‹ Recherches nouvelles sur la pellagreChapitre 10 sur 47 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Erythème pellagreux.

Nous n’avons pu nous occuper dans le précédent chapitre que des symptômes de l’érythème pellagreux ; nous allons maintenant l’étudier d’une façon plus approfondie au point de vue de sa physiologie pathologique.

Les auteurs ont donné des interprétations diverses de ce symptôme si fréquent et si caractéristique de la pellagre. Pour quelques-uns, l’érythème est, dès le début, toute la maladie, et plus tard les accidents nerveux ou digestifs ne sont qu’un retentissement des troubles cutanés. C’est à cette manière de voir que pourrait se rapporter la dénomination d’érysipèle nerveux périodique chronique. — Pour d’autres , l’érythème est un symptôme essentiel de la maladie comme l’éruption de pustules pour la variole , comme les syphilides pour la syphilis, etc. 11 y a quelque temps, à la Société de médecine de Lyon, cette idée a été renouvelée par M. Diday, qui, accordant à juste titre une importance capitale aux symptômes nerveux et digestifs , a comparé à tort, selon moi, l’érythème pellagreux aux divers exanthèmes de la fièvre typhoïde. Celte idée des anciens, qui considéraient les exanthèmes comme le résultat d’un effort curateur de l’économie, chassant au-dehors les principes morbides, a surtout été appliquée à la pellagre par Zanetti. Cet auteur ne voit dans les accidents cutanés qu’une écume critique dont la rétention ou la répercussion engeudre les désordres nerveux et digestifs. Dans sa théorie, où l'on retrouve les plus bizarres imaginations de l’humorisme, « une acrimonie acide , amassée

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« pendant l’hiver, serait mise en mouvement par la cha- « leur du printemps. La partie la plus subtile portée à la « peau se fixerait sur les points qui fatiguent le plus ou « qui sont le plus souvent exposés au soleil. » L’opinion de M. Jourdan diffère quelque peu des précédentes. Pour lui l’érythème doit être considéré « comme l’effet de la « sympathie qui existe entre la peau et tous les organes « tapissés par des membranes muqueuses, soit les voies « digestives, soit les voies génito-urinaires. »

Les deux derniers observateurs que je viens de citer , tout en admettant que l’érythème est de cause interne , admettent cependant que les modifications athmosphériques et surtout l’insolation agissent pour provoquer sa manifestation. Cette opinion, qui est aussi celle de Facheris, sert de transition entre celles que j’ai déjà exposées et la théorie suivant laquelle l’érythème pellagreux ne serait autre chose qu’un coup de soleil développé chez un sujet pellagreux. Cette opinion, a été émise par un certain nombre d’auteurs, bien qu’avec une certaine timidité. On notait l’influence considérable, plutôt que l’influence exclusive de l’insolation. C’est cependant là la théorie que je me propose de soutenir. Je chercherai mes preuves dans les différents traits qui caractérisent l’érythème pellagreux.

Les observations que j’ai rapportées dans le chapitre précédent prouvent déjà que les accidents cutanés de la pellagre sont sous la dépendance de l’insolation. Cette vérité est encore manifeste dans celles qui vont suivre.

Ods. VII. — Soulayro (Jean), âgé de 53 ans, né et domicilié à Parentis (Landes), est tour à tour laboureur, berger et résinier. Il en résulte qu’il s’expose avec moins de persistance que les autres bergers à l’action du soleil et que, son gain étant plus grand, il peut se procurer plus de bien-être. Ainsi, il boit un demi litre de lait chaque jour, mange peu de crucharte et assez souvent du poisson frais. Enfin, tous les jours il boit un peu de vin;

aussi la maladie est-elle restée, chez lui, pour ainsi dire stationnaire.

Soulayro est pellagreux depuis huit ans. A cette époque il gardait déjà les troupeaux depuis trois ans, trois ou quatre mois de l’année , au printemps. La maladie débuta à la fin du mois de mars par un érythème des mains. 11 n’y eut rien sur les pieds, car Soulayro ne marchait pas sur des échasses. II avait des bas, des chaussons et des sabots. A la même époque, il éprouva des vertiges , mais ne présenta rien du côté du tube digestif.

Depuis, l’érythème des mains s’est reproduit chaque année, mais en diminuant d’intensité. Au dire du malade, quand les symptômes cutanés étaient peu marqués, il éprouvait des douleurs d’estomac. Ce sont, d’ailleurs, avec les vertiges, les seuls accidents généraux qu’il ait présentés pendant ces huit années.

Le 20 mai 1861 , j’observe sur le dos des mains les restes d’un érythème qui date de la fin du mois de mars. Li peau de la région est brune, luisante, amincie, sans élasticité. L’épiderme est sec, fendillé ; sur les doigts et principalement vers les articulations il est épaissi. Les doigts ont l’aspect dit anserin.

Rien d’arnomal sur les lèvres ni sur la langue.

L’épigastre est le siège d’une douleur brûlante qui augmente par ia pression. Les digestions sont pénibles, il n’y a pas de diarrhée. Les vertiges persistent avec un peu de faiblesse musculaire. Il n’y a ni rachialgie ni troubles intellectuels.

Obs. VIII. — Gourdon (Pierre), 44 ans, du département de Maine-et-Loire. Entré à l’asile il y a 18 ans. — Idiot.

Au printemps de 1859, première atteinte pellagreuse d’intensité moyenne.

En 1860, symptômes cutanés assez prononcés, pas de diarrhée, la santé générale reste bonne.

29 avril 18G1. — Erythème très-accentué du dos des mains, datant de 8 jours. Rougeur du derme avec quel-

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qucs phlyctènes. Commencement d’exfoliation épidermique , surtout à droite. Lèvres aphtheuses, langue lisse, sillonnée. Pas de diarrhée. L’état général est satifaisant.

7 mai 1861. La desquamation continue. Le derme est saignant en certains points,

Le 13 mai, je constate l’état suivant.

Rougeur foncée du dos des mains, remontant à 3 centimètres au-dessus de l’articulation radio - carpienne. L’épiderme est exfolié en grande partie. Il reste par places des plaques épidermiques noirâtres qui se détachent en furfurs par le grattage. Cet aspect crasseux de certains points de la peau n’est pas modifié par les lotions savonneuses.

Léger gonflement du tissu sousjacent. La peau de la région est rude, sèche, peu élastique. Rien aux pieds.

Face très-colorée, d’un brun foncé, mais sans trace d’érythème. — Aphthes sur les lèvres.

Langue rose, lisse, humide. Papilles complètement effacées. Sillons assez profonds, irréguliers, déprimant transversalement la muqueuse de chaque côté, à partir de la ligne médiane.

Pas d’aphthes ni d’ulcérations dans la bouche. Pas de ptyalisme notable. — Etat général bon. Pas de troubles des fonctions digestives.

Obs. IX. — Thouret (Jean), du département de Maineet-Loire, âgé de 19 ans, entré à l’asile il y a neuf mois, cultivateur.

Ce malade, dont l’intelligence a toujours été obtuse, est fils d’une mère épileptique. A son entrée à l’asile, on diagnostiqua une lypémanie avec stupeur, alternant avec de l’agitation. Depuis quelque temps, il est plongé dans une stupeur profonde.

Du 14 au 17 mai 1861, le malade a été atteint d’une diarrhée très-forte.

Le 21 mai, le dos des mains présente un léger érythème

avec un peu d’exfoliation. La peau est rouge, sèche, rugueuse.

Sur le dos des pieds et au pourtour de l’articulation tibiolarsienne, érythème intense avec œdème considérable ; le doigt y laisse une empreinte , mais la rougeur reparaît aussitôt. Une bulle de deux centimètres de diamètre, fortement distendue par une sérosité opaline, est située sur le pied droit en avant de la malléole externe. A la partie moyenne de la face dorsale des deux pieds et transversalement, on remarque une bande de peau saine ayant environ deux centimètres de largeur. C’est la partie du dos des pieds que recouvraient les brides des sabots. Le malade, d’ailleurs, ne portait pas de bas et ses sabots étaient très-largement ouverts.

Lèvres aphtheuses, langue normale. Pas de pyrosis. Rachialgie datant de quelques jours.

La diarrhée n’a pas reparu. La constitution est assez profondément altérée (1).

Obs. X. — Oyrzenski, né à Plock (Pologne), âgé de 61 ans, homme de loi. Entré à l’asile il y a neuf ans. Démence.

Le 28 avril 1861, on constate sur le dos des mains et sur la face un érythème datant d’environ huit jours. La desquamation commence. Les lèvres sont aphtheuses et recouvertes de croûtes. Pas de diarrhée, un peu de faiblesse.

7 mai. Desquamation complète, peau lisse, parcheminée, d’un brun rouge.

Le 14 mai, 25 jours à peu près après le développement des accidents cutanés, je trouve la face dorsale des mains un peu rouge, la peau en est sèche, peu élastique, recouverte d’un épiderme fendillé. A la circonférence, l’épiderme ancien a une teinte brune très-foncée et forme autour de l’érythème comme une zone terreuse dont la teinte

(1) Celle observation a élc recueillie par M. Sulet, interne de l'asile de St-Gommes.

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va en se dégradant â mesure qu’on se rapproche des parties saines. Cet épiderme est en voie de desquamation lamelleuse.

Sur le nez et sur les joues, lamelles épidermiques en voie d’exfoliation, pas de coloration anormale.

Les lèvres sont aphtheuses, fendillées.

La langue est rose, humide, avec papilles complètement effacées et sillons irréguliers déprimant transversalement la muqueuse.

Etat général bon.

Obs. XL — Chené (Mathurin-René), du département de Maine-et-Loire, âgé de 46 ans, tisserand. Entré à l’asile il y a un an. Lypémanie avec délire de persécution et hallucinations de l’ouïe.

Le 29 avril 1861, on constate des symptômes cutanés de pellagre datant d’environ quinze jours. La peau du dos des mains est d’une coloration rouge brun, tendue, parcheminée. L’altération est limitée au poignet et à la partie supérieure des premières phalanges de manière à figurer ce qu’on a décrit sous le nom de mitaine pellagreuse.

Cette altération s’observe également à la partie inférieure des jambes et sur le dos des pieds, dans les points non recouverts par le pantalon ou par la chaussure. La face est bronzée, érythémateuse en certains points.

Diarrhée fréquente. Depuis l’apparition de la diarrhée, les symptômes cutanés diminuent.

10 mai 1861. — L’épiderme s’arrache par larges plaques, le derme est rouge, pelure d’oignon , douloureux.

Le 13 mai je trouve, sur le dos des mains, l’épiderme exfolié, laissant voir le derme rose, lisse, peu élastique, encore douloureux, recouvert d’une nouvelle couche épidermique mince. Sur la circonférence du mal, l’épiderme est brun, d'épaisseur normale, en voie de desquamation lamelleuse.

Sur le coude-pied, épiderme terreux , épais, très-brun

en certains points, rugueux, offrant l’apparence de l’ichthyose ; derme sec, un peu épaissi.

Nez rouge avec quelques traces de phlyctènes. Plaques d’herpès circiné dans la barbe avec léger épaississement du derme, desquamation furfuracée, pas de pustules.

Etat général bon. La diarrhée a cessé.

La langue est rose, humide, les papilles sont complètement effacées. La muqueuse est un peu gonflée et ramollie, elle garde l'impression des dents et est parcourue transversalement à sa face supérieure par des sillons assez nombreux.

Obs. XII.— Sourdrille (Pierre), du département de Maineet-Loire, âgé de 55 ans. Entré à l’asile il y a dix-sept ans. Démence.

En 1856, érythème du dos des mains suivi de desquamation.

L’observation n’a pas été continuée les années suivantes ; on ne sait pas s’il y a eu des récidives de la maladie cutanée ou des troubles généraux pouvant être rapportés à la pellagre.

A la date du 15 mai 1860, on note une coloration bronzée du dos des mains, avec desquamation furfuracée. Rien du côté du tube digestif.

1er mai 186t. — Les téguments qui sont à découvert ont encore la coloration bronzée, mais on ne constate pas d’érythème à proprement parler. Diarrhée. Faiblesse.

Le 13 mai, bien que le malade n’ait pas présenté cette année de symptômes pellagreux cutanés, je trouve les parties exposées à l’air d’une couleur très-foncée; le nez est presque noir.

Le dos des mains a une apparence crasseuse. L’épiderme est rugueux, noir, épais ; il se laisse détacher par le grattage en petites écailles. Le derme est un peu aminci et a perdu de son élasticité.

Aux pieds et sur la partie antérieure et inférieure des jambes, épiderme presque noir, derme épaissi. La santé

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générale est benne. Pas de symptômes pellagreux du côté du tube digestif ni des centres nerveux. La diarrhée a cessé. Les forces sont revenues.

Obs. Xlll. — Véron (Jean), du département de Maine-et- Loire, âgé de 20 ans, célibataire, domestique cultivateur. Entré à l’asile il y a trois mois. Délire lypémaniaque avec stupeur. Prédominance de l’idée qu’il est Dieu.

On n’a rien noté au point de vue de la pellagre dans les antécédents du malade. Depuis son admission à l’asile on n’a pas remarqué de troubles des digestions ni des fonctions locomotrices. Jean Véron est un des nouveaux pellagreux de l’asile, et la maladie s’est, pour ainsi dire, développée chez lui à point nommé pour que je pusse en observer le début. Accompagné de M. Salet, j’allais quitter l’un des préaux les plus vastes et les plus chauds de l’asile, lorsque nous vîmes le malade accroupi à l’ombre d’un mur, au milieu d’une flaque d’eau. Songeant à ce désir immodéré de l’eau qui s’observe quelquefois dans la folie pellagreuse, nous voulûmes voir si Jean Véron nous présenterait quelque signe de la maladie. Nous pûmes, en effet, constater l’état suivant :

Face très-foncée, bronzée, ne présentant d’ailleurs rien de morbide. Sur le dos des mains, œdème très-marqué, rougeur sombre du derme, disparaissant sous la pression du doigt pour se reproduire très-rapidement après. Chaleur très-prononcée de la partie. Sur certains points, l’épiderme commence à se détacher en furfurs, dans d’autres il commence à se soulever en phlyctèncs par l’interposition, entre les deux couches de la cuticule, d’une certaine quantité de liquide transparent.

Le bas des jambes et le dos des pieds, qui n’étaient pas protégés contre le soleil, présentent des altérations analogues, rougeur, chaleur, gonflement ; l’épiderme commence aussi à se détacher.

Rien sur les lèvres.

Langue lisse, rose, animée, humide, papilles complète-

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ment effacées, la muqueuse est déjà déprimée transversalement par quelques sillons. Pas de ptyalisme.

On ne peut pas obtenir du malade des renseignements sur les sensations qu’il éprouve.

Obs. XIV. — Brousseau (Louis), du département de la Vendée, âgé de 48 ans, célibataire, trappiste. Entré à l’asile il y a quatre ans. — Manie intermittente avec prédominance d’idées religieuses. La démence est imminente.

29 avril 1861. Erythème rouge à la face dorsale des mains, d’intensité moyenne, plus marqué à droite qu’à gauche, déjà envoie d’exfoliation.

Le 13 mai je constate l’état suivant:

Erythème du dos des mains. Epiderme brun, noirâtre, crasseux, se détachant par le grattage en desquamation furfuracée. Demie un peu rouge, non épaissi, conservant son élasticité.

Pas d’érythème sur la face; mais sur la nuque et sur les oreilles rougeur du derme avec desquamation lamelleuse d’un épiderme brun.

Les coude-pieds offrent une coloration noire, le derme y est épaissi, sec, rugueux, l’épiderme est fendillé.

Il est à noter que ce malade reste pendant plusieurs heures de la journée couché sur le ventre au milieu du préau, ce qui explique l’érythème de la nuque tandis que la fa:e est restée saine.

Obs. XV. — Usée (Jacques), du département de Maine et Loire, âgé de 24 ans, sans profession, est entré à l’asile il y a trois mois et demi. Idiotie avec habitudes convulsives.

Le 30 avril, on constate sur le dos des mains un érythème pellagreux d’intensité moyenne avec commencement d’exfoliation épidémique. Pas de diarrhée, peu de faiblesse.

Le 4 mai, larges phlyctènes recouvrant toute la main droite. En quelques points le derme est dénudé et présente l’aspect d’un vésicatoire.

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10 mai, diarrhée intense.

Le 43 mai, je vois le malade à l’infirmerie. La maladie cutanée des mains est toujours très-marquée.

Sur la main gauche éruption bulleuse, ayant l’apparence du rupia. Croûtes jaunâtres et noirâtres dans les points où les bulles se dessèchent. Là où les croûtes sont tombées, le derme est rosé, recouvert d’un épiderme fin, non épaissi. A la limite du mal, l’épiderme est très-brun et forme une zône dont la couleur foncée va en se dégradant pour se confondre avec celle de la peau saine. Cette éruption répand une odeur fade et fétide.

Pas d’éruption sur les pieds.

Légère desquamation brune sur le nez.

Langue rosée, humide, papilles peu saillantes.

Pouls à 70, un peu irrégulier, petit, dépressible.

Faiblesse considérable. Apparence cachectique.

De tous cesfaits et de beaucoup d’autres que je pourrais emprunter aux différents auteurs, il ressort certaines particularités relatives au siège, à la forme, à l’époque- d? apparition, à la prophylaxie et à la thérapeutique de l’ érythème pellagreux qui me fourniront, je crois, des preuves suflisantespour établir que c’est bien réellement au soleil qu’est dù cet accident remarquable de la pellagre.

Preuves tirées du siège. — On ne voit jamais l’érytème pellagreux siéger ailleurs que sur les parties à découvert. Ces parties, ainsi que je les ai énumérées dans un ordre de fréquence décroissante, sont le dos des mains, les- coudepieds, le nez, le front, les joues, les oreilles, les parties latérales du cou, la face antérieure du sternum. J’ajoute que ces parties ne s’affectent pas parce que l’érythème a plus de tendance à s’y développer qu’ailleurs, comme cela s’observe pour les plaques muqueuses qu!on rencontre de préférence à la vulve et au scrotum, pour le lichen qui siège presque toujours vers les articulations dans lé sens de la flexion, etc.

Non, ces différents lieux d 'élection de l’érythème pellagreux ne s’affectent que parce qu’ils offrent des surfaces cutanées à découvert. Si la mode ou si certaines habitudes individuelles font que ces régions sont protégées par des vêtements, elles ne seront le siège d’aucune manifestation de la pellagre. Si d’un autre côté, la mode ou quelques circonstances accidentelles découvrent d’autres parties du corps, on verra l’érythème s’y développer. Ainsi, les individus qui portent des bas n’ont jamais l’érythème des coude-pieds; on ne voit la région pré-sternale s’enflammer que chez les laboureurs dont les vêtements sont entrebâillés ; et dans certaines parties de la Lombardie, où les paysans portent des vêtements qui s’ouvrent par derrière, iln’estpas rare qu’on voie l’érythème siéger le long delà colonne vertébrale. Enfin je rappellerai les faits de Gherardini qui faisait apparaître à volonté l’érythème sur tel ou tel point d u corps en le soumettant quelque temps à l’insolation .

La paume des mains ne s’enflamme jamais, quoi qu’en ait dit Hameau, la lésion se limite au contraire avec une exactitude remarquable au point où commencent les grandes papilles. Cela s’explique peut-être par l’épaisseur considérable de l’épiderme à la région palmaire, qui amortit pour ainsi dire les rayons solaires et les empêche de porter leur action irritante jusqu-’au réseau superficiel du derme. Mais la meilleure explication, je crois, c’est que la main étant presque toujours à demi-flexion avec sa face antérieure appliquée contre le corps, le soleil ne peut que dans des cas très-rares frapper sa région palmaire. Cependant, l’épaisseur de l’épiderme exerce bien réellement une certaine influence ; la preuve, c’est qu’à la région dorsale, l’inflammation est toujours bien plus marquée sur le métacarpe que sur les phalanges. Je ne connais qu’une exception à ce fait général, elle a été constatée par M.Landouzy sur un pellagreux landais. Cet homme, d’après le conseil du docteur Gazailhan, portait des mitaines : aussi l’érythème se développa-t-il exclusivement sur la face dorsale des phalanges. Alors pour protéger ses doigts qui

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l’insolation, il les enveloppa de toile et négligea de mettre ses mitaines. Bientôt après, l’érythème apparaissait sur le dos des mains.

Cette intensité moins considérable de l’inflammation de la peau des doigts fait que la desquamation y est moins active que sur le métacarpe. L’épiderme alors s’épaissit et il en résulte cette apparence qu’on a appelée peau ansérine, patte d’oie pellagreuse.

L’inflammation du dos des mains ne se limite pas toujours au poignet, elle remonte sur l’avant-bras jusqu’au point où s’arrêtent les vêtements. A Sainte-Gemmes , j’ai vu un pellagreux dont la veste avait des manches trop courtes; chez lui l’érythème siégeait presque sur le tiers inférieur de l’avant-bras.

La desquamation s’arrête assez exactement à la limite des parties enflammées, mais, au niveau de la réunion de la face dorsale de la main avec la face palmaire, l’épiderme augmentant brusquement d’épaisseur, il peut se faire que les squames ne puissent pas se détacher nettement, elles soulèvent dans une certaine étendue la couche cornée à laquelle elles sont adhérentes, et de cette façon la face palmaire peut se dépouiller en partie. C’est là, sans doute, ce qui avait pu faire croire à Hameau que l’érythème s’étend quelquefois à la paume de la main. Mais je le répète, ces cas tout-à-fait exceptionnels où la desquamation s’étend au-delà de la face dorsale n’indiquent pas que les parties dépouillées ont été préalablement enflammées. Je vois dans ces faits l’analogue de ce qui s’observe si souvent à la main à la suite d’un panaris, d’une contusion, d’une pustule, et l’on peut dire d’une manière générale que toutes les fois que l’épiderme si épais et si résistant de la peau à grandes papilles est soulevé en un point, l’exfoiiation tend à se propager bien au-delà de la partie primitivement enflammée.

Aux extrémités inférieures, l’érythème se limite également à la face dorsale ; jamais la plante des pieds n’est affectée.

Lorsque l'érythème se développe sur la face, le nez est presque toujours atteint, ce qu’il doit à sa saillie qui l’expose plus que toute autre partie à l’action solaire. Le front est moins souvent affecté chez les hommes que chez les femmes, les premiers portant en général une coiffure dont les rebords protègent la partie supérieure de la tète. Cet érythème peut s’étendre aux paupières. Les aliénés , qui ont presque toujours la tète découverte, portent au contraire très-souvent l’érythème sur le front et sur toute la face.

L’érythème du cou, qui est beaucoup plus rare, siège en général sur les parties latérales ; dans quelques cas , il se relie à l’érythème du sternum en dessinant une sorte de collier. Dans un cas, j’ai vu l’érytlième siéger exclusivement à la nuque. C’est chez un aliéné de Sainte-Gemmes, qui passait presque toute la journée couché sur le ventre au milieu d’un préau.

Je ferai remarquer, à propos du siège de l’érythème , que l’insolation seule peut le produire et qu’il ne peut pas être dû à l’action de l’air atmosphérique, ni comme l’a prétendu M. Ardusset, à l’irritation produite par la poussière. Ces deux dernières causes agiraient avec autant d’intensité à la région sous-maxillaire que sur le front , et si cette région reste toujours intacte, c’est qu’elle est naturellement à l’ombre. Je ferai remarquer aussi que les vêtements des femmes de la campagne ne protègent leurs membres inférieurs que contre les rayons solaires. Si l’air ou surtout la poussière pouvaient en quelque façon provoquer l’érythème, on le verrait chez elles se développer de préférence sur les jambes.

Preuves tirées de la forme. — L’érythème pellagreux se limite exactement aux parties qui sont frappées par l’insolation. Ses Lords sont tracés par les vêtements au point où ils cessent de protéger le tégument. C’est ainsi qu’au poignet l’altération cutanée s’arrête brusquement là où finit la manche et forme ce qu’on a appelé la man-

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chette pellagreuse. Au coude-pied on ne voit pas l’érythème s’étendre sous la chaussure ni remonter sur les parties qui sont habituellement protégées par le pantalon. Un des pellagreux de Sainte-Gemmes, qui ne portait pas de bas et dont les sabots étaient fortement échangés, avait l’érythème sur tout le dos du pied jusqu’à la naissance des orteils, mais la rougeur, était coupée transversalement par une bande de peau saine en rapport avec la bride du sabot. Le premier pellagreux observé à l’Hôtel-Dieu de Lyon, vit un érythème se développer à la face interne du pied droit dans une espace triangulaire compris entre le bord supérieur du sabot, la bride et le bord du pantalon. La rougeur, dans ce cas, dessinait avec une remarquable précision la surface qui seule avait été frappée par les rayons solaires. Un des pellagreux landais dont j’ai reproduit l’observation portait des chaussons pour protéger ses pieds contre l’insolation. Avant de prendre celte précaution il avait eu l’érythème sur cette région. Depuis, il ne vit plus rien apparaître, si ce n’est à certaines époques où ses chaussons avaient été trouées par le frottement des courroies de ses échasses, et alors l’érythème siégeait exclusivement au niveau des solutions de continuité dont il dessinait exactement la forme.

Je pense qu’il est inutile de multiplier ces citations ; elles démontrent cliniquement ce que Gherardini avait établi par l’expérimentation. Je ferai seulement remarquer que la direction rectiligne de la lumière solaire explique seule la netteté des contours et la précision des formes de l’érythème. Toute autre cause diffusible telle que l’air ou la poussière pouvant agir sous les vêtements au moins dans une certaine étendue rendrait les limites de l’éruption moins tranchées et moins régulières.

Preuves tirées de l'époque de l' apparition. — C’est au printemps, avons-nous dit, que se développe en général l’érythème pellagreux ; c’cst à celle époque aussi que le

soleil commence à exercer sur l’cconomie une action générale et locale. A ce propos, on a élevé une formidable objection; on a dit: si le soleil est la cause de l’érythème pellagreux, c’est surtout pendant l’été, alors que ses rayons sont le plus ardents, qu'on verra de préférence apparaître les symptômes cutanés. A cela je répondrai que l’intensité d’un phénomène ne dépend pas plus de l’énergie de la cause que de l’aptitude du sujet à subir l’influence de cette cause, et assurément la peau qui a été privée de soleil pendant tout l’hiver, doit être plus impressionnable à l’action de cet agent, que lorsque plusieurs mois de chaleur l’ont pour ainsi dire aguerrie. 11 est d’ailleurs d’observation que les coups de soleil sont pour le moins aussi fréquents au printemps qu’en été. Mais je me garderai de reproduire plus longuement ces réponses qui ont été déjà faites souvent à l’objection qui nous arrête. La véritable réfutation, la seule sérieuse qu’on puisse lui opposer est celle-ci : l’érythème ne se développe pas en été parce qu’il existe déjà depuis le printemps. Les pellagreux sont tellement sensibles à l’action irritante des rayons solaires qu’une insolation même modérée suffit à produire l’érythème. Ils ne subissent pas tous, en effet, l’ardeur du soleil pendant de longues journées, et pourtant ils ont tcus des symptômes cutanés de la maladie. J’en excepte ceux qui, par des précautions spéciales, en se tenant toujours à l’ombre, en couvrant toutes les parties de leur corps, évitent l’érythème en évitant le soleil. Mais ceux-là même, après avoir passé le printemps sans accident, s’ils se départent de leur prudence à une époque plus avancée de l’année, ne tardent pas à voir apparaître l’éruption cutanée. De même, ceux qui ont déjà payé leur tribut au soleil dans le mois d’avril, peuvent voir survenir de nouvelles éruptions pendant l’été ou pendant l’automne, s’ils mettent à nu des parties habituellement couvertes, ou si, en provoquant une sorte de récidive, le soleil agit avec une intensité inaccoutumée sur la trace, de l’éruption prinlanuière. Ces faits sont loin d’être rares; ainsi, comme je l’ai déjà dit dans le chapitre

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précédent, à Lyon, où j’ai observé quatorze pellagreux dans le cours de l’année 1861, j’ai vu trois fois des érythèmes apparaître pendant l’été et une fois pendant l’automne. Quant à l’apparition de ce symptôme pendant l’hiver, elle a tout au plus été observée trois fois.

La comparaison suivante rendra peut-être plus clairement mon opinion. Le pellagreux ressemble au papier que le photographe emploie pour produire une épreuve positive. S’il expose dès le matin son appareil à la lumière solaire, l’image ne tardera pas à se produire, et les rayons beaucoup plus ardents du soleil de midi ne pourront plus déterminer aucun effet. Mais si, alors, on enlève l’épreuve négative, les parties qui étaient protégées par ses ombres subiront des changements de coloration , lesquels prouveront que l’action chimique des rayons solaires n’a rien perdu de son intensité. Enfin , l’effet pourra se produire même sous l’influence d’une faible lumière, mais avec plus de lenteur.

Preuves tirées du traitement et de la prophylaxie. — Les symptômes cutanés de la pellagre s’observent exclusivement chez ceux qui subissent l’insolation et sur les parties qui sont directement frappées par la lumière solaire. Strambio avait déjà fait cette remarque, que les malades évitaient l’érythème en se tenant à l’ombre, sans pour cela cesser d’être pellagreux. Cette étiologie, qui a été reconnue partout par les habitants des campagnes et qui leur a inspiré la plupart des noms par lesquels ils désignent la maladie, les a guidés aussi dans la prophylaxie. Le pellagreux landais qui veut éviter les accidents printaniers reste dans sa cabane, fuit le soleil et ne sort que le soir. Si ses travaux exigent qu’il se rende à la lande , son béret fortement rabattu sur son front protège le visage, il cache ses mains sous des mitaines et recouvre ses échasses de peau de brebis pour éviter l’érythème du coude-pied. Ces précautions, si elles sont exactement observées, ont toujours un heureux résultat. Toutefois, les malades n’échappent

pas toujours à l’érythème de la face, cette partie étant beaucoup plus difficile à protéger que tout autre.

Les faits qu’on pourrait citer à l’appui de ce qui précède sont innombrables. Jamais l’érythème ne se développe au coude-pied chez ceux qui portent des bas , à moins que les bas soient troués, et, alors, la rougeur siège au niveau des solutions de continuité dont elle dessine la forme. Un pellagreux que j’ai vu à Sainte-Gemmes avait eu pendant plusieurs années l’érythème du dos des mains ; ce symptôme a manqué cette année parce qu’un certain degré d’agitation du malade avait obligé à recourir depuis la fin de l’hiver à l’emploi du corset de force, sous lequel les mains étaient complètement cachées.

L’usage des gants et des mitaines préserve à coup sûr le dos des mains ; toutefois, les mitaines peuvent permettre le développement de l’éruption sur les phalanges. A ce sujet, on ne saurait assez se tenir en garde contre les assertions de certains malades, et, comme M. Landouzy, j’ai failli être induit en erreur. Un Landais avait sur les mains la rougeur caractéristique; le DrGazaillian, qui l’interrogeait, lui demanda pourquoi il ne portait pas de mitaines. — J’en ai. — Et vous les mettez quand vous allez à la lande? — Oui. — Nous fûmes un instant embarrassés, mais bientôt le mystère s’éclaircit : cet homme portait ses mitaines quand il partait pour la lande et quand il en revenait, c’est-à-dire au lever et au coucher du soleil, mais pendant toute la journée il avait les mains nues, parce que ses mitaines le gênaient pour tricoter.

Quand l’érythème s’est développé, à quelque degré qu’il soit arrivé, le meilleur moyen pour hâter sa disparition, c’est de rester à l’ombre. Si, comme c’est le cas le plus fréquent, les malades continuent à se livrer aux travaux des champs, la guérison n’arrive qu’aux approches de l’hiver, alors que l’irritation causée par l’insolation devient pour ainsi dire nulle.

De quelques particularités des symptômes. — Si l’érv-

ÉRYTHÈME PELLAGREUX. 103

thème pellagreux est dû à l’insolation, retrouve-t-on dans sa symptomatologie les traits caractéristiques du coup de soleil, et s’il existe des différences, à quoi peut-on les rapporter ? Tel est le double point de vue sous lequel nous allons maintenant envisager la question.

D’abord, rappelons deux faits sur lesquels nous avons insisté dans le chapitre précédent, c’est que l’érythème peut être d’emblée aigu ou chronique, c’est que, d’autre part, l’érythème aigu devient le plus souvent chronique au bout de quelque temps.

Parlons d’abord de l’érythème chronique, qui serait le plus fréquent au dire de Strambio. Nous avons dit que dans ces cas l’inflammation se manifeste moins par la rougeur que par une teinte brune ou noirâtre très-foncée. Or, la cause qui produit cet effet chronique est elle-même chronique. 11 ne s’agit pas là d’un coup de soleil, mais d’une succession de coups de soleil dont chacun pris isolément serait incapable de produire l’érythème, soit parce que dans ces cas le soleil est peu ardent ou que son action ne dure chaque fois qu’un temps peu considérable, soit, plutôt, parce que les individus qui présentent cette forme de l’éruption, étant moins profondément influencés par la maladie, offrent plus de résistance à l’insolation.

Or, qu’observe-t-on chez les individus sains qui sont soumis habituellement pendant de longues journées au rayonnement solaire ? La peau des parties exposées devient plus sèche et fortement bronzée. À un degré plus avancé, qu’il n’est pas rare de rencontrer chez les campagnards et chez les ouvriers que leur profession expose plus particulièrement au soleil, comme les maçons, les terrassiers, etc., la peau du dos des mains prend un aspect véritablement pathologique. Elle perd de sa souplesse et de son élasticité, elle semble amincie dans certains points, elle est parsemée de taches blanches qui tranchent sur la couleur foncée de l’épiderme, dont la couche s’épaissit notablement au niveau des articulations et sur les phalanges. On peut même rencontrer un certain fendillement de

l’épiderme, voisin de la desquamation. Toutes ces altérations, qui n’ont pas été décrites par les auteurs mais qui se rencontrent fréquemment, méritent d’être placées à côté de cet état de la peau qu’ on a appelé érythème chronique j)ar rayonnement, et que détermine souvent l’abus des chaufferettes sur les jambes des vieilles femmes. Ces altérations offrent, en tout cas, la plus grande analogie avec celles de l’éythème pellagreux chronique, à tel point qu’on est souvent obligé de recourir aux symptômes généraux pour établir le diagnostic différentiel.

Dans l’érythème pellagreux aigu, les choses se passent autrement, mais le mécanisme reste à peu près le même. Dans quelques cas, les accidents cutanés se développent, pour ainsi dire, en une seule séance, par le fait d’une insolation énergique et prolongée ; c’est tout-à-fait l’analogue du coup de soleil ordinaire, et si le malade a soin, désormais, de se tenir à l’ombre, les symptômes sont les mêmes, à part, peut-être, ceux de la période de desquamation, qui durent plus longtemps et qui s’accompagnent d’une coloration plus foncée de l’épiderme.

Mais, le plus souvent, l’érythème aigu ne se développe pas brusquement, il est précédé par certains signes précurseurs qui témoignent de l’action graduelle et progressive exercée par les rayons solaires. Ainsi, cette forme de l’éruption, que je crois être la plus fréquente malgré l’opinion opposée de Strambio, apporte dans son développement quelque lenteur, tout en conservant, au moins à une certaine période, les caractères de l’acuité. Elle sert de transition entre cet érythème que je viens d’indiquer, lequel se développe brusquement comme le coup de soleil après une insolation très-énergique, et l’érythème chronique de Strambio.

Lorsque le soleil printanier a pu exercer pendant quelques jours son action sur la peau pellagreuse, les malades ne tardent pas à éprouver une sensation d’abord vague, puis graduellement incommode, de picotements et d'ardeur au dos des mains. Cette sensation devient plus pénible par

ÉRYTHÈME PELLAGREUX.

le fait de l’insolation. A cette époque l’observateur n’apprécie encore aucun changement de coloration, il constate tout au plus un certain état de sécheresse et d’aridité de la peau.

Au bout de quelques jours, l’insolation continuant à exercer son action irritante, on voit succéder à celte période initiale, que j’appellerai 'période d’âridUé, d’autres symptômes qui constituent la période pilyriasiquc. La peau est légèrement rosée, il n’y a pas de gonflement du tissu cellulaire, la chaleur est à peine augmentée, mais les malades éprouvent un sentiment d’ardeur beaucoup plus incommode; de plus, on peut voir à la surface de la peau, une légère poussière furfuracée, tellement ténue qu’elle passerait inaperçue sans un examen assez attentif. Cette période, que j’avais eu l’occasion d’observer sur un malade de l’asile de Sainte-Gemmes, ne se trouve indiquée dans aucun des auteurs qu’il m’a été permis de consulter. Toutefois, M. le professeur Sigmund m’a dit qu’elle avait été notée à Padoue et qu’il l’avait retrouvée lui-même sur les pellagreux hongrois. A cette période, la rougeur peut siéger sur toute la partie qui sera plus tard le siège de l’érythème ; d’autres fois elle est limitée à une surface beaucoup plus petite qui s’élargit chaque jour en présentant sur les bords l’état pityriasique, tandis que le centre passe à la troisième période.

Au bout d’un temps très-court et qui n’excède guère deux ou trois jours, la cause d’irritation continuant à agir, de nouveaux effets s’ajoutent aux effets déjà produits et l’éruption entre dans la troisième période, ou période inflammatoire. La peau alors peut offrir des degrés d’inflammation très-variés, suivant les aptitudes individuelles, suivant aussi l’ardeur plus ou moins grande du soleil et la persistance plus ou moins longue de son action. Assez souvent , elle reste simplement érythémateuse ; souvent elle devient érysipélateuse, elle est tendue, lisse, quelquefois môme tuméfiée, brûlante au toucher et d’une couleur rouge sombre fortement prononcée qui disparaît complè-

tement sous la pression du doigt pour reparaître immédiatement après. Dans quelques cas, l’inflammation est vésiculeuse ou même pustuleuse. Je n’ai jamais observé cette complication de l’érythème pellagreux, mais on la trouve notée par un certain nombre d’auteurs, ainsi que l’état papuleux du dos des mains qui me semble devoir appartenir plutôt à la période suivante. L’inflammation peut être portée à un degré plus élevé encore; elle s’accompagne alors d’une production de bulles plus ou moins étendues qui peuvent dans quelques cas recouvrir toutes les parties enflammées. J’ai vu plusieurs fois cette complication survenir chez des aliénés qui, ayant déjà un érythème assez prononcé, continuaient à s’exposer à l’insolation. M. Gintrac l’a observée aussi sur des pellagreux landais. Pour lui, il y aurait eu coïncidence de pellagre et de pemphigus. D’autres ont vu dans ces faits une brûlure au second degré. J’aime mieux n’y voir qu’un érysipèle phlycténoïde, suite de coup de soleil. La sérosité des bulles ne tarde pas à devenir purulente, elle tache en jaune et empèse légèrement les linges de pansement, et, quand l'éruption est très-étendue, elle exhale une odeur nauséabonde que je ne puis comparer qu’à celle de certains pemphigus diutinus. Au bout de quelque temps, elle se concrète et forme des croûtes noirâtres, hideuses et fétides. Cette complication doit être assez fréquente en Espagne, car Thierry et Casai parlent souvent des croûtes qui succèdent à l’érythème.

La période inflammatoire, dure un temps très-variable , suivant la persistance ou la cessation de l’irritation solaire. Elle fait place à la période de desquamation. L’épiderme se détache alors par larges lamelles en commençant en général par le centre ; celui des doigts peut quelquefois s’enlever sous forme de doigts de gants. Au-dessous le derme est rouge, lisse, puis bientôt il devient brun, la nouvelle couche épidermique prend une teinte de plus en plus foncée et subit une nouvelle desquamation. A mesure que les desquamations se succèdent, les pellicules épider-

ÉRYTHÈME PELLAGREUX. 10?

nuques, tout en restant fortement colorées, sont plus ou moins étendues, le derme toujours lisse devient rosé, couleur pelure d’ognon, et quelquefois d’un blanc brillant d’apparence cicatricielle. Cet état squameux persiste tant que l’état d’irritation de la peau est assez marqué; sa durée dépend donc en grande partie de la persistance et de la durée de l’insolation. Si cette cause est peu intense , l’hypersécrétion épidermique, tout en restant plus active que d’babitude, ne l’est pas assez cependant, pour produire l’exfoliation, l’épiderme s’accumule, s’épaissit, surtout sur les doigts, et forme les plaques noirâtres, crasseuses, dont j’ai eu déjà l’occasion de parler. Ces plaques se détachent par le grattage en fine poussière et souvent laissent à nu des taches blanches du derme. Ainsi, l’érythème crasseux qui peut se développer primitivement, peut être une des terminaisons de l’érythème aigu. Outre les modifications d’aspect et de coloration du derme, il s’opère, pendant cette période, un travail intime qui modifie la texture de cette membrane. C’est en général un travail d’atrophie d’où résulte un amincissement considérable avec perte de la souplesse et de l’élasticité. D’autres fois, dans des cas très-rares, c’est au contraire une sorte d’induration chronique de la peau qui lui donne une apparence rugueuse et chagrinée.

Il se passe au niveau des parties qui sont soumises à des mouvements fréquents un travail phlegmasique plus intense. La peau des articulations du carpe et des phalanges devient dure, elle cède difficilement aux efforts de flexion ou d’extension, l’épiderme est plus épais dans ces points que partout ailleurs, les plis cutanés y deviennent plus marqués ; enfin ils se gercent fréquemment et sont remplacés par des crevasses saignantes , très-douloureuses , plus ou moins profondes.

Si, maintenant, nous jetons un coup d’œil général sur ces particularités symptomatologiques de l’érythème pellagreux, nous verrons qu’il ne diffère manifestement du coup de soleil que par sa durée et par la coloration foncée

de l’épiderme. Mais la chronicité de la cause explique la chronicité de l’effet, et ne sait-on pas qu’il suffit à un malade convalescent d’érysipèle facial de se promener au soleil pour voir survenir une récidive? Quant à la coloration brune, on pourrait chercher à l’attribuer à l’action solaire qui a, comme on sait, une grande tendance à bronzer les parties du tégument soumises à son action. Mais l’intensité souvent considérable de celle teinte noire, et la facilité avec laquelle la peau pellagreuse sécrète le pigment sur les points qui ont subi une certaine irritation, ainsi que je l’ai observé sur la trace d’un vésicatoire et sur les bords d’un herpès circiné, m’engagent à rapporter ce phénomène à une cause interne encore indéterminée. Peut-être est-ce le résultat pur et simple de cet état général cachectique qui fait le fond de la pellagre , peut-être est-ce le retentissement cutané d’une altération des capsules surrénales que la pellagre déterminerait comme elle détermine tant de lésions du tube digestif et d’autres organes. Mais, je dois le dire, j’ai peu de foi dans l’avenir de cette dernière ;hypothèse , l’autopsie m’ayant démontré l’intégrité des capsules surrénales dans trois cas où j’avais vu cette coloration très-manifeste.

C’est ici le lieu de dire quelques mots de ce qu’on a appelé manchette pellagreuse. On sait que l’intensité la plus grande de l’érythème s’observe vers le milieu de la partie enflammée et que sur les bords les phénomènes inflammatoires sont en général moins marqués. Cependant, c’est là que l’épiderme présente un épaississement et une coloration noire plus notables ; et, au poignet, il en résulte une zone épidermique noirâtre qui, occupant toute la face postérieure, contourne les parties latérales pour se terminer en avant sous forme d’échancrure, c’est la manchette ioellagreuse. On ne doit pas rapporter ce symptôme à la délicatesse plus grande de la peau de l’avant-bras , qui se laisserait impressionner par l'insolation plus fortement que la peau des mains. On voit, en effet, chez les individus qui ont l’articulation radico-car-

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pienne habituellement recouverte par la manche de leur vêtement, la manchette pellagreuse se dessiner sur le métacarpe. L’interprétation de ce symptôme me semble assez facile. L’inflammation érythémateuse étant surtout intense vers le centre de l’éruption , c’est là que l’épiderme se détachera avec le plus de rapidité. Au contraire, sur la zone qui sert de transition entre la peau malade et la peau saine, il restera beaucoup plus longtemps appliqué sur le derme. Assez souvent, en effet, on le voit encore persister sur ce point, alors que deux ou trois desquamations se sont déjà opérées sur les parties centrales. Or, daas l’érythème pellagreux, l’épiderme est d’autant plus épais et d’autant plus coloré qu’il a pu conserver plus longtemps sa vitalité en restant adhérent au derme. On ne doit donc pas s’étonner de voir la manchette pellagreuse, qui est précisément à la limite de la peau saine et de la peau enflammée, constituer une sorte de bourrelet épidermique noirâtre.

Pathogénie. — De tout ce qui précède, il résulte, je crois, d’une façon inattaquable, que le soleil produit l'érythème pellagreux. Mais pourquoi les pellagreux sont-ils incomparablement plus sujets que les autres à contracter un coup de soleil? A cela je ne puis répondre qu’une seule chose, c’est parce qu’ils sont pellagreux. Ainsi donc, on peut être pellagreux sans érythème, mais, quand on est pellagreux, la peau a la plus grande tendance à se laisser brûler par le soleil.

De quelle façon la pellagre agit-elle comme cause prédisposante^ l’éry thème? Il est assez difficile de le dire d’une manière affirmative. Est-ce que la peau participerait à l’irritabilité du tégument interne qui se laisse si facilement enflammer chez les pellagreux? Mais on ne voit pas que les causes irritantes autres que l’insolation déterminent chez eux des éruptions plus que chez les autres sujets. Est-ce que par le fait de l’atonie du système cérébro-spinal, qui ne laisserait parvenir à la peau

qu’une influence nerveuse amoindrie, ce tégument n’aurait plus assez de résistance vitale à opposer à l’action solaire? Mais, outre que la première objection est applicable à cette hypothèse, on n’observe pas, en général, de symptômes nerveux lors de la première apparition de l’érythème ; il n’y a pas de relation d’intensité entre eux et les symptômes cutanés, quelques faits sembleraient môme établir une sorte d’antagonisme. J’aurais plus de tendance à admettre que la pellagre, qui exerce sur la vitalité de l’épiderme une action bien réelle que j’ai démontrée par certains faits, modifie également quelquesunes de ses propriétés physiques, d’où il résulterait que certains rayons de la lumière solaire, au lieu d’ètre absorbés ou réfléchis à sa surface, pourraient le traverser et porter leur action irritante jusque sur le réseau superficiel du derme. Cette hypothèse, qui peut paraître bizarre au premier abord , deviendra, je crois, vraisemblable, si l’on veut accorder quelque attention aux considérations qui vont suivre.

En 1858, M. Charcot communiqua à la Société de biologie quelques observations qui vont éclairer la question d’un jour tout nouveau ; elles ont trait aux phénomènes que détermine sur la peau humaine le rayonnement de l’étincelle électrique. Je vais reproduire en quelques mots ces observations.

Deux chimistes distingués s’étant réunis pour faire des expériences sur la fusion de certaines substances par la pile électrique, opérèrent à l’aide d’une pile de Bunsen, forte de cent vingt éléments. Ils étaient placés à 50 centimètres des pôles, et l’expérience ne dura que vingt minutes. Le lendemain , ils portaient tous deux sur la face un érythème pourpre avec sentiment de gène et de tension.

M. Foucault , en attelant les unes aux autres des machines de RuhmkorfT, parvint à obtenir des étincelles trèsénergiques, mais dont la lumière était moins intense que celle de la flamme d’une lampe d’émailleur ; elles lui

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occasionnèrent néanmoins des maux de tête avec érythème douloureux de la face.

M. Despretz, en opérant avec une pile de Bunsen, forte de six cents éléments, fut pris presque immédiatement d’érythème facial.

Ces accidents ont évidemment la plus grande analogie avec le coup de soleil ; à quoi doit-on les rapporter ? Estce aux rayons caloriques ? mais ces différents expérimentateurs n’étaient pas incommodés par la chaleur. Est-ce aux rayons lumineux ? Mais dans le cas de M. Foucault, la lumière de l’appareil n’avait qu’une très-faible intensité.

Je n’hésite pas, avec M. Charcot, à attribuer ces accidents à un troisième ordre de rayons que possède à un très-haut degré la lumière électrique, je veux parler des rayons chimiques.

Cet érythème des chimistes à tant d’analogie avec le coup de soleil que M. Charcot n’a pas hésité, dans sa communication, à attribuer aussi l’érythème solaire à l’action des rayons chimiques.

Cette opinion si vraisemblable et si séduisante bien qu’hypothétique, a été reproduite par M. Perroud, à la Société des sciences médicales de Lyon, dans la discussion sur mon mémoire de la Pellagre à Lyon. M. Perroud, dans sa remarquable communication, a apporté de nouvelles preuves à l’appui de l’idée émise par M. Charcot, et l’a appliquée avec bonheur à l’érythème pellagreux. « Songez, « dit M. Perroud, à la chaleur intense à laquelle sont « journellement exposés les cuisiniers, les chauffeurs mé- « caniciens, les verriers, etc. ; comparez cette température « élevée avec la chaleur très-modérée du soleil de mars ou « d’avril, et convenez que si les rayons caloriques étaient « la cause du coup de soleil, les ouvriers que je viens de « mentionner devraient présenter au plus haut point cette <i affection cutanée. » Assurément les arguments de M. Perroud renforcent la théorie de M. Charcot, mais quelque ingénieuse et séduisante que soit une théorie, elle a

besoin de s’appuyer sur des faits rigoureusement constatés ; c’est dans cet esprit que j’ai cherché à la vérifier expérimentalement. Quelques mots sur les rayons chimiques sont nécessaires pour l’intelligence de ce qui va suivre.

On donne le nom de rayons chimiques à certains rayons qui abondent dans la lumière électrique, qui sont en moindre proportion dans la lumière solaire, et qui sont beaucoup plus rares dans les lumières artificielles. Ces rayons ont la propriété de décomposer les oxydes d’or et d’argent, — c’est sur ce fait qu'est basée la photographie, — de combiner le chlore avec l’hydrogène, de décomposer l’eau qui tient du chlore en dissolution pour former de l’acide chlorydrique et de l’acide chlorique, etc. C’est à ces rayons que sont dus les phénomènes de coloration et de respiration des plantes ; ils exercent aussi une action manifeste sur la respiration cutanée de certains animaux inférieurs et même sur la sécrétion hépatique. Ces rayons sont déviés par le prisme à la partie supérieure du spectre solaire vers les rayons violets et même au-delà, de telle façon que dans la partie du spectre qui n’est plus lumineuse on trouve encore en grande quantité des rayons capables de décomposer le nitrate d’argent. A mesure qu’on descend l’échelle chromatique du spectre en se dirigeant vers le rouge, ils deviennent de plus en plus rares. C’est au contraire dans celte direction que se dévient les rayons caloriques qui, très-abondants dans la lumière rouge, existent aussi en grande quantité en deçà du rouge dans la partie encore obscure du spectre.

Par une belle et chaude journée du commencement d’août, à onze heures et demie du matin, j’ai cherché par plusieurs séries d’expériences, à apprécier l’intensité d’action physiologique qu’il faut attribuer à chacun des rayons du spectre. Je recevais successivement sur une lentille les différents rayons colorés et je plaçais la face dorsale de mon avant-bras au foyer même de la lentille.

Pans une première série d’expériences, je cherchai quels

ÉRYTHÈME PELLAGREUX.

effets physiologiques seraient produits dans un temps déterminé, et j’obtins les résultats suivants :

Les rayons violets appliqués 30” ont produit une phlyclcne,

« bleus »

» cuisson et rougeur,

« verts »

>« rougeur légère,

<> jaunes »

» légère cuisson,

« rouges »

Ainsi donc, la lumière violette, qui est la plus riche en rayons chimiques et la plus pauvre en rayons caloriques, a donné l’effet physiologique le plus intense ; la lumière rouge, qui est, au contraire, la plus riche en calorique, la plus pauvre en rayons chimiques, a donné un résultat nul. Entre ces deux extrêmes, les différentes couleurs suivant leur rang dans le spectre ont produit une irritation outanée de moins en moins marquée.

Dans une seconde série d’expériences, je cherchai quel temps était nécessaire pour obtenir avec les différents rayons un effet physiologique identique. J’arrivai aux résultats qu’indique le tableau suivant :

Les rayons violets ont en 1 2’* produit une rougeur avec soulèvement épidermique.

bleus

rougeur,

verts

rougeur aveccuisson.

jaunes

rougeur,

rouges

rougeur,

On voit qu’il m’a été difficile d'obtenir t ‘ujours un effet identique, et, deux fois, j’ai dépassé le but que je m’étais proposé, celui de produire une simple rougeur. Ainsi, la lumière violette, qui cependant a été employée pendant le temps le plus court , a néanmoins produit une véritable phlyctène. 11 résulte de ces dernières expériences, que si l’on classe les différents rayons par rang d’intensité d'action physiologique décroissante, on les inscrira comme dans le

premier tableau, dans le même ordre qu’ils occupent sur le spectre solaire. Deux rayons sembleraient faire exception : la durée de l’expérience a été avec les rayons verts un peu plus longue qu’avec les rayons jaunes. Mais si l’on remarque que la différence n’est que de 1” et que l’effet de la lumière verte a été plus marqué, on fera rentrer dans la règle celte exception apparente.

De ces deux séries d’expériences il résulte que l’intensité d’action rubéfiante des différentes parties du spectre est en rapport direct avec l’abondance des rayons chimiques et ne dépend nullement des rayons caloriques.

Pour mieux mettre en lumière cette dernière proposition, j’ai cherché à supprimer les rayons caloriques de la lumière solaire en lui faisant traverser un corps doué d’un très-faible pouvoir diathermane , mais capable de laisser passer les rayons chimiques. J’ai condensé à l’aide de la lentille un pinceau de lumière solaire auquel j’avais fait traverser une nappe d’eau, et j’ai obtenu les mêmes effets physiologiques' dans un temps sensiblement égal à celui qu’avaient exigé les précédentes expériences.

Concluons en disant que les rayons caloriques ne sont pour rien dans la production de l’érythème solaire, et que cet accident est dû exclusivement à l’action des rayons chimiques.

Or, nous avons établi d’une façon inattaquable que l’érythème pellagreux n’est autre chose qu’un coup de soleil ;

Donc l’érythème pellagreux est produit par les rayons chimiques de la lumière solaire.

Et, qu’on ne s’imagine pas que ces recherches n’ont qu’un pur intérêt de curiosité scientifique; loin de là 1 Elles éclairent d’un jour tout nouveau certains points de lapalhogénie de l’érythème, elles mettent sur la voie d’altérations nouvelles de la peau pellagreuse qu’on n’aurait jamais pu soupçonner ; elles nous serviront enfin de guides quand nous aurons à traiter de la prophylaxie et de la thérapeutique de cette affection.

EU VT II EM E i’ELLAGUEUX.

M. Perroud a prétendu expliquer par cette théorie le développement si fréquent de l'érythème pellagreux au printemps. Il fait remarquer avec raison , on effet, « que « la quantité des rayons chimiques de la lumière solaire « n’est pas en rapport direct avec la quantité de ses « rayons de lumière et de calorique ; en effet, l’image pho- « tographique, qui est due uniquement aux rayons chimi- « qucs, se produit beaucoup plus rapidement dans la ma- « tiuée qu’au milieu du jour. Elle se fait plus rapidement « à 7 heures du matin qu’à 5 heures du soir,

» à 8 » id. » 4 » »

« à 9 » id. <i 3 » »

« quoique cependant à ces moments la hauteur du soleil « soit la même au-dessus de l’horizon. » Partant de là, M. Perroud suppose que le soleil printanier est aussi plus riche en rayons chimiques que le soleil d’été, et il y trouve l’explication de l’érythème vernal. Je ne crois pas que celte opinion purement hypothétique soit capable de prévaloir contre l’interprétation que j’ai déjà donnée du phénomène. Je le répète : la peau pellagreuse est tellement sensible à l’action rubéfiante des rayons solaires que le soleil du printemps suffit à déterminer l’érythème, et si les malades, par des moyens prophylactiques spéciaux , ont échappé à cette affection pendant les premiers mois de l’année, ils la voient se développer au milieu de l’été, dès qu’ils négligent les précautions habituelles.

Reprenons maintenant l’opinion que j’ai émise précédemment : à savoir que la pellagre prédispose à l’érythème solaire moins en augmentant l’irritabilité du derme qu’en faisant perdre à l’épiderme sa propriétéde protéger la peau contre l’action rubéfiante de l’insolation. 11 est probable, en effet, que l’épiderme sert de rempart au derme contre les rayons chimiques, par lesquels il se laisserait traverser bien plus difficilement que par les rayons caloriques ou par les rayons lumineux. Il participerait ainsi de la propriété qu’ont certains corps, tels que le sulfate de quinine et le verre d’Urane, d’absorber les rayons chimiques,

propriété qu’on désigne sous le nom de fluorescence. La pellagre ferait perdre à l’épiderme la fluorescence qu’il possédera l’état normal.

Tellesjsont, du moins, les hypothèses fort ingénieuses émises pai\M. Perroud dans sa communication. 11 est à souhaiter que des expériences décisives viennent nous dire le degré de confiance que l’on doit accorder à ces suppositions.

Quoi qu’il en soit, il reste un fait définitivement acquis, c’est l’influence des rayons chimiques sur le développement de l’érythème^; et je puis le dire d’avance, car ce fait prendra sa place dans la prophylaxie de cette affection , les rayons qui émanent directement du soleil peuvent être renforcés dans leur action par ceux qui nons arrivent par rayonnement [des corps ambiants. De tous ces corps, le sable jouit au plus haut degré de la propriété de réfléchir les rayons chimiques. M. Perroud y trouve une explication de la fréquence de cette manifestation pellagreuse chez les habitants des Landes. Je ferai observer que dans les Landes le sable n’est pas à nu, que les bergers sont surtout atteints et que les besoins de leurs troupeaux les obligent à stationner dans les endroits où existe , en certaine abondance, une végétation dont la couleur verte est si éminemment propice à l’absorption des rayons chimiques. Je crois donc que la réflexion par le sable n’exerce qu’une action à peu près nulle sur le développement de l’érythème landais, lequel n’offre pas, d’ailleurs, une intensité plus grande que celui des autres pays où règne la pellagre et dont la constitution géologique est différente. J’admettrais plus volontiers que la blancheur éclatante des murs et la nature sablonneuse du sol des préaux, en déterminant un rayonnement chimique considérable, ne sont pas étrangers aux symptômes si remarquables d’acuité que présentent souvent les pellagreux de l’asile de Sainte-Gemmes.

COMPLICATIONS ET INCOMPATIBILITÉS

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