‹ Recherches nouvelles sur la pellagreChapitre 12 sur 47 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

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La pellagre est 'assurément l’une des maladies dont le

diagnostic est gle plus facile, pourvu toutefois que l’esprit de l’observateur soit prévenu. Ainsi, dans les pays où elle est endémique, il n’y a presque jamais de difficulté sérieuse à reconnaître la pellagre; mais, quand on la rencontre à l’état sporadique dans des pays où le médecin suppose qu’elle n’a jamais existé , parce qu’elle n’a jamais été signalée, la difficulté devient réelle et met presque toujours en défaut la sagacité des observateurs les plus judicieux. Il en résulte que, le plus souvent, la maladie passe inaperçue ; ou plutôt le symptôme dominant, érythème, diarrhée, démence, paralysie, attire seul l’attention et sert de base à un faux diagnostic. Mais aujourd’hui que les travaux modernes ont établi qu’elle existe en

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France dans la plupart des départements du sud-ouest, dans la Normandie, à Paris, dans la Champagne, dans l’Auvergne, dans l’Ailier, dans la Charente, dans la Haute- Vienne, dans le Rhône, dans la Loire, dans la Haute- Loire et dans le département de Saône-et-Loire, les médecins devront se tenir en garde contre la confusion jusqu’à présent si fréquente de la pellagre avec d’autres affections auxquelles se rapportent quelques-uns de ses symptômes.

Assurément la pellagre, pour se développer en Champagne, n’a pas attendu que M. Landouzy vînt l’y découvrir ; elle existait à Lyon avant l’année 1861, pendant laquelle j’ai pu, en quatre mois, recueillir quatorze observations.

Si l'on songe maintenant au mérite et à la valeur scienliûque d’un grand nombre de médecins (jui méconnaissaient la maladie dans les différents lieux où elle est signalée aujourd’hui ; si l’on considère, d’autre part, que jamais, à aucune époque, on n’a apporté plus de soins et de précision au diagnostic , on comprendra qu’une erreur sijcommune de nos jours n’ait pas été évitée par nos prédécesseurs, et l’on sera tenté d’admettre cette conclusion que je donne d’ailleurs sous toutes réserves : c’est que la pellagre existe peut-être depuis des siècles, et que si on lui attribue une origine récente, c’est que certaines modi ücations hygiéniques introduites au sein des populations l’ont rendue plus fréquente au point de lui donner tous les caractères des endémies.

11 suffit que l’erreur soit signalée pour qu’il ne soit plus permis d’y tomber. Toutefois, certains cas ont pu être embarrassants. M. Villemin a rapporté un fait observé à Paris qui ne me parait pas mériter le nom de pellagre qu’on lui a imposé; il s’agit d’un érythème développé exclusivement sur la face au mois de décembre : M. Brierre de Boismont affirmait l’existence de la pellagre et M. Roussel la niait. Et plus tard, au sujet d’un malade du service de M. Honoré, la même divergence existait entre leurs opinions.

Le diagnostic de la pellagre est basé surtout sur l’existence de l’érythème, sur l’époque de son apparition, sur son siège, sur sa durée; il repose aussi sur la concomitance d’accidents digestifs et nerveux, sur leur réapparition ou leur recrudescence vernales.

Mais existe-t-il un signe pathognomonique de la pellagre ? Non, pas même l’érythème. Ce symptôme, en effet, a manqué quelquefois, il manque même toutes les fois que les malades veulent se soustraire à l’action du soleil ; de plus, comme il n’est que le résultat de l'insolation, il peut, dans certains cas, ne différer par aucun point de sa symptomatologie du coup de soleil ordinaire. La diarrhée, le pyrosis sont loin d’être constants ; l’état de la langue,

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sur lequel j’ai insisté, manque dans quelques cas , les troubles nerveux peuvent faire défaut pendant plusieurs années; ils n’offrent d’ailleurs rien qui soit absolument spécial à la pellagre. Il n’y a donc, ainsi que je le disais, aucun symptôme qui soit pathognomonique ; mais on devra tenir compte surtout de l’ensemble des phénomènes, de leur marche et de l’exacerbation qu’ils présentent au printemps ; enfin, si l’on arrive à temps pour constater l’érythème, tout doute sera dissipé.

Mais assez souvent les malades se présenteront au médecin après la disparition des symptômes cutanés dont ils n’auront même pas conservé la mémoire, et alors, s’il faut porter un diagnostic extemporané, les chances d’erreur sont nombreuses. Toutefois, s’il s’agit d’une diarrhée quia attiré surtout l’attention du malade, sa nature asthénique, son apparition au printemps, l’existence d’accidents semblables ayant débuté les années précédentes à la même époque, l’état des lèvres et de la langue, le ptyalisme, le pyrosis, pourront donner les plus grandes présomptions en faveur de la pellagre, et si l’on trouve quelques symptômes nerveux , le diagnostic pourra être posé sur des bases assez solides. Si le malade présente des troubles intellectuels avec un certain degré de paralysie pouvant au premier abord simuler la démence paralytique, j’avoue que le diagnostic sera des plus délicats si l’on ne peut arriver à obtenir aucun renseignement sur l’érythème ; en effet , les aliénés paralytiques ont très-souvent des troubles digestifs qui, rapprochés des désordres nerveux, peuvent jusqu’à un certain point simuler le pellagre. 11 faudra alors tenir compte de la date de l’apparition des accidents, des quelques symptômes spéciaux que peuvent offrir les lèvres ou la langue, de la nature dépressive du délire, qui, je l'ai dit, n’est presque jamais ambitieux chez les pellagreux , tandis qu’il l’est le plus souvent chez les aliénés paralytiques. Mais, dans tous ces cas, il sera prudent de ne pas se prononcer d’une manière trop affirmative et de surveiller les modifications qui pourront survenir au

printemps suivant, dans les divers appareils, mais surtout à la peau. Il me semble même qu’on pourrait avec avantage chercher à provoquer l’érythème en vue du diagnostic. 11 n’y aurait aucun inconvénient pour le malade à exposer une de ses mains ou toute autre partie à l’action des rayons solaires pendant quelques jours, deux ou trois heures chaque jour. Si l’érythème survenait et qu’il présentât les caractères que nous avons assignés à l’hérythème pellagreux, la question serait jugée au grand bénéfice du malade, qui pourrait dès lors être soumis à une médication appropriée.

Supposons maintenant le cas où l’érythème existerait seul, ou, pour être plus exact, le cas où l’érythème semblerait exister seul, comme cela arrive quelquefois chez les aliénés pellagreux dont les troubles digestifs peuvent dépendre aussi bien de l’aliénation que de la pellagre, et dont l’intelligence est trop obtuse pour qu’on puisse se renseigner sur les symptômes subjectifs : quelles sont les maladies de la peau avec lesquelles on pourrait confondre la pellagre ? Aucune, si l’érythème pellagreux est bien prononcé, si le derme est encore congestionné, si l’épiderme est déjà en desquamation et si l’altération est nettement limitée par la manchette. Mais si l’érythème est à son déclin , s’il a perdu son aspect caractéristique, la confusion sera moins impossible.

Le coup de soleil surtout pourrait être confondu avec l’érythème pellagreux; mais, en général, il ne siège que sur une seule partie, sur la face, sur le cou, sur une main ; il est très-rare qu’il se développe sur toutes les parties exposées. Toutefois, dans un cas rapporté par M. Gintrac, la distinction a présenté une certaine difficulté ; il s’agit d’une jeune fille qui, ayant fait à pied, par un temps trèsbeau et assez chaud, un trajet de plusieurs heures en portant des paquets dans ses bras, vit au bout de deux ou trois jours se développer un érythème de la face et du dos des mains qui mit près d’un mois à disparaître complètement. Cette fille n’eut que les symptômes généraux qui accom-

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pagneut l’érysipèle ; elle quitta l’hôpital bien portante. Mais ce fait exceptionnel ne saurait infirmer une règle générale ; et presque toujours on distinguera l’érythème pellagreux du coup de soleil ordinaire par la multiplicité de son siège, par sa durée plus grande et par la coloration plus foncée de ses squames.

Mais quand on aura affaire à l’érythème chronique d’emblée, à l’érythème crasseux , le diagnostic devra reposer sur d’autres caractères. On ne pourra plus le confondre avec le coup de soleil proprement dit ; mais on devra se demander si les altérations qu’on constate sont autre chose que cet état que détermine l’insolation prolongée , indépendamment de la pellagre, sur les mains des terrassiers, des cultivateurs, etc. Si l’épiderme est notablement épaissi , présentant une coloration noire trèsfoncée, se détachant par le grattage en une fine poussière, on pourra affirmer l’existence de la pellagre. Si la lésion est moins accentuée, que l’accumulation épidermique et pigmentaire soit moins prononcée, il sera quelquefois prudent de rester dans le doute et de chercher à s’éclairer par l’étude des symptômes généraux.

On ne peut pas confondre la pellagre avec l’ichthyose ou avec le psoriasis, ces maladies n’étant jamais limitées exactement aux parties qui sont le siège de l’érythème. Je puis en dire autant du pityriasis rubra.

b’eczémadu dos des mains pourrait plutôt occasionner une méprise; il se limite souvent d’une manière assez exacte à la face dorsale, sans empiéter beaucoup sur l’avant-bras, il n’est même pas très-rare de l’observer simultanément au dos des mains et au coude-pied; mais il est le siège d’un prurit très-vif que ne présente jamais l'érythème pellagreux, il produit une sécrétion abondante qui n’appartient, pas à la pellagre à moins de complications phlycténoïdes ou bulleuses, et alors la lésion élémentaire est trop différente de celle de l’eczèma pour que l’erreur soit possible. Dans le cas où l’érythème pellagreux s’accompagne d’un développement de vésicules, la

confusion même n’esl guère possible; car ces vésicules sont rares, disséminées, elles semblent réellement surajoutées; dans l’eczéma, au contraire, elles constituent à elles seules toute la maladie.

L’eczéma lichénoïde, surtout, pourrait induire en erreur, non à la période aiguë, mais quand il a passé à l’état chronique, alors que le derme a perdu sa souplesse, qu’il offre une teinte plus foncée, et que l’épiderme se desquame lentement à sa surface. Mais le prurit et l’épaississement du derme mettront sur la voie du diagnostic. Toutefois, il est des cas où la difficulté est réelle. M. Landouzy a eu à se tenir en garde contre cette confusion, et l’observation suivante me laisse encore des doutes.

Obs. XVII. — Gayet (Virginie), femme Nicolas, âgée de 33 ans, née et domiciliée à Villeurbanne (Rhône), cultivatrice, a déjà fait deux séjours au quartier d’aliénés de l’Antiquaille, une première fois, du 23 août au 26 novembre 1 835, une seconde, dn 30 janvier 1857 au 2 septembre 1859. Evadée la première fois, elle a été retirée non guérie la seconde. On la trouve inscrite sur les registres avec le diagnostic : Lypémanie.

Le 8 septembre 1861, elle entre d’urgence une troisième fois.

Cette femme qui était très-souvent maltraitée par son mari, vivait séparée de lui depuis son second séjour à l’asile. Elle vagabondait pendant toute la journée, exposée sur les routes à l’ardeur du soleil ; souvent elle passait la nuit dans les champs. Elle n’avait qu’une nourriture mauvaise et insuffisante qui lui faisait même quelquefois défaut. Son alimentation se composait presque exclusivement de soupe et de pain ; jamais elle ne mangeait de viande, jamais elle ne buvait de vin. C’est à la suite d’une accusation de vol qu’elle a été transférée à l’asile.

Au moment de son admission, on constate sur le dos des mains et sur la face une éruption qui, par sa grande analogie avec la pellagre, fixe tout d’abord l'attention.

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Sur le dos des mains, des phalanges el du quart inférieur de l’avant-bras, il existe un état de dureté, de congestion et de léger épaississement du derme, formait des plaques séparées les unes des autres au niveau des plis articulaires. Ces plaques ont une coloration rouge-brun Irès-prononcée, elles sont lisses, l’épiderme semble avoir subi une desquamation ; elles sont à peine le siège d’un léger prurit , mais elles deviennent douloureuses par le fait de l’exposition au soleil. La malade dit qu’elles n’ont jamais donné lieu à aucun suintement. Toutefois l’apparence générale de cette éruption des mains est plutôt celle de l’eczéma lichénoïde passé à l’état chronique que celle de l’érythème pellagreux. Je dois noter néanmoins que la lésion s’arrête sur l’avant-bras au point où finit la manche de la robe et que la face palmaire est parfaitement intacte.

Sur la face, l’éruption n’a aucun des caractère de l’eczéma ; elle rappelle, au contraire, de point en point l’érythème solaire. Le derme est rouge, animé, sans gonflement appréciable, recouvert par des lamelles épidermi ques sèches, assez larges. L’inflammation qui occupe le front, les paupières, le nez et la lèvre supérieure ne s’accompagne d’aucun prurit et n’a jamais donné lieu à aucun suintement. La muqueuse extern i des lèvres est livide, aride, et présente un épiderme légèrement épaissi.

La bouche ne présente rien d’anormal, la langue a son aspect naturel. On ne peut noter aucun trouble fonctionnel des autres appareils de l’économie.

L’intelligence offre seule des désordres qui d’ailleurs ne diffèrent pas sensiblement de ceux qu'on avait constatés lors des précédents séjours de celte femme à l’asile. Etant interne du service des femmes aliénées, j’avais pu l’observer en 1858 et je retrouve chez elle comme à celte époque une lypémanie avec tendance à l’agitation entée sur un certain degré d’imbécillité. Je demande à Virginie Gayet, depuis quand elle a sa maladie de la peau : — De-

puis le printemps. — Est-ce la première fois qu’elle se développe? — Non, j’ai déjà eu des rougeurs sur les mains et sur la figure, l’année dernière au printemps; c’est le soleil qui les fait venir. Cette réponse que je n’avais indiquée en aucune façon à la malade se reproduisit avec une remarquable persistance, toutes les fois qu’on l’interrogea sur l’époque du développement et sur la cause de son mal; et s’il faut le dire, je fus presque flatté d’avoir le témoignage d’une imbécille, en faveur des idées que je soutiens relativement à la palhogénie de l’érythème pellagreux.

Cet érythème, ou pour ne rien préjuger, cette lésion cutanée fut abandonnée sans traitement ; on ne fit usage d’aucun topique et désormais elle suivit une marche décroissante sans produire jamais aucun suintement. L’inflammation du derme entra graduellement en résolution, l’épiderme après une légère desquamation reprit l’apparence normale. Ces modifications s’observèrent de la même façon à la face et sur les mains. Enfin, dans la dernière quinzaine d’octobre, les parties autrefois affectées ne présentaient plus aucun caractère morbide ; leur place était seulement indiquée par une légère teinte brune des bords.

Pendant tout ce temps la santé générale a toujours été satisfaisante.

Je dois ajouter que les coude-pieds n’ont jamais été affectés, peut-être parce que cette femme porte habituel— ment des bas.

L’herpès circiné pourrait aussi être confondu avec la pellagre. En effet, quand il est abandonné à lui-même, l’herpès du dos des mains ne tarde pas à transformer celte région en une plaque squameuse limitée au poignet par un rebord légèrement saillant, très-net, et sur lequel la desquamation s’opère avec plus d’activité; d’un autre côté, la maladie n’envahit pas la paume des mains. Un observateur peu attentif pourrait s’en laisser imposer par l’ensemble de ces caractères ; mais le prurit, la marche en

DIAGNOSTIC

vahissante de l’herpès, et la présence sur son rebord de vésicules qu’un examen attentif fera souvent découvrir, sont autant d’éléments pour le diagnostic.

11 est une maladie, surtout, dont on a fait grand bruit dans ces derniers temps et dont on a singulièrement exagéré les analogies avec la pellagre ; c’est Y acrodynie. Elle offre en effet des symptômes qui, vus de loin, peuvent rappeler certains caractères de la pellagre ; les épidémies observées à Paris en 1828 et 1829 avaient débuté au printemps; les mains et la face s’affectaient, il y avait quelquefois des troubles digestifs, du délire et des symptômes nerveux assez bizarres. Mais quoi qu'on en ait dit, quoiqu’on en dise encore aujourd’hui, la maladie dont on nous a laissé la description ne sera jamais confondue avec la pellagre. Il est vrai qu’à Paris elle a débuté au mois de mars, il est vrai qu’à Lyon on a pu en observer, en 1859, trois cas survenus à la même époque de l’année, mais il n'y a là qu’une pure coïncidence. L’histoire de l'acrodynie se complète de nos jours puisque les chirurgiens de notre armée l’ont retrouvée dans les ambulances pendant l’expédition de Crimée; et M. Tholozan, qui vient de donner dans la Gazette médicale une excellente relation de cette épidémie, nous dit qu’elle se développa au mois de novembre. La date de l’apparition de la maladie ne peut donc pas être considérée comme un argument sérieux. De plus, nous ferons remarquer à ceux qui insistent aujourd’hui avec tant de complaisance sur les ressemblances de ces deux maladies, sur la difficulté de leur diagnostic, que l'érythème de l’acrodynie était surtout un œdème inflammatoire et douloureux, qu’il ne siégeait pas exclusivement à la face dorsale des mains et des pieds, mais qu’il envahissait entièrement les extrémités et qu’il se développait souvent ailleurs, sur des parties protégées par les vêlements, là où ne siégejamais l’érythème pellagreux ; que l’œdème de la face n’était, pas rare, tandis qu’on ne l’observechez les pellagreux que lorsqu’ils sont en proie à la cachexie séreuse. Les douleurs et la contracture des

extrémités, si fréquentes, si remarquables, qu’elles ont donné son nom à l’acrodynie, n’ont été notées que comme un accident très-rare de la pellagre. L’acrodynie offrait très-souvent des signes d’inflammation aigue de la muqueuse bronchique et de la conjonctive, ces symptômes manquent absolument dans la pellagre. L’acrodynie était épidémique, la pellagre est endémique ou sporadique. Enfin, et par dessus tout, l’acrodynie est une maladie aiguë qui s’épuise rapidement chez le même individu ; la pellagre est chronique, et si elle semble abandonner pendant quelque temps les malheureux qu’elle tient en sa puissance, c’est pour manifester de nouveau son action par de nombreuses recrudescences.

Ainsi donc il est impossible, je crois, à moins d’une grande légèreté, de confondre la pellagre avec l’acrodynie. Et pourtant, M. Coslallat persiste à dire que les malades de M. Landouzy, que les pellagreux de la Vieille-Castille sont atteints d’acrodynie. Les observations de M. Landouzy semblent copiées sur celles de Strambio, elles me rappellent de point en point ce que j’ai vu dans les landes ; M. Landouzy a comparé ses malades avec les pellagreux landais et s’est plus que jamais convaincu de leur parfaite ressemblance. C’est dire que la maladie observée à Reims diffère de la façon la plus flagrante de ce qu’on a décrit sous le nom d’acrodynie, et je m’étonne que M. Costallat, qui a assisté à l’épidémie de 1829, étant alors interne des hôpitaux de Paris, puisse trouver une si grande analogie entre ces deux maladies. Quant aux pellagreux de la Vieille-Castille, nous n’avons aucune description de leur maladie : Seulement, M. Costallat, qui les a visités, dit qu’elle ressemble à la pellagre plus qu’à toute autre affection ; mais il reste convaincu que c’est une maladie céréale analogue, mais seulement analogue à la pellagre D’ailleurs, M. Costallat se fait de l’acrodynie une idée que nous ne pouvons pas partager, parce qu’elle s’éloigne trop de la description classique de cette maladie et parce qu’elle est en contradiction avec les faits récents qui ont surgi

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. dans la science. Pour lui, l’acrodynie et la pellagre sont sœurs jumelles, les symptômes de l’une sont pour ainsi dire la reproduction des symptômes de l’autre, le diagnostic symptomatologique est encore tout à faire et si délicat dans l’état actuel de la science qu’il n’a pas cru devoir aller à Reims « où il aurait pu commettre des erreurs en « cherchant en quoi les pellagreux de M. Landouzy dif- « fèrent des siens. » Ce n’est donc pas sur l’examen des symptômes qu’il base sa distinction, mais uniquement sur l’étiologie. Pour nous qui procédons tout autrement, qui faisons reposer la nomenclature sur les caractères propres aux maladies, il nous semble toujours que les arguments de M. Costallat sont des pétitions de principes. Si les habitants de la Vieille-Castille que tourmente la ficmu sulacla (pituite salée), si les malades de M. Landouzy mangeaient du maïs, M. Costallat déclarerait qu’il sont pellagreux; ils mangent du froment ou du seigle, donc ils sont acrodyniques. Et ne croyez pas que j’exagère les idées de M. Costallat ; il a écrit dans sa brochure intitulée : Pellagre et acrodynie, les deux conclusions suivantes ;

« En présence d’un pellagreux et d’un acrodynique, vous <• leur demandez de quelle céréale ils font habituellement « usage, et la réponse est tout le diagnostic. » Et plus loin : <> Un jour, peut-être, las d’employer deux dénomi- « nations pour des maladies qui ont tant de points de con- « tact, on supprimera le moi acrodynie et l’on dira = « pellagre par le maïs, le froment, le seigle, etc., en <> attendant qu’on dise : pellagre par le verdet, la carie,

« le charbon, etc. » Y a-t-il bien loin de cette conclusion à la proposition suivante, qui serait un acheminement vers la conciliation? Diverses altérations du maïs, du blé, du seigle, etc., peuvent produire une même maladie, la pellagre ; ou encore la pellagre est liée à diverses altérations des céréales. De cette façon, l’unité de cause étant abandonnée, on n’aurait plus besoin de multiplier artificiellement les espèces morbides.

De celle trop longue discussion il résulte que des diffé-

rences fondamentales séparant l’acrodynie classique de la pellagre, le diagnostic n’offrira jamais de difficulté et que l'acrodynie comme l’entend M. Costallat n’étant autre chose que la pellagre, elle cesse d’être une entrave au diagnostic.

Peut-on confondre la pellagre avec la fièvre typhoïde? Si cette erreur n’avait pas été commise par l’un des médecins les plus recommandables des hôpitaux de Paris, pareille erreur semblerait impossible. Et cependant l’un des pellagreux observés parM. Devergie avait été traité pendant J 1 jours à riiôtel-Dieu par M. Husson comme atteint de fièvre typhoïde. Toutefois, si l’on se reporte à ce que j’ai dit de cet état ataxo-adynainique et typhoïde, où sont quelquefois plongés les pellagreux à la fin de leur existence, la méprise s’expliquera plus facilement. Si par exemple un malade était amené dans cet état à l’hôpital sans que personne pût donner de renseignements sur les antécédents, si l’érythème ne laissait plus de traces, j’avoue que l’erreur de diagnostic me paraîtrait à peu près impossible à éviter. C’est dans ces cas surtout qu’il faudrait insister sur les symptômes locaux de l’entérite folliculeuse.

Un fait rapporté par A1. Landouzy vient encore compliquer ce point de diagnostic : il s’agit d’une femme de 30 ans qui présenta un érythème pellagreux dans le cours d’une fièvre typhoïde. Mais, outre qu’elle est rapportée sans aucun détail, cette observation m’inspire une certaine défiance parce que l’érythème siégeait à la face palmaire des mains comme à la face dorsale et parce qu’il existait aussi sur les pieds, alors que l’obligation où la malade était de garder le lit aurait dû la prémunir contre l’action des rayons solaires. Toutefois, pareille complication n’est pas impossible ; la fièvre typhoïde, comme tant d’autres maladies graves, peut bien prédisposer à la pellagre.

11 me reste à parler de la maladie bronzée. M. Laudouzy attache une certaine importance à ce diagnostic et M. Rollet a insisté récemment sur les analogies des deux maladies. Je ne saurais mieux faire que de reproduire textuellement les paroles de mon maître. « 11 n’y a qu’une maladie

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« qu’on pourrait, dans l’ensemble, confondre avec la pel— « lagre, c’est la maladie bronzée d’Addison. Plus on « étudie l’érvthème pellagreux, plus on arrive à trouver « dans cette affection une sorte de spécificité. Il semble « qu’il y ait là autre chose que de la rougeur; à coup « sûr, il s’y mêle une teinte particulière produite par une « altération profonde du pigment. Il y a, d’autre part, une « analogie éloignée, mais réelle, entre la cachexie de « la pellagre et celle de la maladie bronzée, et il ne serait « pas impossible que les deux maladies eussent été con- »« fondues par quelques observateurs. En tout cas, il reste « à rechercher, ainsi que me le faisait récemment remar- « quer M. Chavanne, à qui nous devons un excellent Ira' « vail sur la maladie d’Addison , si dans la pellagre paie reillement les capsules surrénales ne seraient pas « altérées. » La confusion ne pourrait avoir lieu que dans le cas où la coloration bronzée siégerait exclusivement sur le dos des mains, ou sur les coude-pieds, ou sur la face, ce qui. est tout-à-fait exceptionnel. Elle simulerait alors l’érythème crasseux. Mais un examen plus attentif, en faisant voir que l’épiderme n’est pas épaissi, qu’il ne se desquame pas, ne tarderait pas à dissiper les doutes.

M. Landouzy rapporte sommairement une observation où il croit voir une complication de pellagre et de maladie bronzée = « A dix pas, dit-il, tout le monde diagnostiquera « la maladie bronzée, car cet homme ressemble sur plu- •• sieurs régions de son corps à une véritable statue de ■■ bronze qui a perdu son vernis; mais en examinant « de près, on voit sur toute cette peau de mulâtre, de pe- « tites squames analogues à celles de la pellagre. » Je me suis demandé s’il n’y avait pas là tout simplement un pityriasis nigra. Cette maladie cutanée parasitaire répondrait à tous les symptômes énumérés plus haut, tandis que la pellagre ni la maladie bronzée ne peuvent les expliquer.

Mentionnons enfin une maladie particulière aux individus qui cherchent les œufs de fourmis; M. ffufz, en

présentant un cas de ce genre à l’Académie de médecine, dans sa séance du 23 juillet 1801 , a parlé de ses analogies avec la pellagre. Mais si l’on se reporte a la description donnée par M. Tardieu, en 1849, dans les Annales d’hygiène, on comprendra difficilement qu’il soit possible de confondre avec la pellagre une affection caractérisée spécialement par une inflammation très-douloureuse avec la desquamation de la paume des mains.

PRONOSTIC

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