‹ Recherches nouvelles sur la pellagreChapitre 28 sur 47 · LA PELLAGRE EXISTE-T-ELLE CHEZ LES ANIMAUX · texte numérisé non relu

LA PELLAGRE EXISTE-T-ELLE CHEZ LES ANIMAUX

Titius avait prétendu que la pellagre était le produit de la contagion d’une maladie de la brebis, mais il n’avait pas démontré l’existence de cette maladie. Hameau, en renouvelant l’opinion de Titius, indiqua, comme devant être l’origine de la pellagre une maladie de la brebis se développant pendant les fortes chaleurs, et caractérisée par du tournoiement, de la diarrhée, de la faiblesse musculaire, et des rougeurs entre les cuisses. Il ne serait pas impossible qu’il y eût là, non pas la cause de la pellagre humaine, mais un pendant de cette maladie. L’époque de l’apparition des accidents, la réunion des symptômes nerveux et digestifs, les causes même autorisent cette manière devoir; quant aux manifestations cutanées, on ne doit pas s’attendre à les voir siéger sur les points exposés à l’action directe du soleil, la laine formant pour ainsi dire un rempart impénétrable. La face interne des cuisses seule est glabre. Ne se pourrait-il pas que le rayonnement chimique si intense qui s’opère à la surface du sable, suffit à produire sur celte partie l’éruption signalée par Hameau ? Des recherches ultérieures feront sans doute connaître la valeur de cette hypothèse.

En 1856, le Journal des vétérinaires du midi publia, dans son cahier de février, un article de M. Dupont, dans lequel ce vétérinaire distingué donne la description d’une nouvelle maladie du chat, qu’il considère comme l’analogue de la pellagre humaine. La maladie débuterait en été sous l’intluence de l’insolation par des points noirs disséminés sur les oreilles. Ces points en se multipliant et en s’élargissant, dépilent la partie qui devient bientôt squameuse. Le mal s’étend au bout de quelques mois à toute la tète dont la peau s’atrophie et s’ulcère. L’animal est triste, le timbre de sa voix s’altère, son oeil est égaré, il cherche la solitude,* fuit la lumière; plus tard il devient sourd et aveugle, ses mouvements sont gênés, il chancelle sur ses pattes, la diarrhée survient et la mort arrive après quelques jours d’assoupissement et d’immobilité. Dans deux cas, l’autopsie a révélé une atrophie des hémisphères céré-

braux avec consistance plus ferme de la substance grise.

Malgré les analogies de celte maladie avec la pellagre, je crois qu’il y aurait témérité à forcer le rapprochement. M. Dupont nous parait avoir été beaucoup plus heureux dans un travail plus récent, publié par le môme journal, en décembre 1859 et en janvier 1 860 sur 1 epica pellagreux de l’espèce bovine. Tel est du moins le nom qu’il assigne à une maladie fréquente dans les troupeaux qui paissent sur les landes à fond d’alios , et que les bouviers désignent sous le nom de ensec , maladie qui dessèche, ou entec, maladie qui lue.

Le début est lent et insaisissable, et la maladie se révèle peu à peu par un amaigrissement progressif, avec diminution de la vigueur et de l’appétit. Plus tard, la peau devient sèche, rigide ; le poil, terne et hérissé. La sueur prend une odeur sui generis, repoussante. La muqueuse buccale à la fin de cette période est le siège d’une chaleur mordicante.

Au bout d’un an pour les bœufs du pays, au bout de six à huit mois pour les animaux habitués à de meilleurs pâturages, les symptômes deviennent plus marqués. La peau se ride profondément et se dépile à l’encolure; le sommet des plis cutanés devient squameux. En môme temps, il y a un certain degré de perversion du goût. L’animal déglutit de la laine, du bois, du sable. La langue devient sèche, brûlante, aphtheuse. Les étuis épidermiques qui soutiennent les papilles si considérables de la langue de cet animal se détachent , et peuvent ‘être arrachés eu lambeaux avec une pince. 11 en résulte que les papilles s’affaissent complètement et que la surface de la muqueuse linguale devient lisse. La physionomie est hébétée, l’œil cave. Il y a une certaine difficulté de la locomotion.

Les excréments sont très-rares, très-peu abondants, secs et durs. Alors surviennent des accès fébriles intermittents, irréguliers, qui se rapprochent et finissent par devenir continus.

Dès que la fièvre est devenue continue, l’animal est

Page 1