CHAPITRE XV
l*cllagi*e des rives du Dauulic et de la
'iikeiss.
Le sujet que nous abordons en ce moment est tout nouveau. Aucune publication n’a encore paru sur la pellagre danubienne. Elle semble tout au plus avoir été devinée dans la note suivante, que j’extrais des bulletins de l’Académie de médecine (tome II, p. 7).
« Le maïs, dit le docteur Caillat, auteur de cette communication, introduit en Moldo-Valachie vers le milieu du XVIIe siècle, par Serban Cantacuzène Ier, bienfait qui a valu à ce prince le surnom de Providence des paysans, y est devenu, depuis lors , la base de l’alimentation de presque toutes les classes de la société, et pourtant l’affection pellagreuse est complètement inconnue dans ce pays. J’ai visité les villes et un grand nombre de villages de la haute et de la basse Valachie ; j’ai interrogé les habitants, consulté les médecins, dont un, entre autres, M. Trach, avait observé cette maladie dans les campagnes du Milanais. Je n’ai pu observer ni recueillir un seul cas de cette affection. Pourquoi celle-ci, qui s’est montrée en Espagne sous le nom de mal de la Rosa, en Italie et dans les landes de Bordeaux sous celui de mal de la misère, peu après l’introduction du maïs, ne se rencontre-t-elle pas en Valachie, où cependant l’usage du blé de Turquie est plus ancien, plus général et beaucoup plus exclusif? Cette immunité, la doit-elle, comme la Sicile et la Bourgogne, à la grande sécheresse du climat, ou à la dessication des épis au four, conditions qui préviennent ou détruisent le spo-
risorium muydis , principe intoxicant de cette ccrc o. I e ? Il ne saurait en être tout à fait ainsi, car le climat de la Moldo-Valachie est humide et l’usage du four y est complètement inconnu dans les campagnes. Et pourtant, si la production parasite qui joue le rôle d’agent morbide principal dans l’étiologie de la pellagre ne se montre point , et après elle l’affection pellagreuse, cela tient à des circonstances fort analogues qui ont été indiquées plus haut. La cause de cette immunité est due, selon moi, d’abord à la parfaite maturité du grain, grâce aux fortes chaleurs de l’été ; ensuite à l’entente parfaite qui préside à la construction et à l’emplacement des greniers à maïs ou séchoirs usités dans ce pays.
« J'étais sur le point de rentrer en France, emportant la croyance que la pellagre n’existe point dans les provinces danubiennes , quand la princesse moldave Cantacuzène Ghika vint voir, à Bucharest, sa fdle qui recevait mes soins, et m’apprit, vers la ûn de 1847, que, dans Micbaïléni et sur d’autres points de la Moldavie, une maladie nouvelle, désignée sous le nom de lèpre épidémique, s’était montrée et présentait les caractères qui suivent: rougeur et gonflement des mains et des pieds, plus tard existence d’écailles épaisses, enlïn diarrhée, liydropisie et délire terminé assez souvent par la mort. Vu l’époque beaucoup trop rapprochée de mon départ, je n’eus pas le temps de franchir les vingt-cinq postes qui me séparaient du théâtre de l’épidémie; mais je me hâtai de présenter à notre agent diplomatique une note assez détaillée avec prière de la faire parvenir, par l’intermédiaire du consul de France à Jassy, au docteur Finkinchtein , à l’observation duquel celte maladie s’était présentée. Ma note fut envoyée-, mais depuis, les événements de 18-18 étant survenus, nos représentants consulaires furent changés, et je n’ai pu recevoir les renseignements demandés sur la ressemblance possible entre la pellagre et l’endémie dont on venait de me révéler l’existence. »
On ignore donc complètement si la pellagre règne endé-