‹ Recherches historiques sur Vaas et LavernatChapitre 29 sur 45 · J RECHERCHES HISTORIQUES · texte numérisé non relu

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res, supprimez et abolis et iceux par ces (listes présentes supprimons et abolissons cy ordonnons en mandements par ces mesmes présentes a tous nos justiciers et officiers esdits pais d'Anjou, le Maine et Beaufort et a chacun deulx, si comme a lui appartiendra que ceste présente nostre ordonnance, déclaration, pourvoira et contenu cy dessus, ilz fassent entretenir, garder et observer de point en point, selon leur forme et teneur et ad ce faire et souffrir contraignant ou t'aient contraindre royaulement et défait tous les dists notaires et autres qu'il appartiendra et qui pour ce seront a contraindre nonobs-

prêtaient les notaires : « Je jure aux saints evangilles de Dieu que je seray loyal a nostre souverain seigneur le roy de France et a ses successeurs , je ferai honneur et révérence a messire les thesauriers et suppleans de la chapelle royal du Gué de Maulny ; procurera) le prouffit et conteray le dommaige dicelle a mon pouvoir et a causes des églises , des bénéfices , des pupilles et orphenynes ; je ferai favorable et begnyn loffice de tabellionuage, sans fraulde, malengin ou treucherie; je exercerai loyaument sans adjouter ou diminuer chose qui nui:-e ouprouffitte si non par le consentement des parties et feray et garderay a mon loyal pouvoir les choses que tabellion doit faire et garder de droist ou de cousturae en office de tabellionuage ; ainsi me aist Dieu et ses saints evangilles. Amen. » ( Manusc. )

«Philippe de Valois (1329) a donné pour dot de la chapelle du Gué de Maulny , ai. Mans , le droit de créer des offices de nostaires dans le Maine , et droit de secours a été ilnnn<: aux chapelains. » (Mnnusc. de M. Hollier deBelin.)

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tant opposition ou appellation quelconques pour lesquelles ne voullansestre diffère ; car tel es! nostre

plaisir et pour ce que de ces présentes on pourra avoir a besongneren plusieurs lieux, nous voulions que au vidimus dicelle, fait soubz scel royal, foy soy adjouxtée comme a l'original auquel en tes mains de ce nous avons t'ait mettre nostre scel. Donné a Grenoble le lie jour daougst, l'an de grâce 1500 ri 15 et de nostre règne le premier. (Manusc.)

Enfin dans un manuscrit de la fin du xvne siècle nous remarquons les passages suivants :

« Le faux notaire doit estre pendu et estr angle.

« Les guetteurs de chemins qui pillent les passantz sont peunis de la roue. {Ordonnance de FraneoisI", 1534.)

« Le coupable de rapt est condamné à mort, s'il nayme mieux espouser.

« Le sacrilège s'expie par le l'eu on la corde selon les circonstances.

« Fille noble que son père marie noblement peut estre dotteez par son père jusqua la tierce partie de ses biens, mais elle ne peut lestre davantage, ne fust-ce que dun chapeau de roses. »

Vaas de 1900 à 1S53.

1790. — L'Assemblée nationale décrète que la France sera divisée en 83 départements, qui auront chacun des districts, des cantons et des municipalités.

Les districts sont composés de 12 membres, dont A forment le directoire , et les 8 autres le conseil général.

Les cantons sont formés de plusieurs municipalités; les municipalités, composées d'un maire, d'un adjoint et de plusieurs officiers dont le nombre est proportionné au chiffre de la population.

Ces différents corps administratifs sont renouvelés en entier tous les deux ans par voie d'élection.

Le district de Château -du -Loir était formé de six cantons : Chàteau-du-Loir, Mayet, Vaas, le Grand-Lueé, Chahaignes et La Chartre.

Le canton de Vaas était composé de six communes : Vaas, chef-lieu , Aubigné , la Bruère , Chenu, Saint-Germain-d'Arcé et la Chapelle-aux-Choux.

— « Extrait du discours prononcé à la cérémonie de la bénédiction du drapeau de la garde nationale d'Oyzé, le dimanche 12 septembre 1790, pat .Toseph-Marie-Charlfs de Siorhan, abbé de Vaas,

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vicaire-général des diocèses de Soissons et de l\i miers, à l'invitation de M. Godmer, curé de la dite paroisse et aumônier de la garde nationale.

« L'orateur prend occasion des devises particulières du drapeau, qui sont : « Liberté sans licence, « union sans jalousie, fidélité à la nation, » pour inculper le véritable esprit de liberté et d'horreur de la licence ; l'hommage rendu à une religion « aussi favorable a l'une qu'ennemie de l'autre, » le conduit à en démontrer la nécessité. Ce début amène naturellement l'éloge des gardes nationales et des services qui leur ont acquis la reconnaissance de leurs concitoyens. Après avoir parcouru ces scènes de terreur, « où ces défenseurs de l'ordre « public ont fait l'espoir de la France alarmée , » la sensibilité de l'orateur est vivement émue par le souvenir d'une des plus récentes : « Hélas ! c'est sur « des Français obstinés dans leur égarement qu'ils se « sont vus réduits à faire l'essai de leur valeur; mais « la patrie en péril leur commet sa vengeance , ils « marchent aux premiers rangs, triomphent d'une « garnison parjure et bravent au sein d'une ville « le feu de ses habitants complices de la rébellion.»

« De là il passe aux développements des sublimes principes sur lesquels sont fondés les devoirs de la liberté. Nous ne citerons que quelques traits : « L'homme ainsi élevé au-dessus de lui-même o seroit libre jusque dans les fers; mais pour le

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« devenir parfaitement , il ne suffit pas de n'être « plus esclave. C'est du moins l'exemption de la « servitude , que la vertu réglant le libre usage de «ses facultés, qui développe toute l'excellence de « sa nature. » Il termine ce morceau par une exhortation pathétique aux Français, où, à J'éloge de ce qu'ils ont fait, il ajoute l'énumération de ce qu'il leur reste à faire. Nous nous bornons à quelques passages de la conclusion : « Vous prétendez « extirper tous les abus; que celui des mœurs « d'un siècle pervers ne soit pas le seul qui vous « échappe... La liberté civile est mal assurée sans « celle que donnent l'intégrité et l'innocence... Hé! «laissons à des peuples courbés sous le joug, la « triste consolation qu'ils peuvent trouver dans les « appâts du vice ; ils ont du moins une excuse dans « leur avilissement involontaire ; mais nous en dé- « trairons toute la tyrannie, n'aurions-nous pas « recouvré d'autre faculté que celle de nous clégra- « der nous-mêmes. »

« Déplorant ensuite les excès de la licence , il fait voir combien elle est incompatible avec la vraie liberté : « Non , nous n'imputerons pas à la liberté « des excès qui la ruinent; elle fuit avec horreur « les lieux souillés par le crime.... Sa soumission à « la loi fait sa for~e ; son zèle à la maintenir fait sa «gloire... C'est la licence, sa mortelle ennemie, " qui répand sur son berceau les plus funestes

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« poisons ; son souffle impur a pénétré les cœurs o corrompus, a égaré les esprits faibles; ils ont « méconnu la liberté , et bientôt ils ont foulé aux « pieds l'humanité, la justice et les lois. »

« En cherchant les remèdes à tant de maux, la religion lui en offre Je plus efficace. « Qui la préce servera, cette classe (cette classe intéressante qui « fait la force de l'État), des pièges dont nous « sommes environnés! Une lumière divine qui n'a «jamais trompé son espoir , une religion qui dis- « sipe les ténèbres de l'ignorance et les illusions du « vice et les orages des passions ; qui , émanée de « la bonté infinie de Dieu pour le bonheur du « genre humain , a porté les premiers coups à son « esclavage, et par la liberté des enfants de Dieu, « a préparé celle des nations; qui, révélant aux « hommes leur commune origine , leur commune « patrie , le vrai souverain de tout ce qui existe et « le néant des grandeurs du siècle, leur a fait un « devoir de se chérir comme frères, dans l'ordre de « la nature et de la grâce... Heureux le peuple qui « sauroit allier l'énergie de la liberté à la sagesse « de l'Évangile. 11 nous offrirait l'homme dans « toute sa dignité. Qu'ils seroient purs les hom- « mages rendus à la patrie, par les observateurs « d'une loi sublime qui ne veut que des adorateurs «en esprit et en vérité!... Puissent les peuples a errants à la lueur d'une flamme incertaine, sui-

« vre enfin le seul guide infaillible. Puissions-nous «mériter... que le Ciel nous ramène à l'heureuse « harmonie dont dépend le salut de cet empire. « Puissions-nous répandre ces paroles de paix, ver- « tueux citoyens des villes et des campagnes vui- '< sines. Honorés de la confiance des peuples, vous « ne pouvez mieux l'employer qu'à faire renaître « dans leurs cœurs le calme et la consolation; soyez « comme ces astres tutélaires dont l'apparition « annonce au navigateur la fin des tempêtes, race nime son courage abattu et dirige sa course vers « le port. »

«La municipalité d'Oyzé, MM. les députés du district de La Flèche et ceux de plusieurs municipalités et gardes nationales ont demandé l'impression de ce discours. ». ( Affich. dit Mans. )

Nous n'avons pu nous en procurer un seul exemplaire.

1791. — M. Couët, notaire à Vaas, est chargé de l'administration du district de Château-du-Loir; il fut aussi membre du Directoire , et , en 1793 , substitut du procureur syndic.

— On fait disparaître des lieux et des édifices publics tous les signes et emblèmes de la royauté; on commence à vendre les biens du clergé et à planter des arbres de liberté. Les élections et autres réunions pour les nominations de procureurs, de syndics, de juges dp paix, pfr., se faisaient dans Ips e>lises.

4792. — Les titres féodaux et nobiliaires sont brûlés.

— On vend à Vaas l'abbaye , les prieurés , les prestimonies et les biens qui en dépendent, etc.

4793. — La deuxième légion de la Sarthe était formée des gardes nationales des cantons de Château-du-Loir, Vaas et Mayet. Cette légion se composait de 10 bataillons. Le cinquième bataillon, formé des communes de Vaas et de la Bruère , était commandé par MM. Chevalier aine, commandant en chef; de Savonnières, commandant en second, et Rouinsolle, adjudant.

— Les prêtres déportés ou émigrés de Vaas et des environs sont : Bonnouvrier, curé d'Aubigné; Siochan, abbé de Vaas, et Serré, ex-prêtre, àVerneille-Chétif1.

A cette époque , la France était inondée d'un déluge d'écrits qui ne conseillaient pas tout à fait de massacrer les prêtres et les ci-devant nobles; mais les mœurs, les conversations ne se ressentaient que trop de l'esprit de ces détestables écrits. Aussi les pasteurs étaient voués presque partout à la dérision, aux insultes, à la férocité. Si dans quelques endroits la protection municipale leur a

1 La convention nationale décrète ( 19 juillet 1793 ) que les évêques qui apporteront, soit directement, soit indirectement quelque obstacle au mariage des prêtres , seront déportés et remplacés.

servi d'égide, dans mille autres ils n'ont trouvé que des bourreaux en écharpe.

— Par décret du 11 septembre, le prix du quintal, poids de marc de blé froment première qualité, ne pourra excéder 14 livres, la plus belle farine de froment 20 livres, le méteil 12 livres, le seigle 10 livres, l'orge 9 livres, le blé de Turquie H livres, le sarrasin ou blé noir 7 livres, l'avoine 14 livres , le son 7 livres, le foin ou sainfoin 6 livres, la luzerne et autres fourrages de pré o livres, et la paille de froment 3 livres.

— Le citoyen Thirion, par un arrêté du Î8 septembre , délègue tous ses pouvoirs aux administrateurs du directoire de la Sarthe , pour l'arrestation des individus suspects dans le département : étaient considérés comme tels, ceux qui par leurs relations ou leurs propos , s'étaient montrés partisans de ce qu'on appelait la tyrannie, le fédéralisme et ennemis de la liberté; ceux qui ne pouvaient pas justifier de leurs moyens d'existence et de l'acquit de leurs devoirs civiques ; ceux à qui il avait été refusé des certificats de civisme ; les fonctionnaires publics suspendus ou destitués de leurs fonctions par les commissaires; les ci-devant nobles, femmes, fils on filles, frères ou sœurs et agents d'émigrés.

— Le 29 frimaire , le district de Chàtea*u-du- Loir, que l'on appelait à cette époque le district dr

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Mont-sur-Loir (Château - du - Loir était un nom trop aristocratique), écrivit clans tous les chefslieux de canton : « L'ennemi est sur le territoire du département, de la Sarthe , notre contrée est menacée, tous travaux particuliers doivent cesser pour la défense de la République française et des propriétés de ce district. »

Le directoire de Mont-sur-Loir ordonne « que tous les citoyens au-dessous de 50 ans , ceux suspects exceptés, se lèveront en masse, armés de fusils ou instruments tranchants de quelqu'espèce que ce soit, et se réuniront chacun en leur chef-lieu de canton; aussitôt la réception du présent arrêté, les officiers feront tirer la cloche , assembler et armer leurs concitoyens requis et réunis comme dessus, en exécutant la proclamation de Garni er; ils veilleront aussi à procurer les subsistances aux citoyens armés de leur commune, sous les peines portées par l'article 6 de la dernière proclamation. »

— Dans plusieurs communes , près de Chàteaudu-Loir , on se plaint de quelques « volontaires nationaux » du dernier recrutement ; ces soldats se portent à des excès et des vexations contre la sûreté des personnes et des propriétés, en mettant les particuliers à contribution; ils entrent dans les maisons , ils les pillent , cassent et brisent les meubles , et boivent avec profusion le vin des citoyens , on défonçant les poinçons pf menaçant do brûler

les maisons des patriotes et celles des émigrés, qui appartiennent à la nation. Le directoire de Châteaudu-Loir prend un arrêté , le 25 mars , contre cet affreux brigandage, pour en saisir les auteurs. Cette pièce est envoyée à Vaas et dans toutes les autres communes du district, ainsi que celle du directoire du département de la Sarthe , qui comprend au nombre des objets de première nécessité les œufs, le beurre, les marrons, les châtaignes, les pois de champ et les pommes de terre. Ces objets ne doivent être vendus que dans les marchés et dans chaque commune « aux individus des dites communes, sur certificat de nécessité délivré par les officiers municipaux. » Le recensement des choses susrelatées est ordonné dans tout le district de Châteaudu-Loir, et défense est faite d'en faire consommer aux bestiaux. Ce fut aussi dans la même année que le nouveau calendrier fut mis en usage : janvier fut appelé pluviôse; février, ventôse; mars, germinal; avril, floréal; mai, prairial ; juin , messidor; juillet, thermidor; août, fructidor; septembre, vendémiaire; octobre, brumaire; novembre, frimaire; décembre, nivôse.

Comme les mois étaient tous de 30 jours, il y avait cinq jours qu'on nommait complémentaires ou sans-calottides. Chaque mois était divisé en trois dizaines. Le premier jour de chaque dizaine s'appelait primidi ; le deuxième, cluodi; le troisième,

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iricli ; le quatrième, quartidi; le cinquième, quintidi ; le sixième , sextidi ; le septième , septidi ; le huitième } octidi ; le neuvième , nonidi ; enlin le dixième , décadi , qui était le jour du repos.

An II, 7 prairial. — Clairian écrit aux habitants de Vaas : « Qu'attendez-vous, citoyens, pour rendre à l'État le tribut (les impôts) que vous avez librement consenti? qu'attendez-vous pour le déposer sur l'autel de la patrie? qu'attendez-vous pour concourir avec vos défenseurs à l'affermissement de la république, à la destruction des tyrans et de leurs odieux projets? De plus longs délais eussent été un crime impardonnable ; réparez une première faute, acquittez vos contributions et montrez-vous aussi ardents amis de la révolution, par votre exactitude, que vous vous en êtes montré peu dignes par votre insouciance et vos lenteurs à acquitter vos devoirs civiques de 1791 à 1792. »

— Le district de Mont-sur-Loir adresse au canton de Vaas les pièces suivantes :

« Mont-sur-Loir, 15 prairial, l'an 11e de la Rep. Fse., une et indivisible.

« Citoyens,

« Un sisthème de diffamation contre la représentation nationale et contre la nation elle-même a été dévoilé; les auteurs ont été reconnus et punis.

«. Un sisthrmr encore plus atroce a éfe employé;

les tyrans couronnés, les aristocrates, les malveillants intérieurs et extérieurs ont conçu le projet infâme de perdre la république par la corruption des meurs et l'anéantissement de toutes les vertus; ils ont voulu, pour y réussir, établir cette doctrine impie, l'athéisme; ils ont voulu enfin ôter à l'homme cette ydée consolante d'un Être suprême qui récompense la vertu et punit le crime.

« La convention nationale, infatigable dans ses travaux, veillant toujours au salut de la république, a découvert ces nouveaux conspirateurs, et ils ont porté sur Yéchaffaud la peine de leurs crimes.

« La convention nationale, ne cherchant et ne voulant que le bonheur du peuple, a proclamé de nouveau et annoncé à l'univers qu'elle rcconnoît l'existence d'un Être suprême et l'immortalité de l'âme1. En conséquence, elle a décrété que toutes les fêtes décadaires seroient dédiées à la divinité sous l'emblème de toutes les vertus, entre autres celle du vingt de ce mois, consacrée spécialement à l'Être suprême et à la nature.

1 On lit encore au-dessus de la grande porte de la cathédrale du Mans :

« La Republique française « reconnoit l'être suprême

« ET LlMMORTALlTÉ DE L'AME. ))

Et sur l'un des piliers de la tour :

« PLACE DE r v tfmffrancf. »

« C'est cette fête, citoyens, que les membres de la société populaire, conjointement avec les autorités constituées de JMont-sur-Loir, se disposent de célébrer décadi prochain avec toute la pompe digne de son objet, non pas en fanatiques imbéciles, mais en hommes libres et raisonnables, qui, forts de leur conscience et de leurs vertus, n'insulteront point la divinité par aucune pratique superstitieuse.... » (Nous n'avons pu trouver la fin de cette pièce.)

« Liberté, égalité. La loi. République française, une et indivisible.

« District de Mont-sur-Loir 14 thermidor.

« L'agent national du district de Mont-sur-Loir,

« Aux communes du canton de Vaas.

« Citoyens, •

« Il est temps enfin que la loi salutaire du maximum s'exécute dans toute son étendue. J'espérois toujours que le calme renaissant et les subsistances de tout genre devenant plus abondantes, les citoyens n'auroient plus à se plaindre de la disette et de la privation des choses de nécessité indispensable, qu'ils ont endurées jusqu'à ce jour. Mais les circonstances heureuses n'ont point changé le cœur de l'aristocrate, de l'égoïste et de l'accapareur. Tout bon citoyen doit être indigné de la conduite de ces ennemis dp l'humanité, et ne saurait se donner trop

de soins pour les dévoiler et les livrer au glaive de la loi. Fonctionnaires, c'est pour vous un devoir indispensable, si jusqu'ici votre négligence, ou votre pusillanimité, ou votre insouciance (pour ne rien dire de plus), a causé au peuple de grandes privations , que votre surveillance active, que votre fidélité inébranlable, que votre zèle ardent, se consolent en lui procurant l'abondance qui devrait exister pour tous, si la malveillance n'y mettoit obstacle. Poursuivez avec impartialité les infracteurs de la loi. L'article 7 du décret du 29 septembre 1793, l'an II de la république, qui fixe le maximum des denrées et marchandises de première nécessité, doit vous servir de règle. Sachez que je vous regarderai comme traîtres à la patrie, et vous ferai punir comme tels, si vous ne tenez la main à une loi si bienfaisante. En vain vous prétexterez la disette des marchandises; l'homme qui élude le maximum, manque à la loi; les marchandises ne sont illisibles que pour celui qui ne veut pas obéir. — Est-ce que la soumission à la loi seroit un obstacle à la jouissance du bienfait de la loi? — Le patriote seroit-il victime de son patriotisme!... et le pauvre qui manque des ressources propres à assouvir l'avidité d'un infatigable vendeur, le pauvre pour qui la loi a été spécialement portée, auroit donc la douleur de voir le riche absorber sa subsistance pour satisfaire ses passions ou son caprice... ! Où seroit donc

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l'égalité, qui est un des plus ternies appuis de la république? L'intérêt du peuple ne seroitdonc qu'une chimère, et la fraternité, qu'une futile déclamation! Cette idée seule fait horreur...! Non, vous ne le souffrirez pas, vous allez poursuivre la cupidité mercantile jusque dans ses repaires les plus obscurs; arrachez à l'avarice les marchandises qu'elle soustrait au maximum, et facilitez leur circulation. Il faut que tous les Français jouissent du bénéfice d'une loi qui tend au soulagement général. Citoyens, surveillez sans cesse, découvrez les délits, punissez les coupables. Le zèle dont vous devez être animés pour l'intérêt public, me garantit votre fidélité à remplir vos devoirs ; mais si, encore une fois (ce que je ne saurois présumer), vous alliez les oublier ou les négliger, ces devoirs sacrés, songez qu'une responsabilité effrayante pèse sur vos tètes ; et pénétrez-vous bien de cette vérité : que le fonctionnaire infidèle est bien plus coupable que l'homme qui est assez insensé ou assez féroce pour trahir sa patrie.

« Salut et fraternité.

« Signé : Clairian. »

« Mont-sur-Loir, le 22 thermidor.

« L'agent national du district rie Mont-sur-Loir, « Aux communes du canton de Vaas.

« Le luxe et les consommations excessives ou pré-

maturées sont des fléaux destructeurs île tout État républicain fondé sur la vertu et la tempérance. Dans ce moment plusieurs citoyens, par imprévoyance, et d'autres par sensualité, chargent leurs tables de desserts infructueux, les cerneaux surtout y dominent. Rappelez à vos concitoyens que la consommation des cerneaux enlève une quantité considérable d'huile à la fabrique des savons, aux besoins de leurs ménages, à l'éclairage ou à la peinture ; assez d'autres fruits plus sains et d'un meilleur usage vous sont offerts par la nature ; c'est aux cerneaux* mets de Luxe, que vous devez renoncer : c'est à votre civisme, c'est à votre raison éclairée que j'adresse cette invitation; ce léger sacrifice nous assure des jouissances à l'avenir, et tout bon citoyen s'empressera de s'y soumettre.

« Salut et fraternité,

« Signé : Clairian. »

27 thermidor. — Clairian adresse les lignes suivantes aux agents des communes du canton de Vaas : « Dans ce moment, un nombre considérable d'indignes enfants de la république, chargés de sa défense, abandonnent les drapeaux de la victoire et rie la liberté; ils passent sur votre territoire et s'y trouvent en sûreté; nulle autorité ne les surveille et ne réprime leur malveillance. Je vous requiers expressément de prendre les mesures les plus sûres et les

plus efficaces pour déjouer ces tâches ennemis delà patrie, ces indignes français, ete» »

Voici quelques passages d'une pièce qui l'ut adressée dans toutes les communes du département : « Par un arrêté du 11 décembre dernier, le conseil général de la Sarthe a défendu toutes les quêtes, dans les églises; pourquoi laisse riez- vous l'usage du pain bénit, c'est un véritable impôt sur le peuple. Vous avez dans le département 113 municipalités ; le pain bénit est Offert dans chacune, les dimanches , ainsi que les fêtes de mystères et de vierge , ce qui fait au moins par chaque municipalité, dans le cours de l'année, 60 pains bénits; or, multipliant 66 par 413 , vous avez 27,258 pains bénits; l'un dans l'autre ils consomment au moins un boisseau.de froment, et la toilette d'accompagnement coûte 6 livres , multiplié par 27,258, vous avez 163,548 livres de dépense en pure perte ; car on n'osera jamais dire que les petits morceaux distribués profitent à d'autres qu'à ceux qui en ont la manutention. »

Quelques mois après , le conseil général de la Sarthe arrête « qu'à compter de la publication des présentes , les sacristes ou autres , sous quelque prétexte que ce soit, ne pourront inviter les citoyens à donner le pain bénit, dont l'usage demeure aboli; comme aussi les sacristes ou autres serviteurs de l'église , sous quelque dénomination que ce puisse

être, ne pourront faire aucune quête, ni en cents, ni en bleds, ni en autres denrées, de quelque espèce que ce soit , sous peine d'être poursuivis et punis comme exacteurs. »

On supprime les cérémonies religieuses ; le culte catholique est remplacé par le culte de la Raison ! ou plutôt de la Déraison l.

L'église de Vaas, comme toutes les autres, est transformée en temple de la Raison. Les signes, les emblèmes de la religion de nos pères sont enlevés, brisés et dispersés; la chaire reste seule debout au milieu de cette dévastation générale. Des saturnales impies souillent le sanctuaire. On y célèbre les fêtes décadaires: des chants, des danses s'y succèdent tour à tour. L'écho des voûtes sacrées répète d'indignes chansons et d'obscènes refrains !... Il ne fut plus laissé qu'une seule cloche dans le temple; les autres ainsi que celles des chapelles et prestimonies ayant été supprimées et conduites au district pour être fondues et converties en canons. 2.

1 « Être bon mari , disait Legendre à la convention , bon fils , bon père, bon citoyen, c'est là la seule religion du re'publicain. » Le plus souvent le républicain n'avait aucune de ces qualités.

2 Le 23 juillet 1793 la convention nationale décrète qu'il ne sera laissé qu'une seule cloche dans chaque paroisse; que toutes les autres seront mises à la disposition du conseil exécutif, qui sera tenu de les faire fondre en canons , dans le délai d'un mois.

Le riche mobilier de l'église et des chapelles fut vendu cette année.

Garnier de Sainte», ancien avocat, membre de la convention nationale, est l'un de ceux qui ont voté la mort de Louis XVI ; il fut envoyé dans les départements de la Sarthe et de Loir-et-Cher, pour y organiser le gouvernement révolutionnaire et répandre les idées démocratiques ; mais les proclamations du citoyen Thirion, représentant de la Sarthe, avaient déjà mis le peuple à la hauteur des circonstances; on peut en juger par les passages suivants : «... De toutes parts, les principes triomphent, les esprits s'agrandissent, les préjugés disparaissent, le fanatisme s'éteint, et la raison s'élève à la hauteur révolutionnaire. De toutes parts, les hochets de la superstition et de l'ignorance sont brisés, et foulés aux pieds par les hommes de la nature et de la vérité ; l'or , l'argent et les bijoux , exposés dans les temples à la vénération des sots , en sont arrachés par un peuple de sages et déposés sur l'autel de la patrie... Que les bons républicains s'empressent d'envoyer au creuset révolutionnaire tous ces métaux inutiles , qui n'ont servi jusqu'ici qu'à une vaine et puérile ostentation... Imitons la commune du Mans, qui, redoublant de zèle et d'énergie , à l'approche des brigands de la Vendée, a sagement soustrait à leur rapacité les trésors, accumulés depuis des siècles, dans nos temples, par

l'aveugle crédulité , et qui en fait une offrande généreuse à la république... Imitons la petite commune de Conlie, qui, par instinct, et dans le même temps, s'est empressée d'offrir à la nation le peu de superfluités qu'elle possédait en ce genre. Que les saints d'or et d'argent, si différents de leurs modèles, dont la plupart avoient vécu dans la pins édifiante pauvreté , se hâtent de venir à la barre de la convention nationale , faire une sorte d'amende honorable , et rendre un hommage sincère à la sans-culotterie républicaine ; que nos temples n'offrent plus aux yeux du peuple qu'une majestueuse simplicité. C'est ainsi que nous nous rapprocherons des principes de l'ancien christianisme, dont tous les sectateurs étaient de véritables sans-culottes, qui ne formaient qu'une famille de frères...» (Extrait d'une proclamation de Van second de la république une et indivisible. )

Voici enfin comment s'exprime l'administration du district du Mans : « Le flambeau de la philosophie et de la raison éclaire pourtant nos campagnes; en vain quelques prêtres imbéciles , plus attachés à la matière qu'à leur Dieu , ont-ils essayé d'irriter les consciences, pour faire triompher le fanatisme? leurs efforts sont inutiles... Les vrais sans-culottes reconnaissent que le vrai cuite , le seul digne de l'Être suprême, ne consiste point dans l'usage d'un vil métal, omis dans l'effusion et la simplicité du

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cœur. Pénétrées de ces principes, les communes d'Écommoy et de Ballon se sont empressées de sacrifier à la patrie et au vœu de la loi le mobilier précieux de leurs ci-devant synagogues. La commune d'Écommoy a déposé en vermeil , 2 calices , 3 potennes , un ostensoir , 9 bosses représentant des figures; en argent 2 calices, 1 ciboire, 1 custode, 1 croix, 1 christ, etc. La commune de Ballon a déposé une lampe avec ses chaînes, 2 plats, I petite cueillère , 4 burettes ; le tout en argent. Les vrais républicains d'Écommoy ( la société populaire ) ont donné un sabre de canonnier et une épée à poignée d'acier ; le citoyen Benoit, receveur de l'enregistrement, 17 livres pour achats de paires de souliers pour les défenseurs de la patrie, et le citoyen Baiily, 6 chemises pour le même usage. » L'administration du Mans, dans une de ses séances, a chargé son président d'écrire à ces braves sans-culottes, pour les féliciter sur leurs sentiments révolutionnaires.

Nous ne continuerons pas de citer les ignobles pièces de cette époque; elles sont l'œuvre de la démence !

An III , brumaire. — « L'agent national du district de Mont-sur-Loir l à l'agent national de Vaas.

1 1614. La sénéchaussée de Chàteau-du-Loir se composait des paroisses de : Chàteau-du-Loir, Coulongé, Courdemanche, Écommoy, St- Jean-de-la-Motte , Jupille , Lucé , Luceau , Mansigné, Marigné, St-Mars-d'Outillé, Mayct, Montabon, St-Pierre-

« La loi du 14 ventôse porte que chaque cordonnier sera tenu de livrer deux paires de souliers pour le service des défenseurs de la patrie.

« Il parait que cette loi n'est pas surveillée dans son exécution , je le requiers et te charge , au reçu du présent , de dresser le tableau des cordonniers de ta commune et de me l'adresser aussitôt , afin que je connaisse quels sont ceux qui négligent d'exécuter la loi, et s'ils ont des raisons valables, pour qu'il soit pris des mesures pour les mettre à portée de travailler.

« Salut et fraternité. Signé : Clairian. »

— Mont-sur-Loir le 1 A brumaire de l'an IIIe de la république française, une et indivisible.

« Citoyens des communes du canton de Vaas.

« Je vous fais passer l'adresse aux différentes autorités constituées des départements dans lesquels le représentant du peuple Genissieu est en mission. Méditez-la, citoyens; qu'elle soit l'objet de vos plus \ ives sollicitudes. Les plaintes nombreuses et trop fondées qui ont été adressées à ce représentant , la certitude de l'existence de grains qui ne sont détournés et cachés que dans un espoir criminel, l'ont

(lu-Lorouer, Pontvallain, Pruillé-rEguillé, Toiré, Vaas, Verneil-le-Chétif, Vouvray et Yvré-le-Pôlin. Il résidait, suivant M. Cauvin, un électeur notaire dans les paroisses de St-Jean-dela- Motte, Lucé, Mansigné, Marigné, Pruillé-l'Eguillé, Vaas, Vouvraj el Yvré"Ie-Pôlin.

SUR VAAS. 183

frappé et l'ont porté à rédiger cette proclamation qui dévoile les causes de la rareté apparente du grain ; il n'aura pas entendu en vain le cri de l'artisan et du manouvrier qui, ne récoltant pas, se voyent cruellement opprimés parle spéculateur avare qui récolte.

« Je vous requiers de nouveau d'exécuter et faire exécuter ponctuellement l'arrêté du conseil général de ce district du 1 i prairial , qui fixe la portion de grains que vous devez fournir- aux marchés, de veiller également à la rédaction du recensement et des déclarations ordonnées par la loi du 8 messidor, et de donner à l'arrêté du représentant du peuple Genissieu la plus grande publicité , en le promulguant à sa réception, et pendant les prochaines décades, en vous pénétrant des observations qu'il contient, et surtout en vous conformant à ses dispositions.

« Salut et fraternité. Signé : Hervé. »

Nous n'avons pu retrouver la proclamation du citoyen Genissieu et l'arrêté du conseil général de Mont-sur-Loir.

— Clairian demande à la municipalité du canton de Vaas de lui « donner des notes sur la moralité et les opinions qu'ont manifestées , depuis la révolution , les ci-devant prêtres qui peuvent rester dans le canton ; si les presbytères sont affermés au profit de l'humanité souffrante ou occupés par les institu-

1 Si RECHERCHES HISTORIQUES

teiii^, l'état «le toutes les dénonciations qui peuvent avoir été laites contre les ecclésiastiques par des citoyens du canton, et le précis des serments où on a inséré des restrictions. »

An IV. — Houssel-Tresseau, nommé commissaire du pouvoir exécutif à Vaas, fit , à son installation, le discours suivant :

« Citoyens ,

« J'accepte, malgré tons les dangers, la place honorable de commissaire du pouvoir exécutif de ce canton, qui m'est confiée par la voix du peuple, dont le directoire exécutif est l'organe. Républicain par caractère et toujours guidé par cet amour sincère de la liberté qui sanctifie l'aurore de la révolution, je viens me rendre à mon poste avec d'autant plus de plaisir et de satisfaction que je me trouve associé avec des citoyens éclairés et amis de l'ordre et de la paix.

« Le patriotisme et les lumières vous ont mérité la confiance du peuple ; il ne sera sans doute pas trompé ; nous travaillerons tous de concert au grand œuvre de la félicité ; loin de nous, citoyens , toute idée de division ; c'est au nom du peuple , c'est par lui , c'est pour lui que nous existons tous , que nous courons la même carrière et que nous tendons au même but. Donnons en conséquence les premiers l'exemple de cette union tendre , éte cetà

fraternité sainte qui doit faire de tous les Français une seule famille ; que tous nos travaux communs soient un concert d'amour, un hymne éternel à la concorde. Par là nous assurerons plus facilement l'exécution des lois; par là nous déjouerons les projets liberticides et réduirons les royalistes au silence et les contre-révolutionnaires à l'admiration ; par là enfin, la liberté , l'égalité et la prospérité remplaceront et terrasseront le meurtre, le pillage, l'assassinat et le carnage , et par la force de notre conscience remettant en d'autres mains les rênes de l'administration municipale , nous nous écrierons : Notre devoir est rempli. Vive la république ! »

— Dans une lettre adressée à l'agence municipale de Vaas par le ministre général de la police , nous remarquons ce passage : « Une partie des membres des administrations de ce département (Sarthe) négligent l'instruction du peuple, protègent les prêtres réfractaires, les émigrés etleurs parents, ferment les yeux à l'invasion de leur territoire par les brigands, souffrent les persécutions exercées contre les patriotes que l'on pille et massacre impunément , se taisent sur l'inexécution des lois relatives au culte, et autorisent par leurs connivences la dépréciation des assignats et de tous les autres signes monétaires républicains. Il faut remplacer ces ennemis de la république dans les fonctions qu'ils occupent, etc.» Nous ne savons si cette lettre est la cause de la sus-

pension et plus tard de la destitution du citoyen Haudouin, comme président de l'agence municipale de Vaas; ce qu'il y a de certain , c'est que , dans une réunion, le commissaire du directoire exécutif de ce cantou obtient la suspension du citoyen Haudouin, il est dépeint comme « éloigné , par ses opinions , des principes républicains ; n'aime ni les fêtes nationales, ni les décadaires et a empêché jusqu'à présent, par son influence , leur célébration dans le canton. » M. Pottier est nommé président de l'agence municipale de Vaas; quelque temps après, il fut aussi destitué; il manquait sans doute de patriotisme. Le sieur Jouenneault du Mans écrit aux républicains de Vaas pour « les engager à choisir un citoyen éclairé, patriote et d'une probité reconnue; car, ne vous y trompez pas, un homme qui négligeroit l'instruction du peuple, protégeroit les prêtres réfractaires, les émigrés et leurs parents, fermeroit les yeux à l'invasion du territoire du canton par les brigands, n'est sûrement pas celui qu'il vous faut , mais bien celui qui est actif, ferme , zélé et incapable de composer avec la tyrannie, aussi fortement déterminé à protéger les amis de la république qu'à poursuivre ses ennemis; sûrement il en existe de cette trempe dans le canton , et j'espère qu'ils ne vous échapperont pas. » Le citoyen Chevalier fut nommé à la place de M. Pottier.

— Le citoyen Jouenneault ayant appris qu'il y avait des croix sur les bords des chemins, dans les cimetières, et que la cloche de l'église de Vaas était quelquefois sonnée le dimanche, écrivit à l'administration de cette commune « que les croix qui sont dans les chemins ou dans les lieux destinés aux sépultures des morts, disparaîtront et en seront enlevées; que la cloche ne servira plus à aucun rassemblement de culte; enfin il est détendu aux citoyens d'exposer aucun signe extérieur ailleurs que dans l'enceinte de son exercice. » Malgré cette défense , la cloche fut encore sonnée le dimanche suivant; l'agence municipale se réunit aussitôt et arrêta « que des malveillants ayant sonné la cloche pendant une demi-heure , on chercherait les auteurs d'une semblable infraction aux lois ; que le nommé Reffray, sacriste, qui a la clef du temple, sera invité à s'expliquer sur ce fait et sur ce que les prétendus sonneurs auroient dit que c'étoit pour annoncer la fête de Dieu. » Quelques jours après le sieur Domé, bourrelier, accompagné de plusieurs autres personnes , « déclare à l'administration que c'est lui qui a sonné et carillonné; il en était convenu à la tribune avec l'agent municipal après qu'il eut donné lecture des lois : «Si j'avois su, ajoute-t-il, que « celaauroit excité du trouble, je ne l'aurois pas fait; «j'ai dit que c'étoit pour sonner la fête de Dieu, mais « si j'avois cru manquer à la loi, je me serois tenu

188 RECHERCHES HlSTORKjUES

« tranquille; je vous prie de vouloir bien me parce donner cette faute. » L'agent fait remarquer : « que Domé étoit en effet venu se mettre à côté de lui dans la tribune , et que là il avoit dit à haute voix devant tout le peuple assemblé que c'étoit lui qui avoit sonné pour annoncer la fête de Dieu ; que s'il y avoit quelqu'un à punir c'étoit lui, mais le ton séditieux avec lequel il avoit assaisonné ses expressions avoit excité du trouble, puisqu'en sortant du temple, plusieurs voix se sont fait entendre confusément en disant qu'ils sonneroient malgré tout et messes et vêpres. » Le commissaire du pouvoir exécutif voit avec satisfaction un homme repentant de sa faute et prie l'administration d'y avoir égard ; nous ne savons comment cette affaire s'est terminée.

— L'administration de Mont-sur-Loir invite les citoyens de Vaas à assister à la fête des Victoires célébrée au district; la municipalité répond : « Touchée des sentiments de patriotisme de ses concitoyens et goûtant d'avance le plaisir qu'ils doivent ressentir à la vue d'un spectacle aussi touchant, aussi ravissant, a arrêté que la séance serait levée et qu'elle se rendrait en corps dans la commune de Chàteau-du- Loir, pour participer à la joie publique et être témoin des honneurs décernés aux braves défenseurs de la patrie. »

— Le général de brigade de la Sarthe envoie

SUR VAAS. I8(J

neuf hommes et un caporal à Vaas pour y être cantonnés; les agents de l'administration s'étant réunis, le président fait observer « que pendant les troubles qui ont agité la Vendée et la crise de la chouannerie, il n'y a jamais eu de troupes à Vaas; cette commune s'est toujours bien gardée ellemême , et actuellement la tranquillité venant à renaître, on en avoit moins besoin que jamais; qu'enfin ce seroit déshonorer la commune qui s'est toujours bien montrée et dont le patriotisme est reconnu; d'ailleurs on les a fait venir sans l'en prévenir, et il ne consentira jamais à leur casernement; » les agents sont d'avis d'adresser une pétition à l'administration du département de la Sarthe « pour lui faire observer qu'ils n'ont pas besoin de soldats cantonnés pour se garder ; » le commissaire du pouvoir exécutif s'oppose formellement à l'envoi d'une semblable pétition , et soutient que ces secours lui sont nécessaires; alors les agents consentent à les recevoir et s'apprêtent à leur donner des logements.

— Le 20 pluviôse , tous les fonctionnaires se réunissent pour jurer haine à la royauté et à l'anarchie, et assurer de leur profond attachement à la république et à la constitution.

— Le canton de Vaas fournit 20 lits pour loger la troupe qui est arrivée à Mont-sur-Loir.

— La pièce suivante fut publiée et affichée à Vaas et dans beaucoup d'autres communes du département de la Sarthe :

« Extrait du registre des délibérations de l'administration du département de la Sarthe.

« Séance du 21 germinal , an IV de la république française , une et indivisible.

« L'administration du département de la Sarthe, informée qu'au mépris des lois et des arrêtés du directoire exécutif, un grand nombre de citoyens, des deux sexes, se dispensent de porter la cocarde tricolore ;

«Que des prêtres, même ceux dits constitutionnels, refusent d'admettre dans leurs temples ceux qui sont décorés de ce signe sacré de notre liberté ;

« Considérant que des lois positives prescrivent impérieusement à tous les citoyens , sans distinction de sexe , de porter de la manière la plus ostensible la cocarde nationale; que l'omission à ce devoir de tous les Français peut, à cause de l'importance qu'y attachent les ennemis de la république, devenir un délit grave qu'il est urgent rie prévenir ou de réprimer.

« Ouï le commissaire du pouvoir exécutif, arrête:

« 1° Tout citoyen, sans distinction de sexe , est tenu de porter la cocarde tricolore à la boutonnière du chapeau , ou dans l'endroit le plus appa-

rent Je sa coiffure ', de manière qu'elle puisse s'apercevoir au premier coup d'œil, et que les trois couleurs en soient bien sensibles.

« 2" Tout individu surpris sans la décoration de la cocarde tricolore, sera sur-le-champ traduit devant les juges de police civils ou militaires.

« 3° Tout ministre d'un culte quelconque , convaincu d'avoir refusé l'entrée de son temple à un citoyen décoré de la cocarde tricolore, sera sur-lechamp traduit devant le tribunal de police correctionnelle.

« 4° Les administrations municipales, dans leur arrondissement respectif, sont chargées de tenir la main à l'exécution du présent; le général Wafcrin est requis de le faire insérer dans les consignes , et de donner aux commandants de la force armée les instructions nécessaires afin qu'il reçoive son exécution, sans qu'il soit rien commis à cet égard d'arbitraire ni de tyrannique.

« Le présent sera imprimé, publié et affiché partout où besoin sera.

« Fait et arrêté en séance publique , où étaient

1 Le 21 septembre 1793 la convention nationale décrète « que les femmes qui ne porteront pas la cocarde tricolore, seront punies la première fois de 8 jours de prison ; en cas de récidive , elles seront réputées suspectes; et quanta celles qui arracheraient à un autre ou profaneraient la cocarde nationale, elles seront punies de 6 années de réclusion. »

présents les citoyens Goupil, président provisoire; Théophile Le Clerc, Daguin , Gargam, administrateurs; Jouenneault , commissaire du pouvoir exécutif, les dits jour et an que dessus. (Signés) Goupil , président; Hamard, secrétaire-général. »

An Y. — Le citoyen Candide Ricardon écrit d'Aubigné, le 26 vendémiaire, à Bazin, les lignes suivantes :

« La loi du 29 fructidor a fait justice des nobles travaux de l'assemblée électorale de la Sarthe; il n'est pas hors de propos de signaler aujourd'hui quelques-uns des agents de Louis XVIII, près cette assemblée ; le peuple jaugera en cruelles mains il

était tombé après le monstre P., le nommé **

doit fixer l'attention; royaliste intrigant, à l'oeil sombre et au cœur faux ; étant un des administrateurs du district de Chàteau-du-Loir, les déportés et les émigrés de cet arrondissement le chargèrent sans doute de bonne heure de plaider leur cause, car des 1792 il fut leur zélé protecteur. 11 est vrai qu'A Mr on rendait quelque chose. Des robes pour ses filles et quelques cadeaux solides excitaient le zèle du rapporteur ; malheureusement ses collègues n'étaient pas gens à présens; il perdait ses causes ; mais il gardait les cadeaux.

« Louis XVlll n'a pas de serviteur plus sûr, ni d'agent plus actif. Ce monarque l'avait chargé de préparer les élections de germinal dernier et l'avait autorisé à être électeur lui-môme dans son canton ; voilà pourquoi, dès pluviôse, nous le voyons parcourir nos campagnes, sur un certain petit cheval émigré à courte queue, distribuer les listes de Blankembourg, et les instructions de Clichy; on assure généralement qu'en reconnaissance de ses bons et loyaux services, à cette époque, sa majesté lui avait accordé le brevet de chevalier du poignard.

« Chacun sait comment les élections de Louis XVIII le chargèrent de faire un terrible rapport sur les électeurs républicains de Lucé, comment, sur ses conclusions, les patriotes furent exclus de par le roi et M ***; chacun le sait ou doit le savoir, car jusqu'au 18 fructidor il citait, et faisait citer ce trait comme un des plus honorables de sa vie.

« Depuis cette terrible journée du 18 fructidor, il paraît inquiet, sa cocarde est très-apparente, il a fait coudre la boutonnière à laquelle devait être suspendu le crachat; mais en fils légitime il ne désespère pas, et on lui réserve le cheval à courte queue, pour germinal prochain... Mais... d'ici ce temps... ça ira j'espère, et alors il se reposera. . . car il doit être bien fatigué. » ( Chron. de la Sarthe.)

Voilà comment on faisait la réputation des citoyens qui avaient le malheur de n'être pas républi-

cains sans-culottes. Devant de semblables imputations il ne fallait pas songer à se plaindre , car on sait dans quelles mains la justice était tombée !

— Le 23 brumaire, Jouenneault, commissaire du directoire exécutif du département de la Sarthe, donne l'ordre, dans toutes les communes du département, d'arrêter tout prêtre rebelle qui ne prêche que la révolte et l'assassinat ou qui n'inspire au peuple que la haine de la république et de ses lois.

— Le citoyen Chevalier , percepteur à Vaas , ne pouvant faire rentrer les impôts , demande des garnisaires à l'agence municipale de la commune.

— Dans une séance de l'administration municipale de Vaas , le citoyen commissaire du pouvoir exécutif prend la parole en ces termes :

« Citoyens ,

o Jusqu'à ce jour vous n'avez célébré aucune fête de la république, le désarmement du canton, par mesure de sûreté générale , en était le premier motif et vous a empêché de manifester au dehors vos sentiments; aujourd'hui votre situation est changée, la plupart des citoyens sont pourvus d'armes ; le département vous en a confié 50 et accordé 300 livres en numéraire pour le coût des fêtes nationales; il ne reste donc aucun doute que les deux principales époques de la révolution seront

SUH VA AS. 199

rappelées au peuple avec tout l'éclat que comportent nos localités et les circonstances. L économie la plus sévère sera observée, l'administration ne fournira à ses concitoyens que les moyens de se divertir. »

Les agents municipaux arrêtent « que la fête du 10 août, avec la commémoration de l'époque du

9 au 10 thermidor, seront célébrées le 10 fructidor prochain ; les citoyens sont invités , dès la veille, à se mettre sous les armes; le lendemain à

10 heures et demie du matin ils s'assembleront sur la place; le chef du détachement cantonné à Yaas commandera toute la troupe, et il partira de la place à 1 1 heures précises pour se rendre a la maison commune, qui, avec le juge de paix et ses assesseurs , entreront dans les rangs et se rendront ,iinsi sur la place publique à l'arbre de la liberté , ainsi que l'instituteur avec le plus d'élèves qu'il pourra réunir pour célébrer lesdites fêtes; les citoyens Lasonde et Pradin , musiciens à Chàteaudu-Loir, seront invités, en les payant, à s'y trouver ; il sera dressé un autel de la patrie au pied de l'arbre de la liberté ; cet autel aura 4 colonnes entourées de feuilles de chêne. » La fêle eut lieu conformément à ce programme; et le citoyen Dorlin, fourrier , commandant 1 S hommes de la 34e demibrigade, 3e bataillon, 8e compagnie, fit le discours suivant :

« Citoyens administrateurs ,

« Je viens avec mon détachement et en armes me réunir à vous pour célébrer la fête de la fondation de la république , et signer les adresses tant au directoire qu'aux deux conseils , sur l'époque à jamais mémorable du mois de fructidor, et déclarer que nous sommes prêts à marcher partout où besoin sera, et que nous n'obéirons jamais qu'à la voix de nos chefs avoués par le gouvernement. »

« L'administration satisfaite lui en manifesta sa reconnaissance; » ensuite tous les citoyens prêtèrent le serment de haine à la royauté et à l'anarchie , d'attachement et de fidélité à la République et à la constitution de l'an III.

Yoici en quels termes Bazin rend compte de la fête du 10 août à Vaas : « Les républicains de la commune de Yaas ont célébré, le 10 fructidor dernier, la fête du 10 août, avec la commémoralion de l'époque du 9 au 10 thermidor. L'autel île la patrie , au pied de l'arbre de la liberté , était artistement arrangé; le tout entouré et garni de lierre et de feuilles de chêne.

« Pour rendre la fête plus nombreuse , vu les travaux de la campagne , ils avaient attendu cette dernière décade, qui tombait un dimanche. Il y avait sous les armes cent pt quelques personnes .

SUR VAAS. IU7

ayant à leur tête le commandant du détachement stationné à Yaas. Après la lecture des lois sur l'autel de la patrie, le cortège est entré dans la cidevant église des religieux prémontrés, où le commissaire du directoire a improvisé un discours énergique. Le mot d'ordre était donné; vers la fin de son discours , en criant aux armes, républicains, aux armes! le commandant a fait sortir toute la troupe et a fait exécuter un feu de file bien soutenu.

« L'après-midi , on a tiré à la cible sous les yeux de l'administration, et c'est le président qui a tiré le premier. Le prix a été donné par elle , afin d'encourager la jeunesse au maniement des armes', dont les Français savent si bien taire usage. Pendant ce temps, il s'est formé des contredanses qui ont duré jusqu'à la nuit. Tout s'est passé avec calme et décence , bien que l'assemblée fût considérable; l'enthousiasme et la gaieté étaient dans tous les cœurs. »

An VI. — On fête à Vaas « l'anniversaire de la juste punition du dernier roi des Français; on va au temple, on lit les lois, les fonctionnaires font le serment de haine à la royauté et à l'anarchie, d'attachement, de fidélité à la république et à la constitution de l'an III. » Cette fête était un vrai deuil , pas un cri de vive la république ne fut prononcé. Le 30 ventôse, on célèbre aussi la fête de la souveraineté du peuple. Quelques mois après , l'adminis-

tration. décide « qu'un arbre vivace sera planté à la place de l'arbre sec actuellement existant devant la porte de la ci-devant abbaye de Vaas, lequel sera placé devant le corps de garde au centre de la ri .m mune. »

— Le commissaire du directoire exécutif ne voulant pas que la fête des rois fût célébrée à Vaas , s'exprime en ces termes à l'agence communale :

« Citoyens ,

« Serait-ce en vain que le gouvernement chercherait à détruire peu à peu le fanatisme ? ne doitil pas avoir pour soutien et ne compte-t-il pas au nombre de ses collaborateurs ses administrations régénérées? Vous sentez, par avance, ce dont je veux parler, la célébration des décades; cela ne vous coûtera pas, parce que vous êtes des républicains instruits; ce ne sera que par le laps de temps que les habitants crédules préféreront ce jour de repos à ceux des dimanches et des fêtes. Le 17 présent mois arrive la fête des rois de ce régime exécré , où la jeunesse se dispose à danser, à se divertir ; quel contraste pour un peuple libre qui a renversé les rois d'en célébrer la fête par des danses ! Comment concilier la haine que tout républicain a jurée à la royauté avec la célébration de cette fête? J? demande que vous arrêtiez que , le jour des rois, les danses seront prohibées , et qu'après avoir fait pu-

SUR VAAS. 199

blier votre arrêté, celui qui prêterait sa maison à cet effet, serait cité à la police, et que la force armée dissiperait tout attroupement de cette espèce. » — Sur ces observations judicieuses et républicaines, dit un manuscrit du temps, l'administration fait droit à la demande du commissaire du directoire exécutif.

— Les jours de la décade « les autorités et les citoyens de Vaas sont invités à se rendre à 11 heures du matin au temple de la Raison; le citoyen Gaujon tirera la cloche 50 coups seulement pour annoucer au peuple le moment de la réunion. » (Arr. des ag. comm.)

— La commune de Vaas réclame au district de Château-du-Loir les 20 lits qu'elle lui a fournis pour les troupes qui sont arrivées chez elle ; les habitants étant on ne peut plus gênés pour les coucher.

— « Peu à peu nous voyons tous les points de ce département ( Sarthe ) se régénérer et revenir à la république.

« Plusieurs administrations viennent d'être épurées, telles que celles de Vaas , de Pontvallain, de Bonnétable, etc.; les autres radicalement, c'est-àdire en entier, telles que celles des cantons d'Écommoy, de Fresnay, etc. » [Circul. manusc.)

« Proxime accesserunt les administrations municipales de.... Mais patience, on ne peut pas tout laire à la fois. C'est à la sage énergie, au républicanisme sévère de notre administration centrale que nous

devons ces heureux préliminaires des élections de Fan VI. » ( Chron. de la Sart. )

— Le commissaire du directoire exécutif du département de la Sarthe s'exprime ainsi dans une circulaire qu'il adresse à ses collègues du département : «... Jusqu'à ce jour quelques commissaires, au nombre desquels je me plais à citer ceux de Sablé, Conlie, Vaas, Lavardin, La Ferté, m'ont transmis, à la fin de chaque décade , un rapport sur les opérations administratives et l'esprit de leur arrondissement: mais en rendant justice à leur zèle et à leur exactitude , je les invite à donner plus d'extension cà ce travail dont la brièveté ne peut offrir qu'une idée imparfaite de la situation de chaque canton; ainsi vous devez vous occuper dans le compte décadaire de l'esprit public, de l'attachement, la haine ou l'indifférence de ses habitants pour la république et ses institutions ; de l'instruction publique, de la célébration des fêtes nationales et décadaires; ce qu'on fait pour en rendre la solennité intéressante; comment s'exécutent les lois; comment sont composées les gardes nationales et les colonnes mobiles , ce qu'on peut en attendre , le choix des officiers, l'esprit de ceux qui en font partie; cruelles sont les mesures prises pour la disparition du culte, des signes extérieurs et de la défense du son des cloches, etc..

— Le cercle constitutionnel ambulant du ri-de-

SUR VAAS. 201

vaut district de Chàteau-du-Loir s'est réuni, le 20 nivôse , à Vaas; il était composé d'un grand nombre de personnes des cantons du Lude, de Mayet, Chàteau-du-Loir, Chahaignes et La Chartre. « Après un repas frugal , dit Bazin , assaisonné par la fraternité, par la joie la plus franche et un enthousiasme général pour le maintien de la constitution de l'an HI et l'affermissement du gouvernement, on s'est rendu au temple où jamais le fanatisme religieux n'avait rassemblé une aussi grande quantité de citoyens des deux sexes , tant de Vaas (pie des campagnes environnantes. La municipalité, en écharpe , a fait l'ouverture du cercle constitutionnel par la déclaration des principes, républicains qu'on y doit professer. Le commissaire du directoire exécutif (Roussel) est ensuite monté à la tribune et a prononcé un discours brûlant de patriotisme , et dans lequel on a surtout remarqué et fait répéter la phrase suivante : « Patriotes de 80, vous êtes entrés « dans les rangs, en vain les factions tenteront clé- « sormais d'autres efforts, ils ont toujours été brisés « et ils le seront toujours par la puissance natio- « nale. Que les élections de l'assemblée primaire de « l'an VI soient les mêmes que celles de l'an V ! Eh « bien ! les nouveaux élus seront autant d'habitants « ou pour l'ile de Madagascar ou pour la Guyanne « Française ; Pichegru et consorts en ont frayé la « route. »

La séance a été terminée par « des chansons républicaines et suivie de danses et autres divertissements. Le lendemain on s'est rendu au pied de l'arbre de la liberté, où l'on a prêté, avec enthousiasme, le serment du Grand-Lucé. » Voici ce serment :

« Nous jurons attachement inviolable à la consti- « tution de l'an III , union entre les républicains , « haine à tous les tyrans , surveillance active , vena geance terrible, autorisée par les lois et notre « énergie , indulgence à l'erreur, et nous vouons à « l'animad version du peuple français les prêtres in- « soumis, les nobles non-convertis et les chouans, « leurs criminels agents. »

Deux mois auparavant une semblable réunion avait eu lieu à Mayet; le citoyen Guyot fils en rend compte en ces termes : « Un grand nombre de républicains des communes de Lucé, de Vaas, de Chàteau-du-Loir, de Pontvallain , dÉcommoy, etc., s'est réuni dans la commune de Mayet, où une fête civique a été célébrée à l'occasion du passage du brave général Cambray. L'enthousiasme et l'énergie des républicains ont été portés dans tous les cœurs, les patriotes ont juré de se maintenir mutuellement contre les atteintes du royalisme , ils ont pris des mesures pour faire triompher la république en germinal prochain, et à cet effet ils ont arrêté qu'ils se réuniraient le premier de chaque mois; la première

réunion a été fixée au Grand-Lucé pour le 1er frimaire. » C'est à cette époque que le serment dont nous parlions tout à l'heure a été fait « au pied de l'arbre de la liberté du Grand-Lucé. »

— M. Nicolas Haudouin est nommé président de l'agence municipale de Vaas ; quelques mois après, il fut destitué « pour avoir qualifié les arrêtés qui émanent de la sagesse des administrateurs centraux de loquela et de bavardage, entr'autres celui du 15 thermidor dernier concernant la prohibition de la chasse, ensuite parce qu'il courait les campagnes disant aux mis et aux autres de ne pas se presser de payer leurs impôts, et qu'ils eussent à faire des pétitions en dégrèvement, il leur ferait avoir une diminution ; aussi dans une seule décade le bureau s'en est trouvé encombré ; que d'ailleurs il avait fait faire plusieurs bévues à l'administration, etc. » Le sieur Chevalier est chargé de le remplacer.

— Le citoyen Pierre Verneil, élu agent de la commune de Vaas, est un bon patriote, mais comme il ne sait ni lire ni écrire, son élection est annulée.

— Le citoyen Hulmer, ministre du culte catholique à Vaas, né à Carantilly (Manche), fait le serment exigé parles lois.

An VIL — Le premier vendémiaire, on célèbre à Vaas « la fête de la fondation de la république; plus tard on fête aussi celle de la souveraineté du peuplf, de l'agriculture, etc., et on fait un service

20i RECHERCHES HISTORIQUES

funèbre en mémoire des citoyens Bonnier et Rabeigeot assassinés, le 9 floréal à 9 heures du soir, à Rastadt. » Ces cérémonies furent tristes comme toutes celles qui se faisaient dans les communes qui avaient des opinions peu républicaines.

— Nous extrayons les lignes suivantes d'un rapport fait à. l'agence communale de Vaas par Roussel :

« Citoyens,

« Le 25 ventôse dernier vous m'avez demandé un rapport tendant à obtenir la permission de vendre et démolir le ci-devant temple dit Saint-Georges pour faire une place publique de son emplacement; j'ai la satisfaction de vous annoncer que vos désirs sont remplis, que le ci-devant temple sera vendu et détruit, et qu'en cet endroit vous aurez une place publique propre aux foires et marchés qui m'ont été promis parles administrateurs du département de la Sarthe. » L'administration lui vote des remerciements. Quelque temps après, cette antique église fut démolie, et de ce lieu on forma la petite place que l'on voit aujourd'hui plantée d'arbres en quinconce.

— L'administration centrale de la Sarthe adresse une lettre à l'agence municipale de Vaas, clans laquelle nous trouvons les passages suivants : « Quelques débris d'une horde de brigands poursuivis et dispersés, se sont portés sur différents points au nombre de 12 à 15 et ont exercé tous les excès dont

ils sont capables; partout les habitants des pays qu'ils ont souillés de leur présence , se sont précipités en masse sur eux et leur ont fait payer de leur vie, à plusieurs , les horreurs qu'ils ont commises; il faut les harceler, les chasser et les exterminer, faire surveiller les maisons suspectes et retirées , les chemins détournés, et examiner en silence les courses et les allures des hommes que vous avez quelque raison de soupçonner. Mettez-vous d'accord avec les communes environnantes , et qu'au premier coup de cloche tout le canton soit debout. Une grande vérité à dire à vos'concitoyens, c'est que ces monstres pillent indistinctement tout le monde, et ne respectent ni la vie, ni la propriété des personnes. » Par une autre lettre , le commissaire du directoire exécutif du Lude engage le canton de Vaas à se concerter avec ceux de La Flèche , du Lude , d'Écommoy, de Mayet, etc., pour opérer une insurrection générale contre les ennemis du gouvernement et les assassins l. « L'administration du Lude a sur-

1 D'après les discours prononcés à la Convention , au comité de salut public , au club des Jacobins , les chouans étaient des voleurs de grand chemin , de lâches bandits, un ramassis de scélérats , des bandes d'assassins , etc. Il y a des généraux qui les appréciaient tout autrement; nous citerons seulement ces quelques lignes écrites par le général Krieg au représentant Bollet : « Le fait est qu'il n'y a pas de la part des rebelles tous les crimes « qu'on leur attribue. Ce sont de braves gens, un peu trop pris « de fanatisme : mais chacun a le sien dans ce bas monde. Ils

le-ckamp convoqué son état-major et le connu issaire du directoire exécutif pour aviser aux moyens de former un conseil de défense, et il est résulté de renseignements certains que de fréquentes apparitions de brigands ont lieu dans votre canton; il faut prendre des mesures de manière à ne pas vous laisser surprendre. » ( Suivent les signatures. ) La commune de Mont-sur-Loir ordonne dp couler bas toutes les barques et chalons qui sont sur la rivière du Loir; une mesure semblable est prise à Vaas. De plus , le commissaire du pouvoir exécutif fait observer « qu'il est urgent de faire des patrouilles

« ont celui de la ci-devant religion; nous celui de la liberté. » Mais on voulait se défaire de la chouannerie, et pour y parvenir voici les moyens qu'on employait : « Il faut , écrivait Sotin , « ministre de la police du Directoire à Odard (13 mars 1798), « que la chouannerie soit déshonorée dans ses œuvres vives. Je « vous annonce quelques centaines d'hommes d'exécution que « vous pourrez employer à tout. Je vous envoie des jacobins qui, « nuisibles à Paris, rendront en Bretagne d'immenses services. « Laissez-les faire; ils iront plus loin que tous les insurgés. Don- « nez-leur de la besogne; qu'ils compromettent par de bons excès « tous ceux qui enlèvent si audacieusement les deniers de l'État; « qu'ils soient barbares en criant : Vive le roi ! et en priant le « ci-devant bon Dieu! faites dresser des procès-verbaux par les « compères des administrations départementales. Qu'on m'adresse « tout cela avec des détails horribles et des circonstances saupou- « drées de larmes, et le reste me regarde.» De pareils documents, dit M. des Cepeaux dans ses Souvenirs dr la chouannerie, n'ont pas besoin de commentaires.

pour la répression du brigandage qui pourrait se commettre dans la dite commune et pour maintenir la tranquillité qui heureusement n'a pas encore été troublée jusqu'à ce jour, mais qui pourrait l'être, puisque, dans les cantons environnants, on ne parle que d'enlèvement de patriotes et de brigandages : ce qui est à craindre, c'est que l'orage, qui gronde de toutes parts, m crève également dans ce canton. L'administration arrête : que des patrouilles seront journellement faites par G hommes armés, lesquels parcourront les taillis et autres lieux soupçonnés être le repaire de brigands; toute personne qui leur paraîtra inconnue sera arrêtée sur-le-champ ; chaque agent des communes où passera la patrouille leur fera donner des rafraîchissements. La patrouille respectera et fera respecter les personnes et les propriétés. »

— Cette année l'assemblée primaire des cantons de Vaas et de Mayet fit scission. Dans la liste composant l'assemblée scissionnaire, nous remarquons les citoyens de Vaas dont les noms suivent : Chevallier Guillaume, Coutreau Pierre, Nicolas Haudouin-du- Paty, Papin Louis-François et Bardet Joseph. Les citoyens de Mayet qui sont restés « fidèles à l'assemblée mère, » étaient : Bellanger Etienne, Germain, Martineau Jacques et Mirault.

— An Vin. — « Le 21 nivôse, deux hussards de l'armée royale sont venus chez le citoyen Chevalier,

et lui ont intimé l'ordre de se rendre sous un quart d'heure à l'auberge du Bœuf, où était le général de l'armée royale , et d'amener avec lui le président et l'agent du chef-lieu. Tous les trois se sont rendus à cet ordre; arrivés à l'auberge du Bœuf, le général leur a ordonné de ne plus faire aucune espèce de fonctions, que tout le canton étant soumis à ses ordres , lui seul avait le droit de commander , et pour qu'il ne puisse en douter , a remis audit commissaire du gouvernement , es présence des agents, un ordre portant ce qui suit :

Armée royale

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