CHAPITRE XI
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C'est vers 1730, dans les Asturies d’Oviedo, que Casai découvrit la maladie dont Thiéry fut le révélateur en 1755, que Sauvages devait bientôt nommer lepra cisturiensis dans sa nosologie méthodique, et dont Thouvenel devait démontrer, en 1796, l’identité avec la pellagre lombarde. Elle paraissait déjà être ancienne dans le pays, où elle était désignée vulgairement sous le nom de mal de la rosa, et elle y faisait des ravages considérables, surtout dans les cantons de las Uegueras, Llanera, Corvera et Carrêno, où les malades étaient innombrables.
Dans son Histoire naturelle et médicale de la principauté des Asturies, Casai dit que cette province est parcourue par de hautes montagnes, que séparent des vallées profondes et humides, mais qu’on trouve aussi de vastes plaines, que l’hiver est peu rigoureux et que l’été est moins chaud que dans la Castille, l’Estramadure et l’Àragon. Elle est exposée à des vents violents, celui du nord-ouest qui est froid et orageux, celui du nord-est qui est glacial , celui du sud qui est embrasé.
C’humidité de l’atmosphère est telle que la farine de froment, si on la garde plus de deux mois, se change en une pâte infecte. Souvent, dit Casai, d’épais brouillards empêchent de voir le soleil pendant les mois de mai , de juin et de juillet. Ces eaux sont abondantes et très-limpides. Les paysans, qui seuls étaient atteints par le mal de la rosa, se nourrissaient de maïs, d’œufs, de châtaignes, de
pois, de navette, de choux, de fromage, de pommes, de poires, de noix, et d’autres fruits. Ils n’usaient que trèsrarement de viande fraîche et rarement de viande salée ; ils ne buvaient que de l’eau.
Les maladies les plus fréquentes étaient, après la gale , cette souveraine des Asturies, la lèpre à laquelle étaient consacrées vingt léproseries , la scrofule et la phthisie pulmonaire.
Casai attribuait la maladie qu’il avait découverte « à l’alimentation avec des substances inertes, comme cause prédisposante, et à l’atmosphère comme cause déterminante. »
Depuis les travaux de l’illustre praticien d’Oviedo , l’étude de la pellagre espagnole n’a pas été reprise ; on s’occupe à peine en Espagne d’une endémie qui atteint cependant une notable partie de la population dans plusieurs provinces. M. Gonzalès Crespo, dans une notice qu’il communiqua àM. Roussel, dit que le mal de la rosa n’aurait pas fait de progrès depuis Casai, que rien n’indiquerait son existence dans la plupart des provinces espagnoles et que dans les Asturies même ses ravages sembleraient avoir diminué.
Cependant il paraît avéré qu’elle se retouve dans la Galice, où le père Feijoo l’avait signalée en 1740 et elle se présente, avec une certaine, fréquence dans ta Vieille-Castille, où M. Gostallat a. pu l’observer. Mais comme dans la Vieille-Casülle les paysans ne mangent jamais de maïs, et que pour M. Costal lat le maïs altéré -si la cause spécifique de la maladie, ce médecin préfère désigner sous le nom d’acrodynie cette maladie de tous points différente de l’acrodynie classique et que les paysans désignent sous le nom de flema salada (pituite salée), caractérisant ainsi la maladie par un des symptômes fréquents de la pellagre, qui n’a pas été, que je sache, noté pour l’acrodynie.