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CHAPITRE XIII

Pellagre du Liauraguais-

La pellagre est observée depuis 1823, dans la plaine du l.auraguais, par M. Roussilhe de Castelnaudary. MM. Miquel et Calés, de Villefranche, ont également apporté des renseignements très-précieux sur cette endémie qui semble calquée traits pour traits sur celle des Landes. Je n’indiquerai donc, à propos de sa symptomatologie, que la fréquence du suicide : M. Calés, sur 33 cas, a noté 6 fois cette terminaison. La mort a été produite une fois par la chute d’un lieu élevé, deux fois par armes à feu, trois fois par submersion, une fois par instrument piquant. L’héméralopie se présente aussi avec une fréquence exceptionnelle, puisque sur 21 cas observés par M. Roussilhe, ce chirurgien a noté trois fois ce symptôme.

La plaine de Lauraguais qui formait presque à elle seule l’ancien comté du Lauraguais, s’étend sur les départements de l’Aude et de la Haute-Garonne, entre Villefranche et Castelnaudary. Elle est traversée par le canal du Midi.

La température est modérée , les pluies sont rares , l’air est très-sec. Le pays est exposé aux vents de sers (d’ouest) et d 'autan (d’est).

Le sable domine dans la constitution géologique de cette contrée, qui est pourtant assez fertile; les eaux y sont très-rares.

Les cultures dominantes soûl le maïs, le froment , le

seigle, l’orge, l’avoine, les fèves et les pois. De plus, on récolte clans les montagnes voisines, les châtaignes et les pommes de terre.

Le baron Trouvé, dans son livre des Etats du Languedoc, déclare que dans beaucoup de cantons, les paysans sont mal logés et que les cultivateurs de la dernière classe ne le sont guère mieux que les animaux qui partagent leurs travaux.

M. Calés s’exprime ainsi dans une lettre adressée à M. Roussel : « A l’aspect de nos campagnes couvertes u d’habitations et de métairies, on dirait que l’aisance est « partout, et que notre population ne connaît aucune des « privations si communes dans les pays stériles et pau- « vres. Hélas ! le désenchantement est grand quand on « entre dans l’habitation du cultivateur. Généralement « elle offre le tableau du dénûment complet et d’une mal- « propreté dégoûtante, qui prouve que la recherche du « strict nécessaire absorbe tous les soins de ces malheu- « reux et les prive des commodités de la vie, qui ne se ■* montrent que là où le superflu se fait sentir. Ardents « au travail, ils s’y livrent dans un âge fort tendre, et « une fatigue précoce nuit au développement de leurs « forces ; pour seuls aliments réparateurs, ils ont du pain <• grossier de maïs ou une bouillie de farine de maïs , " cuite à l’eau , qu’ils nomment millas ; c’est là leur « principale nourriture. Ils ne boivent que de l’eau ; peu « de nos paysans sonl assez riches pour se procurer du

« vin Le travailleur se hâte de vendre le peu de

« blé qui entre dans sa part de la récolte pour payer les « impôts, - se vêtir, se procurer quelques provisions de

« première nécessité, toujours insuffisantes . Je dois

« vous affirmer que je n’ai vu la pellagre que chez les “ P'us pauvres habitants des campagnes ; s’il existe quel- « ques exceptions , elles sont rares et trouveraient leur « explication dans les passions tristes ou dans l’avarice « des sujets. Nous n’hésiterons pas à dire que chez nous « 1 existence de la pellagre trouve sa principale cause

PELLAGRE DU LADRAGUAIS. 193

« dans l’exiguité et* les propriétés peu nutritives des alite ments, car on ne saurait généralement accuser leurs « mauvaises qualités. Dans nos contrées les maïs sont « beaux , et parviennent tous à leur complète malu- « ri té. »

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