CHAPITRE PREMIER
Définition, Synonymie, Etymologie.
La pellagre est une maladie générale, chronique, à exacerbations vernales, caractérisée plus particulièrement par des désordres très-variés du tube digestif et de l’axe cérébro-spinal, et amenant sous l’influence de l’insolation des [érythèmes limités aux parties frappées directement par les rayons solaires.
Elle a été successivement désignée par des noms trèsdivers qui, le plus souvent, avaient déjà cours depuis longtemps parmi les paysans avant que les médecins l’eussent découverte. C’étaient en Lombardie pellagra, pellarella , mal del padrone, mal dclla miseria, mal rosso, mal del sol, salso, salcedine. C’est à la variété désignée par ces deux derniers noms que se rapporte la description donnée par Levacher de l 'affection lichéneuse. On a aussi désigné cette endémie sous le nom de lepra Lombardica.
EnjVénétie, cette même maladie que Pujati devait décrire sous le titre de scorbut Alpin était déjà appelée dans le peuple pellarina, scottatura di sole , calorc del feyato, on devait aussi la nommer mal délia spienza.
Dans les Asturies, ce que les paysans appelaient mal de
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Lu Rosa et que Sauvages devait plus tard désigner sous le nom de lepra asturiensis, n’était encore autre chose que la pellagre, qui dans la Vieille-Castille est nommée vulgairement flema sàlada.
La pellagre des Landes, qu’on a appelée pendant quelque temps mal de la Teste, est désignée vulgairement par les mots : gale de Saint- Agnan, gale de Saint -Ignace , pelade.
Dans les Pyrénées, où les médecins l’appelaient dartre maligne , les paysans la désignaient sous le nom de pelagra.
Enfin les médecins ont encore décrit la pellagre comme paralysie scorbutique, comme érysipèle nerveux périodique chronique, comme gastro-entéro-rachialgie. On l’a encore appelée dennatagre.
La plupart des auteurs ont fait dériver le mot pellagra de pellis aegra. Mais, outre que cette étymologie aurait été contraire aux règles habituelles, puisque les noms de maladie qui se terminent en agra, comme podagra, chiragra, viennent du grec et non du latin, et que dès-lors on aurait dû dire dermatagra et non pellagra , je ferai remarquer que le mot pellagra a été trouvé tout fait et déjà d’un usage vulgaire chez les populations lombardes, alors que les médecins ne se doutaient pas encore de l’existence de la maladie qu’il désigne. Les paysans exprimaient par ce mot le symptôme dominant de leur mal, la desquamation du dos des mains, du mot pellarsi, se peler, de la même façon qu’en Vénétie le mot pellarina était employé dans le langage usuel des campagnes pour dénommer la même affection qui s’appelait pelade dans les Landes, pelagra dans les Basses-Pyrénées.