupé au barreau.

Denisart, Rousseau de Lacombe, de Royer composent le répertoire de la jurisprudence générale, tandis que la jurisprudence spéciale de Bordeaux a pour organes Salviat, ainsi que le Lapeyrere annoté. (V. aussi les n08 15 et 46. j

Despeisses, Lebrun, Furgole, Bretonnier, Pothier, Dunod, Danty, de Ferrière, forment l'arsenal usuel de l'homme de palais.

Quelques feudistes, tels que la Poix de Freminville, Poquet de Livonières, Boutaric, etc., montrent que la féodalité était encore debout avec ses inextricables procès. Clarus, Serpillon, Muyart de Vouglans, marquent le Droit criminel à ses différentes époques.

Mais il n'y a pas seulement le jurisconsulte, il y a aussi l'orateur qui a besoin de sa nourriture intellectuelle : Eschine, Démosthène, Cicéron, dans l'antiquité; Expilly au xvne siècle, d'Aguesseau et Loyseau de Mauléon (le défenseur des Calas) au xvme, ont servi de modèles à celui qui devait bientôt égaler les uns et surpasser les autres.

Dans la littérature proprement dite, les classiques latins se trouvent à côté des classiques français : Horace près de Racine, etc.; puis viennent les philosophes, Platon, Mallebranche, Charles Bonnet, Delisle de Salles {la Philosophie de la Nature, n° 101), etc., lectures graves dont Vergniaud s'est délassé en feuilletant Dorât, Bertin, Parny, YAlmanach des Muses, les Etrennes lyriques, Zélis au bain et tout l'essaim des poésies légères.

La bibliothèque de Vergniaud renferme peu de romans : Galathée, les Liaisons dangereuses, le Paysan perverti, de Rétif de la Bretonne; quelques traductions,

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notammenl ane de Winckelmann, qui tendrait à prouver que Vergniaud d' était pas étranger au culte de Tart. Les seuls livres en Langue étrangère originale sont des ouvrages italiens : Le 'lasse. l'Arioste, Métastase, Algarotti, d'où il es) permis d'inférer qu'il connaissait la langue italienne. [V. la noie à l'Appendice.)

Enfin, comme une bibliothèque est l'image HdMe dune époque, celle de Vergniaud serait incomplète si l'on n'y rencontrait quelques livres proscrits : l Erotika Biblion, le Cure Mcslier, les deux seuls, du reste, de ce genre que l'on puisse citer.

La politique aussi a glissé quelques brochures, mais en petit nombre, sur les rayons de Vergniaud, aux approches de 1789. {Voy. nos loi, 164, 169, 170, 189, )!•'«., 2 H et 220.)

Nous remarquons l'omission de J.-J. Rousseau, mais il faut dire que le catalogue, tel qu'il nous est parvenu, n'est pas complet, et, dans ce qui manque, pouvaient se trouver compris bien des auteurs dont l'absence étonne : Virgile, Tacite, Sénèque l, Corneille, Lafontaine, Montesquieu 2, Voltaire, Diderot et surtout Turgot et Dupaty, les bienfaiteurs et les patrons de Vergniaud. On ne concevrait guère qu'il n'eût pas tenu à honneur de posséder leurs œuvres.

Cette lacune provient de la vente des doubles qui a été faite par les anciennes administrations municipales de Bordeaux.

i et 2 Vorgniaud possédait certainement un Sénèque (V. ci-dessus, p. 22fi; un Montesquieu (infrà, p. 384.)

Charles Nodier a raconté sur la montre de Vergniaud une histoire qui forme un des épisodes les plus intéressants du Dernier banquet des Girondins. Diverses personnes nous ont demandé ce qu'il fallait penser de l'authenticité de cette anecdote. Quoique cette question soit étrangère à notre sujet, nous l'avons considérée comme se rattachant à la mesure de la confiscation, et nous l'avons examinée avec soin. Nous consignons ici le résultat de nos recherches; elles nous ont conduit, comme on le verra, à la découverte de diverses pièces inconnues et intéressantes sur Vergniaud.

Le repas pris en commun par les Girondins, ce qu'on a appelé leur banquet, est terminé : Nodier les représente se hâtant d'adresser quelques lignes d'adieu à leurs familles : Vergniaud, qui n'écrivait jamais de lettres (V. celles qui forment notre premier volume), n'imite pas l'exemple de ses compagnons d'infortune, il passe le temps à graver avec la pointe d'une épingle le nom d'Adèle et le sien dans la boîte de sa montre... « C'était le dernier témoignage d'une tendre et chaste amitié qui n'a jamais pu être calomniée. L'Adèle de Vergniaud n'avait que treize ans. »

Vient ensuite la description de la montre, en or, émaillée d'azur, renfermée dans un double cercle en cuivre; le cadran a 18 lignes (Om. 4 c.) de diamètre, il

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est numéroté en chiffres arabes, et porte le nom de l'horloger Cramer, à Paris. L'aiguille est arrêtée sur trois heures moins trois minutes...

Comment la montre fut-elle remise à celle qui occupait les dernières pensées de Vergniaud ? L'auteur ne le sait pas ; il se borne à dire : «Prisonnier, concierge, ou bourreau, le dépositaire inconnu à qui ce triste gage fut confié, se montra exact et fidèle. »

Il ajoute :

a Mademoiselle Adèle Sauvan n'étoit qu'une aimable petite fille quand Vergniaud mourut. Peut-être lui étoit-elle destinée en mariage; peut être, comme d'autres hommes tendres et graves que l'amour de l'indépendance a voués au célibat, Vergniaud aimoit-il à se dédommager de cette privation volontaire dans une douce amitié d'enfant. Ce qu'il y a de certain, c'est que l'affection qu'elle lui inspiroit paroît avoir été la plus vive qu'on lui ait connue. »

Mademoiselle Adèle Sauvan, devenue femme de Le Gouvé, le premier des poètes du nom, meurt en 1810, laissant par son testament la montre de Vergniaud à Joseph Etienne, si connu sous le nom de Jouy i, et à

1 Toutes les biographies, même la Biographie nouvelle des Contemporains à laquelle Jouy a collaboré, le font naître à Jouy-en- Josas, près Versailles, le 12 septembre 1764. Nous avons examiné les registres de baptême de Jouy-en-Josas, non-seulement en septembre 1764, mais de 1760 à 1770. Jouy ne s'y trouve ni sous le nom de Jouy ni sous celui de Joseph Etienne. Ceci n'a rien qui doive nous surprendre, car dans son acte de décès, dressé le 4 septembre 1846 à Saint-Germain-en-Laye, il est dit qu'il est né à Versailles, mort âgé de 82 ans. Il y a plus : à l'Académie française où Jouy fut admis le 1 1 janvier 1815, il est inscrit comme né à Yersailles le 22 septembre 1764. Là encore il y a une légère erreur : ce n'est pas le 22 septembre, mais le 19 octobre 1764 que Jouy est né à Versailles, et qu'il a été baptisé en l'église de Saint-Louis, sous les noms de Joseph Etienne; il était fils légitime de Pierre

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