CHAPITRE XIX
Etiologie.
La fréquence et la gravité de la pellagre dans les pays où elle se montra à l’état d’endémie , l’impuissance des moyens thérapeutiques qu’on lui opposait donnèrent, dès les premiers temps de son histoire, une importance capitale à l’étude de son étiologie. On accusa tout : le climat, l’air, le sol, le genre de vie, l’alimentation. La vérité devait être cachée au milieu d’opinions si diverses ; elle fut reconnue en partie par les premiers observateurs, mais compromise par leur exagération même. On s’attacha alors à saisir une cause spécifique. Mais pour expliquer l’apparition d’une maladie qu’on croyait être nouvelle, et qui sé vissait avec tant de violence sur certaines populations, il fallait trouver la coïncidence d’une modification importante introduite dans les conditions de l’existence des peuples. Les temps étaient déjà bien éloignés où l’on pouvait attribuer une grande épidémie à certaine conjonction planétaire : on comprit que c’était sur l’alimentation qu’il fallait faire porter les investigations, et le maïs n’étant pas devenu depuis longtemps l’aliment principal des classes pauvres, on attribua au maïs la maladie qui les frappait; et plus tard, apportant plus de précision encore à la détermination de cette prétendue cause efficiente, on accusa l’altération du maïs par le sporisorium maidis , faisant de la pellagre un empoisonnement analogue à l’ergotisme. Telle est la doctrine qui, formulée très-nettement, en 1845, par Balardini, est devenue aujourd’hui le sujet d’ardentes controverses.
ÉTIOLOGIE. 319
Nous allons chercher à apprécier successivement le rôle et la valeur des différentes causes invoquées pour expliquer la production de la pellagre. Nous ferons voir qu’aucune ne se présente à une critique rigoureuse avec les caractères de cause spécifique. Nous chercherons ensuite ce qu’elles peuvent avoir de commun et nous déduirons de cette étude, comme conclusion, une théorie étiologique, formée d’éléments complexes dont aucun n’est nouveau, qui peut n’avoir rien de séduisant, mais qui, chose plus précieuse, nous paraît satisfaire aux exigences de la prophylaxie et de la thérapeutique.
Causes intrinsèques. — Sexes, âges, tempéraments,