‹ Recherches nouvelles sur la pellagreChapitre 20 sur 47 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Pellagre «les Pyrénées.

La pellagre des Pyrénées sert de transition entre la pellagre des Landes et cette pellagre du Lauraguais dont nous venons de faire l’histoire. Elle a été longtemps sans fixer l’attention ; et cependant dans quelques cantons elle est aussi fréquente et aussi meurtrière que dans les Landes. Mais, dans ces derniers temps, elle a préoccupé l’administrat’on, elle a su passionner les médecins ; et il s’est fait autour de cette question un certain bruit, mêlé d'un peu de scandale, qui a franchi les limites des départements pyrénéens, pour venir jusqu’à Paris retentir au sein des Sociétés savantes, le tout sans grand profit pour la science. Et, s’il faut le dire, la sincérité a peut-être fait défaut dans toute cette querelle qui portait sur l’étiologie et la thérapeutique. M. Costallat, avec cette conviction inébranlable que chacun sait, reproduisait les idées de Balardini, apportait des faits nouveaux à l’appui de cette doctrine ; bien plus , il concluait de l’examen du maïs vendu sur les marchés et de la plus ou moins grande proportion de verdet à la plus ou moins grande intensité de la recrudescence vernale de la pellagre ; il prédisait les exacerbations de l’endémie et l’évènement lui donnait raison. Ses arguments paraissaient si solides, ses conclusions si légitimes, que M. Tardieu n’hésita pas à les adopter et à les reproduire textuellement dans son rapport au comité consultatif d’hygiène de France. Or, selon nous, M. Costallat se trompait ; mais, pour ébranler une foi, d’ailleurs si légitime, il fallait des faits sérieux, bien observés, en-

tourés de garanties sérieuses. Les faits n’ont pas manqué ; mais quand on a voulu les examiner de près, on a trouvé qu’ils étaient faux. On citait des pellagreux qui n’avaient pas fait usage du maïs, et après information on apprenait qu’ils en mangeaient tous les jours. M. Costallat disait: le seul moyen d’arracher un pellagreux à la mort, c’est de modifier son alimentation, c’est de faire cesser l’empoisonnement par le verdet : on lui opposait des guérisons rapides, miraculeuses, par les eaux de Labassères, de Gazots, etc. ; or quand on voulait contrôler ces prétendues cures de pellagres , on trouvait des diagnostics douteux , ou erronés, des guérisons apparentes et spontanées lorsqu’il s’agissait de pellagres intermittentes. Et M. Costallat en était réduit, en est encore réduit aujourd’hui à crier dans le désert : « Confrères des départements à pellagre, « si quelqu’un de vous connaît un cas manifeste de pel- « lagre, non précédé del’usage du maïs, jele prie, et s’il le « faut, jele somme au nom delà vérité, de leproduire.» Sa voix est restée sans écho, et je suis loin de m’en étonner. J’ai déjà dit que dans les départements auxquels il est fait allusion on ne trouverait pas un seul individu, pellagreux ou sain, qui ne fasse un usage fréquent du maïs. La question ainsi posée me semble devoir rester longtemps sans solution.

C’est dans les hautes Pyrénées, et spécialement à Labassères, que la pellagre a été d’abord observée. M. Verdoux en a vu trente-neuf cas de 1817 à 1839, et dix-neuf de 1840 à 1850.

En 1848, M. Roussel reconnut la pellagre dans les basses Pyrénées, à Nay, à Saint-Pé, à Morlaas, à Saint-Abit, à Claracq, à Coaraze, etc. La maladie y était déjà observée depuis longtemps, mais on n’était pas renseigné sur sa nature. Les paysans, par une singulière coïncidence qui justifie ce que j’ai dit de l’étymologie du mot pellagre, désignaient depuis longtemps la maladie sous le nom de pelagra. Pour les médecins c’était une dartre maligne , une lèpre.

Enfin, en 1850 le docteur Junquet et le professeur Courty découvrirent la pellagre des Pyrénées-Orientales dans la vallée du Vernet. Cette endémie qui d’ailleurs n’a pas été observée encore sur un grand nombre de sujets paraît avoir une gravité exceptionnelle. Elle marche rapidement vers une terminaison funeste, et suivant M. Courty, sa durée n’excèderait guère trois années. Or les malades faisaient à peine usage de maïs.

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