‹ Recherches historiques sur quelques rites nuptiauxChapitre 8 sur 12 · OO MERE SET OR AE ENT ER QUE PP TT · texte numérisé non relu

OO MERE SET OR AE ENT ER QUE PP TT

monie affectait des formes très diverses et plus ou moins compliquées suivant les diocèses. Le plus généralement, l'époux, tenant l’anneau entre deux ou trois doigts et conduit par la main du prêtre (per manum sacerdotis), placçait ou appliquait simplement cet anneau à trois doigts de la main droite de sa femme, d’abord au pouce, en disant avec ou après le célébrant : « Marie, de cest annel t’espouse, et de mon corps t’honnoure, et te doüe dou doüaire, qui est divisiez entre mes amis et les tiens ; in nomine Patris »; puis à l'index, en disant : «et Filii »; enfin au doigt du milieu, en achevant : « ef Spiritus sancti;: men » : l'anneau devait rester là, c’est-à-dire au troisième doigt de la main droite, suivant l'usage gaulois. Tel était le rite suivi à Paris, au moins au xv° siècle (1), à Auxerre, Lyon, Châlons, et Limoges, avec quelques variantes (2).

Ailleurs, on procédait autrement. A Évreux, au xu* siècle, après avoir imposé lanneau à trois doigts de la main droite de sa femme, l’époux le plaçait finale-

(4) À Paris, au x siècle, c'était le prêtre lui-même qui imposait l’anneau aux trois doigts de l'épouse ; l'époux disait ensuite : « De isto anulo te sponso, et isto auro te honoro, et de ista dote te doto » (Dom Martène, op. cit., col. 360).

(2) Zbid., col. 375 (Paris, xve siècle) : « Sponsus autem per manum sacerdotis primo ponat in pollice sponsae, post presbyterum dicens ista verba : « Marie, de cest anel t’espouse, et de mon corps t’honoure, et te » doûe duu doüaire, qui est divisiez entre mes amis et les tiens ; in nomine » Patris » ; deinde in indice, dicens : et Fili; deinde in medio, dicens: et Spiritus sancti; amen. Ibique remaneat anulus » ; — col. 365 (Auxerre, xiv® siècle) : « ..….fbique maneat anulus » ; — col. 370 (Lyon, xv° siècle) : « Deinde, dum ponitur anulus, pontifex et vir insimul dicunt : « N., de cet » anel t'espouse, ou nom du Père, du Fils, et du Saint Esprit ; amen », etc.; — col. 377 (Châlons) : « .… Et dicat sacerdos : « Dîtes après moi : N., de cet » anneau te espouse, et de mes biens te doûe, et de mon corps t’honore. In nomine Patris, super pollicem; secundo, super indicem : et Filii; tertid, super medium : et Spiritus sancti. Et relinquat anulum in medio »; — Col. 380 (Limoges) : « Et tunc sponsus teneat anulum cum tribus digitis, etc. In medio remanet »; — col. 381 (Limoges, 2e forme) : « Et sponsus per presbyteri manus ponit, primo parum in pollice dicens ista verba…. ‘comme à Paris)... Et in medio remanet ».

ment à l’un des doigts de la main gauche, où il le laissait; le pontifical fait observer que l'épouse doit porter l’anneau à la main gauche, à la différence des évèques, qui le portent à la main droite (1). Un autre rituel de la même église nous révèle une pratique superstitieuse qui accompagnait à Évreux la tradition de l’anneau : au moment de le recevoir, l'épouse le laissait tomber à terre, pour conjurer les maléfices! Le rituel condamne cet usage et ordonne d’excommunier ceux qui le pratiquent (2). — A Reims, l'époux devait tenir l’anneau entre le pouce et lindex de la main droite; puis, conduit par le prêtre, qui tenait de sa main gauche la main droite de l’époux, et de sa main droite la main droite de l’épouse, il appliquait l’anneau successivement au pouce, à l'index, au troisième et au quatrième doigt, en récitant les vers suivanis :

Par cet anel l’Eglise enjoint

Que nos deux cueurs en ung soient joints Par vray amour et loyale foy;

Pourtant je te mets en ce doy.

Ce doigt, c'était le quatrième doigt de la main droite, le medicus, comme lappelle le rituel à linstar des

(1) Zbid., col. 357 : « … Et unà cum sacerdote in tribus digitis dextrae manus sponsae imponat, dicens ad primum digitum : 7n nomine Fatris; ad secundum : et Pilii; ad tertium : et Spiritus sancti. Et sic imponat in uno digito sinistrae manus eumdem anulum, et ibi relinquat, nt eum deinceps in sinistra ferat, ad differentiam gradûs episcopalis, ubi anulus in signaculum integrae et plenae castitatis in dextra manu publice est portandus ». — Le Concile provincial de Milan de 1576 impose formellement le. port de l’anneau nuptial à la main gauche : « Non dexterae, sed sinistrae manus sponsae digitus induatur annulo nuptiali » (dans Friedberg, op. cît., p. 29, note 1). | |

(2) Rituel d'Évreux de 1606 et 1641 : « Ad arcendum, ut dicunt, maleficium, hoc vano utuntur remedio : ut sponso anulum sponsae suae tradente, sponsa ista, data opera, anulum in terram cedere permittat ». On trouve la même défense, indice de la même superstition, dans les rituels de Beauvais, 1637 (même texte); Rouen, 1640; Chartres, 1640; Paris, 1646 ; Bologne, 1647 ; Bourges, 1666. — Cf. J.-B. Thiers, op. cit., p. 515-516; — A. du Saussay, cp. cit., p. 263; — Max. Deloche, loc. cit., p. 230-231,

anciens (1). En 1585, un nouveau rituel substitua aux vers précités la formule plus simple en usage à Paris, mais ne changea rien au reste du rite (2). Des rituels analysés par Friedberg montrent qu'à Salisbury et à York, la tradition de l'anneau se faisait comme à Reims, à très peu près (3).

A Rouen, au xiv° siècle, l'époux doit prendre l'anneau dans la main droite, de telle façon que fous ses doigts le touchent, et l’appliquer à {ous les doigts de l'épouse, et d’abord au pouce, en prononçant en français la formule habituelle ; 1l laisse ensuite l’anneau au troisième doigt de la main droite de sa femme (4. — A Amiens, l'époux tient l’anneau avec trois doigts, prononce la formule, indique le montant du douaire, et ajoute : In nomine Patris sur le pouce et l’auriculaire, ET Filii sur l'index et le quatrième doigt, et termine E€ Spiritüs sancti, amen, sur le doigt du milieu, où l'anneau doit rester (5).

Dans les rituels plus récents, la cérémonie est simplifiée : comme aujourd'hui, l'époux passe simplement l'anneau nuptial au doigt même auquel la femme doit

(4) Dom Martène, ibid., col. 383 : « His dictis, sponsus accipiat manu dextera inter pollicemet indicem annulum, et presbyterlaeva sua manum sponsi ducens, tenendo sua dextera manum sponsae dexteram, applicet anulum ad pollicem sponsae dicens viro : N., dites après moy, ad pollicem : Par cet anel l'Eglise enjoint, ad indicem : Que nos deux cueurs en ung soit joints, ad medium : Par vray amour et loyale foy ; ad medicum : Pourtant je te mets en ce doy. In nomine Patris, etc. Et ibi dimittitur anulus ».

(2) 1bid., col. 346 (rituel de 1585, pour la prov. de Reims) : « ..… Et per manum sacerdotis collocet annulum in quarto digito manus dextrae sponsae, dicens post sacerdotem : N., de cet anneau je vous épouse, super pollicem et indicem, et de mon corps je vous hOHDLES super medium et medicum; et ibi relinquatur annulus ».

(3) Friedberg, op. cit., p. 36. L

(4) Dom Martène, ibid., col. 367 : « Hic sponsus capiat annulum in manu dextrâ, ita quod omnes digiti viri tangant annulum et faciat tangere annulum ad universos digitos mulieris, primum ad pollicem dicendo verbis gallicis : N., de cest anel te espouse, et de mon corps te honoure, et de cest argent te die In nomine Patris, ete. Et remaneat annulus in terlio digito mulieri Is, cum aliis quae ipse voluerit dare ».

(5) Zbid., col. 372 (la formule est un peu déforme).

le porter. À Rome (1), à Milan (2), à Salisbury et à York (3), à Cologne au xiv* siècle (4), à Bourges au xvuI° siècle (5), c'était, comme chezles anciens Romains et comme aujourd’hui, au quatrième doigt de la main gauche, le véritable doigt annulaire. A Liège, comme à Paris au x siècle, le prêtre imposait luismême l’anneau, soit au quatrième doigt de la main droite, soit à un autre, suivant l'usage des lieux et des familles (6). — S1 par la suite la femme venait à perdre son anneau, elle pouvait en faire bénir un autre; mais alors la formule de bénédiction différait de celle qui avait servi au moment du mariage, au moins quand cette dernière faisait allusion au mariage lui-même (7).

Chez les Grecs, la cérémonie est très différente : le

(1) Rituel romain : « Et sponsus acceptum annulum de manu sacerdotis, imponit in digito annulari sinistrae manus sponsae, sacerdote dicente : « In nomine Patris, et Fil, et Spiritûs sancti ; amen ».

(2) Rituel de Milan, dans A. du Saussay, op. cit., p. 263; — dans Dom Martène, op. cit., col. 388 : « … sponso, qui digito quarto annulari sinistrae manus sponsae eum jmponit... ».

(3) Rituels de Salisbury et de York, analysés par Friedberg, op. cit. p. 36 : « Endlich an den vierten, an den digitus annularis,.… heisst : amen ». :

(4) Formule de Cologne (xiv° siècle), dans Friedberg, toid., p. 29, et Sohm, op. cit., p. 321 : « So sall der Brudgam dan den Rynck nemen ind stechen dan den Rynck der Bruyt in yrem Vynger neyst dem kleynen Vynger ».

(5) Rituel de Bourges (1746), op. cit., p. 417-418 : « [Le curé], s'étant couvert, avertira l'époux de prendre... l'anneau pour lui mettre au doigt annulaire de la main gauche, c’est-à-dire à celui qui est le plus proche du petit doigt. En le donnant, l'époux dira : « Mon épouse, je vous donne... cet anneau en signe du mariage que nous contractons ». L’épouse répondra : « Je le reçois ». Puis le curé, s'étant découvert, fera le signe de la croix sur les époux, en disant : In nomine Patris, ete. ». — Le Supplément au Rituel romain publié à Bourges en 1854 maintient cette formule, omise dans le Rituel romain.

(6) Dom Martène, op. cit, col. 885 : « (Sacerdos) rogabit num annulus paratus sit sponsae, quem, si praesto sit, imponet digito annulari dexterae. manus sponsae, vel alii, secundum morem loci et personarum, cum hac forma verborum et signo crucis, etc. ». “he

(7) Cfr. Rituel de Bourges (1746), op. cit., p. 417 (bénéd. de l'anneau nuptial), et 2 partie, p. 16 (bénéd. d'un nouvel anneau). :

Page 1