ANNE PPPESS AT TA EN
Liège l'appelle « l'anneau de la foi conjugale » (1). Celui de Milan dit, comme Isidore de Séville, « qu’il signifie que les cœurs sont unis, et que, à cause de cela, l’épouse doit le porter au quatrième doigt de la main gauche, parce qu'il y à dans ce doigt une veine qui, dit-on, va jusqu’au cœur » (2). Le P. Sanchez, qui, au milieu du xvu siècle, s’attarde encore à donner cette explication, la déforme en disant que l'anneau doit être placé au doigt du milieu, parce que c’est 1à qu'il y a la veine du cœur ; c’est indispensable pour qu'il puisse « signifier la jonction des cœurs » (3)! Dans le rituel de Bourges de 1746 et dans le rituel romain actuel, l'anneau est encore le symbole de la fidélité (4).
Dans d’autres textes, moins nombreux, l'anneau nuptal n’est plus un symbole, mais un simple signe : un signe du mariage contracté. Les statuts de Gaëte recommandent aux femmes mariées de « porter incessamment leur anneau comme un signe et en l'honneur de leur mariage » (5). L'anneau nuptial, dit encore Monterenzi, dans ses Remarques sur les statuts de Bologne de 1454,
«est le signe et comme l'investiture du mariage » (6).
(1) Dom Martène, op. cit., col. 385 (rituel de Liège) : « Accipe annulum fidei matrimonialis ». ‘
(2) Ibid., col. 388 : « … qui digito quarto annulari sinistrae manus eum imponit.… Fit autem hoc ad significandum quod eo pignore corda sponsorum juogantur; nam in eo digito vena quaedam esse dicitur, quae ad cor usque pervenit ». |
(3) Sanchez, op. cit., lib. I, disp. 22, n° 4 : « Aliqui hoc temperant,
quando annulus in medio digito annulari ponitur, quia ibi est quaedam vena .
quae in cor ipsum protenditur.…. in medio, ut cordium conjunctio significetur ».
(4) Rituel de Bourges, op. cit., p. 417 : « .… ut quae illum gestavelit, fidelitatem integram suo sponso tenens... »; — Rituel romain, même texte, — Cfr. dans le même sens : Beuvelet, op. cit., p. 344 ; — et Le Tourneux, Instructions chrét. sur les sacrements, Paris, nouv. éd., 1727, in-12, p. 305.
(9) Cfr. Statuts de Gaëte, LL, 28, suprà cit.
(6) Monterenzi, loc. eit. : « Anuli subarrhatio non est de substantia matrimonii, sed pro signo et pro quadam investitura.. Sed quid, si esset aliud signum usitätum? Item dicerem, quia hic loquitur attenta communi consuetudine ».
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C'était en 1746 el c’est encore aujourd’hui le sens attaché à l’anneau dans le rituel de Bourges (1). C’est au fond ‘idée populaire: si on la trouve moins dans les textes, on devait la trouver davantage dans les esprits.
Étant donné l'importance acquise par le rite de l’anneau dans la liturgie du mariage et la signification nouvelle qu'on lui attribuait, on s'explique qu’il ait eu une répercussion notable sur d’autres institutions. C’est ainsi que l’anneau des évêques, usité dès le vu° siècle (2), est regardé dès le xn° siècle comme un signe d'alliance avec l’Église qu'ils gouvernent. Une fois consacrés, ils ne sont plus seulement fiancés, mais vraiment mariés avec leurs Églises ; et c’est cette union mystique que leur anneau épiscopal exprime désormais (3). Abandonner son Église pour passer à une autre devient pour un évêque un véritable péché d’adultère (4). L’assimilation est donc complète (5). — Autre fait : en 1177, le pape Alexandre III, qui avait quelque obligation de reconnaissance envers le doge de Venise, Sébastien Zani, lui envoya un anneau d'or avec ces mots : « Reçois ce gage de ton empire sur la mer;
(4) Rituel de Bourges de 1746, op. cit., p. 417 : « Mon épouse, je vous donne cet anneau. en signe du mariage que nous contractons »; — Supplément au Rituel romain, publié par le card. du Pont, arch. de Bourges, 1854, p. 11, même texte.
(2) Sur l'origine de l'anneau épiscopal, cfr. Max Deloche, Le port des anneaux, op. cit., p. 284 et s., 265; — et Dom Leclercq, vo Anneaux, $ v, loc. cit., col. 2181-2183.
(3) Honorius d'Autun, loc. cit. : « Pontifex ergo anulum portat, ut se sponsum Ecclesiae cognoscat »; — Speculum Ecclesiae, dans Dom Martène, op. cit.,t. Il, p. 559 : « Episcopus debet habere anulum, quasi sponsus est »; — Innocent LIT, Loc. cit.
(4) Decreta synodica ac pontificia Sedis apostolicae : « : Ut reus adulterii habeatur episcopus qui, relicta ecclesia cui consecratus, ad aliam ‘emigraverit, parique poena coerceatur ac vir qui, relicta uxore, accesserat ad aliam » (dans A. du Saussay, Panoplia episcopalis, Paris, 1646, in-fo, p. 250). — Pour plus de détails, cfr. A. du Saussay, ibid., p. 277 ets. ; — et Deloche, loc. cit., p. 237-238. |
(5) Elle est. complète, mais elle manque de justesse; car ici c'est l'époux (l'évêque) qui porte l'anneau, et non l'épouse!
tous les ans tu contracteras mariage avec elle, afin que la postérité sache qu’elle est à toi, et que je consacre ta puissance sur elle comme celle de l'époux sur l'épouse ». Depuis, chaque année, à l’Ascension, le doge de Venise jetait un anneau dans l’Adriatique pour indiquer qu'il l’épousait (1). — Enfin, et ceci est plus remarquable encore, les religieuses étant généralement regardées comme les épouses de Jésus-Christ, on commença, vers la fin du xn° siècle, à leur donner aussiun anneau, comme signe de cette union mystique (2). On réalisait ainsi au propre ce que sainte Agnès disait d'elle-même au figuré, à une époque où n'existait encore que l'anneau des fiançailles (3). L’anneau était placé par l'évêque au doigt annulaire de la main droite de chaque religieuse avec des formules et des cérémonies identiques à celles qui étaient alors en usage dans la liturgie de l’anneau nuptial (4).